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9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 17:50
Pente glissante : vers la réatlantisation de la défense européenne 2. (introductions de chapitre)

3 December 2013 Hajnalka Vincze

 

L'otanisation de la politique de sécurité et de défense de l’UE

 

Le domaine de la défense est l’illustration par excellence des dangers, voire dégâts, d’un principe longtemps considéré comme la clé de la dynamique européenne, à savoir l’ambiguïté constructive. Certes, celle-ci permet de garder l’apparence de l’unité et de donner l’illusion d’une politique. Mais dès qu’elle touche à la défense elle atteint vite ses limites : un faux pas ici peut mettre des intérêts vitaux en péril, et enfermer ceux qui le commettent dans des choix contreproductifs pour au moins des décennies. C’est justement le risque inhérent à l’expérimentation qui se poursuit sous l'étiquette de défense européenne.

 

 

Si l’acte de son lancement, en 1998-1999, parlait de lui-même et fut interprété à l’époque en conséquence, les principes sur lesquels elle a officiellement été basée étaient délibérément vagues, histoire d’accommoder deux visions irréconciliables. Ceci, plus l’éternelle tentation de la facilité, ont ouvert la voie à une réinterprétation des intentions initiales, jusqu’à même l’éventualité d’un retour au status quo ante – mais dans une position infiniment plus faible pour l’Europe, cette fois-ci. Car l’option de l’émancipation aura été abandonnée.

 

Les deux crises: une opportunité pour ré-européaniser notre défense

 

Les discours et les réflexions sur les questions de sécurité européenne ont été dominés ces dernières années par deux sujets, présentés comme ayant un impact déterminant pour l’avenir de l’Europe de la défense. D’une part la crise financière et économique, de l’autre le repositionnement stratégique américain vers l’Asie. La première est le plus souvent décrite comme un « cygne noir », autrement dit la surprise stratégique majeure de nos jours, tandis que le soi-disant pivot des Etats-Unis est parfois perçu comme un abandon de l’Europe par son protecteur-allié, parfois comme un avertissement-appel pour que les Européens commencent à « faire plus ». Le plus souvent les deux.

 

Pourtant, ces interprétations sont fort trompeuses. Premièrement, la crise ne fait qu’accentuer et mettre en lumière des tendances budgétaires (la défense utilisé comme variable d’ajustement) et des préférences idéologiques (mythe de l’Europe puissance civile) qui avaient déjà été en place. Deuxièmement, pivot ou pas pivot, l’Amérique n’a nullement l’intention de diminuer son omniprésence dans les domaines stratégiquement importants (armements, énergie, relations avec la Russie) en Europe, au risque d’y perdre son formidable contrôle.

 

Ceci étant dit, les deux développements parallèles (la crise et le pivot) sont, en effet, une opportunité unique. A condition de les aborder de façon réaliste, à l’exact opposé des éléments de langage qui les instrumentalisent. Les conclusions s’imposeraient elles-mêmes. Et, sans surprise, elles impliquent toutes une redéfinition fondamentale des priorités en matière de défense européenne.

 

La nécessité d’une avant-garde sur base de volontarisme stratégique

 

De nos jours, il est devenu (enfin) généralement admis que l’approche à 28 (les Etats membres de l’UE au grand complet) est nécessairement une impasse, du moins dans les domaines les plus délicats. La défense est, de toute évidence, l’un des meilleurs exemples de ces secteurs incompatibles avec le dogme de « tous à la fois ». Ce n’est donc pas un hasard si la « flexibilité » en matière de défense, longtemps le grand tabou des débats européens, a maintenant obtenu droit de cité non seulement dans la pratique, mais aussi aux termes du traité de Lisbonne. Au moins jusqu’à un certain point…

 

En réalité, la géométrie variable n’est tolérée que si les diverses configurations « flexibles » se limitent à des questions opérationnelles et pratiques. D’où la préférence générale pour des regroupements sur base de capacités. Cette approche peut sans doute être utile, en particulier pour ce qui est d’encourager les Etats et d’obtenir des résultats tangibles au cas par cas. Mais elle ne sauvera pas l’Europe du déclassement stratégique ou, pour reprendre l’expression d'Hubert Védrine, de « la sortie de l’Histoire ». Pour rester dans la course sur une scène internationale en mutation profonde, le lancement d’une avant-garde sur base de vision stratégique serait à la fois urgent et impératif.
 

A suivre. Voir le sommaire.

(Sur la base du papier: Hajnalka Vincze, Pente glissante: vers la réatlantisation de la défense européenne, The Federalist n°2-3, 2013) 

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9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 17:50
Pente glissante : vers la réatlantisation de la défense européenne 1. (introduction)

 

2 December 2013 Hajnalka Vincze

 

« L’Europe, ce n’est pas un territoire, pas une nationalité, c’est une volonté. 

Est européen seulement celui qui entend être européen. » 

(Jean-François Deniau)

 

La dénommée Politique commune de sécurité et de défense (PSDC) de l’Union européenne célèbre son quinzième anniversaire dans un état d’hibernation profonde, pour reprendre l’expression de l’amiral Guillaud, ancien chef d’état-major des armées. Autrefois le centre de toutes les attentions, le gagnant de tous les concours de popularité, considérée comme à la fois le symbole des ambitions stratégiques de l’Union et le dépositaire de son potentiel énorme, la PSDC est devenue ces dernières années le parent pauvre de la construction européenne. Celui qui met ses faiblesses cruellement en lumière, en même temps qu’il ne ferait que détourner l’attention (et les ressources) de ce qu'il convient d’appeler les « vrais problèmes ».

 

Ce serait trop facile de faire porter le chapeau à la crise financière et économique pour cette tombée en disgrâce de la PSDC. Surtout, ce serait faux. D’une part, le détournement de la politique de défense de l’UE de son trajet initial avait commencé bien avant l’éclatement de la crise. De l’autre, si ce n’était pour ce même détournement, la PSDC aurait tout pour devenir une partie de la solution aux difficultés actuelles de la construction européenne dans son ensemble. Et une partie cruciale, de surcroît. Une vision stratégique partagée, étayée par des initiatives réelles en matière de défense serait à même de donner à l’Union un formidable élan, à la fois psychologiquement et économiquement.  


Le soi-disant « sommet Défense » de l’UE, prévu pour les 19-20 décembre prochain est supposé marquer le point de départ d’une sorte de résurrection de l’Europe de la défense. Ce qui serait fort souhaitable, mais pas n’importe comment. En effet, si c’est pour la relancer sur la piste détournée qu’elle poursuivait avant de tomber dans le coma artificiel, ce n'est pas la peine. Même l’hibernation est une bien meilleure solution et, surtout, moins néfaste. Sans un retour radical aux fondements, la prétendue défense européenne ne pourrait jamais espérer de la devenir réellement un jour, à savoir ayant une dimension véritablement défense et véritablement européenne. Elle ne ferait qu’enlever définitivement l’option à nos Etats de suivre ces deux impératifs au moins à l’échelle nationale.


A suivre. Voir le sommaire

(Sur la base du papier: Hajnalka Vincze, Pente glissante: vers la réatlantisation de la défense européenne, The Federalist n°2-3, 2013) 

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9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 17:50
Source Délégation de l'UE aux USA

Source Délégation de l'UE aux USA

9 December 2013 Hajnalka Vincze

 

 

A contre-pied de l’idée initiale et suite à une régression spectaculaire, la politique de défense de l’UE (PSDC) entre aujourd’hui dans une nouvelle phase où elle doit lutter pour sa survie même. En effet, des voix de plus en plus nombreuses se demandent si elle ne ferait pas mieux de se fondre dans l’OTAN, d’autant que les deux font parties du même « Occident ».

 

A bas la défense européenne ?

 

Qu’un ancien ministre de la défense de la Bulgarie puisse aller jusqu’à affirmer lors d’une conférence « qu’il est temps de cesser de nous fatiguer avec la PSDC, et de mettre plutôt tous nos œufs dans le panier OTAN », est tout de même révélateur d’une certaine ambiance. Hormis le style particulier du ministre Boyko Noëv (ses mots exacts pour « cesser de nous fatiguer » étaient « cut the cr… »), la même idée revient chez de nombreux experts. Dès 2011, Jan Techau, directeur allemand de Carnegie Europe, avait signé un papier intitulé « Oublions la PSDC, le temps est venu pour le Plan B ».

 

Sans surprise, ce fameux Plan B n’est autre que loyauté inconditionnelle vis-à-vis des Etats-Unis. Pour Jan Techau : « L’Europe doit arrêter de construire le village Potemkine nommé PSDC, quand elle peut obtenir tout ce dont elle a vraiment besoin tout simplement en échange d’une intense sollicitude portée au lien transatlantique ». Les Européens devraient juste abandonner leurs « stratégies futiles d’indépendance et de contrepoids », et admettre que, « en fin de compte, ce sont toujours les Américains qui garantiront la sécurité de l’Europe ». Une vision partagée par beaucoup, hélas.

 

Pourquoi pas une OTANUE ?

 

Pour savoir comment institutionnaliser cette approche explicitement subordonnée, tournons vers le ministre letton de la défense, qui considère les relations UE-OTAN comme un « désagrément ». La solution est toute simple : « en fait, il faudrait fusionner les deux organisations », déclara-t-il à la conférence de Riga en 2012. Pour un ministre balte, c’est normal, serait-on tenté de dire. Mais même un Jolyon Howorth, l'un des meilleurs spécialistes de l’Europe de la défense, connu jadis pour ses préférences clairement « autonomistes », avait décidé de changer son fusil d’épaule ces jours-ci.

 

Dès l’an dernier, M. Howorth a épousé l’idée selon laquelle « il faut que se produise progressivement une fusion institutionnelle et politique entre la PSDC et l’OTAN ». Cette année, il revient avec des détails élaborés : « Le Commandement allié Opérations/SHAPE devrait se fondre dans la PSDC » (inutile de préciser qu’entre le SHAPE d’un effectif de 13 000 d’un côté et l’Etat-major de l’UE avec ses 350 hommes de l’autre, ce serait plutôt dans l’autre sens).

 

Pour M. Howorth, une « entité robuste PSDC/OTAN devrait être mise en place » et les enceintes de décision politique des deux institutions devraient suivre ce mouvement de fusion. Hourra ! L’Amérique pourrait donc venir enfin directement à la table de l’UE et s’asseoir aux côtés de ses (nombreux) porte-paroles européens. En tant que maître de maison, bien évidemment. 

Le tout devrait s’accompagner d’une « fusion entre l’Agence européenne de défense et l’ACT » (Commandement allié Transformation). Que la première soit censée aider à pérenniser la base industrielle et technologique de défense européenne et que le second soit essentiellement la courroie de transmission des intérêts industriels américains n’est qu’un petit détail sans importance, visiblement.

 

La redécouverte de « l’Occident »

 

Idéologiquement, c'est le courant de pensée occidentaliste qui sert de toile de fond pour les projets de fusion. Il a été récemment célébré en grande pompe à la conférence de Riga en septembre dernier. Où Jan Techau (le directeur susmentionné de Carnegie Europe) nous expliquait que si l’Europe voulait devenir un jour un véritable partenaire de l’Amérique, il nous faudrait admettre que « les Américains et nous, nous sommes là tous ensemble. Nous devons nous rassembler, parce que nous sommes l’Occident ». Pour relever les défis du 21ème siècle, nous devrions donc cultiver notre sens de cette appartenance à la soi-disant communauté occidentale. 

 

Le fait est que même des analystes a priori sceptiques semblent de plus en plus tentés par cette approche. Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères, n’avait pas hésité à tirer les sonnettes d’alarmes dans son rapport de 2007 au président Sarkozy, contre ce qu’il nomma alors la « tentation occidentaliste ». Il y démonta les habituels stéréotypes sur les « valeurs communes » et sur la cohérence « occidentale » (les guillemets étaient les siens, à l’époque). Mais le même Védrine emploie, dans un récent billet, le mot « occident » à pas moins de six reprises. Et sans guillemets cette fois-ci.

 

Dans le foisonnement récent des ouvrages sur le thème de la nécessaire unité occidentale, prenons juste un seul autre exemple, celui de Charles A. Kupchan. Cet ancien directeur pour les affaires européennes dans le Conseil de sécurité nationale du président Clinton faisait le constat, en 2006, que « les intérêts américains et européens ont divergé, la coopération institutionnalisée ne peut plus être tenue pour acquise, et l’identité occidentale s’est affaiblie ». Le même Kupchan donne aujourd’hui « L’Occident et la montée du reste » comme titre à son dernier livre.

 

Les idées parallèles qui sont la réaffirmation de l’Occident et la fusion PSDC-OTAN signifieraient un retour de la défense européenne à sa phase d’avant-PSDC. Où elle se retrouverait de nouveau dans les cadres de l’Alliance, mais, cette fois-ci, sans même la possibilité de devenir un jour indépendante. Puisque son retour serait l’aveu même que cette voie aura déjà été essayée, et abandonnée car jugée sans lendemain.

 

A suivre. Voir le sommaire.

(Sur la base du papier: Hajnalka Vincze, Pente glissante: vers la réatlantisation de la défense européenne, The Federalist n°2-3, 2013) 

 

*Lecture supplémentaire : Nous sommes tous des Occidentaux : grand-messe transatlantique en Lettonie

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9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 17:50
Le renversement du concept initial de la défense européenne : retraite domaine par domaine

5 December 2013 Hajnalka Vincze

 

La PSDC (politique de sécurité et de défense commune de l’UE) fut programmée par les traités européens eux-mêmes pour aller, avec le temps, au-delà des restrictions qui lui étaient imposées sous prétexte de complémentarité avec l’OTAN. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle reste largement en-deçà des attentes.

 

Une PSDC bien maigrichonne

 

Après une phase initiale particulièrement dynamique pendant laquelle (1) toute l’architecture institutionnelle s’est mise en place à une vitesse fulgurante (avec néanmoins un chaînon crucial qui manque) ; (2) les premières opérations ont été lancées (y compris un véritable « coup d’Etat » lorsque la France réussit à faire passer l’opération militaire Artémis au Congo sous drapeau UE, sans recours à la coopération/subordination OTAN) ; et (3) la présence d’uniformes dans les couloirs de l’UE est brusquement devenue monnaie courante ; la PSDC semble néanmoins avoir atteint une sorte de plateau aux alentours de 2005. La mécanique s’est grippée, et les tabous qui auraient dû disparaître dans la foulée, n’ont finalement pas pu être levés.

 

Il suffit de regarder les opérations militaires récentes de la PSDC pour se rendre compte du décalage entre les ambitions initiales et le bilan. Petit rappel : d’après « l’objectif global » fixé à Helsinki par les Etats membres en 1999, l’UE aurait dû être en mesure, dès 2003 de gérer toute une gamme d’opérations, y compris « les plus exigeantes » missions de forces de combat. Avec un déploiement « pouvant aller jusqu'au niveau d'un corps d'armée (jusqu'à 15 brigades, soit 50 000 à 60 000 hommes). » Dix ans après la date butoir, on se félicite chaudement de pouvoir envoyer quelques centaines d’hommes pour des « missions d’entraînement ».

 

En effet, les opérations militaires de l’UE (de moins en moins nombreuses) sont d’emblée des missions à bas risque, limitées et dans leur ambition et dans leur portée. De plus, elles ne s’inscrivent dans aucun cadre politique cohérent, ce qui les fait paraître comme de simples improvisations au gré du moment. Sans parler du message véhiculé par la série d’occasions ratées : au Liban en 2006, au Libye en 2011 et plus récemment au Mali. Dans ces crises, pourtant « taillées sur mesure » pour la PSDC, l’Union ne brillait que par son absence.

 

Dans le même temps, les Etats membres ont été incapables de mettre au point des règles de financement qui puissent faire autre chose que de pénaliser ceux qui consentent à des déploiements (avec le mécanisme de financement commun Athena, 90% des dépenses se font selon le principe « les coûts incombent à leurs auteurs »). En d’autres mots, c’est la double peine. Ceux qui envoient leurs troupes (formées, entraînées, équipées) sur le terrain, sont les mêmes qui prennent en charge quasiment tous les frais. Un système plus que souhaitable à l’OTAN où la mobilisation se fait par serment d’allégeance, mais qui a, dans l’Union européenne, un effet paralysant.

 

Jusqu’ici, l’UE n’a pas mieux réussi avec ses groupements tactiques (GT) non plus. Le système, lancé en 2004, prévoit une rotation semestrielle avec deux groupements (d’environ 1500 hommes) en alerte à tout moment pour répondre aux crises. Mais il devient de plus en plus creux (tout au long de 2013, par exemple, il n’y a qu’un seul groupement en permanence), sans parler du fait que, depuis bientôt dix ans, aucun GT n’a jamais été déployé sur le terrain.

 

Pour ce qui de l’armement, les Britanniques continuent à mettre leur veto à l’augmentation du budget de l’Agence européenne de défense. Par ailleurs, depuis le projet A400M en 2003 aucun programme majeur d’équipement n’a été lancé en coopération européenne. Le Centre satellitaire de l’UE ne dispose toujours pas de moyens qui lui soient assignés, c’est donc sur le marché commercial qu’il doit se procurer d’images satellitaires – ce qui fait qu’il est dépendant à 80-90% de fournisseurs américains. De son côté, le Centre d’analyse et de renseignement de l’Union a besoin de deux mois pour répondre à une commande.

