Des rebelles libyens préparent leurs armes, le 29 mars, non loin de Syrte © Aris Messinis / AFP
02/04/2011 Par Michel Colomès Le Point.fr
Les États-Unis redoutent que des combattants islamistes soient infiltrés dans les rangs des opposants à Kadhafi.
"Entre deux maux, il faut choisir le moindre", dit la sagesse populaire. Entre la soldatesque de Kadhafi et les terroristes d'al-Qaida, va-t-on devoir faire un
choix ? Car c'est semble-t-il ainsi que le dilemme risque de se présenter alors que l'offensive des insurgés piétine et que les frappes aériennes destinées à les soutenir montrent qu'elles ne
sont pas la panacée.
Une situation à laquelle les réponses possibles sont limitées. Soit on accepte un statu quo bâtard, moitié enlisement, moitié partition du pays entre l'Est soutenu
par les opposants et l'Ouest aux mains du dictateur, soit on franchit un pas décisif, mais risqué, aussi bien sur le plan militaire que sur le terrain diplomatique, et la coalition ou l'Otan, qui
a maintenant pris la main, envoie des troupes au sol pour aider les insurgés à renverser une bonne fois Kadhafi. Soit, enfin, on fournit à la troupe disparate des anti-kadhafistes l'armement
lourd qui lui fait cruellement défaut et dont on voit bien qu'il lui est indispensable pour remporter la victoire.
Combattants islamistes infiltrés
Mais c'est là que le bât blesse. Les Américains, toujours traumatisés par le 11-Septembre, ont tiré la sonnette d'alarme lors de la réunion de la commission du
Congrès chargée de contrôler les opérations secrètes et en particulier l'action de la CIA. Le président de cette commission, le républicain Mike Rodgers, a révélé que Hillary Clinton, la
secrétaire d'État, Robert Gates, le ministre de la Défense, et Mike Mullen, le chef d'état-major, avaient manifesté plus que des réserves à l'idée d'armer les insurgés. Rodgers a résumé ainsi
l'analyse de la commission : "Nous ne savons pas qui ils sont, nous savons contre qui ils sont, mais nous ignorons pour qui et pour quoi ils sont." En clair, les Américains redoutent que des
combattants islamistes, probablement d'obédience al-Qaida, soient infiltrés dans les rangs des opposants à Kadhafi. Et que ce soient eux qui profitent des armes que les Occidentaux feraient
parvenir aux rebelles.
Les Américains ont encore en mémoire "le coup" de l'Afghanistan. Au moment de l'invasion soviétique, ils avaient fourni aux talibans des armes en grande quantité et
notamment des missiles individuels Stinger capables de descendre des avions ou des hélicoptères. Cela avait certes permis aux moudjahidine de venir à bout des soviétiques, mais dans la foulée ils
ont transformé le pays en état islamiste et en camp d'entraînement pour tous les apprentis terroristes de la planète. Aujourd'hui, ils utilisent les Stinger qui leur restent contre les Américains
ou leurs alliés en Afghanistan.
"Des clignotants se sont allumés"
Cette prudence affichée des États-Unis à l'égard des opposants à Kadhafi peut donc paraître justifiée. Une quarantaine de djihadistes ayant combattu en Afghanistan
et au Pakistan dans les rangs d'al-Qaida ont d'ailleurs été repérés sur le front libyen. "Des clignotants se sont allumés", a dit un général américain. Mais on voit bien que, vraie ou supposée,
cette menace arrange aussi une administration qui continue décidément à traîner les pieds pour aider les insurgés. Les États-Unis n'ont-ils pas annoncé cette semaine qu'ils abandonnaient les
frappes aériennes à leurs alliés de l'Otan et se contenteraient pour leur part de vols de reconnaissance et de brouillage des systèmes de transmission de l'adversaire ?
Quant à l'envoi d'armes aux défenseurs de Benghazi, Barack Obama a eu cette semaine une phrase dont on espère qu'elle restera dans les annales du courage politique
: "Je n'exclus pas de leur envoyer des armes", a déclaré le président à NBC. "Mais je n'exclus pas non plus le contraire." Il n'y a pas de problème, cet homme-là ne ressemblera jamais ni à Bush,
ni à Reagan, ni non plus à Clinton.