
31.01.12 LEMONDE.FR
Il était temps. A quelques mois seulement de l'élection présidentielle, l'industriel Serge Dassault, sénateur UMP et ami proche de Nicolas Sarkozy, a enfin réussi à exporter son avion de combat Rafale sur le marché indien, après avoir échoué à conquérir les faveurs du Brésil et des Emirats. Dassault et Delhi sont en effet entrés en "négociations exclusives" sur ce contrat, a indiqué une agence de presse indienne, mardi 31 janvier.
L'appel d'offres remporté par l'avionneur français, finaliste aux côtés du consortium européen EADS (producteur de l'avion de combat Eurofighter Typhoon), porte sur 126 Rafale (pour un montant d'environ 9,11 milliards d'euros) et intervient au terme d'une période de cinq ans de négociations et d'hésitations.
TRANSFERT DE TECHNOLOGIES
Le géant indien, confronté à des défis stratégiques importants du fait de sa proximité avec des pays potentiellement hostiles comme le Pakistan et la Chine, avait lancé en 2007 un appel d'offres géant (baptisé MMRCA pour "Medium Multi-Role Combat Aircraft), destiné à remplacer une flotte vieillissante composée d'appareils Mig-21 (de fabrication russe) et à y ajouter une force supplémentaire de 126 avions. L'appel d'offres incluait un transfert de technologie, la production sous licence et la maintenance à vie des appareils.
Selon les termes du contrat, qui ne devrait pas être signé avant plusieurs mois, 18 avions devraient être livrés par Dassault, tandis que le reste des appareils commandés serait produit à Bangalore.
Les deux concurrents européens sont arrivés en finale après avoir fait l'objet d'une longue série de tests techniques opérés par l'armée indienne (en 2009 pour le Rafale), qui ont permis d'écarter la candidature des américains F-16 (Lockheed Martin) et F-18 (Boeing), du suédois Gripen (Saab) et le russe Mig-35 (Mig). D'abord écarté de la compétition car il ne répondait pas aux critères d'évaluation utilisés par l'armée indienne, le Rafale est rentré dans la course après que Dassault a fourni un certain nombre de données techniques susceptibles de rassurer les acheteurs.
SAVOIR-FAIRE FRANÇAIS
Dans un article publié par le centre de réflexion Carnegie Endowment for International Peace, basé à Washington, un spécialiste de la défense indienne estimait en juin 2011 que les considérations techniques finiraient par départager les deux finalistes, Rafale et Eurocopter. Selon Ashley Tellis, la décision de l'armée indienne de ne pas agir par calcul politique mais simplement d'avoir accès à un appareil "souple, sophistiqué et longue durée" a fait pencher la balance en faveur des Européens, et a écarté de fait les candidatures américaines. Même si l'on peut imaginer que la persistance d'un partenariat stratégique contesté entre Washington et le Pakistan n'a pas dû jouer en faveur des Américains.
Toujours selon l'article du Carnegie Endowment, si le Rafale s'avère moins coûteux que son rival à la livraison, il offre par ailleurs "de bonnes performances aérodynamiques" et le fait qu'il soit produit en France représente un atout : l'expérience de la France en tant que fabricant et exportateur d'armes, son bilan en matière de suivi des produits, ainsi que ses liens anciens avec l'Inde offrent des garanties supplémentaires.
Seuls bémols, l'incertitude au sujet de l'intégration d'armes de fabrication non française sur les Rafale, ainsi qu'une faiblesse sur les radars, dont l'entreprise Thalès est en train de concevoir la dernière version. Le fait que Dassault ait échoué jusqu'ici à remporter un appel d'offre hors des frontières françaises aurait aussi pu constituer un motif d'inquiétude : chaque échec force en effet l'avionneur à améliorer ses modèles et à investir un peu plus d'argent. Une spirale négative à laquelle l'arrivée d'un acheteur aussi conséquent que l'Inde va vraisemblablement mettre un terme.