 

De toute manière, la PSDC n’est pas près d’aller au-delà de son rôle de simple « pourvoyeur de sécurité », puisque la défense collective reste fermement exclue de ses compétences. Quoique présente dans les traités européens comme éventuel objectif ultime, son idée même risque de s’éclipser dans la pratique. La fin de l’UEO (Union de l’Europe occidentale) en 2011, ce fut aussi celle du seul engagement ferme entre Européens en matière de défense collective. Si le Traité de Lisbonne de l’UE donne l’impression de prendre le relais dans ce domaine, en réalité il ne fait que consacrer la primauté de l’OTAN et de son Article 5.

 

Une PSDC de plus en plus civile

 

Pour terminer la liste des déceptions et faiblesses, il convient de jeter un coup d’œil sur la sempiternelle question du Quartier général militaire de l’UE. En effet, la mise sur pied d’une capacité permanente de planification et de commandement des opérations militaires est toujours hors de question. Elle bute toujours sur le veto de Londres. Or s’il y a une mesure susceptible à la fois de réduire le temps de réaction aux crises, d’assurer la continuité, de permettre un véritable retour d’expérience et de supprimer les doublons entre 5 structures nationales différentes ; cette mesure est bien celle-là. Dommage que le fameux « pragmatisme » britannique ne s’applique pas dans ce cas.

 

Le seul moyen de surmonter la paralysie imposée par la « ligne rouge » du Royaume-Uni serait, dit-on, une sorte de fusion civilo-militaire. Laquelle résulterait en une structure mixte, susceptible de devenir une illustration de plus de la volonté d’étouffer le volet militaire de l’UE sous de doux coussins. Sous le prétexte de la prétendue approche globale, bien entendu. Une approche globale qui est justement l’un des premiers risques de régression pour l’Europe de la défense.*

 

Evidemment, il n’y a rien de mal à dire que l’UE a besoin de la palette entière de ses instruments pour gérer les crises. Cela va de soi. Par contre, l’approche globale telle qu’elle est organisée sens dessus-dessous dans l’UE est un tout autre animal. Elle va bien au-delà d’une simple coordination étroite. Dans la pratique, elle signifie l’éparpillement et la marginalisation de la composante militaire dans l’Union européenne, conformément à l’idéologie pacifiste-atlantiste de certains.

 

Il est pour le moins révélateur que le directeur sortant de la DAS (Délégation aux affaires stratégiques du Ministère de la Défense) compare ce concept adulé et glorifié qu’est l’approche globale au… « monoxyde de carbone ». Pour Michel Miraillet, « Vous ne le voyez pas. Vous ne le sentez pas. Mais à la fin on en crève ! ». En effet. C’est même le but du projet. L’approche globale n’est qu’un nouveau prétexte, certes très séduisant pour les beaux esprits, pour étouffer le volet militaire non seulement dans les relations extérieures de l’UE, mais aussi au sein même de la PSDC proprement dite.

 

Une PSDC qui flirte avec l’OTAN

 

Paradoxalement, la rêverie pacifiste sur « l’Europe puissance civile » et l’orthodoxie otanienne conduisent toutes les deux à un résultat tout à fait similaire. Une Europe conforme à la vision anglo-saxonne qui n’y voit qu’un précieux auxiliaire civil à l’Alliance atlantique et à sa puissance militaire. Dans cet esprit, et pour maintenir les restrictions imposées à l’Europe de la défense au nom de la « complémentarité » avec l’OTAN, on assiste à un rapprochement continu entre les deux institutions. Un rapprochement qui, pour certains, devrait culminer en une fusion.

 

Il n’est peut-être pas inutile de rappeler qu’au lancement de la PSDC, la France était extrêmement vigilante à la tenir aussi éloignée que possible de l’Alliance atlantique. Au point que le Secrétaire général de l’OTAN et le Haut représentant de l’UE (MM. Robertson et Solana à l’époque) ne pouvaient se voir qu’une fois par mois, lors d’un petit déjeuner pris en tête-à-tête. Et même pour cela, il fallait préciser que ce n’était qu’un « petit déjeuner informel ».  

 

Comme l’a noté une étude du Center for European Reform britannique, « Les Français semblent soucieux de ne pas laisser la fleur délicate de la défense européenne se faire écraser dans une embrassade avec le géant militaire qu’est l’OTAN. Les responsables français disent parfois qu’une étroite coopération UE-OTAN risque de donner une influence excessive à l’Amérique dans les politiques étrangère et de défense de l’UE ». A remarquer que l’auteur eut l’honnêteté d’admettre, tout en prêchant pour l’inverse, que « les inquiétudes françaises vis-à-vis des priorités US ne sont pas complètement sans fondement ».

 

N’empêche. Le rapprochement pratique UE-OTAN est devenu aujourd’hui un fait (et que la dispute turco-chypriote limite toujours les liens institutionnels n’y change strictement rien). L’équipe de liaison permanente de l’OTAN à l’Etat-major de l’UE d’un côté, et la cellule de l’UE au SHAPE (commandement de l’OTAN) de l’autre, participent chacune à la plupart de briefings quotidiens respectifs. Le Secrétaire général de l’OTAN est devenu un participant régulier aux réunions des ministres de la défense de l’UE (au point même d’y organiser une rencontre avec la presse, tout dernièrement). Et ce en plus des innombrables réunions non-institutionnelles, comme les « dîners transatlantiques » des ministres des Affaires étrangères UE et OTAN, par exemple.

 

Le représentant OTAN du pays qui assure la présidence de l’UE donne un compte-rendu hebdomadaire au Conseil de l’Atlantique du Nord et au Comité militaire de l’Alliance. Par ailleurs, la plupart des représentants militaires des pays qui sont membres des deux organisations portent une double casquette à la fois OTAN et UE (la France elle-même s’y est résignée, ne laissant à part que la Belgique, le Luxembourg et la Grèce). Le problème, encore une fois, n’est pas la coordination per se, mais son caractère biaisé en faveur de l’OTAN. Petit détail révélateur : même quand ils discutent de la PSDC, les généraux européens préfèrent passer leurs journées (en règle générale 6 jours sur 7) au quartier général de l’Alliance.

 

A suivre. Voir le sommaire.

(Sur la base du papier: Hajnalka Vincze, Pente glissante: vers la réatlantisation de la défense européenne, The Federalist n°2-3, 2013) 

 

*Lecture supplémentaire : « Approche globale » : le danger mortel

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9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 17:50
La défense européenne : une idée d’émancipation à l’origine

 

4 December 2013 Hajnalka Vincze

 

Il est, hélas, difficile de l’imaginer aujourd’hui, mais au moment de son lancement, la PSDC (politique étrangère de sécurité et de défense commune de l’UE) fut unanimement perçue comme un défi lancé à l’OTAN…
 

Le point de bascule

Même rétrospectivement, connaissant le bilan pour le moins mitigé, il n’y a pas de doute : la déclaration franco-britannique de Saint-Malo (de décembre 1998, reprise six mois plus tard par les Quinze de l’UE pour lancer ce qui fut nommé alors la Politique européenne de sécurité et de défense commune) a été une véritable percée. D’un potentiel à la fois énorme et inconcevable jusque-là. Et ce malgré le fait qu’elle était désignée avant tout comme une couverture astucieuse pour accommoder deux visions toujours aussi antagonistes.

 

Pour le Royaume-Uni, cette initiative devait surtout aider à renforcer les capacités européennes dans l’OTAN. Plus les alliés prennent en charge leur part du fardeau, plus ils seraient précieux pour les Etats-Unis. Lesquels resteraient donc plus volontiers engagés sur le vieux continent, ce qui est immuablement la priorité n°1 des Britanniques. Pour la France, en revanche, la nouvelle dimension « défense » de l’UE devait permettre, à terme, de la développer en une entité indépendante d’un quelconque tiers.

Malgré cette divergence fondamentale, Saint-Malo a accompli ce que peu auraient cru possible quelques années auparavant. L’ancien monopole de l’OTAN dans les affaires de sécurité européenne a été remplacé du jour au lendemain par une sorte de cohabitation entre l’UE et l’Alliance. Les fonctions pertinentes de l’UEO ont été transférées à l’Union européenne (tout au long des années 1990, l’Union de l’Europe occidentale avait été laissée en porte-à-faux entre les deux institutions, en sa double qualité de « bras armé » de l’UE et « pilier européen » de l’Alliance atlantique).

 

Dans le même temps, l’IESD mort-née de l’OTAN (tentative d’établir une soi-disant Identité européenne de sécurité et de défense au sein de l’Alliance, sur la base du principe « séparable mais non séparée ») a dû céder la place à cette nouvelle politique de l’UE, d’une popularité indéniable et d’un dynamisme prometteur. Qu’importe les arrière-pensées britanniques quand le fait était là. L’OTAN a perdu son monopole, et l’Union fut désormais une enceinte légitime pour discuter de défense entre Européens. Comme l’a résumé le directeur politique du Ministère de la défense britannique : « Nous avons laissé sortir le génie de la bouteille ».

 

La panique

Cette analyse fut largement partagée par l’Amérique dès le départ. Les effectifs de la représentation US auprès de l’Union européenne ont été augmentés de moitié en urgence, et le Secrétaire d’Etat Albright ne s’est pas caché du fait que le seul pays au monde qui s’inquiétait au vu de cette tentative des Européens de se prendre en main, n’était point la Russie, ni même un quelconque autre voisin « turbulent », mais leur propre allié situé de l’autre côté de l’océan.

 

Au Secrétaire d’Etat américain donc de poser des conditions sous forme d’un soi-disant « triple D » à éviter. Pas de « découplage » du processus européen de prise de décision de l’OTAN, ce qui devrait garantir le « droit du premier refus » à l’Alliance. Pas de « duplication » des capacités et des structures de l’OTAN, ce qui devrait empêcher l’UE de se doter d’instruments qui lui permettent d’agir de façon indépendante. Pas de « discrimination » à l’égard des alliés non membres de l’UE, ce qui signifierait que la politique européenne naissante serait structurellement ouverte à une interférence permanente.

 

De façon révélatrice, les responsables américains ont tenu pendant des mois, voire parfois des années, à employer le sigle IESD (identité européenne dans l’OTAN) en parlant de la PESD de l’Union européenne. Or la différence entre les deux était cruciale, et elle ne leur échappa certainement pas. Un haut fonctionnaire du Pentagone l’avait parfaitement résumée dès 1999, lors d’une audition au Congrès : pour Peter Rodman, « Cette initiative de l’UE pour construire une identité de défense européenne séparée vient trois ans après que l’OTAN ait accepté ses propres procédures en vue de reconnaître et promouvoir une Identité européenne de sécurité et de défense dans le cadre de l’Alliance. La nouvelle procédure UE, en revanche, pourra permettre (au moins selon certains Européens) à l’Europe de se débarrasser des Américains ‘si elle le souhaite’. En fait, elle semble avoir été lancée justement pour cette raison. » Exactement.

 

Leo Michel (qui fut à l’époque « director for NATO policy » à l’Office du Secrétaire à la défense) a récemment fait la lumière sur les inquiétudes américaines au lendemain du lancement de la politique européenne. « Les responsables et les experts américains craignaient que les consultations et les décisions clés touchant aux affaires politiques, militaires et de défense en Europe ne se déplacent, à terme, depuis l’OTAN (où la puissance politique et militaire unique de l’Amérique lui permet d’avoir un rôle proéminent dans la mise au point des politiques et des opérations de l’Alliance), vers l’UE où les Etats-Unis n’ont pas de place à la table. » Ou comme l’avait formulé dès 2005 le rédacteur en chef de la revue Atlantic Monthly : « L’OTAN, c’est nous qui la dirigeons, contrairement à l’Union européenne, de plus en plus puissante ».

 

L’apparente accalmie

Ces dernières années, la « narrative » américaine a changé de façon très marquée. Des cris d’encouragement se sont substitués aux mises en garde. Sauf que cette métamorphose ne vient pas d’un quelconque changement de l’approche US, mais résulte tout simplement du détournement de la PSDC de sa trajectoire initiale.

 

D’après la nouvelle ligne officielle, Washington ne s’inquiète plus de voir la défense européenne monter en puissance. Bien au contraire, l’Amérique serait devenue son plus grand supporter. Sans se soucier des « débats théologiques » pour savoir si une initiative sera prise dans le cadre de l’OTAN ou dans celui de l’UE, elle ne serait intéressée que par des résultats. Une interprétation pour le moins trompeuse de ce qui se passe réellement.

 

Pour commencer, l’Amérique est toujours aussi soucieuse d’assurer la primauté de l’OTAN dans les deux domaines qu’elle considère cruciaux pour le maintien de son emprise sur notre continent. A savoir la conduite des opérations et les questions d’armement. En ce qui concerne le premier, l’intervention en Libye aurait dû démontrer à tout le monde que l’OTAN est la seule institution multinationale où de telles opérations puissent être planifiées et mises en œuvre convenablement (le fait qu’il existe une chaîne parallèle de commandement strictement US au sein de l’Alliance ne fait qu'ajouter à son attractivité, manifestement). S’agissant des questions capacitaires et d’armement, rappelons juste que c’est pour riposter à l’initiative Pooling&Sharing de l’UE, que l’OTAN a lancé son Smart Defense (le cheval de Troie des industriels américains).

 

Pour le reste, la nonchalance nouvelle de l’Amérique en matière de PSDC vient tout simplement d’une évaluation réaliste de son développement au cours des 15 dernières années. Pour être bref : il n’y a plus rien à craindre. La défense européenne a non seulement régressé spectaculairement par rapport à sa dynamique initiale, mais elle l’a fait à tel point que même un éventuel retour sous le giron de l’Alliance est évoquée aujourd’hui de plus en plus ouvertement.

 

A suivre. Voir le sommaire.

 

(Sur la base du papier: Hajnalka Vincze, Pente glissante: vers la réatlantisation de la défense européenne, The Federalist n°2-3, 2013) 

Lecture supplémentaire : Petit aperçu sur la politique étrangère, de sécurité et de défense de l’Union européenne

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4 décembre 2013 3 04 /12 /décembre /2013 11:50
‘A numbers game’: the Council summit on defence

 

3rd December 2013  – by Daniel Fiott - europeangeostrategy.org

 

What is the reality of military spending in Europe? Who are the major industrial actors and why? What of European military capabilities? These are questions that the European Union (EU) Member States will deal with at the December 2013 European Council on the ‘State of Defence in Europe’. Academic and think-tank publications have been coloured with aspirations, likely conclusions and points of desperation. Yet little quantitative information has been fed into the debate. We now know the agenda, and the Member States will discuss: increasing the effectiveness, visibility and impact of CSDP; enhancing the development of capabilities; and strengthening defence industry. But how do we know the quantitative parameters that will frame these debate? By drawing on quantitative data reported to the European Defence Agency (EDA), Eurostat and the Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI) from 2011 – data after this period is presently incomplete –, this post aims to provide European Geostrategy’s readers with a brief overview of the quantitative contours of the debate in advance of the December meeting.

Military spending (2011)

expenditure

 

Of the top seven military spenders in Europe, the United Kingdom (UK) is the highest spender on defence with €43.7 billion (£36.6 billion), with France (€38.5 billion – £32 billion), Germany (€33.8 billion – £28.1 billion), Italy (€21.7 billion – £18 billion), Spain (€10.1 billion – £8.4 billion), Netherlands (€8.2 billion – £6.8 billion) and Poland (€6.6 billion – £5.5 billion) following behind. This is significant given the NATO recommendation of requiring its members to spend a minimum of two percent of gross domestic product on their armed forces. Questions will always arise as to the effectiveness of such spending, especially if one considers inefficiencies such as over-spends and the fact that most military spending in Europe still goes to wage costs for personnel. Nevertheless, military spending is an important element in showing a commitment to the armed forces as an element of national policy. There are also tangible effects. The British have spent a proportion of their expenditure on new warships and aircraft carriers, which will go into maintaining a level of global force presence. Expect the British and the French to make an issue of military spending with their fellow Member States: the problem will be how they convince partners of the need to spend more on defence when so many of them are undergoing a period of fiscal and economic consolidation.

Government expenditure 2011

Other problems relate to two further issues. Firstly, the French announced in their 2013 White Paper that their national military spending will remain at approximately 1.5 percent of gross domestic product from 2015, and therefore no increase is foreseen – it is difficult to encourage other Member States to increase spending in this climate. Second, increasing military expenditure will be difficult given that other economic sectors continue to vie for a share of overall government expenditure. The above breakdown of EU27 defence spending as a total of government expenditure (2011) highlights the share of defence spending (€187 billion) as compared to other areas of government expenditure in the EU.

National spending on armaments (2011)

Defence equipment procurement expenditure 2011

 

Of the top seven national spenders on armaments equipment procurement in Europe, the French (€7.5 billion – £6.2 billion) come out on top, yet the UK (€6.8 billion – £5.6 billion) – a symptom of the demands of Afghanistan – and Germany (€5.8 billion – £4.8 billion) are close behind. Italy (€1.1 billion – £913 million) and Sweden (€966 million – £802 million) follow even further behind. The main tension on armaments equipment spending likely to emerge at the Council meeting will relate to where equipment is procured by the Member states and how much is in turn spent in collaborative projects at the European-level. In 2009 the European Commission adopted its Directives on intra-EU transfers of defence equipment and defence procurement. Expect some of the leading states to use these Directives to further open defence markets in Europe for the benefit of their own defence firms and suppliers.

