28 Décembre 2012 Jean-Dominique Merchet
De nouveaux PDG, l'échec de la fusion EADS-BAE et pas de grands contrats à l'exportation
Les trois plus grandes entreprises du secteur de l'aéronautique et de la défense ont changé de PDG en 2012. Chez EADS, l'allemand Thomas Enders succède à Louis Gallois, chez Dassault-Aviation, Eric Trappier à Charles Edelstenne et chez Thales Jean-Bernard Lévy à Luc Vigneron. Ce fut donc l'heure de la relève des hommes, mais pas celles des grands méccanos industriels.
L'automne a été marqué par l'échec de la fusion EADS et BAe qui aurait donner naissance au leader mondial de l'aéronautique et de la défense. Cette affaire a été mal conduite par le nouveau patron d'EADS qui n'a pas réussi à convaincre les responsables politiques de l'intérêt de la chose. Le coup de grâce a été donné par l'Allemagne - qui n'entendait pas perdre des emplois à la veille de ses élections - mais le moins que l'on puisse dire est que la partie française n'y a pas mis non plus beaucoup d'enthousiasme. Le dossier a été géré avec l'esprit d'un notaire, pas avec une ambition politique. A peine élus, les socialistes se sont retrouvés devant ce projet comme une poule devant un couteau... Quelles seront les conséquences de cet échec ? Difficile de le dire d'un point de vue industriel. Au plan politique, c'est un clou de plus dans le cercueil de l'Europe de la défense.
Dès 2011, on annonçait de grandes manoeuvres dans l'industrie française de défense - un nouveau meccano autour de Thales, toujours sur fond de concurrence entre Dassault et EADS. Finalement rien n'est venu. Partie remise ?
2012 aura été une année médiocre pour les ventes d'armes françaises. Le DGA Laurent Collet-Billon l'annonçait dès la rentrée aux députés : "Nous n'atteindrons pas le chiffre de l'an dernier", qui était de 6,5 milliards de commandes. Seul MBDA a remporté un gros contrat de près d'un milliard en vendant des missiles air-air Mica à l'Inde. Un autre contrat important de véhicules terrestres avec l'Arabie saoudite est bloqué à cause des autorités allemandes. Mais rien d'important en matière navale et surtout, pas encore de signature d'un contrat de vente du Rafale, notamment en Inde.
Ce ralentissement des ventes d'armes est-il simplement conjoncturel ou structurel ? La réponse à cette question est essentielle et dicte les stratégies d'avenir. On regrettera que les industriels aient dû protester pour être admis dans le saint de saints de la reflexion stratégique, la commission du livre blanc... Car, on l'oublie trop souvent, la défense d'un grand pays marchent sur deux pieds : ses forces armées et son industrie d'armement. Et aujourd'hui l'avenir de celle-ci semblent plus préoccupante que de celles-là.
L'industrie française conserve une gamme de savoir-faire extrêmement étendue qui nous placent dans le tout petit peloton de tête. C'est évident en matière aéronautique, mais des secteurs comme l'industrie navale, avec DCNS, se sont remarquablement redressés. L'industrie terrestre (Nexter, RTD, Panhard, Lohr) reste en attente de solutions d'avenir, magré la prise contrôle de Pahnard par RTD, et surtout de commandes. Mais le vol du Neuron, le drone de combat furtif européen, montre que l'avenir peut encore s'écrire de ce côté-ci de l'Atlantique.
