Mon général, en tant que coordinateur de la contribution de la Défense à l’ADS Show Europe, pouvez-vous nous dire dans quel cadre s'est inscrit cette manifestation et pourquoi elle s’est tenue
à Bordeaux ?
Ce salon s’intégrait dans un ensemble de trois manifestations qui composaient les journées aéronautiques en Aquitaine et auxquelles la Défense a été un partenaire de premier rang. La première,
Aéroadour, s’est tenue le week-end précédent à Pau. Elle était axée sur l’aéromobilité, les hélicoptères et l’industrie aéronautique, largement représentée dans le Sud Aquitaine. La
deuxième manifestation, l’UAV[1] Show Europe, était consacrée aux drones et s’est tenue en deux endroits de l’agglomération bordelaise. D’une part, sur la zone
d’activités économiques de l’aérodrome de Bordeaux-Mérignac où a été organisée une exposition des technologies intéressant les drones (logiciels de pilotage, pilotage d’essaims de drones,
capteurs, traitement d’image, etc.). D’autre part, sur le camp militaire de Souge, où l’on pouvait assister à des démonstrations dynamiques. Mais l’évènement le plus important des journées
aéronautiques en Aquitaine, de par sa taille et sa portée politique, économique et militaire et de par le niveau de contribution de la Défense, c’est le salon professionnel du MCO aéronautique
de Défense. Baptisé ADS[2]Show Europe, il fut consacré à un sujet non seulement sensible et stratégique pour la Défense mais aussi structurant pour les forces armées.
L’idée initiale revient au président de la région Aquitaine, conscient que sa région possédait un véritable trésor d’expertise constitué par l’industrie aéronautique de défense, étatique et
privée. L’Aquitaine, et plus largement la zone de défense Sud-Ouest, est effectivement très portée par l’aéronautique. Et la Défense, toutes armées et services confondus, ne déroge pas à cette
dominante. La DGA est très présente avec des centres d’essais et techniques. L’armée de terre dispose de régiments d’hélicoptères dans le sud de l’Aquitaine mais aussi d’un bataillon de soutien
aéromobile à Montauban. Par ailleurs, ses troupes aéroportées et ses forces spéciales sont très consommatrices de la troisième dimension. L’armée de l’air est également très présente par le
biais de ses bases aériennes opérationnelles de Cazaux et de Mont-de-Marsan, et de son pôle de formation aéronautique Rochefort-Saintes-Cognac. Elle compte aussi, à Bordeaux, un important
cluster technico-opérationnel à vocation interarmées avec une grande partie de la SIMMAD[3], un atelier industriel du SIAé[4]dédié à la maintenance des moteurs d’aéronefs, un atelier expert des
matériels d’environnement aéronautiques, la base aérienne 106 et ses unités d’appui tactiques et techniques, ainsi que le CSFA[5]. On est donc, dans le Sud-Ouest, au cœur de l’aéronautique de
l’Etat. Le monde privé est également très présent avec des grands noms comme Dassault, Thales, Sabena Technics, Astrium, Turboméca, Messier Dowty, etc. au milieu d’un tissu extrêmement dense de
PME et PMI, équipementiers ou sous-traitants de l’aéronautique, en particulier militaire. La spécificité de la région bordelaise, c’est justement qu’elle est très orientée vers l’aéronautique
de défense.
Quand on regarde en Europe, il n’y a pas de pôle aéronautique de défense équivalent, c'est-à-dire avec une telle intégration étatique et privée, opérationnelle et industrielle. C’est de cette
originalité, qui constitue un atout national, qu’a été imaginée la création d’une manifestation dédiée à l’aéronautique de défense et en particulier au MCO de l’aviation militaire. C’est aussi
pour cela que la Défense a apporté son franc soutien dès son origine et l’a annoncé publiquement lors du salon du Bourget en 2011. Ce soutien, j’ai eu la charge de le coordonner, chaque
organisme de la Défense contribuant à son niveau, avec ses moyens, ses savoir-faire et ses spécificités.