Spending on European equipment collaboration (2011)European Collaboration 2011

 

Of the top six European spenders on European equipment collaboration, the Germany (€2.4 billion – £2 billion) invests more than any other EU Member State. Not much separates the UK (€1.7 billion – £1.4 billion), Italy (€1.5 billion – £1.2 billion) and France (€1.3 billion -£1.1 billion). Spain (€298 million – £247 million) and Belgium (€67.4 million – £56 million) are further behind. When compared to national armaments procurement spending, a number of disparities emerge; for example, France and the UK’s share of European-level spending is low when compared to Germany’s and Italy’s national-to-European ratio. The Council will attempt to showcase a number of bilateral military cooperation projects, including the British-French Lancaster Treaties and the BENELUX naval cooperation. Particular projects will also be highlighted including French-Italian naval cooperation on the FREMM Frigate, European Air Transport Command, the soon-to-be in service A400M, air-to-air refuelling capacities, remotely piloted aircraft systems (RPAS) and a Space Situational Awareness capability. It should be remembered that such capability projects do not necessarily reduce costs for the Member States. European cooperation on RPAS will entail a number of challenges, as will any discussion on the political reasons behind the failed BAE Systems-EADS merger.

Spending on defence research and development (2011)

Defence R&D 2011

 

The Council of the EU recognise that European levels of government investment into defence research and development is worryingly low. The ministers see defence research and development as a way to maintain and boost expertise, innovation and competitiveness in the defence sector. The problem, however, is that no workable ways of incentivising defence research and development investment among the Member States have been identified. Of the top six spenders on this in Europe in 2011, France (€3.3 billion – £2.7 billion) was the highest investor with the UK (€2.7 billion – £2.2 billion) and Germany (€1.1 billion – £913 million) in second and third place respectively. Defence research and development poses a number of challenges; member states have been keen to switch research and development investments to civilian sectors. Some have argued that this is a reflection of the European defence sector – e.g. greater development of dual-use technologies and the importance of small and medium-sized enterprises. While this may be a fair characterisation, Member States such as France and the UK recognise the importance of investment in military-specific research and development to maintain a technological and strategic edge.

 

Sustainable land forces (2011)Sustainable Land Forces 2011

 

Of the top seven European states with sustainable land forces, the French (29,444 troops) and the British (24,483) are European leaders. This is in keeping with their expeditionary posture since the end of the Cold War. Spain (7,850), Netherlands (5,050), Romania (2,953), Greece (2, 552) and Portugal (2,254) follow behind. Sustainable land forces will be another theme that emerges at the December Council meeting, especially in the discussions about the EU Battlegroups (EUBGs). Indeed, a key debate will be had on whether or not the Member States still see the EUBGs as a useful tool – more important will be the discussions on what purpose the EUBGs should serve in the wider framework of the EU’s Common Security and Defence Policy (CSDP). The British and French will be gearing up for a contest to keep the EUBGs as a tool for rapid deployment, whereas some other countries may push for the EUBGs to play a role in the CSDP’s existing work on in-country training of security forces in third-countries. This move would attempt to feed the EUBGs into the civilian elements of the CSDP, and away from the initial ambition for the EUBGs to serve as the EU’s rapid reaction standby force.

Arms exporters (2011)

Arms Exports Value 2011

 

The issue of arms exports will be critical in the context of the European Council’s discussions in December. While national reporting on arms exports is restricted and therefore based solely on estimates by SIPRI, it is clear from the diagram that in 2011 France (€1.8 billion – £) was the leading exporter of arms globally. Germany (€888 million - £737 million), the UK (€788 million - £646 million), Italy (€770 million – £639 million), Spain (€683 million - £567 million) and Sweden (€505 million – £418 million) followed behind. An interesting development has occurred since 2011, with all the countries mentioned above lowering their exports in 2012. Significantly, Germany is now Europe’s largest exporter (€878 million – £729 million) followed by France (€ 838 million - £695 million), the UK (€635 million – £527 million), Italy (€623 million – £517 million), Spain (€530 million – £440 million) and Sweden (€364 million – £302 million). France have lost its footing and Spain has improved its position on global markets compared to Sweden. Politically the French will be using the European Council meeting to put greater emphasis on the need to review EU export rules in such a way as to boost European (read French) arms exporters. The 2013 French White Paper makes clear that the financial crisis, the development of emerging economies’ domestic arms industries and the American sequestration are hurting French exports. Looking to increase its relevance in defence policy, the European Commission will be a natural ally for France in pushing for reforms that will benefit the ‘European Defence Technological and Industrial Base’ and, thus, French industry.

 

• Most of the data has been taken from the EDA’s ‘Data Defence Portal’, with the figures coming from 2011. Unfortunately, more reliable recent figures are unavailable as the European Union member states have not as yet reported figures to the EDA beyond 2011. It should also be noted that not all member states have reported national data to the EDA in certain cases. The figures on arms exports come from the Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI) database from 2011; although the original figures quoted by SIPRI are in United States dollars, the author has converted the figures to euros. The figures on total government expenditure come from Eurostat. For all notes on methodology, please consult the EDA, Eurostat and SIPRI websites respectively.

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28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 08:55
"Le nucléaire militaire est hypertrophié", selon Hervé Morin

 

27 novembre 2013 Par Hassan Meddah - Usinenouvelle.com



Hervé Morin, le président du Nouveau centre et ancien ministre de la Défense de 2007 à 2010, explique pourquoi il ne votera pas la loi de programmation militaire (LPM) en cours d'examen à l'Assemblée nationale.

 

L'Usine Nouvelle - Pourquoi allez-vous voter contre cette loi de programmation militaire (LPM) ?

 

Hervé Morin - Cette loi est au moins criticable sur trois points. Tout d'abord, dans son orientation même. Elle n'a pas le courage de faire des choix et ne tient pas compte du fait que nous sommes entrés dans une nouvelle ère. Elle procède à une réduction proportionnelle de la défense quand il aurait fallu repenser un nouveau système de force avec une vraie cohérence. On se contente de réduire de façon homothétique la défense, proportionnellement aux réductions de budget. Or, on est arrivé aux limites de cet exercice. Cela va nous amener à des trous capacitaires de plus en plus béants. Notamment dans les domaines du ravitaillement, de la guerre électronique, des moyens de surveillance et d'observation... On continue à expliquer que la France reste une puissance militaire globale. C'est faux. Il faut en tirer les conséquences et construire un corps expéditionnaire capable de mener une opération comme le Mali mais en autonomie stratégique complète totale, en se passant par exemple du soutien américain. Et admettre qu'on aurait des briques capacitaires que l'on fournirait dans le cadre d'opérations de coalition.

 

Vous estimez qu'il faut revoir à la baisse nos investissements dans la dissuasion nucléaire ?

C'est ma seconde critique. C’est le grand silence car comme toujours les nucléocrates, voire les nucleopathes, nous disent qu’il ne faut surtout ne rien changer et ne rien toucher. La réalité c'est que le nucléaire militaire est hypertrophié captant 30% des crédits d'équipements. Je préconise l’abandon de la composante aéroportée pour ne conserver que la force océanique stratégique. D'autant plus que la rénovation de la composante sous-marine nécessitera d'augmenter les crédits consacrés à la dissuasion d’environ 10% à partir de 2016. Et enfin je regrette que le plan de restructuration de la défense soit annoncé au compte-gouttes. Il aurait fallu un plan général, permettant au personnel d'anticiper les départs et de discuter avec les collectivités locales pour la reconversion des sites. Là, le ministre fait des annonces au coup par coup pour ne pas faire de bruit du fait des prochaines élections municipales.

 

Pourtant, Jean-Yves Le Drian a réussi à maintenir le budget global de la Défense...

Gare au jeu de bonneteau ! Le budget repose sur 6 milliards d'euros de ressources exceptionnelles que l'on peut qualifier d'imaginaires. C'est près du double de ce qui avait été prévu dans la précédente loi de programmation. Il intègre aussi des reports de charges c'est à dire des impayés qui sont décalés d'une année sur l'autre et qui atteindront prés de 3 milliards d'euros l'an prochain...Par ailleurs, les opérations extérieures ne sont plus financées par le seul ministère de la Défense. Enfin, la réorganisation du ministère me paraît extrêmement timide pour procéder aux économies dont on a besoin.

 

Le conseil européen de la Défense en décembre sera-il l'occasion de faire avancer l'Europe de la Défense ? 

J'aimerais mais je n'y crois pas. Les Européens ne veulent pas faire l'Europe de la Défense et la France ne peut pas la faire toute seule. C'est bien ça le drame. La mutualisation au niveau européen passera d'abord par la conception d'équipements communs et des rapprochements industriels. Non par le politique. L'A400M montre que l'on peut mener des grands programmes en commun. Les armées mutualisent la maintenance, la formation de pilotes... Pour faire l'Europe de la Défense, il faut avoir une vision très pragmatique.

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28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 08:55
Après l’UMP, l’UDI : les politiques discutent défense

27.11.2013 FOB


C’est un fait nouveau, la défense fait en ce moment l’objet d’intenses débats et idées. Voté en première lecture au Sénat, le projet de Loi de Programmation Militaire (LPM) suscite de nombreuses oppositions à l’Assemblée Nationale. C’est une bonne nouvelle, les sujets défense font aujourd’hui et bien plus qu’hier, apparaître de nombreuses et fortes idées ou propositions. On ne peut que se réjouir de cet intérêt pour un des plus gros budgets de l’État, qui touche aussi à la place de la France dans le monde. Ce nouvel intérêt part aussi d’un constat plus amère : la défense est en crise. Suppressions importantes d’unités, conditions de vie et de travail difficiles des soldats (Louvois, BdD…), budget équipement en baisse…

 

L’UMP, qui s’est déclarée contre la LPM, s’est d’ors et déjà saisi de ce sujet , lors de sa convention défense le 22 novembre dernier. Le texte est accessible ici.

 

C’est aujourd’hui, l’UDI qui réagit, et fait coup double : Hervé Morin, ancien ministre de la défense et président du Conseil national de l’UDI a fait un discours, hier en séance publique, critiquant assez fermement le projet de LPM (consultable ici)

Tandis que Philippe Folliot, responsable des questions de défense au sein de l’UDI, a présenté le projet défense de l’UDI cet après-midi aux membres du shadow cabinet de l’UDI (« gouvernement alternatif »), sous forme de 18 contre-propositions réunies en trois « blocs »: Europe, forces armées et lien armée-nation (lire la dépêche AFP ici)

 

Philippe Folliot avait déjà il y a quelques semaines laissé entendre son opposition dans une interview accordé à FOB (lire ou relire ici).

 

Reste un risque : un report du vote de la LPM. De nombreux contrats et programmes attendent le vote de la LPM pour être lancés. Mais le PS disposant d’une large majorité à l’Assemblée (276 sièges), le vote, au final, ne devrait pas poser trop de difficultés.

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25 novembre 2013 1 25 /11 /novembre /2013 22:50
« Sans une attention priorisée aux crises qui sont à notre immédiate portée, nous risquons un réveil très brutal ! » - Arnaud DANJEAN

 

25 novembre 2013 Entretien d’Europe n°77 avec Arnaud DANJEAN*

 

Un mois avant le Conseil européen des 19 et 20 décembre qui sera consacré en partie aux questions de Défense, et quelques jours après la réunion des 28 ministres de la Défense à Bruxelles et l’examen en séance plénière du Parlement des rapports sur la mise en œuvre de la politique de sécurité et de défense commune , et sur la base technologique et industrielle de défense européenne , la Fondation donne la parole à Arnaud Danjean, président de la sous-commission « Sécurité et défense » du Parlement européen.

 

1. L’actualité « Défense » dans l’Union européenne est importante puisque le Conseil européen des 19 et 20 décembre 2013 devrait être consacré aux questions de défense et de sécurité en Europe. Le rapport de Mme Catherine Ashton, publié le 10 octobre, vous paraît-il aller dans le bon sens et pensez-vous que les Chefs d’Etat et de gouvernement adopteront des décisions concrètes ?

 

On ne peut que se féliciter que la Défense soit à l’agenda d’un Conseil Européen. C’est suffisamment rare pour être significatif en soi. Le rapport préparatoire de Mme Ashton , ainsi que la communication des commissaires Barnier et Tajani, sont de bons documents, qui établissent les bons constats et contiennent des idées intéressantes. On peut -on devrait en tout cas- y puiser beaucoup d’inspiration pour rationnaliser nos capacités et harmoniser les différentes politiques nationales - industrielles, capacitaires, opérationnelles- dont nous percevons bien qu’aucune d’entre elles n’est en mesure de répondre, seule, aux défis de sécurité auxquels le continent européen et son environnement sont confrontés.

 

Cela étant posé, je ne suis pas certain qu’il soit sain et raisonnable d’attendre des annonces spectaculaires de ce Conseil européen. Il serait plus judicieux d’y voir le début d’un processus, avec l’ouverture de chantiers dont les résultats concrets ne seront sans doute effectifs et perceptibles que dans plusieurs années. Le temps de la Défense est un temps long, mais qui nécessite des décisions fortes et immédiates. Le Conseil devra donner des impulsions, principalement dans le domaine capacitaire. C’est incontestablement là que résident les potentialités les plus concrètes: drones, capacités de ravitaillement en vol, satellites, communications, etc. Il y a la place, mais surtout la nécessité, pour des coopérations européennes fortes entre industriels et entre Etats, pour lancer des programmes, harmoniser des procédures de certification, développer des formations communes. Si au moins le Conseil des 19 et 20 décembre permet des avancées dans ces domaines, ce sera un succès.

 

2. Quels sont les points de désaccords majeurs entre les Européens et comment contribuer à les réduire ?

 

A part un ou deux dossiers très emblématiques, tels le fameux quartier-général opérationnel, sur lesquels il existe en effet des oppositions frontales entre certains pays (le Royaume-Uni et les autres en l’occurrence), il s’agit moins de désaccords majeurs sur les orientations que d’une hétérogénéité structurelle des conceptions même des politiques de Défense entre Etats européens. Entre quelques pays disposant de budgets et de capacités importantes, prêts à les utiliser, et d’autres qui ne conservent que des armées quasi- résiduelles ou rechignant à s’engager (pour de bonnes ou de mauvaises raisons d’ailleurs, qu’elles soient institutionnelles, politiques voire «philosophiques»), entre ceux qui privilégient traditionnellement l’OTAN et ceux plus ouverts à d’autres coopérations, entre ceux qui ont une vision stratégique bien définie avec des zones d’intérêts prioritaires et ceux plus «isolationnistes» ou neutres, etc., la diversité des approches, des traditions, des formats, tout cela pèse naturellement sur la définition d’objectifs communs.

 

Cette diversité est consubstantielle à l’Europe, et elle n’est pas insurmontable. Il me semble que le premier exercice pour réduire ces divergences naturelles tient à la définition d’objectifs stratégiques prioritaires (et c’est ce mot qui est important) mutuellement acceptés ainsi qu’à une meilleure synchronisation des planifications nationales, en matière capacitaire particulièrement. Aller vers l’établissement d’une forme de «semestre européen» des lois de programmation militaire nationales aurait du sens, en tout cas, au départ, pour dégager des lectures communes sur les «trous» capacitaires et sur les actions pouvant être conduites en commun.

 

Il faut aussi un leadership politique plus affirmé pour amener à ces convergences. Cela vaut à la fois pour l’exécutif européen, avec des personnalités qui devront avoir un intérêt fort pour ces questions, mais aussi pour les Etats membres, qui restent, bien sûr, les acteurs clefs. Un conseil des ministres de la Défense plus formalisé et véritablement décisionnaires aurait du sens. Nous n’en sommes toujours pas là et l’affluence aux réunions «informelles» est trop aléatoire et parcellaire. Ceci n’est plus acceptable. Le Conseil des 19 et 20 décembre étant un point de départ, il faut responsabiliser un conseil des ministres de la Défense pour la mise en œuvre des décisions.

 

3. Comment devrait-on favoriser des initiatives européennes concrètes en matière de défense ?

 

Par l’incitation avant tout. Incitations budgétaires et fiscales, lorsqu’on envisage, par exemple, d’exonérer de TVA les acquisitions de certains équipements en coopération, d’apporter des financements communautaires à des programmes duaux ou, encore, d’aider à la constitution de clusters avec les PME.

 

Incitations capacitaires et opérationnelles lorsqu’on met en place des outils de mutualisation intelligents comme le Commandement Européen de Transport Aérien (EATC), qui ne renie pas la souveraineté des Etats mais leur permet de gérer une flotte aérienne au plus près des besoins des Etats participants.

 

4. Quelle forme trouvez-vous la plus appropriée pour une coopération de défense plus efficace : une mutualisation des moyens entre Etats souverains ; une coopération renforcée au sein d’un noyau dur ; une vraie communautarisation avec des institutions de défense européennes communes ?

