04/10/2012 Par Jean-Jacques Mevel - lefigaro.fr
L'Alliance atlantique craint par-dessus tout d'être indirectement aspirée aux côtés de la rébellion syrienne, suivant le précédent libyen.
Une condamnation ferme de la Syrie et, par-dessus tout, la crainte d'un embrasement des frontières. Occidentaux et Européens serrent les rangs derrière la Turquie mais l'inquiétude perce devant l'escalade militaire que pourrait préfigurer la réplique d'Ankara.
L'Otan, dont la Turquie est le pilier oriental, a très vite «condamné avec force» l'agression et exhorté Damas «à mettre un terme à ses violations flagrantes du droit international». C'est la seconde fois en trois mois que les 28 ambassadeurs du Conseil de l'Atlantique Nord se réunissaient en urgence sur le dossier syrien après invocation, par Ankara, de l'article IV de l'Alliance. Ce texte permet des consultations d'urgence lorsqu'un allié s'estime menacé.
Les mots sont plus clairs que ceux retenus au début de l'été, après qu'un avion turc a été abattu au-dessus de la Méditerranée. Depuis les incidents se sont répétés. Cette fois, c'est différent. Les tirs ont atteint le territoire turc et les victimes sont civiles. La diplomatie turque a donc obtenu «facilement et rapidement» ce qu'elle cherchait à Bruxelles, explique un témoin: une manifestation politique de solidarité entre alliés.
L'Alliance Atlantique est encore loin de voler au secours d'Ankara. L'armée turque n'en a pas besoin et Ankara ne l'a pas demandé, évitant soigneusement le recours à l'article V, la «vraie» clause de défense mutuelle de l'alliance militaire. De son côté, l'Otan craint par-dessus tout d'être indirectement aspirée aux côtés de la rébellion syrienne, suivant le précédent libyen. Son secrétaire général, Anders Fogh Rasmussen, a redit au début de la semaine qu'il n'est pas question d'intervenir. Le message s'annonce identique lors d'un rendez-vous des 28 ministres de la Défense la semaine prochaine. «Ce n'est pas encore le tournant», observe un diplomate de haut rang.
Restent une attente et une incertitude. L'espoir est que la Russie, qui bloque toute ingérence internationale dans la guerre civile syrienne, saisisse enfin l'occasion pour freiner la fuite en avant du régime d'Assad. Moscou et Pékin redoutent peut-être plus que d'autres une internationalisation du conflit. Laurent Fabius a joué sur ce registre hier et espère marquer un point avec la condamnation de Damas au Conseil de sécurité, cette fois sans veto russe ou chinois.
Le suspense porte sur l'attitude de la Turquie dans les jours à venir. Devant ses pairs de l'Otan, dit-on de bonne source, l'ambassadeur turc s'est bien gardé de préciser ce qui allait suivre sur le terrain. Recep Ergogan a-t-il simplement tracé une ligne rouge? Ou veut-il aller plus loin? L'UE, dernière à condamner les tirs syriens jeudi, a aussi été la première à appeler «à la retenue», dans les deux camps.
