21.09.2012 par Guillaume de Gail.-
lettresdestrasbourg.wordpress.com
La dynamique d’intégration européenne, à l’œuvre depuis maintenant 60 ans, nous a progressivement amenés à délaisser des pans croissants de notre souveraineté au profit du fonctionnement
protofédéral de l’Union et de la législation bruxelloise. Alors que nous nous battons pour que les français puisse avoir le droit de s’exprimer souverainement sur la question du traité
budgétaire, il est tout aussi bon d’alarmer nos concitoyens sur la situation de l’Armée française, et plus généralement des armées européennes.
Les Armées nationales : nouvelle cible des fédéralistes ?
En effet, le Général Hakan Syren, par ailleurs président du Comité Militaire de l’Union Européenne, vient de déclarer que certains états-membres, d’ici à quelques années, ne pourront plus
financer leurs armées, notamment les armées de l’Air. Un constat d’autant plus net au vu de l’ére d’austérité et coupes budgétaire dans laquelle certaines nations historiques d’Europe sont
pongées ou sur le point d’être plongée.
Et naturellement, c’est l’occasion pour le Général suédois de déclarer : « Sauf s’ils y investissent davantage d’argent et coopèrent plus étroitement sur les questions de
défense ».
Cette recommandation n’est pas sans rappeller la teneur du récent Discours sur l’Etat de l’Union, au cours duquel le Président Barroso a pu nous expliquer sans surprise, que la voie pour sortir
de la crise, était la réalisation de l’ultime étape vers l’intégration fédérale, avec une commission remplissant la charge de gouvernement, et le Parlement faisant office d’Assemblée Européenne.
Ainsi, la situation de crise grave, de problématiques de financements et de dépenses que rencontrent certains états membres, sont l’occasion pour l’Eurocratie de les pousser à soumettre l’Armée
nationale, qui constitue finalement le pan le plus important de la souveraineté populaire, en tant qu’institution garante de la sécurité d’un peuple et de ses institutions démocratiques.
Plus encore, le Général Syren propose une fusion entre le groupe franco-allemand EADS et le groupe britannique BAE Systems pour parvenir à la création d’un superconsortium européen de
l’aérospatiale. Gageons qu’une telle proposition, réalisée, signerait une grave erreur stratégique et un nouveau renoncement à notre capacité à l’indépendance dans l’ingénierie aérospatiale.
Les considérations d’indépendance nationale qui nous préoccupent, sont pour le Général Syren, « une dispersion des efforts ». Le journal Romandie[1] nous rapporte :
« Hakan Syren pense en effet, à l’instar de nombreux experts de la défense, que les gouvernements européens dispersent leurs efforts en décidant de spécifications nationales pour leurs
équipements militaires plutôt que de les standardiser à l’échelle européenne. De nombreux pays de l’UE ont drastiquement réduit leurs dépenses militaires dans le cadre des mesures de restrictions
budgétaires liées à la crise financière.
Selon le général Syren, ces coupes budgétaires n’ont fait qu’aggraver d’autres problèmes. D’après lui, les Etats membres de l’UE dépensent leurs budgets de la défense de façon inefficace, en
créant de la surcapacité dans certains secteurs et en omettant de palier des “insuffisances critiques” dans d’autres ».
Ou comment l’exploitation de la crise des Etats-membres nous conduit à de potentiels abandons conséquents de notre puissance militaire, qu’il faudra mettre au service définitif non pas de
l’Europe des peuples, mais de l’Europe asservie à Bruxelles et au mondialisme.
Situation de l’Armée française.
Alors que les opération militaires impliquant l’Armée française au cours de cette décennie, se sont largement soldées par de simples opérations de coopération et de soutien logistique à la
plupart des guerres d’ingérences américaines ou otanniennes, le sommet de l’Armée Française s’exprime de plus en plus fort sur l’état alarmant des forces, à commencer par le
moral des troupes, qui selon le chef d’État-major de l’Armée, l’Amiral Edouard Guillaud, est « aujourd’hui au seuil d’alerte ».