 

Des résultats probants ne seront obtenus qu’en combinant ces trois dimensions. La mutualisation des moyens s’impose progressivement, elle est plus facile à mettre en œuvre dans certains domaines (j’ai cité l’exemple du transport aérien, sans remise en cause radicale de la souveraineté de chaque Etat sur ses appareils, mais en en rationalisant l’usage collectif) que dans d’autres. L’idéal serait, bien entendu, d’aboutir à de véritables programmes d’équipements communs, mais cela ne sera que très progressif. La coopération renforcée est indispensable. Plus exactement, les coopérations renforcées. Car autant je suis convaincu qu’on ne peut pas avancer simultanément à 28 en matière de Défense, autant je pense également que le format peut être à géométrie variable selon le sujet concerné. Personne ne doit se sentir exclu a priori d’un groupe plus avancé, mais personne ne devrait non plus empêcher ceux qui veulent aller plus vite et plus loin de le faire. C’est un exercice délicat, mais si ce réalisme pragmatique ne prévaut pas, alors il faudra faire son deuil de la politique européenne de Défense.

 

Enfin, sur la communautarisation, je serais plus prudent, car les interprétations tendancieuses sont à l’affût et peuvent ruiner toute pédagogie sur ce point ! Il faut être clair: il ne s’agit pas de bâtir un ministère de la Défense européen, encore moins de transférer les pouvoirs militaires à un Commissaire ! Je le précise car cette caricature fleurit très vite dans le débat. Mais nous avons des institutions communes pour gérer des opérations communes, civiles et militaires. Ces structures peuvent être renforcées, mais surtout leur fonctionnement doit être fluidifié, notamment entre la Commission (qui maintient des prérogatives fortes en matière budgétaire et logistique) et le Service européen d’Action Extérieure.

 

5. Le dossier capacitaire et industriel est essentiel et l’industrie de défense concerne près de 800 000 emplois en Europe pour un chiffre d’affaires de près de 180 milliards € ; elle est l’un des rares moteurs de croissance, une source d’innovation irremplaçable et un moyen d’indépendance technologique de l’Europe. Comment renforcer la base industrielle européenne de défense ?

 

Sujet crucial mais complexe. Car si tout le monde s’accorde sur le constat d’une industrie européenne de Défense performante, pourvoyeuse d’emplois et de croissance, chacun a tendance à développer une vision propre des évolutions souhaitables. Rationnaliser et restructurer ? Cela semble une évidence, pour éviter les doublons, la multiplication de programmes et donc d’acteurs industriels concurrents. Mais une fois le constat posé, qui est prêt à consentir les sacrifices en termes d’implantations industrielles, de savoir-faire technologiques, d’emplois ? Autre point d’achoppement, le degré d’implication des Pouvoirs publics, nationaux et européens, dans les financements des programmes, particulièrement en matière de R&D. Certains sont -officiellement en tout cas- plus adeptes du laisser-faire, d’autres plus volontaristes. Enfin, il y a la difficulté de la politique commerciale. Ce n’est pas un mystère, je plaide pour une certaine forme de préférence communautaire, qui reste un tabou très fort pour certains partenaires européens. Ces questions ne sont pas (encore) tranchées !

 

6. Tous les Etats membres baissent leurs budgets de défense. Comment financer pour l’avenir les dépenses de défense ? L’objectif de mutualiser une partie des dépenses nationales est encore très lointain ; celui de lancer des programmes communs de R&D en matière duale ne semble-t- il pas plus accessible ? Qu’en pensez-vous ?

 

Incontestablement, le lancement de programmes communs à vocation duale (civilo-militaire) est la piste la plus sérieuse, la plus ambitieuse et la plus significative. Si une telle initiative pouvait se matérialiser au sujet des drones, nous aurions là un progrès important et une étape très identifiable par les opinions publiques. Bien sûr, les Etats jouent le rôle moteur, et de telles initiatives sont de leur responsabilité première. Mais les industriels peuvent aussi être les déclencheurs, en nouant très en amont des coopérations qui sont susceptibles de faciliter la décision politique. Et la nouveauté peut venir du rôle des financements communautaires, jusqu’alors quasi-inaccessibles pour ce type de programmes. Il y a désormais une disponibilité de la Commission à s’engager.

 

7. Sur le registre stratégique, la réticence, qui semble s’être exprimée aux Etats-Unis comme au Royaume-Uni à l’occasion de la « crise syrienne », a été interprétée par certains observateurs comme une forme d’ « européanisation » des Anglo-saxons. Cela vous paraît-il pertinent ? Les échecs relatifs des opérations militaires en Irak et en Afghanistan vous paraissent-ils devoir susciter une nouvelle forme d’isolationnisme chez nos partenaires d’Outre-Atlantique ?

 

Les conflits en Irak et en Afghanistan, même s’ils obéissaient à des motivations et à des schémas différents, ont considérablement pesé non seulement sur les capacités des Etats (en hommes, en matériels et en budgets) mais également sur le ressort de légitimité des interventions militaires extérieures. En outre, toutes ces opérations, et celles antérieures (dans les Balkans notamment), ont montré que le processus de «nation-building» qui suit une intervention militaire, requiert beaucoup d’engagement et de patience pour des résultats très incertains. Une forme de fatigue s’est installée. Si des soutiens peuvent encore se construire sur des opérations d’ampleur limitées perçues comme ponctuelles (Libye, Mali), nous voyons bien la réticence face à des crises plus complexes et qui nécessiteraient un engagement plus massif, plus durable et donc plus aléatoire. Une logique de «reflux» est donc à l’œuvre, alimentée également par les changements de priorités dans les pays occidentaux. La crise économique et sociale concentre l’attention des dirigeants et les attentes des peuples. Toute intervention extérieure est regardée aussi comme une distraction, au sens littéral du terme, vis-à-vis des obligations premières des gouvernements à l’égard de leurs concitoyens. Sans qu’il y ait contradiction absolue, nous observons deux phénomènes délicats à gérer pour les Etats européens: d’une part une réticence de plus en plus forte à des interventions extérieures pouvant déboucher sur des processus longs et aléatoires, mais d’autre part une demande récurrente à ce que l’Europe, collectivement, assume plus de responsabilités dans les crises se déroulant dans son voisinage («Où est l’Europe ?», «Que fait l’Europe ?» voire même «l’Europe n’est pas à la hauteur» sont les expressions les plus entendues lorsqu’on évoque les tragédies syrienne ou sahéliennes).

 

8. Quels sont les principaux défis stratégiques de l’Europe et comment peut-elle mieux défendre ses intérêts dans le monde ?

 

Le principal défi stratégique de l’Europe, c’est d’abord et avant tout de savoir si les Etats européens eux- mêmes entendent assurer leur propre sécurité ou s’ils vont continuer à considérer qu’après tout, bon an mal an, ils peuvent se contenter d’une posture minimaliste s’appuyant sur la protection américaine. Tant qu’il n’y aura pas de prise de conscience et de décision essentielle sur ce point, la politique de Défense en Europe, tant individuellement au niveau des Etats que collectivement au niveau de l’Union, restera de la navigation à vue, pas forcément inutile ou inefficace, mais erratique, ballotée sans véritable cohérence au gré des crises et sujette aux susceptibilités des uns et  des autres. Au-delà de cette question fondamentale, il y a bien évidemment des défis liés à la mutation de notre environnement stratégique. De mon point de vue, la priorité absolue concerne notre flanc Sud au sens large (Afrique du Nord, Corne de l’Afrique, Proche et Moyen- Orient). Il s’y produit des bouleversements tectoniques, dont le terrorisme et les conflits territoriaux ne sont que des symptômes minimaux. L’instabilité structurelle de ces régions, voisines de l’Europe, nous oblige non seulement à une extrême vigilance, mais à une action diplomatique, économique et sécuritaire (stratégique) massive. Or, nous peinons à édicter des priorités. Nous considérons sur un même pied d’égalité et avec un même degré d’urgence les transitions dans les anciennes républiques soviétiques, les partenariats commerciaux en Amérique Latine ou en Asie, les politiques de développement en Afrique Australe et la protection des droits de l’Homme aux quatre coins de la planète, etc. Toutes ces causes sont nobles et dignes d’intérêt. Mais à considérer que l’Union européenne doit être partout et tout faire, nous nous dispersons sans être décisifs là où nous devrions l’être. Sans une attention priorisée aux crises qui sont à notre immédiate portée, nous risquons un réveil très brutal !

 

* Arnaud Danjean est député européen (PPE) depuis 2009 et conseiller régional de Bourgogne depuis 2010. Il est président de la sous-commission « Sécurité et défense » du Parlement européen. Il a travaillé aux ministères français de la Défense et des Affaires étrangères.

 

1. http://www.consilium.europa.eu/uedocs/cms_data/docs/pressdata/EN/foraff/139633.pdf

2. http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?type=REPORT&reference=A7-2013-0360&language=FR

3. http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?type=REPORT&reference=A7-2013-0358&language=FR

 

4. http://www.eeas.europa.eu/statements/docs/2013/131015_02_en.pdf

 

LA FONDATION ROBERT SCHUMAN, , créée en 1991 et reconnue d’utilité publique, est le principal centre de recherches français sur l’Europe. Elle développe des études sur l’Union européenne et ses politiques et en promeut le contenu en France, en Europe et à l’étranger. Elle provoque, enrichit et stimule le débat européen par ses recherches, ses publications et l’organisation de conférences. La Fondation est présidée par M. Jean-DominiqueGIULIANI.

Retrouvez l’ensemble de nos publications sur notre site : www.robert-schuman.eu

 

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22 novembre 2013 5 22 /11 /novembre /2013 12:55
Le continuum défense-sécurité exige une coopération étroite entre les acteurs régaliens, civils, militaires et privés

 

21/11/2013 Marc Watin-Augouard Général d'armée (2S) - Fondateur du Forum International de la Cybersécurité et Directeur du centre de recherche de de l'EOGN

 

LE CERCLE. Cette convergence entre le public et le privé ne peut s’envisager sans une politique industrielle qui fasse émerger des "géants", si possible français, aux moins européens, car la seule question de la souveraineté est essentielle, sauf à accepter une domination américaine ou chinoise.

 

Seul espace entièrement créé par l’homme, le cyberspace est, comme tous les autres, porteur de liberté, de richesses, de croissance, mais il est aussi l’objet de convoitise de la part des prédateurs. Ces derniers, délinquants, terroristes, mercenaires, guerriers, ont compris que le rapport risques/profits leur est plus que jamais favorable. Nul besoin d’être puissant pour faire du fort un faible et du faible un fort.

 

Dans ce contexte, notre société, désormais modelée par le "tout numérique", ne peut laisser le champ libre aux pirates, aux bandits "des grands chemins de l’internet". La prise de conscience a été lente : nous avons progressé à tous petits pas à partir des années quatre-vingt-dix. Le Livre Blanc de 2008 marque le passage au trot. Désormais, il faut adopter le grand galop, s’il le faut avec l’aide d’éperons et de cravaches ! Nous n’avons pas le choix ! Soyons-en conscients : nous ne vivons pas une évolution, ni une révolution, mais une métamorphose de notre société. La chrysalide devient papillon.

 

Nous ne pouvons avoir recours aux modèles, organisations, modes d’action, qui ont prouvé leur efficacité dans le passé. Si nous ne sommes pas au rendez-vous, nous serons une "colonie du numérique", pour reprendre le titre d’un récent rapport sénatorial. Pire, nous serons les "esclaves du numérique". Cet impératif résulte du constat contemporain, mais il doit tenir compte de ce que nous réserve un avenir proche avec notamment l’interconnexion des objets, l’inscription de chaque individu dans une "bulle informationnelle" qui agrège l’ensemble des données à caractère personnel. Tout cela sera possible, car le nombre d’adresses IP permettant les connexions va passer de 4,3 milliards à 340 milliards de milliards de milliards de milliards. Chaque grain de sable du désert pourrait ainsi avoir une adresse…

 

Le récent Livre Blanc donne un sérieux coup d’accélérateur, notamment dans le domaine de la cyberdéfense, avec sa consécration législative inscrite dans la loi de programmation militaire. Pour la première fois, il reconnaît qu’une cyberattaque peut être un acte de guerre et ainsi justifier une riposte au titre de la légitime défense. La structuration de la cyberdéfense constitue une avancée au regard de la sécurité des systèmes mis en œuvre par les opérateurs des infrastructures critiques civiles et militaires.

 

Mais la cybersécurité ne se cantonne pas à la cyberdéfense et cette dernière n’est pas seulement la cybersécurité du ministère de la Défense. La cybersécurité concerne aussi tous les autres acteurs : administrations, collectivités territoriales, entreprises, particuliers, etc. qui doivent prendre une "cyberposture", car la chaine est souvent trahie par son maillon le plus faible. Il importe donc d’opérer une mobilisation générale, car chacun est un acteur de la cybersécurité, ne serait-ce qu’en adoptant des règles "d’hygiène informatique", selon l’excellente expression de Patrick Pailloux, directeur de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI).

 

La cybersécurité repose sur un tryptique : la sécurité des systèmes d’information (intégrité, disponibilité, confidentialité), les mesures à la charge des utilisateurs (administrations, entreprises) la lutte contre la cybercriminalité et la cyberdéfense. Le continuum défense-sécurité est particulièrement affirmé dans le cyberespace. En effet, contrairement à ce que certains affirment, une cyberattaque relevant de la cyberdéfense relève du droit pénal tant que le droit des conflits armés n’est pas mis en œuvre. Il n’y a pas de distinction entre le "champ de bataille" et les "quartiers sensibles". Les prédateurs empruntent les mêmes voies, utilisent les mêmes armes.

 

Par exemple, une attaque par déni de services peut être le fait de délinquants qui cherchent un profit en opérant un chantage sur un opérateur de vente en ligne, de terroristes qui veulent désorganiser les secours simultanément à un attentat, ou le fait d’agresseurs qui veulent atteindre un État. Ce qui permet de qualifier une attaque, c’est son intention, sa complexité, la nature de la cible, le mobile poursuivi. Le continuum exige donc une coopération étroite entre les différents acteurs régaliens, civils ou militaires.

 

Ainsi, l’ANSSI, la composante cyberdéfense de l’état major des armées, les services de police et les unités de gendarmerie, les services de renseignement, etc. ont l’obligation de coopérer, car la complexité des atteintes au cyberespace nécessite la mobilisation de toutes les compétences, une plus grande transversalité.

 

La coopération ne se limite pas aux acteurs régaliens. La cybersécurité repose aussi sur des acteurs privés, opérateurs, intégrateurs, prestataires de services, etc. Il existe un secteur privé de la cybersécurité qu’il conviendrait de reconnaître au travers de la loi de 1983 relative aux activités privées de sécurité. Ces acteurs sont, dans une certaine mesure, des collaborateurs du service public. Dans le domaine de la cybersécurité, il faut s’attendre à ce que la part régalienne de l’offre de sécurité devienne minoritaire.

 

Cette convergence entre le public et le privé ne peut s’envisager sans une politique industrielle qui fasse émerger des "géants", si possible français, aux moins européens, car la seule question de la souveraineté est essentielle, sauf à accepter une domination américaine ou chinoise. Cette souveraineté est tributaire d’une capacité de recherche et développement qui garantisse une meilleure indépendance au regard des innovations technologiques. Elle repose également sur un effort en matière de formation, car les acteurs publics comme les acteurs privés sont aujourd’hui confrontés à une pénurie en matière de ressources humaines dans les domaines liés aux technologies numériques.

 

La gendarmerie a compris très tôt quels étaient les enjeux du cyberespace, ne serait-ce que parce que son maillage ressemble fortement à la "toile du net". L’architecture du réseau Rubis, conçu dans les années quatre-vingt, a pris le pari du numérique et de la convergence voix-image-texte. La prise en compte de la cybercriminalité remonte à la même époque, alors que le Parlement votait la loi Godfrain, relative aux atteintes aux systèmes de traitement automatisé de données.

 

Aujourd’hui, la communauté N’TECH s’appuie sur plus de mille gendarmes, renforcés par des réservistes opérationnels et citoyens (dont certains appartiennent au réseau des réservistes cyberdéfense). Le pôle "police judiciaire" développé notamment autour de l’Institut de recherche criminelle (IRCGN) et du Service technique de recherches judiciaires et de documentation (STRJD) témoigne de la volonté d’adapter l’organisation. La nomination récente d’un conseiller "cybersécurité" auprès du directeur général reflète la prise en compte du caractère stratégique de l’action qui se développe.

 

Mais il faut aller encore beaucoup plus loin ! En effet, la cybercriminalité est la criminalité du XXIe siècle. À l’origine, lorsque seul dominait le secteur primaire agricole, les prédateurs s’en prenaient aux personnes : Cain tuait Abel… Meurtres, assassinats, agressions, enlèvements, esclavages constituaient l’essentiel des transgressions. L’apparition du secteur secondaire, avec les produits manufacturés, a entrainé un glissement vers les atteintes aux biens. Voler, détruire, receler offre un meilleur rapport profit/risque pénal.

 

Puis, le secteur tertiaire, lié aux services a ouvert le champ de la délinquance intelligente en "col blanc". Escroqueries, blanchiment, fraudes, faux, etc., sont des infractions complexes plus difficiles à combattre par les enquêteurs et la justice. Un nouveau glissement a été observé au travers de l’émergence de la délinquance économique et financière.

