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17.10.2012 par Romain Mielcarek - ActuDefense
Plusieurs responsables du secteur de la défense, politiques, chercheurs, militaires, diplomates ou encore industriels se sont interrogé ce mercredi matin à l’IFRI sur les avancées de la Smart Defense. Ce concept encore naissant, lancé en février 2011 par le Secrétaire général de l’OTAN, soulève plus de questions qu’il ne propose de réponses aux besoins des alliés.
Pragmatisme : rationaliser les besoins et les moyens.
Dans les couloirs de l’OTAN, on en parle de plus en plus : la « Smart defense« . Une défense « intelligente » – mais pas trop car il ne faut pas laisser entendre qu’elle était stupide jusque-là – qui doit permettre de rationaliser les dépenses des pays membres. Le pragmatisme est le maître mot : il y a d’une part des besoins, d’autre part des moyens. Ces derniers étant de plus en plus comptés, crise budgétaire oblige, il faut trouver solutions …
« intelligentes » justement. C’est là qu’intervient la fameuse Smart defense qui doit ouvrir des réflexions multinationales au sein de l’OTAN pour éviter au maximum les gaspillages.
La première des pistes reste bien évidemment la mise en commun de moyens capacitaires. L’exemple le plus concret est européen, c’est celui du Commandement européen de transport aérien (European Air Transport Command – EATC) de Eindhoven. Lancé en 2010, il a comme objectif d’aligner une flotte partagée entre les pays participants de quelques 200 aéronefs à l’horizon 2020. D’autres projets ont déjà été entamés, comme la formation des pilotes d’hélicoptères chapeauté par l’Agence européenne de défense (EDA).
L’Agence européenne de défense participe déjà à des programmes de formation de pilotes communs à plusieurs pays membres.
L’espoir, c’est de permettre à terme de lisser les besoins militaires des pays membres de l’OTAN et/ou de l’Union européenne. Regrouper et rationaliser les commandes de matériel, la formation de spécialistes ou encore l’utilisation de certains services. Face à une réduction systématisée des budgets, tous les pays se voient forcés de renoncer à certaines compétences. La Smart defense doit aussi permettre de vérifier que ces savoirs ne soient pas définitivement perdus : si un pays doit abandonner un domaine, il peut vérifier que son allié-voisin dispose encore de cette technique. Cela pourrait permettre l’émergence d’Etats spécialisés dans certains domaines militaires. On pourrait imaginer que l’Estonie, déjà en pointe dans le domaine de la cyber-défense, puisse devenir porteur des évolutions dans ce secteur.
RAME LA GALÈRE
Reste à coordonner les efforts. Raisonner à 27 ou à 28 n’a jamais été évident. C’est aussi pour cette raison que les démarches qui se concrétisent relèvent d’accords multinationaux dissociés des institutions, européenne ou otanienne. le Franco-britannique semble trouver ses marques. Le franco-allemand pourrait être en relance. Mais il semble que pour la plupart des pays impliqués dans des entreprises généralement bilatérales, intégrer les autres membres de l’OTAN n’est pas au programme.
Les priorités ne sont en effet pas les mêmes. Si une poignée de pays, Grande-Bretagne, France et Allemagne en tête continuent d’investir massivement dans la défense et son industrie, d’autres n’ont fait qu’accumuler les retards. Le budget d’un pays comme l’Estonie ne représente que quelques semaines de celui de l’OTAN. La smart defense propose de permettre à ces pays aux budgets réduits de se regrouper pour acheter un quart ou un tiers d’A400-M, par exemple. De là à dire qu’on cherche à leur faire dépenser leurs maigres deniers pour soutenir les géants européens, il n’y a qu’un pas.
L’autre approche vise à ce que certains Etats se consacrent à des tâches spécifiques. Les pays baltes ont développé des forces spéciales particulièrement compétentes. Les Tchèques sont particulièrement performant dans le domaine de la lutte chimique et biologique ainsi que dans le soutien sanitaire a également des cartes à jouer. Une telle démarche impliquerait cependant que certains pays renoncent à leur autonomie dans ces mêmes secteurs … même si c’est déjà souvent le cas dans la chaîne santé, rare étant ceux qui sont encore capable d’en aligner une complète en opération.
Des réflexions d’autant plus complexes qu’elles s’inscrivent dans un agenda décalé de celui de la vie politique. Les projets liés à la Smart defense se pensent sur un horizon 15 ans quand les élus peinent à se projeter au delà de 5 ans. Un écart qui fait hésiter les industriels. Si ces derniers sont prêts à faire des offres, ils remarquent aussi qu’il manque certaines réponses impératives : si beaucoup s’interrogent sur « qui va payer ? », les industriels remarquent qu’il faut aussi se demander « combien on va payer? » pour évaluer l’intérêt et la faisabilité de ces projets.
BEAUCOUP DE FAILLES CAPACITAIRES, PEU DE PROJETS
A l’OTAN, on a identifié une vingtaine de domaines capacitaires dans lesquels les Etats membres ont des lacunes. La cyberdefense, fait partie de ceux dont on parle souvent ces derniers temps. Mais il convient d’y ajouter la collecte de renseignement, l’aéromobilité, le soutien médical évoqué plus haut, la lutte NRBC ou encore le command & control.
Niveau projets, tout reste à faire. Il y aurait actuellement 24 dossiers sur la table, en attente de propositions de la part des différents acteurs du secteur de la défense. Parmi eux, 14 impliquent un dialogue avec la France.
Photos : EATC / European defense agency / Italian Army
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