source defense.gouv.fr
07 septembre 2011 par Rémy Maucourt - usinenouvelle.com
Comment Boeing compte-t'il vendre ses avions Super Hornet à l'armée brésilienne ? Les derniers mémos publiés par Wikileaks donnent de nouvelles informations sur la stratégie employée par les diplomates américains pour décrédibiliser le Rafale de Dassault.
"Les Français proposent un appareil moins performant et plus cher." Dans la bataille commerciale autour de la fourniture d'avions de chasse au Brésil, les Américains ne font pas dans la demie mesure et affirment leur certitude quant à la supériorité de leur offre.
Il faut dire que l'enjeu est important. Le Brésil compte renouveler l'ensemble de la flotte de chasseurs de son armée pour un contrat évalué entre 4 et 7 milliards de dollars. Un appel d'offres, baptisé FX2, est en cours.
Sont encore en lice sur ce marché : la Suède, avec le Gripen NG de Saab, les Etats-Unis avec le Super Hornet de Boeing et la France, qui propose le Rafale de Dassault. Brasilia devrait choisir l'un ou l'autre début 2012.
Wikileaks a diffusé la semaine dernière l'ensemble des mémos diplomatiques à sa disposition. Plusieurs documents émis par l'ambassade des USA dans la capitale brésilienne évoquent l'appel d'offres FX2. Le problème des Américains est le suivant : depuis le début, l'offre française est considérée comme favorite.
Un des documents les plus intéressants que nous avons pu examiner sur le sujet est baptisé "Brazil's Fighter Purchase: Endgame Strategy" (littéralement : "Achat de chasseurs par le Brésil : stratégie de fin de partie"). Classé secret, il a été rédigé le 19 mai 2009 en ces termes : "Le F18 Super Hornet de Boeing est toujours perçu par beaucoup de Brésiliens comme deuxième ou troisième choix pour l'appel d'offres." La stratégie proposée par l'ambassade peut alors se résumer ainsi : "dépasser nos handicaps politiques pour permettre à la supériorité du Super Hornet d'être le facteur déterminant."
Les transferts de technologies au coeur du dossier
A la fin du mémo, un paragraphe intitulé "attaquer l'offre française" traite d'un handicap important de la candidature américaine : les transferts de technologies. Comment les diplomates comptent-ils "éroder l'avance française" ? "La première étape consistera à rappeler aux Brésiliens que leur intérêt pour le Rafale est basé sur l'idée que les Etats-Unis ne leur transfèreront pas de technologie."
Des autorisations spécifiques ont été accordées pour accentuer les transferts au Brésil. Le diplomate affirme également que l'exportation du Rafale nécessitera des licences américaines. "Depuis quelques mois, l'argumentaire commercial français est basé sur l'affirmation trompeuse que leur avion ne contient que des éléments français. Ce n'est pas le cas.", souligne le mémo.
L'ambassade américaine a également remarqué que les liens personnels entre les présidents Nicolas Sarkozy et Lula ont joué un grand rôle. "Le gouvernement américain est perçu par la plupart des Brésiliens comme assez tiède dans le soutien de son offre. C'est un handicap critique dans une société brésilienne qui considère les relations personnelles comme une base pour le business." La réponse proposée est simple : "l'ambassade croit que des appels téléphoniques entre les présidents Obama et Lula [...] pourraient améliorer significativement notre position."
Ajoutons à cela, le leadership mondial des Etats-Unis qui n'est pas toujours perçu comme un bon argument. "Lula est réticent à acheter un avion américain", peut-on lire dans cet autre document publié en janvier 2010. "Il est possible que l'intérêt pour l'offre américaine ne soit qu'un levier pour influer sur l'offre française."
Le plus récent des documents disponibles, celui de janvier 2010, se termine sur ces mots : "De notre point de vue, nos chances de remporter la compétition FX2 sont réelles. Nous savons que le Super Hornet a reçu la meilleure évaluation technique [...] et a été choisi par les opérateurs. Il reste le plus formidable obstacle : convaincre Lula."
Et le principal problème des Etats-Unis était bien Lula, président du Brésil jusqu'en 2010. L'arrivée de Dilma Roussef à la tête du pays est donc une bonne nouvelle pour les Américains. Début 2012, nous saurons si cela suffira pour battre le Rafale.