 

Aujourd’hui, le "tout numérique" délimite un secteur quaternaire, celui de l’immatériel. Là encore, un transfert s’observe, car, dans le cyberespace, la victime n’a jamais été aussi près de son agresseur, ce dernier n’ayant jamais été aussi éloigné de son juge. La cybercriminalité est un domaine où le "chiffre noir" est très important. Les victimes ignorent souvent qu’elles ont été attaquées.

 

La lutte est à armes inégales, car, faute d’un droit international universel, le droit national n’est pas adapté à des phénomènes par nature transfrontaliers. La vitesse et l’adaptation permanente du cybercrime heurtent la lenteur de la procédure et de l’entraide judiciaire. Si les institutions, dont la gendarmerie, ne prennent pas immédiatement le virage, le dérapage est assuré avec un risque majeur d’incapacité de l’état à assurer la première des fonctions régaliennes.

 

C’est pourquoi la lutte contre la cybercriminalité ne peut être exclue du champ de sécurité nationale, ne serait-ce que dans le haut du spectre. La gendarmerie doit donc poursuivre ses efforts dans un contexte budgétairement difficile. Cela passe notamment par une formation accrue de tous les militaires, officiers et sous-officiers, un recrutement plus important de scientifiques et une démarche prospective anticipant les conséquences positives et négatives de nouvelles technologies sur les pratiques professionnelles.

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18 novembre 2013 1 18 /11 /novembre /2013 00:26
FOB, c’est reparti !

 

17 novembre, 2013 FOB

 

FOB doit des excuses à ses lecteurs, nombreux et réguliers. Notre site est en effet resté fermé quelques jours pour des raisons indépendantes de notre volonté. Mais aujourd’hui nous réouvrons !

 

Les temps sont durs pour tous. Pour la défense et la communauté terrestre, victimes de coupes budgétaires. Pour les petites entreprises, souffrant d’une conjoncture économique difficile qui frappe aussi les éditeurs et la presse. Unicomm, l’éditeur de FOB a été secoué par cette période compliquée et vient d’être frappé par une procédure en liquidation judiciaire. Dans l’incapacité d’assurer l’hébergement du site, l’éditeur a été contraint de le fermer.

 

L’aventure de FOB dure depuis plus de deux ans. Ce site est né avec deux objectifs, le premier est éditorial : traiter l’actualité défense par le prisme de la communauté terrestre et combler un vide dans la presse Défense, essentiellement focalisée sur les aspects aérien et maritime.

 

Le second objectif est économique : trouver un modèle viable, basé sur la publicité.

 

Avec quantité d’idées en tête, nous souhaitions faire de FOB une véritable plateforme multi-médias d’informations défense. La suite de l’aventure ne nous a permis malheureusement que de fonctionner a minima et dernièrement avec de nombreux bugs. Mais même si FOB n’a pu se développer comme nous le souhaitions, nous conservons intacts nos espoirs et ambitions.

 

Une pause sur le web est synonyme de petite mort : les habitudes des internautes mettent du temps à se construire, mais au contraire disparaissent très vite. C’est pourquoi nous nous sommes attachés à réouvrir rapidement, Mais c’est aussi pourquoi le site est incomplet, des archives sont manquantes et plusieurs fonctionnalités (alerte e-mail, tweets, commentaires…) font encore défaut. Que le lecteur nous pardonne pour cette période de transition.

 

FOB tient à remercier tous les lecteurs qui nous font régulièrement confiance. Merci aussi à tous ceux qui, en coulisse, ont permis cette réouverture rapide et aux nombreuses personnes qui nous ont exprimé leurs soutiens ou tout simplement leurs amitiés. Que l’aventure continue !

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12 novembre 2013 2 12 /11 /novembre /2013 19:40
Note de Recherche Stratégique n°4 : La pensée stratégique russe aujourd'hui

 

12/11/2013 Par Arnaud Kalika, Directeur de recherche au département des menaces criminelles de l'université Paris II sur le crime organisé russe.

 

 L’auteur s’exprime à titre personnel. Ses propos ne sauraient engager ni l’IRSEM, ni le ministère de la Défense

 

Face à un monde multipolaire marqué par la montée en puissance de la Chine et l’érosion de la domination occidentale, la Russie revendique un besoin de puissance pour faire face à un environnement instable : Irak morcelé, Afghanistan incontrôlable, Iran cherchant à rejoindre le club des puissances nucléaires, Corée du nord toujours imprévisible, Syrie en délitement et Monde arabe en proie à un islam politique radicalisé. Vu de Moscou, le « printemps arabe » défie tout autant la stratégique occidentale que la stratégie russe.
C’est pourquoi le pouvoir russe estime n’avoir pas d’autre choix que de structurer sa pensée stratégique autour de ses points forts : l'atome, l'énergie et la force.

 

Note de Recherche Stratégique n°4La pensée stratégique russe aujourd’hui

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8 novembre 2013 5 08 /11 /novembre /2013 17:45
République centrafricaine : défis humanitaires, politiques et sécuritaires

Briefs - No37 - 25 October 2013 par Cristina Barrios

 

 

« La République Centrafricaine (RCA) est en ­risque de somalisation », ont remarqué la Commissaire européenne chargée de la Coopération internationale, de l’aide humanitaire et de la réaction aux crises, Kristalina Georgieva, et le président français, François Hollande lors de réunions à l’ONU en septembre dernier.

 

En effet, ce qui restait de l’autorité du président François Bozizé, des Forces armées centrafricaines (FACA), et des services publics minimaux s’est effondré suite au coup d’Etat de mars 2013, lorsque la rébellion Séléka (une coalition amorphe composée de quatre factions principales regroupant environ 20 000 hommes armés, dont beaucoup sont originaires du Tchad et du Soudan) a porté Michel Djotodia au pouvoir et a laissé le pays à la merci des bandits et des groupes armés.

 

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7 novembre 2013 4 07 /11 /novembre /2013 19:50
Pour une Europe de la défense

 

7 Novembre 2013 Par Romano Prodi, Philippe Esper

 

Depuis plus de dix ans, les animateurs (intellectuels, économistes, diplomates et militaires) du Cercle européen de la défense plaident pour que la question majeure de la défense et la sécurité de notre Vieux Continent cesse d'être traitée au sein de comités, certes éclairés, mais souvent ésotériques. Ils demandent qu'elle soit l'objet exclusif d'un sommet de l'Union européenne. Les pays membres de l'Union ont prévu qu'elle sera l'objet principal de leur sommet de fin d'année. Mais elle risque, hélas, d'en être un chapitre accessoire.

 

Et pourtant dans un climat international de crises, tensions et terrorismes, et dans un monde où l'Europe risque de se réduire comme peau de chagrin, quelle ambition plus saine, plus claire et plus urgente que celle d'une Eurodéfense, relance de l'Europe de la défense autour de quelques pays qui le veulent et qui le peuvent.

 

Cinq propositions sous-tendraient une telle ambition :

 

1. Engager une réflexion sur la stratégie de sécurité commune européenne, à l'instar du nouveau concept stratégique de l'OTAN renouvelé en 2010.

 

Que doit faire l'Europe pour les opérations militaires? Se donner les moyens d'une autonomie de décision ou accepter une dépendance de l'OTAN et des USA? Se limiter aux opérations humanitaires ou civilo-militaires? La première et fondamentale question à laquelle les chefs de gouvernement doivent répondre est celle des responsabilités que les pays européens veulent assumer en matière de défense.

 

2. Décider la mise en place (progressive) d'un Quartier général européen unique et permanent.

 

Ayant vocation à remplacer les cinq QG nationaux (France, Angleterre, Allemagne, Italie et Grèce), étant réduit dans son périmètre permanent et apte à être renforcé en cas d'engagement européen, un tel Centre de planification et de conduite des opérations devrait être une proposition ferme de sommet, quoi qu'il en soit des réticences de certains de nos partenaires européens.

 

3. Développer l'idée que, faute d'une solide industrie européenne de l'aéronautique, de l'espace et de la défense, il n'y aura plus à terme de défense européenne.

 

Cette proposition relève d'une approche conjointe entre les dirigeants de groupes industriels à centre de gravité européen et les responsables publics (civils et militaires, professionnels et politiques). Pouvoirs publics et industriels européens doivent intégrer que, à l'instar de nos principaux concurrents mondiaux (passés, présents et à venir), la distinction dans ce domaine entre industrie de nature civile et industrie de nature militaire est dangereuse pour le devenir desdites industries et préjudiciable à nos capacités de défense. Il faut réconcilier la logique politique et opérationnelle avec la logique industrielle et technologique...

 

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6 novembre 2013 3 06 /11 /novembre /2013 18:50
EDTA press release in response to the EC Communication on Defence and Security

 

05.11.2013 Jan Wind Director at WISER Consultancy

 

Call for improved “branding”, access to funding and an efficient market

 

Technology is everywhere. For the armed forces the availability of top class technology is often a matter of life and death. Technological knowledge, funding for technology and capability development, efficient procedures and market rules are crucial for engineers and industry to support the armed forces effectively.

 

From this perspective EDTA compiled comments to the Communication on the European Defence and Security Sector as has been adopted by the European Commission on 24 July 2013.

 

Read and download the full press release and all detailed comments

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6 novembre 2013 3 06 /11 /novembre /2013 13:54
Le général (2S) Allard met en perspective le poids des militaires dans la dépense publique

05.10.2013  Défense Globale

 

Le général de division (2e section) Jean-Claude Allard nous a fait parvenir une analyse personnelle très poussée sur la réalité du poids des militaires dans le budget de l'Etat. Ce directeur de recherches à l'IRIS et ancien commandant de l'ALAT (aviation légère de l'armée de terre, jusqu'en 2008) aligne des chiffres intéressants qui relativisent les sentiments, souvent négatifs, sur l'encadrement et le coût des militaires...

 

Voici le texte intégral du général Jean-Claude Allard...

 

Mise en perspective des réductions d’effectifs dans les armées : l’exception militaire

 

La loi de programmation militaire 2014-2019 (LPM) est présentée comme un moyen de sanctuariser le budget de la défense, tout en réduisant le volume des militaires, maîtrisant la masse salariale et rééquilibrant les effectifs globaux entre les civils et les militaires. Le ministre précise d’ailleurs que : « L’enjeu, c’est aussi le bon emploi de l’argent de l’État, donc du contribuable ».

 

Ces objectifs trouvent un fort écho dans les médias qui dissertent sur la pyramide obèse et l’encadrement vieillissant, sont bien accueillis dans une partie de la population largement sous informée et sèment le trouble dans les rangs des militaires. Il est de notre devoir de déminer ce discours qui stigmatise une institution de la République, introduit un clivage dans notre société et bouche les horizons individuel et collectif des militaires.

 

Alors, quelle est la réalité du poids des militaires dans les dépenses publiques ?

 

Une très faible part des dépenses publiques

 

La part de la Défense dans la dépense publique totale est très faible (3,2 %), légèrement au-dessus des postes « Ordre et sécurité publique » à 3,1 % et « Loisirs, culture et religion » à 2,5 %, mais largement en dessous des postes « Enseignement » (10,8 %) et « Protection sociale » (42,6 %). De plus, la LPM ne « sanctuarise » pas, mais prévoit un gel budgétaire qui se traduira dès 2014 par une diminution égale au montant de l’inflation (- 1,3 %).

 

Un personnel de la défense sur quatre est civil

 

Alors que les effectifs militaires seront réduits à 186 832 en 2019, les civils de la défense seront 55 447, soit 23 % « non projetable » au sein d’un ministère dont la fonction est le combat.

 

Une faible part des effectifs de fonctionnaires

 

Les militaires ne représentent que 4,3 % de la fonction publique « tous versants » et 11,7 % de la fonction publique d’État.

 

Une masse salariale largement contenue

 

La masse salariale de l’État hors pensions s’établit à 80,6 milliards d'euros, dont seulement 7,7 milliards soit 9,5 % sont consacrés aux militaires qui représentent pourtant 11,7 % des effectifs. De plus, 36 % des revenus distribués sur cette masse salariale sont constitués de primes, seul moyen pour mettre les rémunérations moyennes des militaires aux niveaux de la fonction publique civile.  Cette part des primes est en fait un rude instrument de maîtrise de la masse salariale : elles ne rentrent pas dans le calcul de la retraite, elles permettent de recruter dans les spécialités déficitaires sans modifier la répartition dans les catégories indiciaires, elles disparaissent lorsque leur objet est caduc.

 

Un encadrement très, très faible

 

Le tableau suivant montre la répartition des agents civils et des militaires par catégories. Disponible sur le site de Bercy, il se passe de commentaire.

 

Catégorie A

Cadres

Catégorie B

Professions intermédiaires

Catégorie C

Employés et ouvriers

Total

Civils

Pourcentage par catégorie

56,3 %

20,9 % 

21,3 %

1,6 indéterm. = 100 %

Militaires

Pourcentage par catégorie

13,2 %

(officiers)

53,5 %

(sous-officiers)

33,3 %

(militaires du rang)

100 %

 

 

 

 

 

 

Un ascenseur social mis en panne

 

La réduction importante des tableaux d’avancement des militaires (jusqu’à 30 %) appliquée depuis 2013 aggrave la situation, malgré l’augmentation des compétences exigées pour le soutien et l’engagement opérationnel d’une armée à haute technicité. Cette faiblesse de l’encadrement et sa réduction rejaillissent sur les militaires dans leur ensemble, car les armées pratiquent, à un taux inégalé, l’autorecrutement de leurs cadres. Ainsi, pour l’armée de Terre, 70 % des effectifs de chacune des deux catégories supérieures A et B est recrutée dans la catégorie inférieure.

 

Un encadrement de haut niveau quasi inexistant

 

Les cadres de haut niveau sont classés dans la catégorie A+. Pour les militaires, il s’agit des officiers généraux des trois armées et des organismes interarmées (377 généraux), de la délégation générale pour l’armement (DGA) (111 ingénieurs généraux) et du contrôle général des armées (CGA) (50 contrôleurs généraux) et de quelques colonels en échelle lettre, soit un total de 921 titulaires (0,41 % des effectifs militaires).Dans la fonction publique civile, le taux atteint 5,1 % des effectifs (84 600 titulaires sur 1 665 450 agents). C’est donc sans surprise que les « généraux militaires » ne représentent que 0,3 % du total des «  généraux civils » comme le montre le tableau ci-dessous.

général allard

En dépit de ce bilan très négatif, masses salariales et pyramides des fonctions publiques civile et militaire devraient diverger encore plus.

 

Pour la fonction publique civile, la ministre déclare : « Le contexte est difficile. Et les marges de manœuvre sont étroites. La situation financière de la France est une contrainte. Mais elle ne doit pas être un obstacle. Ni à l’évolution de notre fonction publique, ni à l’amélioration de la situation des agents ».  Ce qui la conduit à affirmer : « Notre volonté est une volonté de renforcement de la fonction publique en même temps qu’une volonté d’amélioration de la situation des agents ». A la défense le discours est d’une autre tonalité « Économies sur le fonctionnement, économies aussi sur la masse salariale ».

 

L’ensemble de ces chiffres se trouvent dans les documents budgétaires 2013. Faisons les connaître !

 

Jean-Claude ALLARD

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30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 08:55
Chronique RDN n°15 – Approximations stratégiques

29.10.2013 par Jean Dufourcq* - alliancegeostrategique.org

 

Au point où nous en sommes, autant tout se dire. Je n’ai jamais vraiment cru à la bénévolance en matière de relations internationales et stratégiques. Je n’ai jamais cru non plus que ces dernières étaient réglées par le cynisme sournois de quelques puissants visionnaires. Non, je crois que les rapports de force qui règlent la vie internationale procèdent d’un mélange subtil de défense d’avantages acquis, de promotion d’idéaux généreux et d’opportunisme matois qui permet aux États de se parer du beau rôle tout en défendant âprement leurs intérêts.

 

Certes ceux qui ont les idées claires sur leur destinée et qui assument clairement leur histoire et leur géographie ont plus de moyens que d’autres pour élaborer et accomplir leurs projets. Ce fut assez souvent le cas de la France qui se savait cap occidental du continent eurasiatique, fille aînée de l’Église puis patrie des Lumières, puissance coloniale puis tête inspiratrice d’une Europe qui devait prendre toute sa place dans le monde. Mais aussi nation à la dérive quand elle s’abonnait à la mollesse du temps et s’alignait sur des modèles conçus pour exalter des vertus et utiliser des capacités qu’elle ne possédait pas. Au rebours, chaque fois qu’elle était en mesure de favoriser la consolidation d’un monde qui lui ressemblait, elle trouvait les moyens de se placer aux premiers rangs des pays qui comptent sur la planète. Chacun jugera où nous en sommes aujourd’hui.

 

 

Rien là de bien nouveau, en réalité ; ou plutôt si car moins que jamais les États sont les acteurs uniques des tensions de cette planète et moins que jamais les positions hier conquises de haute lutte seront garanties demain. La grammaire stratégique du monde a bien changé sous les coups de boutoir des nouvelles réalités qui le règlent, au premier rang desquelles il y a d’abord la révolution démographique qui s’impose depuis un siècle comme le moteur du changement des rapports de force sur la planète. Comment ne pas voir que ses effets sont majeurs sur l’état d’organisation du monde (1).