Pour la Défense, qu’est-ce que le MCO ?
Pour nous militaires, le MCO n’est pas que de la maintenance aéronautique et le salon est là pour le rappeler et le montrer. Ces dernières années, le mot MCO a vu son sens quelque peu détourné
et l’industrie, en particulier, se l’est totalement approprié. Mais dans l’industrie, le MCO se limite la plupart du temps à de la maintenance, c'est-à-dire qu’il traduit plus ou moins le terme
anglo-saxon MRO (Maintenance, Repair, Overhaul). Or pour les militaires, le MCO c’est aussi de la préparation au combat, de la configuration des systèmes d’armes, de la mise en
condition des hommes… Le « O » de MCO, c’est opérationnel et il est important de le rappeler.
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« pour les militaires, le MCO c’est aussi de la préparation au combat […] le « O » de MCO, c’est opérationnel »
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Ce qui a été très important dans ce salon, c’était de montrer que sur le plan de l’aérien, la Défense a certes de belles et indispensables compétences industrielles au travers du SIAé, des
ressorts remarquables en matière de développement de programmes au travers de la DGA (Direction générale de l’armement), un savoir expert de gestion de flottes au travers de la SIMMAD, mais
qu’elle a aussi des compétences technico-opérationnelles uniques et spécifiques qui sont de l’ordre du militaire, du combattant et qui n’existent pas dans le monde de l’industrie. Le MCO, c’est
donc du MRO auquel s’ajoute du NSO, le niveau dit de « soutien opérationnel » c'est-à-dire celui que fournissent les forces de soutien sur les bases d’appui de l’armée de l’air, de
l’aéronautique navale ou des régiments d’hélicoptères qu’elles soient en métropole ou sur les théâtres. Nous avons donc construit ce salon dans cet esprit : conjuguer, en montrant leur
spécificité et leur complémentarité, le MCO des programmes d’armement, celui de l’industrie étatique et privée et celui des forces.
En quoi la Défense a-t-elle apporté son soutien à ce salon ?
D’abord, nous avons conseillé les organisateurs en donnant des orientations sur la construction du salon. Ensuite, il y a eu un appui technique : la Défense a accepté que le salon se
tienne dans une enceinte militaire, la base aérienne de Bordeaux-Mérignac. Enfin, nous avons contribué en tant qu’exposant : il y a eu un stand Défense, des aéronefs militaires, des
matériels de MCO, industriels ou opérationnels, des armements mais aussi des démonstrations de solutions techniques telles que celles mises en œuvre sur les théâtres d’opérations, comme des
réparations de dommage de combat ou des mises en configuration d’aéronefs pour le combat. Au final, sans être l’organisateur du salon qui ressort très clairement d’un consortium d’entreprises
privées, la Défense a tenu une place importante puisqu’elle a été le principal partenaire et le principal exposant.
Quels étaient les objectifs du salon pour la Défense ?
Très concrètement, il s’est agi de promouvoir le maintien en condition opérationnelle, ses métiers, ses savoir-faire, ses tendances et ses perspectives technologiques et humaines, nationales ou
européennes. Nous avons aussi souhaité montrer que le MCO, ce n’est pas que du soutien au sens d’un service ni uniquement une prestation technique mais qu’il constitue avant tout une capacité
militaire dont l’objectif est d’obtenir des effets militaires.
Au CSFA que je commande, je dis à tous ceux qui sont sous mes ordres qu’ils ne sont pas là pour faire de la « technique » ou de la « logistique » mais pour bâtir des
« systèmes d’armes aériens » afin de « faire des opérations ». L’important dans cette manifestation, c’était donc bien de montrer, qu’à côté de la dimension industrielle
portée par la DGA ou le SIAé, il existe une dimension opérationnelle du MCO, une dimension tactique, et qu’elle est souvent au cœur de la réussite des opérations comme ce fut le cas pendant
Harmattan.