La France, qui fait encore figure de grande puissance militaire d’envergure internationale, serait-elle également visée par le Général Syren ? Tout porte à le croire, au vu de notre
situation :
Effectivement, les restructurations exceptionnelles menées depuis le livre blanc de 2008 et depuis la RGPP, la « profonde réforme de l’organisation des armées et de leur mode de
fonctionnement » est la plus importante « depuis la réforme Messmer de 1962 », comme le rappelle l’Amiral Guillaud.
En effet, il s’agit de la suppression de 50.000 postes, « une pression impitoyable sur les effectifs », dit encore le chef d’état-major de l’armée de terre, le général Bertrand Ract
Madoux.
Unanimité encore, pour le chef d’état-major de l’armée de l’Air, le Général Jean-Paul Paloméros qui souligne que « nos armées sortent assez fatigués des réformes en cours, qu’elles ont
dû mener en même temps que leurs opérations militaires. »
Plus de 32.000 postes sur les 50.000 ont déjà été supprimés. L’Amiral Guillaud plaide lui, pour une pause dans le rythme battant de ces réformes.
L’Armée de Terre en est par exemple réduite aujourd’hui au seuil indigent et symbolique des10000 militaires !, provoquant des « pertes de repères » pour certaines unités selon
l’Amiral.
En outre, les tares de l’Armée, liée aux problèmes de l’entretien des matériels et des équipements militaires semblent devenir récurrent et même liés à la baisse du moral des troupes, dont les
contractuels, sous-officiers ou officiers, perçoivent de moins en moins clairement les possibilités d’avancement, et surtout à se figurer le futur de cette armée « entre grandeur et
décadence », selon le mot de Michel Cabriol, qui a réalisé un dossier sur l’Etat de l’armée pour le journal économique La Tribune[2].
En espérant un réveil des généraux.
Coincée entre une tradition militaire étroitement liée aux fondements même de la défense de la République, et des injonctions européistes de plus en plus marquées, l’avenir de l’Armée française,
sera-t-il de se rallier entièrement à une dynamique européenne centralisée, afin de ne plus être qu’un bataillon parmi tant d’autres, opérant dans un vaste Eurocorps, voire pour le compte direct
de l’Eurocom ?
Fort heureusement, les généraux responsables montent désormais au créneau, à l’image du général Bertrand Clément-Bollée, le nouvellement nommé Commandant des Forces terrestres, attaché au
quartier Kléber de Lille.
Le Général Clément-Bollée a bon espoir que le nouveau Livre Blanc sur la Défense et la sécurité nationale actuellement élaboré, reçoive la bonne influence de « gens responsables,
conscients de la qualité de l’outil militaire français ».
A l’instar des chefs d’état-major d’Armées, il formule les mêmes inquiétudes quant aux réductions drastiques de postes :
« Nous atteignons un seuil. Pour la première fois de l’histoire, nous sommes moins de 100.000 dans l’armée de Terre. Nous sommes conscients des réalités économiques et il est légitime
que nous participions à l’effort national. Mais attention au seuil qui est peut-être un étiage. A Falloujah (Irak), 45 000 marines américains sont intervenus pour une ville de 300. 000 habitants.
Vous multipliez par deux et vous avez le format de l’armée française. Après Fukushima, l’armée de Terre japonaise a déployé ses 100 000 hommes comme nous le ferions en cas de catastrophe sur
notre sol. Alors, je dis ‘attention à ce qu’on fait ».
Il concluait en déclarant : « L’armée de Terre est un couteau suisse mais certaines fonctions sont au niveau minimum comme le NBC (Nucléaire, Bactériologique, Chimique) où
nous n’avons qu’un régiment. On reste sur la cohérence ou on se tourne vers des abandons capacitaires. Tout dépend de l’ambition nationale[3] ».
C’est précisément cela : tout dépend de l’ambition nationale.