 

On feint pourtant de s’étonner que les processus structurants qui organisaient la société internationale il y a à peine 20 ans, à la fin de la guerre froide, ne soient plus guère opérants. Le droit international, les arsenaux militaires, la supériorité technologique et logistique, les échanges économiques interétatiques sont désormais d’importance relative et ne déterminent plus une hiérarchie des puissances stable, lisible, pérenne et reconnue. D’où une avalanche d’approximations stratégiques que l’on relève un peu partout.

 

En voici quelques exemples tirés d’idées toutes faites et souvent obsolètes. A la lettre A du catalogue : Alliance et Armes de destruction massive. La liste est longue, on reprendra une autre fois, par exemple à la lettre G, la question de la guerre et à la lettre L, celles du Livre Blanc et de la Loi de programmation.

 

 

L’Alliance d’abord. Et la plus célèbre d’entre elles, l’Alliance atlantique, objet d’un grand nombre de non-dits, de faux semblants, de facilités que j’ai souvent tenté de mettre en évidence. Quoi de plus étonnant en effet que cette alliance hétéroclite et déséquilibrée des « peuples de la liberté » contre les totalitarismes ? Elle postule la primauté des intérêts nationaux de sécurité du plus puissant du groupe qui prévalent d’office sur tous les autres, au nom d’une destinée manifeste qui se fonde sur un vertueux combat initial contre un État dominateur. Elle dénie aux autres partenaires le droit d’avoir des intérêts divergents. Elle a même entrepris pendant des décennies de dénationaliser leurs systèmes de défense. En l’absence d’une opposition fédératrice qui attribue naturellement à chacun rôles et tâches, c’est à une délégation d’autorité stratégique au profit du plus fort qu’a ainsi appelé sans discontinuer la technostructure alliée. L’actuel Secrétaire général ne déroge pas à la règle. Ce qui pouvait se concevoir au plus intense de la guerre froide devient un mauvais calcul après celle-ci. La cohésion stratégique requise alors pouvait justifier un droit de regard intrusif du plus puissant. Mais après la guerre froide, c’était l’émancipation qui devenait une nécessité. Hélas le pli était pris de la subordination et voire de l’assimilation. Et même la nation la plus rétive à celles-ci a fini par se ranger à la logique collective sur le mode d’un occidentalisme défensif.

 

L’activisme de la NSA aux dépens des partenaires a quand même fini par déranger par ses excès et son manque de vergogne. Chacun des alliés aura joué, en mode plus ou moins mineur en fonction de son calendrier interne, la surprise indignée devant la révélation d’un strict contrôle politique et économique exercé par tous les moyens en sa possession par les États-Unis sur ses partenaires, ces derniers réservant aux membres de la famille anglo-américaine le bénéfice de leurs forfaits. Les menées américaines d’espionnage politique, économique et financier à l’encontre de leurs alliés durent depuis des décennies, au point que la plupart des Européens s’en sont accommodé, acquittant ainsi une supposée dette héritée d’un passé nationaliste belliqueux ou payant là une sorte d’assurance de vertu démocratique comme une garantie de protection. Il ne vient d’ailleurs à l’idée à personne au sein de l’Otan de comparer les actuelles entreprises américaines aux anciennes menées soviétiques, ni de mettre en doute la pertinence de la structure de l’Alliance atlantique. On continuera donc, comme avant. Au XIXe siècle, on partait en guerre pour moins que cela.

 

Alliance relative aujourd’hui réduite aux acquêts d’un passé révolu. Approximation stratégique de taille qui a compromis la constitution d’une défense européenne et fait douter les voisins de l’Europe de sa volonté de se survivre.

 

 

Les armes de destruction massive. Elles sont d’emploi courant dans le vocabulaire stratégique d’aujourd’hui qui fait d’elles la catégorie pivot autour de laquelle s’organise la légalité internationale. Leur possession fait de vous un arbitre respecté ou bien un dangereux rebelle à abattre.

 

Avec plusieurs nuances, d’importance, qu’il convient d’exposer.

 

D’abord l’amalgame trompeur entre des armes spéciales parfaitement distinctes et peu comparables que l’on cache habilement derrière ce sigle dont les spécialistes raffolent, NRBC pour nucléaire, radiative, biologique et chimique ; on y ajoute en général pour faire bon poids les vecteurs balistiques de leur délivrance. Avec ce carton plein de dangers affichés, on sème la terreur intellectuelle et on s’arroge le droit de dire le bien et le mal et de sortir du bon sens stratégique. On s’arroge en toute bonne foi le droit de contester à tous ceux qui s’approchent de ces armes spéciales, le droit d’organiser à leur guise leur défense. Ceux-là sont de dangereux perturbateurs, sommés de s’en remettre pour leur sécurité à la sagesse du Conseil de sécurité, qui dit le bien et le mal et distribue la force de la légitime défense collective selon les règles d’un chapitre 7 dont il est le seul exégète reconnu. Cette deuxième nuance est une anomalie stratégique bien peu dénoncée. C’est pourtant le moteur ronflant d’une contestation larvée de la communauté internationale. Mais pour défendre cette exclusivité, le conseil de sécurité semble prêt au hara-kiri collectif !

 

Il est impossible en réalité de mettre dans un seul paquet les armes nucléaires et les autres ; elles ne sont pas de même nature et n’ont pas les mêmes effets. La bombe atomique est un explosif extrêmement puissant qu’on sait d’autant moins maîtriser que ses effets se distribuent entre des phénomènes très distincts, souffle, chaleur, radiations. C’est avant tout une arme de décision, d’effet militaire complet et d’effroi stratégique garanti. Rien de tout cela dans les armes chimiques, radiatives et biologiques qui sont des armes à vocation essentiellement tactique, d’interdiction temporaire et localisée dont l’effet militaire recherché est comparable à celui du lance flammes, un effet secondaire devant l’effet de panique que leur emploi déclenche dans des populations peu averties et vulnérables.

 

Les armes de destruction massive, vocable englobant inventé à la fin de la guerre froide, n’existent pas comme catégorie. C’est une typologie nouvelle qui amalgame en réalité deux classes d’armes spéciales :

 

• les armes nucléaires qui sont d’abord des armes de supériorité stratégique dont le fort pouvoir d’intimidation fait prendre au sérieux le régime qui s’en dote, le plaçant dans la catégorie des co-gestionnaires de l’ordre international. D’accès long et complexe, de maniement dangereux et de délivrance opérationnelle très technique, elles sont développées essentiellement par des systèmes qui disposent d’une large gamme de moyens financiers, scientifiques et techniques et qui s’en dotent comme réassurance d’un projet politique vu comme vulnérable. Elles sont devenues les armes de la non-bataille même si on a récemment essayé d’en domestiquer militairement les effets (mininukes) pour parer des éventualités dites substratégiques.

 

• Les autres armes spéciales, sont des armes de la terreur tactique dont l’effet militaire ponctuel et l’écho médiatique massif qui l’accompagne ont un excellent pouvoir terroriste. Prenant en otage des opinions publiques, déclenchant une émotion internationale irrépressible, elles sont par destination les outils du défi politique plus que celles de la destruction militaire qui reste confinée dans le temps et dans l’espace comme on l’a récemment vu en Syrie.

 

Il est temps de mettre un terme à cette dénomination englobante, à cette typologie venue d’ailleurs qui empêche de traiter correctement la place des armes spéciales que le génie scientifique et technique des hommes du XXè siècle a mis au point. Comme Al Qaida, il y a dix ans, les WMD sont des concepts englobant qui obscurcissent les réalités et empêchent de les traiter avec tout le sérieux qu’exige leur apparition dans le champ stratégique.

 

____

 

Ces genres d’approximation stratégique masquent les réalités militaires actuelles qui montrent pourtant que c’est vers d’autres secteurs non militaires que se sont déplacées les espaces de la conflictualité du XXIe siècle. Les cibles visées par les perturbateurs de l’ordre de Yalta et de l’ONU, et les prédateurs des richesses et des biens communs de l’humanité ont changé. Ce ne sont pas d’abord les États mais bien plutôt les vulnérabilités structurelles des sociétés établies, les secteurs mal gardés de leur prospérité et les outils défaillants de leurs puissances.

 

Les théâtres d’opération et les champs de bataille ne sont plus d’abord militaires ; ils se sont déplacés ailleurs dans le cyberespace, la planète financière, les échanges océaniques, les orbites spatiales, les normes économiques, les équilibres sociaux et les compétitions culturelles voire spirituelles. C’est bien là que se joue la paix et la guerre entre les nations, c’est là que se détermine la hiérarchie des puissances.

 

Dans les approximations stratégiques actuelles, méfions-nous des réalités cruelles, à la fois celles que j’explore ici, les alliances et les armes de destruction massive, mais aussi d’autres qu’il faudra mettre en évidence. Ainsi les succès tactiques que nos forces ont vaillamment remportés en Libye, en Côte d’Ivoire et au Mali redonnent des chances à la stabilité, à la sécurité et au développement régional mais sont bien loin de la grammaire d’hier avec ses victoires, ses ennemis et ses guerres.

 

 

* Contre-amiral (2S), docteur en science politique, rédacteur en chef de la Revue Défense nationale www.defnat.com, de l’Académie de Marine. A servi cinq ans dans l’Otan et quatre ans dans l’Union européenne.

_______________
[1] Voir « Esquisses stratégique ». Cahier d’Agir n°3- 2011. www.societedestrategie.com

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30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 08:20
Drone Predotor de l'US Air Force. Photo US DoD

Drone Predotor de l'US Air Force. Photo US DoD

25 octobre 2013 – un.org

 

Deux experts indépendants de l'ONU ont exprimé vendredi leur préoccupation devant l'utilisation potentiellement illégale des drones armés, appelant les États à faire preuve de transparence dans l'utilisation de ces armes et à enquêter sur les accusations d'exécutions extrajudiciaires, conformément au droit international.

 

Lors de la présentation de son rapport à l'Assemblée générale, le Rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, Christof Heyns, a indiqué que l'intérêt des drones était évident, puisqu'ils offrent aux États un avantage stratégique en réduisant fortement le délai entre le repérage de la cible potentielle, parfois éloignée, et le déploiement de la force meurtrière, ainsi que le nombre des victimes.

 

« Selon toute vraisemblance, les drones sont promis à un bel avenir, car il est largement admis qu'ils ne constituent pas des systèmes d'armes illégales », a expliqué M. Heyns, dont le rapport était présenté parallèlement à celui de son homologue sur la promotion et la protection des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans la lutte antiterroriste, Ben Emmerson.

 

« D'un autre côté, même lorsqu'un État Membre exerce son droit de légitime défense conformément à la Charte des Nations Unies, il est souhaitable qu'il demande l'aval du Conseil de sécurité, dont le rôle devrait être renforcé en tant qu'organe multilatéral chargé de surveiller l'utilisation des drones armés », a ajouté M. Heyns.

 

M. Emmerson a souligné que la technologie des drones avait été développée spécifiquement pour des conflits asymétriques impliquant des groupes armés non étatiques, pour la plupart composés de civils leur apportant un appui de gré ou de force.

 

Selon M. Emmerson, il est donc nécessaire de considérer la nature du véritable rôle de ces civils dans les hostilités, soit en tant que participants actifs soit en tant que victimes jouissant du statut de civil en vertu du droit international humanitaire.

 

« Les divergences relatives aux formes de participation dans les conflits entraîneront inévitablement une nouvelle perception de la participation des victimes civiles », a indiqué M. Emmerson.

 

Les deux experts indépendants de l'ONU ont souligné que le manque de transparence dans l'utilisation des drones constitue le plus gros obstacle à l'évaluation de l'impact des attaques sur les civils, lequel rend difficile l'évaluation objective des allégations de frappes ciblées.

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27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 14:17
Ne soyez pas sourds car nous ne sommes pas muets !

 

Paris, le 25 octobre 2013 par Général de corps d'armée (2s) Dominique DELORT, Président de la Saint-Cyrienne

 

 « La grande muette » n’est plus mais ils ne veulent pas le savoir ! Ou « Il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre  » ! Selon une croyance très répandue l’Armée est devenue « la grande muette » après 1962 et l’est restée. Rien n’est plus faux, du moins depuis la fin de la guerre froide, mais cela arrange trop de monde de le croire.

 

Ceux qui parlent très régulièrement de « la grande muette » sont les médias et ce fut encore le cas en août sur la chaine LCP dans une émission spécifique. Est-ce par laxisme, paresse intellectuelle ou idéologie, il est difficile d’être péremptoire tant le groupe des journalistes est hétérogène. En effet les journalistes « spécialisés » de la presse écrite ou parlée ont des connaissances extrêmement variables des problèmes de défense et de ceux de l’armée. Certains suivent consciencieusement ces sujets complexes d’autres surfent, quand l’actualité s’y prête, lors du début d’une opération extérieure, du 14 juillet ou lors de cérémonies à la mémoire de morts au combat.

 

Le lieu commun, véritable poncif, de « la grande muette » est seriné aux auditeurs, aux lecteurs et aux hommes politiques et ces derniers trouvent, sans doute, la définition confortable et pourquoi pas normale. Confortable parce que cela évite de faire trop attention aux avertissements mesurés, pondérés et répétés de tel ou tel très haut responsable militaire venu leur décrire une situation des forces armées préoccupante au regard de la situation générale et des ambitions affichées par la France. Il n’y a qu’à se reporter, par exemple, aux interventions du CEMAT, le général Bertrand Ract-Madoux, devant les commissions des assemblées ces derniers mois. Normale pensent-ils car le militaire est aux ordres du Président élu par la nation. Ce principe est - évidemment - admis mais attention de ne pas tout confondre, car c’est oublier le devoir de tout chef militaire de haut niveau de réfléchir, de débattre, de s’exprimer et de donner son appréciation aux autorités gouvernementales comme à la représentation nationale. Les chefs d’état-major n’ont pas manqué de le faire et notamment à l’occasion de l’élaboration du dernier Livre Blanc comme de la réforme en cours au ministère de la défense. Il ne pourra pas être dit qu’ils se sont tus devant la situation des armées.

 

Depuis deux ou trois ans quelques généraux ou colonels, très peu nombreux, sont interviewés, certains de leurs articles sont repris dans une partie presse nationale et leurs livres édités. Le plus connu en cette période est un ancien directeur de l’Ecole de Guerre et maintenant professeur à Sciences-Po, Vincent Desportes. C’est beaucoup mieux que rien bien sûr, mais c’est trop peu au risque de conforter ce mythe de « la grande muette » car ces officiers, y compris un ancien CEMA, Henri Bentegeat, sont loin d’être des cas isolés comme on voudrait le faire croire à l’opinion.

 

Que dire en effet des multiples dossiers et articles du  groupe de réflexion du « G2S » de Jean-Marie Faugère, véritable « think tank » de 20 officiers généraux et qui a, en autres avantage, d’être composé de bénévoles et de réunir un groupe riche en expertises différentes. Les membres de ce groupe n’ont pour objectif que d’apporter leur contribution afin que les problèmes de défense soient mieux compris en particulier de ceux ayant des responsabilités publiques. Par leur formation, leur expérience, les responsabilités qu’ils ont exercées, ils sont plus fondés à s’exprimer que bien des civils appelés par les médias à répondre sur un sujet militaire. Pour parler médecine rien de tel qu’un médecin, pour discourir de philosophie rien de tel qu’un philosophe etc. ! Que dire des nombreux officiers, d’active ou non, qui écrivent des ouvrages qui sont autant d’études, de témoignages ou de réflexions d’une grande richesse. Encore faut-il faire l’effort de lire, de s’intéresser aux problèmes militaires ! Quel dommage que les journalistes-défense invités à la remise de prix littéraires les boudent... Que dire des nombreuses associations, en commençant par la Saint-Cyrienne, qui font connaître des points de vue, ouvrent des tribunes libres et soutiennent des débats ou des colloques. Ces associations ne sont pas des syndicats c’est peut être pour cela qu’on leur colle un bâillon virtuel. Pourtant il suffit de lire, notre revue en particulier le Casoar, pour être persuadé que « la grande muette » est bien morte. Mais ce serait rompre avec une des idées du « politiquement correct » dont souffre notre pays.

 

Il ne peut pas être dit qu’il existe « un trou noir » de l’expression chez les militaires. Il est facile de savoir que le moral n’est pas bon, il est facile de savoir que les inquiétudes sont grandes concernant l’outil de défense et la réforme en cours au ministère de la défense, comme il est facile de savoir que l’opération au Mali est vue comme un succès, de la décision à l’exécution. A ceux dont le métier est d’être le lien entre l’actualité et les Français je recommande plus d’attention et plus d’ouverture car décidément et définitivement « la grande muette » est bien morte ! Ce sera rendre aussi service aux hommes politiques contraints à mieux entendre ce qui leur est dit ou proposé de lire dans et hors de l’hémicycle. Le devoir de réserve, souvent mis en avant, ne touche avant tout que la sécurité de la France et celle des forces armées ainsi que le respect des institutions de notre pays.

 

A défaut d’être suffisamment entendus il appartient aux plus hauts responsables militaires d’élever raisonnablement la voix quitte, en leur âme et conscience, à choisir de partir car l’enjeu est grand. Nous sommes nombreux à ne pas baisser la garde, par devoir, car dans la cacophonie générale ou tous les sujets s’entrechoquent sans ordre d’importance ni mise en perspective c’est bien de la défense de la France dont il s’agit. Considérez les militaires pour ce qu’ils sont, des professionnels d’un art difficile, celui de la guerre.