Outre l’exposition de matériels, des conférences se sont tenues sur des sujets qui relèvent du périmètre du MCO : formation, systèmes d’information logistique, navigabilité, outils pédagogiques
pour former les gens, simulateurs de maintenance, plateaux techniques qui sont des modes innovants de coopération entre l’Etat et l’industrie et que l’on a mis en place ici à Bordeaux, etc.
Nous étions donc dans une approche très large du MCO et finalement assez loin des clichés traditionnels.
Quel est l’intérêt du déménagement de la SIMMAD à Bordeaux et quels bénéfices en attendez-vous ?
La SIMMAD est venue à Bordeaux pour les mêmes raisons qui ont amené le CSFA à s’y installer voilà cinq ans. En effet, quand le CSFA s’est développé, il était important de l’installer au plus
près de ses principaux partenaires. La SIMMAD s’est installée dans le Sud-Ouest pour se rapprocher, comme le CSFA, du pôle national de l’aéronautique de Défense. La SIMMAD ne travaille pas
uniquement pour l’armée de l’Air ; elle a une vocation totalement interarmées et même étatique. Mais l’armée de l’Air reste le premier opérateur aérien de l’Etat. Le fait qu’elle se
rapproche du CSFA, commandement technico-opérationnel, va permettre à ces deux structures de travailler ensemble au bénéfice de toutes les armées et services.
En effet, de nombreuses flottes d’aéronefs sont partagées par plusieurs armées et lorsque ce n’est pas le cas, ce sont les mêmes constructeurs et maintenanciers qui travaillent pour chacune
d’entre elles. La proximité de la SIMMAD et du CSFA et les processus fonctionnels qu’ils établiront rejailliront sur tous les utilisateurs de l’aviation militaire nationale. Par exemple, nous
attendons de ce rapprochement avec la SIMMAD et les industriels du secteur, une plus grande fluidité de la logistique, donc des gains de temps, des économies fonctionnelles et, in
fine, de la performance technico-opérationnelle. Aujourd’hui, pour les opérationnels, le MCO est en grande partie une bataille contre le temps, une bataille pour accélérer les processus
logistiques et les décisions et résoudre le plus rapidement possible les faits techniques. La bataille du MCO, c’est aussi le combat contre le cloisonnement et la stratification des processus
de maintenance aéronautique. Le rapprochement entre la SIMMAD et la CSFA est un pas vers cet objectif.
Le métier du CSFA c’est de faire voler des systèmes d’armes et de permettre une activité aérienne pertinente pour préparer nos forces et répondre présent lorsque des opérations se déclenchent.
Le fait que la SIMMAD le rejoigne à Bordeaux va permettre d’accélérer encore plus le temps et donc d’augmenter la disponibilité et l’efficacité opérationnelles. Voilà un mois que la SIMMAD est
arrivée à Bordeaux et déjà notre relation s’est fortement intensifiée : nous travaillons tous les jours ensemble, nous assistons aux mêmes réunions, nous rencontrons ensemble les
industriels, etc. On ne perd plus de temps au téléphone, à s’envoyer des lettres ou des messages. Tout se fait en direct et on gagne en réactivité et en efficience. On se concentre, comme ce
n’était pas le cas auparavant, sur le « technico-opérationnel » et moins sur le « technico-administratif » et on fait des économies sur le coût global du MCO. Voilà ce que
nous attendons de l’arrivée de la SIMMAD et je dois dire que je suis très optimiste pour la suite.
Pour autant, le rapprochement SIMMAD-CSFA n’est pas une fusion car le CSFA est avant tout un commandement de forces. Par ailleurs, son périmètre d’activité ne se limite pas au MCO des aéronefs
et comprend aussi ce qui relève de l’appui à la manœuvre aérienne.
[1]UAV : Unmanned Aerial Vehicle (véhicule aérien sans pilote à bord)
[2]ADS : Aero Defense Support
[3]SIMMAD : Structure intégrée de MCO des matériels aéronautiques de Défense
[4]SIAé : service industriel de l’aéronautique
[5]CSFA : commandement du soutien des forces aériennes