 

Ne soyez pas sourds car nous ne sommes pas muets !

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25 septembre 2013 3 25 /09 /septembre /2013 17:55
Les valeurs de la NSA sont la "conformité et le respect de la loi". Sans commentaire.

Les valeurs de la NSA sont la "conformité et le respect de la loi". Sans commentaire.

 25/09/2013 Jean Guisnel - Défense ouverte / Le Point.fr

 

Au détour d'une réflexion interne de la DGSE, on découvre les mots d'ordre de cinq grands services étrangers. Moins convaincant qu'édifiant !

 

Nos lecteurs savent que la DGSE a choisi de travailler sur les valeurs qui l'animent. Pour conduire ce travail d'enquête introspective de plusieurs mois, elle a également conduit un "parangonnage" (traduction de l'anglais benchmarking) auprès des services dont elle se considère la plus proche, afin de savoir quelles étaient les valeurs qui animaient les services secrets amis.

 

On ne glosera pas sur la carte des proximités révélées par l'identité des cinq services étrangers chargés du renseignement extérieur (dont deux américains) ainsi nommés. Pour une simple et bonne raison : nous avons pu lire un document qui les recense, mais sans rien savoir de la méthode qui a présidé à ce choix. D'autres services ont-ils été consultés par cette enquête ? Les absents n'ont-ils pas répondu ou bien n'ont-ils pas effectué cette démarche ? Nous n'en savons rien.

 

On ne chipotera pas non plus sur le fait que le texte soit rédigé en anglais. Les services secrets français passent leur temps à discuter avec leurs collègues étrangers et la langue de travail commune n'est autre que l'anglais.

 

Une cascade de valeurs, un seul principe

 

Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement. Et le jeu est connu : les "valeurs" sont un slogan, une forme de devise. Qu'elles animent de tels bras armés et clandestins des démocraties leur interdit d'être floues. C'est ainsi que la NSA (National Security Agency) américaine, celle dont les turpitudes incessantes ont été révélées durant l'été par Edward Snowden, présente ses deux valeurs comme étant Compliance, Respect of Law (Conformité, respect de la loi). Pour la CIA (Central Intelligence Agency), ce n'est pas mal non plus : Service, Integrity, Excellence. Inutile de traduire...

 

Pour les Britanniques du SIS (Secret Intelligence Service), aussi connus sous l'appellation de MI6, c'est plus détaillé, sans qu'il soit davantage besoin de transcrire dans la langue de Molière : Integrity, Making a Difference, Teamwork, Innovation. Chez les Australiens de l'ASIS (Australian Secret Intelligence Service), c'est une logorrhée : Excellence in Service, Innovation, Trust (Confiance) & Responsability, Courage, Unity, Loyalty. Mais les Israéliens du Mossad font encore plus forts et sortent la panoplie complète : Justice, Interity, Morality, Humility, Personal Responsability, Discipline, Discretion.

 

On l'aura compris, tous revendiquent en fait le principe universel du "faites ce que je dis, pas ce que je fais !" Nous vous laissons, chers lecteurs, à vos abîmes de réflexion.

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25 septembre 2013 3 25 /09 /septembre /2013 17:20
Think-Tank Report Targets Benefits, Force Structure To Hold Down Spending

Sep. 24, 2013 - By RICK MAZE  - Defense News

 

A 27-point plan for the Defense Department to live within 2011 budget caps was unveiled Tuesday by a national security think tank.

 

The Stimson Center plan, the result of recommendations from a group of prominent advisers including several retired four-star flag and general officers, shaves about $21 billion from force structure, $22 billion from management reforms and $6 billion from weapons modernization. It achieves about $50 billion in savings, slightly more than the $47.7 billion reduction needed to stay within the 2015 spending limit cap set for the Defense Department set by the 2011 Budget Control Act.

 

The 2011 caps allow for $476.1 billion of spending on defense in 2015, down from the $527.5 billion budget for fiscal 2013.

 

Management reforms include some dramatic changes in benefits with immediate savings in 2015. These include $5 billion in added out-of-pocket expenses in retiree health care in 2015, $2 billion in reductions in retired pay and $1billion in savings from cutting all taxpayer support for commissaries and exchanges.

 

Also included in management reform is a recommendation for consolidating infrastructure, reducing both federal civilian and contract employees, reducing headquarters staffs and defense agencies, and cutting back on some types of training.

 

The biggest savings recommended in weapons programs is slowing the purchase of F-35 Joint Strike Fighters, which cuts $4 billion in 2015.

 

Also recommended is canceling both the Army ground combat vehicle and joint light tactical vehicle, saving $1 billion.

 

The recommendations come from an advisory committee that includes two former vice chairmen of the joint chiefs, a former chief of naval operations and two retired Army four-star generals.

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23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 18:55
La Toge et l’Epée: politiques et militaires

septembre 20, 2013 par Stephane Taillat - alliancegeostrategique.org

 

L’objectif des auteurs n’est pas de juger le bien-fondé des nouvelles attributions du ministère de la défense et du chef d’état-major des armées (CEMA) explicitées par un nouveau décret paru au Journal officiel du 13 septembre. Sa publication a suscité l’émoi de la communauté de défense (ici sur Secret Défense, et là : une tribune de l’ancien CEMA Henri Bentégeat) ainsi que des pistes de réflexion (EGEA). Nous comprenons aisément qu’il puisse engendrer des débats, qu’il s’agit de ne pas évacuer, et alimenter un processus d’exaspération ou de peur.

 

Le contexte de réforme (civilianisation, repyramidage, restructurations, etc.) y est propice, et il serait d’ailleurs intéressant d’en éclairer quelques aspects. Mais la question est révélatrice d’autres enjeux plus structurels que conjoncturels que nous nous proposons de présenter brièvement ici. En premier lieu, la question de l’interaction entre sphères politiques et militaires. Et en second lieu, celle de la place de l’institution et de la société militaires dans le processus politique.

 

Recadrant les attributions du ministre de la défense et du chef d’état-major des armées (CEMA), ce texte modifie les dispositions suivantes :

  • concernant le ministre, il indique qu’« Il est responsable de la préparation et, sous réserve des dispositions particulières relatives à la dissuasion, de l’emploi des forces. […] Il fixe l’organisation des armées ainsi que des directions et services du ministère. Il établit la programmation des effectifs, des équipements et des infrastructures ». En outre, il traduit les directives du premier ministre « en ordres et instructions pour les autorités subordonnées ».
  • concernant le CEMA, il est précisé que « le chef d’état-major des armées assiste le ministre dans ses attributions relatives à l’emploi des forces. Il est responsable de l’emploi opérationnel des forces. […] Le chef d’état-major des armées assure le commandement des opérations militaires. Il est le conseiller militaire du Gouvernement ».

 

Sans rentrer dans les détails juridiques des responsabilités de chacun, une interprétation de ce texte est le renforcement du rôle du ministre de la défense et la subordination plus étroite du CEMA à sa personne, notamment dans la chaine de décision relative à l’emploi de la force, chaine qui est un des précieux avantages comparatifs de l’outil de Défense français vis-à-vis de ses alliés. En d’autres termes, les dispositions du décret semblent construire une chaîne décisionnelle politique plus cohérente et éloigner le CEMA du cœur de certaines décisions. Du reste, il s’agit d’une évolution entamée depuis plusieurs années déjà : la précédente version de l’article fixant les attributions du CEMA (en date du 25 novembre 2008, et modifié le 19 juillet 2009) stipulait en effet que celui-ci est « responsable de la préparation et de l’emploi des forces, de la cohérence capacitaire des opérations d’armement et des relations internationales militaires ». Simultanément à la traduction dans les textes de la montée en puissance des responsabilités du ministre et de ses grands adjoints civils dans les faits, on constate donc une relativisation de celles du CEMA par effet miroir.

 

Retour sur le primat du politique :

 

« La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ». La formule clausewitzienne ne suggère pas seulement que la force armée puisse être un instrument de la raison politique, elle rappelle également que la guerre est traversée de dynamiques politiques, qu’elle en reflète les aspects les plus saillants, aussi bien entre les entités en conflit qu’en leur sein. Bien plus, la remarque de Clausewitz contient un aspect normatif : la sphère politique doit s’efforcer de contenir l’utilisation de la force afin qu’elle accomplisse les buts de guerre.

 

Le primat du politique découle donc à la fois de la nature de la guerre et de la soumission ultime de celle-ci aux fins politiques. Ce point est important car il suggère à la fois l’autonomie propre à la sphère militaire et le fait que la définition des buts politiques lui échappe.

 

On peut donc, en théorie, parler de deux sphères dont le dialogue est au cœur du processus de définition de la stratégie. Distinctes mais pas séparées, elles ne recouvrent pas tout à fait la distinction de statuts entre personnels civils et militaires. La sphère politique est celle où s’exerce la compétence politique (à qui reconnait-on la légitimité de prendre les décisions ?) tandis que la sphère militaire est caractérisée par l’expertise technique. Notons d’emblée que des militaires peuvent appartenir à la première sphère et que certains civils sont tout à fait légitimes à intervenir au sein de la seconde. Leur autonomie respective est toutefois théorique : il peut arriver qu’une décision politique découle d’une appréciation guidée par des considérations techniques. A l’inverse, la sphère politique peut s’ingérer dans la sphère militaire, que ce soit avec les programmes d’acquisition d’armement ou dans certains choix tactiques.

 

Plusieurs risques bien contemporains découlent de l’interpénétration indue dans la pratique de ces deux domaines. Les plus notables sont l’inversion des fins et des moyens d’une part, la micro-gestion d’autre part. Le premier cas intervient lorsque l’on considère qu’un ensemble de techniques ou de tactiques apporte une solution aux problèmes stratégiques sans considération des fins politiques. On le note par exemple dans les discours estimant que le succès d’une guerre de contre-insurrection dépend uniquement de la capacité d’une armée à adopter les « bonnes pratiques » sans tenir compte du contexte et de la dialectique propre à la guerre. Cette substitution du niveau tactique au niveau stratégique découle soit de la pression des militaires pour faire adopter leur stratégie, soit de l’absence de but clairement défini par le pouvoir politique. Le second cas s’observe lorsque le niveau politique, aidé en cela en partie par un ensemble de nouvelles technologies de communications, intervient directement pour dicter les orientations tactiques des techniciens sur la base d’une estimation généralement erronée de ce que peut ou non produire la force militaire.

 

Activité militaire et activité politique :

 

Toutefois, le problème posé par cette relation dialectique renvoie à la question de ce qui sépare, ou rapproche, l’activité militaire de l’activité politique. En d’autres termes, est-il justifié de s’en tenir à une approche qui opposerait systématiquement le technicien militaire au décideur civil ? Cette question a largement été débattue et analysée par les sociologues pour le cas américain et on trouvera une synthèse profitable dans les pages 72 à 97 du dernier ouvrage de Jean Joana ainsi que dans cet article  du même auteur.

 

Pour résumer, ce programme de recherche montre que le processus de professionnalisation des militaires – c’est-à-dire la création d’un corps d’officiers permanents et de procédures administrant leur recrutement, leurs carrières et leurs activités – ne conduit pas nécessairement à leur neutralité politique. Bien plus, elle leur donne des ressources matérielles, politiques et symboliques à exploiter leur permettant – et parfois les incitant – à promouvoir leurs opinions dans ce domaine. Il démontre également qu’on ne peut postuler une homogénéité de valeurs ou d’options stratégiques au sein de l’institution militaire, conclusion frappante dès lors que les observateurs se penchent avec acuité sur la diversité sociologique de cette institution. Enfin, il illustre dans certains cas le glissement de la défense de l’expertise militaire vers des logiques corporatistes.

 

Historiquement en effet, la concentration de l’activité guerrière au sein d’un segment de la société (cette spécialisation pouvant être caractérisée comme la « militarisation de la guerre ») pose le problème de la loyauté de ses membres. Le contrôle s’impose afin de garantir que l’autonomie de la sphère militaire ne débouchera pas sur l’indépendance de l’institution militaire voire sur la politisation ou l’intervention des militaires en politique. Or, ce contrôle a un coût. Menées principalement dans le cadre des forces armées américaines, ces recherches doivent être adaptées au cas français. La difficulté consiste donc à dénouer les tensions et possibles incompréhensions nées au début des années 1960 en France et accentuées par la perte progressive de culture politique au sein de la société militaire. Il n’en est pas de même aux Etats-Unis où les officiers masquent derrière leur apolitisme affiché une conception totalement différente de leur subordination aux décideurs. Interprétée de manière plus large qu’en France, celle-ci considère que la loyauté de l’institution (notamment à travers le rôle de conseil) s’adresse autant au pouvoir législatif  ou à l’opinion publique  qu’à la branche exécutive. D’où une plus grande aisance dans la prise de parole des militaires et l’expression de dissensions. Selon le politologue Peter Feaver – ancien membre du conseil national de sécurité de George W. Bush – les militaires tendraient à s’impliquer davantage dans les débats politiques. Baptisé « McMasterisme »  d’après la thèse du général Henry McMaster – selon qui l’enlisement au Vietnam serait dû à la trop grande réticence des chefs d’état major à s’opposer aux décisions de McNamara et de Johnson – ce phénomène renverrait à une attitude plus agressive et plus autonome des officiers quant à l’expression de leurs désaccords avec les décisions politiques (récemment encore sur la gestion de la crise syrienne par Obama ).

 

Nous comprenons qu’en France, où le contrôle politique étroit du corps des officiers s’est accompagné d’une interprétation très restrictive du devoir de réserve par les militaires eux-mêmes, il est plus malaisé de contester les décisions du pouvoir. En retour, sous la pression du contexte ou en fonction de la perception de l’environnement stratégique, ce dernier peut être tenté de resserrer son emprise sur l’institution et la sphère militaire.

 

Ainsi, la question de l’autonomie et de la spécificité de l’activité militaire  ne saurait se résumer à ma mise en œuvre du combat ni conduire à assimiler totalement haute fonction publique civile et hautes fonctions militaires.

 

La charnière politico-militaire :

Au fond, les rapports entre les deux sphères d’une part, entre activité politique et activité militaire d’autre part renvoient à un équilibre fragile. Celui qui prévaut entre la nécessité de contrôler l’utilisation de la force armée et la juste confiance donnée aux avis des spécialistes de cette dernière. Ce déséquilibre a probablement été accentué du fait de trois évolutions. En premier lieu, la fin de la conscription a produit un décalage susceptible d’influer sur les perceptions des militaires concernant les orientations des politiques de défense et la légitimité prêtée aux décideurs civils dans ce domaine (méconnaissances réelles ou construites). En second lieu, la disparition de menaces clairement identifiées a davantage souligné les dissensions quant à la perception du contexte stratégique. Certes, celles-ci s’expriment bien moins en France qu’aux Etats-Unis mais elles pourraient devenir un des coûts politiques découlant du contrôle des militaires. Enfin, la tendance du corps des officiers à vouloir se dégager des contingences politiques a créé un vide dans leurs relations avec les décideurs, notamment en entravant leurs capacités à se constituer en groupe de pression ou d’intérêts dont la présence serait admise sur la scène stratégique.

 

Ainsi, la question de la confiance et de la connaissance mutuelles est-elle cruciale. Si il est légitime que les décideurs politiques puissent interroger les logiques et le bien fondé des conseils émanant de la sphère militaire, on doit pouvoir supposer en retour une capacité des militaires à se faire entendre et à se faire comprendre. On le voit, le problème dépasse largement les considérations politiciennes, les rivalités bureaucratiques ou la question du contrôle des militaires en démocratie. Il présuppose donc un accès direct au plus haut niveau entre les autorités compétentes qui va au-delà d’un simple état-major particulier, nécessaire mais non suffisant. Il nécessite également de la part des décideurs politiques une connaissance approfondie des affaires stratégiques mais également des logiques profondes qui sous-tendent l’institution ET la société militaires.

 

Ce fait a très bien été étudié dans le domaine de l’économie industrielle à travers les différents dilemmes liés à la délégation de responsabilités par un principal à son agent. Une étude récente de Jacob Shapiro – politologue à Princeton – portant sur les organisations terroristes en illustre les ressorts, d’une manière qui peut servir d’analogie avec le contrôle démocratique de la sphère militaire. . Ces dilemmes s’expliquent par la cause même de la délégation : le fait que le principal ne maîtrise ni toutes les compétences, ni toutes les informations dont dispose son agent. De ce fait, le donneur d’ordre n’est jamais assuré de l’efficience de ses actions. Il peut également se faire que le résultat de l’action dépende d’un paramètre connu de l’agent mais pas du principal. Dans le cas d’organisations gérant la violence, on conçoit que s’ajoute le risque de la déloyauté, ou tout du moins la crainte liée à l’exagération de ce risque par le pouvoir politique. Dit autrement, le principal est confronté à un compromis sans cesse remis en cause entre la nécessité d’exercer un contrôle plus étroit sur son agent et celle de lui déléguer une partie sans cesse plus importante de ses responsabilités. Ce compromis a un coût et, dans le cas des organisations en charge de l’exécution du monopole de la violence légitime, peut s’avérer dangereux. Si on ne peut craindre en effet un coup d’état ou un interventionnisme excessif des militaires en politique, il y a tout de lieu de s’interroger sérieusement sur les conséquences d’un contrôle trop strict en termes d’efficacité ou de capacités.

 

On le voit, le mieux est souvent l’ennemi du bien. Si aucune solution simpliste ou universelle n’existe à ce problème du lien entre le pouvoir politique et la sphère militaire, c’est en raison de la nature même du lien qui les unit et de la spécialisation de l’activité guerrière. Là comme dans le reste de la vie sociale, c’est bien dans la confiance qu’est forgée une saine relation politico-militaire, et dans ce domaine les impressions comptent autant que la cause et l’action, et elles sont souvent réactualisées à chaque changement de personnalités.

 

Stéphane Taillat / En Vérité

Florent de Saint Victor / Mars Attaque

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22 septembre 2013 7 22 /09 /septembre /2013 11:50
Affaire Prism : l’indiscrétion de la NSA ne devrait pas étonner les Européens

13 septembre 2013 par Roland Hureaux - libertepolitique.com

 

Comment certains Européens ont-ils pu s’étonner de la révélation du programme démentiel d’écoute généralisée des organisations et des personnes d’Europe occidentale, commission européenne comprise, révélée par le jeune Edward Snowden ? Ce programme n’a d’égal que l’écoute de citoyens américains eux-mêmes.

 

DECHANTERONT sans doute ceux qui gardent le souvenir sympathique des « boys » venus libérer l’Europe en 1944, des largesses du plan Marshall et de la grande démocratie sur laquelle s’appuyèrent durant quarante-cinq ans tous ceux qui, en Europe, craignaient à juste titre de tomber sous l’emprise du communisme totalitaire.

 

Mais depuis vingt-trois ans que le Rideau de fer est tombé, beaucoup se demandent ce qu’est devenue la démocratie américaine, où, au nom du Patriot Act de 2001, il est possible de détenir indéfiniment sans mandat de justice un citoyen américain, de fouiller son domicile et où le président peut même ordonner une exécution sans jugement pour des raisons de sécurité nationale.

 

Surtout, comment ne pas ressentir la mutation qui a eu lieu dans le rapport des États-Unis et leurs alliés depuis les années soixante-dix ? La rivalité mimétique avec la défunte Union soviétique, qui entraîna l’imitation de ses méthodes d’espionnage et de manipulation, l’esprit de système des think tanks imposant une rationalité aussi implacable que folle à la politique étrangère américaine, ont provoqué une défiance des États-Unis, vis-à-vis du reste du monde et singulièrement de leurs alliés, qui a progressivement donné une tournure nouvelle aux relations avec eux.

 

Ajoutons à cela la méfiance et l’irascibilité que donne aux vieux satrapes le sentiment de la toute-puissance.

 

La folle théorie de Brzezinski

 

Il suffit de lire l’ouvrage capital de Zbigniew Brzezinski, Le Grand Échiquier (1997) véritable bible de la pensée géostratégique américaine, pour voir les racines de la méfiance des États-Unis vis à vis de l’Europe ; la puissance américaine est, dit-il, menacée de se trouver isolée face à un bloc eurasiatique cohérent comprenant, non seulement la Russie et la Chine (c’est aujourd’hui fait avec le groupe de Shanghai) mais aussi l’Inde et l’Europe occidentale.

 

Tout l’avenir de la puissance américaine repose, selon cette théorie, sur le choix que fera l’Europe de l’Ouest : ou elle reste arrimée à l'Amérique et celle-ci continue d’être la superpuissance, ou elle bascule vers l’Eurasie et alors l’Amérique perd son hégémonie. Comme la menace communiste n’est plus là pour contraindre les Européens à suivre l’Amérique, la diplomatie américaine doit s’efforcer d’isoler l’Europe de l’Ouest du reste de l'Eurasie, à commencer par la Russie. Elle doit le faire avec d'autant plus de vigilance que la tendance naturelle de l’Europe de l'Ouest est désormais de se rapprocher de celle-ci, dont aucun intérêt majeur ne la sépare plus.

 

Le sentiment antirusse

 

Pour cela, les États-Unis ont sans doute utilisé tous les moyens d’exciter le sentiment antirusse en Europe occidentale par des agents d’influence nombreux et puissants, notamment dans les médias ; ils ont obtenu le resserrement des liens au sein de l’OTAN et surveillent étroitement le personnel politique ouest-européen pour favoriser les carrières des pro-américains et barrer les autres. L’Initiative de défense stratégique doit constituer un bloc compact Amérique du Nord–Europe de l’Ouest, isolant celle-ci de la Russie.

 

Dans le même état d’esprit, la rhétorique des think tanks nord-américains tend à laisser penser que la Russie n’a pas fondamentalement changé depuis la chute du communisme, qu’elle est toujours aussi menaçante et à entretenir la méfiance à son égard : sa volonté de contrôler la Géorgie est assimilée à un plan de conquête du monde !

 

Les géopoliticiens nord-américains ne cachent guère que le but de l’OTAN n’est plus la protection de ses membres mais leur surveillance afin de les maintenir dans le giron nord-américain.

 

Il se peut que l’exacerbation d’un confît comme celui de la Syrie, où les pays européens alignés sur Washington, à commencer par la France, creusent le fossé qui les sépare de Moscou, ait, entre autres, ce but.

 

Est-il utile de dire combien est folle cette théorie selon laquelle l’Eurasie aurait vocation à former un bloc concurrent de l’Amérique ou qu’un tropisme irrépressible attirerait l’Europe dans le giron asiatique si l’Amérique ne la soumettait à une surveillance étroite ? Comment imaginer, au vu de leur histoire millénaire, que l’Europe, la Russie, la Chine et l’Inde aient vocation à s‘unir en l’absence de danger commun ? N’est-ce pas, au contraire, l’attitude obsidionale et agressive des Etats-Unis qui rapproche Moscou et Pékin que tout devrait séparer ?

 

Mais pour folle qu’elle soit, la théorie de Breszinsky n’en inspire pas moins la politique américaine actuelle, que soient au pouvoir les républicains ou les démocrates.

 

C’est cette perspective qui explique que les Européens qui se croient les partenaires et les amis des Américains soient livrés à une surveillance étroite de la part de ceux-ci. Une surveillance dont Edward Snowden n’a sans doute révélé que la partie émergée.

 

L'inféodation européenne

 

La Commission européenne qui avait été conçue par Jean Monnet comme un auxiliaire du contrôle américain est soumise à un contrôle particulièrement étroit, sans doute au cas où elle voudrait s’émanciper, jouant vraiment le jeu de l’Europe-puissance à laquelle croyaient les pères fondateurs. Elle est également surveillée dans la mesure où ses décisions économiques sont susceptibles d’interférer avec les intérêts américains (par exemple dans les négociations agricoles).

 

Outre la dimension proprement économique, le projet d’accord transatlantique de libre-échange a sans doute, lui aussi, le but de renforcer l’inféodation ouest-européenne.

 

Autre motif de cette surveillance, plus ancien : la conviction développée outre-Atlantique – et largement relayée par les cercles européens sous influence, que, livrée à elle-même, l’Europe reviendra à ses démons nationalistes. Casser la colonne vertébrale des nations européennes, les transformer en larves doit ainsi servir en même temps la cause de l'Amérique et celle de la paix. Un raisonnement un peu court qui perd de vue que parmi les pays européens, un seul depuis 1870 a pris à plusieurs reprises l’initiative d’envahir ses voisins !

 

Enfermés dans ce carcan, rendu d’autant plus étroit depuis la réduction de la semi-dissidence française qui s’était exprimée, au nom de la souveraineté nationale, au temps du général de Gaulle, les Européens n’ont plus guère de marge de manœuvre.

 

Pas de riposte

 

Personne ne saurait être dupe par conséquent des mouvements d'indignation des gouvernements et de la Commission européenne. Le Européens ont, disent-ils, demandé des « explications » à Washington. L’expression, très bénigne, a été employée par François Hollande ; les Américains n’ont même pas pris la peine d’en donner. Et de toutes les façons, ce que les Européens, s’ils avaient encore un peu de dignité, auraient dû demander, c’était une vraie réforme de ces pratiques destructrices pour la démocratie. Rien ne la laisse espérer.

 

Les négociations en faveur du traité de libre-échange n’ont même pas été remises en cause, sous la pression de l’Allemagne qui, même si elle semble être la cible principale de la surveillance américaine, tient fort à ce traité dont elle seule sans doute en Europe tirera avantage.

 

Si les Européens étaient sérieux dans leur indignation, ils ne manqueraient pourtant pas de moyens d’agir.

 

Le premier serait de donner l’asile politique à l’auteur de ces révélations, Snowden dont les révélations nous sont profitables. Loin de cela, la France, l’Espagne, le Portugal et l’Italie ont scandaleusement bloqué l’avion du président de la Bolivie, de retour d’un voyage officiel à Moscou, de peur qu’il ne serve à exfiltrer le jeune homme.

 

Les Européens pourraient se réserver le droit d’arrêter et de juger selon les lois qui chez eux protègent la vie privée, tout responsable du programme Prism (et aussi du réseau Echelon) en transit sur le sol européen. Il est clair qu’ils n’oseront pas.

 

Riposte plus efficace, les ressources de l’Europe pourraient être mobilisés pour mettre peu à peu en place des concurrents européens aux plateformes Internet nord-américaines si prodigues de leurs données à l’égard des services d’espionnage de Washington. Un tel projet poserait sans doute des problèmes techniques, mais en prenant cette direction, notre pays adresserait au moins un avertissement aux Américains. Une telle entreprise serait-elle compatible avec les règles européennes de la concurrence ? On peut craindre que la réponse soit non : le commissaire qui s’aviserait de dire oui serait vite dénoncé par les « grandes oreilles » !

 

Est-ce à dire que les révélations de Snowden n’auront été qu’un coup d’épée dans l’eau ? Dans l’immédiat, on peut le craindre. À terme cependant, les opinions occidentales auront été sorties de leur naïveté. C’est particulièrement vrai de l’opinion allemande. Il est vain de compter sur la réaction de gouvernements tous plus ou moins sous influence, celui de François Hollande sans doute plus que d’autres, mais à terme, les opinions publiques pourraient remettre en cause un partenariat transatlantique devenu par trop unilatéral et qui, de toutes les façons, a largement perdu sa raison d’être depuis la fin du bloc communiste.

 

Curieusement, l’opinion anglaise que l’on croyait définitivement acquise au « partenariat transatlantique » n’est pas la dernière à se réveiller. Le vote historique du Parlement britannique du 29 août 2013 refusant que l’Angleterre s’associe à une attaque de la Syrie est un signe que quelque chose est en train de bouger de l’autre côté de la Manche.

 

Pour exonérer le grand frère américain, certains ont découvert que nos propres services étaient aussi indiscrets que les siens. Mais ont-ils les moyens pour exploiter des informations aussi volumineuses que celles qui transitent par l’Internet ? Sûrement pas. Et espionnent-ils les Américains, eux ? On en doute. La situation n’est donc pas comparable. De toutes, d’un côté comme de l’autre de l’Atlantique, les menaces sur les libertés demeurent.

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19 septembre 2013 4 19 /09 /septembre /2013 17:00
Géopolitique du Kidnapping

 

L’économie de la rançon en plein essor
 

Avec 20000 enlèvements par an en moyenne, le marché du kidnapping se porte bien. Longtemps associé à un acte terroriste, l’enlèvement tend depuis les années 1990 à devenir une véritable industrie, aux revenus (très) lucratifs. Certes, il reste une « arme » dans de nombreux conflits, comme en témoignent les otages kurdes en Syrie, mais de plus en plus de ravisseurs ne sont motivés que par l’appât du gain. Il est vrai que les montants négociés peuvent atteindre plusieurs millions d’euros, pour peu que l’événement concerne des Occidentaux et qu’il soit médiatisé.

Le plus souvent cependant, on assiste à une imbrication de motivations où il n’est pas aisé de distinguer les finalités poursuivies. « Les deux sortes d’enlèvements, criminels et politico- criminels, ont dorénavant des rapports solides », analyse Pierre Conesa, chercheur associé à l’IRIS et ex-adjoint au directeur de la Délégation aux affaires stratégiques (DAS). Une complexité face à laquelle les réponses étatiques ne sont pas évidentes et qui favorise l’offre des sociétés de sécurité privées.

Le phénomène n’est pas nouveau, loin s’en faut. Il a néanmoins évolué au cours de l’histoire. Dans l’Antiquité, l’otage est une « institution » qui vise à garantir l’exécu- tion des traités militaires ou politiques. « À la différence de ce qui se passe aujourd’hui, il n’y avait pas prise, mais remise d’otages. Ainsi, il n’y avait rien de plus normal ni de mieux admis, dans la pratique des rapports internationaux de l’époque, que le recours aux otages » rappelle le recteur et professeur d’histoire Saliou Ndiaye. L’otage est un échange consentant entre puissances. Ainsi, il n’est pas un prisonnier, mais un captif qui ne doit pas être maltraité. Il n’est pas rare qu’il jouisse même d’une certaine liberté de mouvement, lui permettant selon ses moyens de mener une vie sociale. Cette situation va perdurer au Moyen âge et à l’époque moderne. On assiste ce-pendant, notamment au cours de la Guerre de Cent ans, à des prises d’otages par la force afin de monnayer un avantage politique sur l’adversaire ou un gain financier important. Le kidnapping peut déjà s’avérer crapuleux et fondé sur des considérations purement mercantiles.

 

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Géopolitique du Kidnapping

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15 septembre 2013 7 15 /09 /septembre /2013 19:55
général d'armée (2S) Henri Bentégeat, ancien chef d'état-major des armées

général d'armée (2S) Henri Bentégeat, ancien chef d'état-major des armées

Par le général d'armée (2S) Henri Bentégeat, ancien chef d'état-major des armées

 

(article paru dans le Figaro le 14/09/2013)

 

Afghanistan, Libye, Mali, Syrie peut-être demain, nos armées volent d’un engagement à un autre, heureuses et fières de servir, oubliant, dans l’ardeur des opérations,  les perspectives moroses de la loi de programmation militaire ; ignorant surtout la révolution silencieuse qui bouleverse l’organisation du ministère de la défense et pourrait, si l’on n’y prend garde, ébranler les fondements de l’institution militaire.

 
La place et le rôle des chefs militaires au sein de ce qui fut longtemps le ministère des armées ont été parfois contestés au cours des dernières décennies. La haute fonction publique, soutenue par les cabinets et le contrôle général des armées, a toujours lorgné vers les postes de responsabilité de ce ministère atypique. Le général Lagarde, il y a 30 ans déjà, disait aux stagiaires de l’Ecole de Guerre : «  on aurait tort de n’y voir qu’un conflit d’intérêts corporatistes. Ce sont deux visions qui s’affrontent : d’un coté, le notre, la subordination de toutes les activités à la préparation opérationnelle, de l’autre, celui des civils, le primat de la gestion budgétaire. Cette dernière approche peut séduire, car elle est plus perméable aux pressions politiques… ». Nous n’en crûmes pas un mot. Nous avions tort.                                            
 
La relève des généraux par des hauts-fonctionnaires à la tête d’institutions, comme le SGDN ou la DGSE, aurait pu nous alerter, mais le caractère interministériel de ces postes pouvait expliquer le changement de portage. Surtout, en parallèle, le développement de l’interarmisation recentrait les armées et le ministère sur leur raison d’être, la préparation et la conduite des opérations. La guerre du Golfe avait montré  l’urgente nécessité de dépasser les intérêts particuliers de chaque armée (Terre, Marine et Air ) en les subordonnant aux impératifs des opérations interarmées. Et, depuis vingt ans, nos engagements incessants dans les Balkans, en Afrique, au Moyen-Orient et en Afghanistan avaient progressivement donné une place centrale, au sein du ministère, au chef d’état-major des armées.

 

Consacrée par les décrets de 2005 et 2009, cette évolution stabilisait et consolidait la charnière politico-militaire en donnant au CEMA les moyens d’exercer son rôle de conseiller militaire du gouvernement. Certains s’en étaient inquiétés, craignant que le ministre de la défense peine à imposer son autorité à un « proconsul » trop puissant. C’était ignorer le poids incontournable, au sein du ministère, du Délégué général pour l’armement, assis sur son socle industriel et social, et du Secrétaire général pour l’administration, détenteur des leviers de la finance et de la gestion.                                                  

 

La  défiance de principe à l’égard du loyalisme des officiers est non seulement infondée mais surtout incompréhensible pour des générations de militaires élevées dans le culte de l’obéissance républicaine. A une époque tristement marquée par l’affaire Dreyfus et l’affaire des fiches, Jaurès avait fait litière de ces accusations en démontrant la constance de la soumission des chefs militaires aux responsables politiques.

 

Aussi les vraies raisons qui conduisent aujourd’hui à retirer au chef d’état-major des armées une part importante de ses responsabilités pour les confier à des fonctionnaires civils se résument-elles dans une formule lapidaire : « il faut recentrer les militaires sur leur cœur de métier ». En clair, les généraux ou amiraux seraient des techniciens du combat, peu aptes à gérer des hommes, des finances, des relations internationales, voire des services logistiques.

 

Cette vision réductrice de la fonction militaire va à l’encontre de traditions millénaires qui exaltaient les rôles de stratège, d’administrateur ou de logisticien comme autant de facettes indispensables au bon exercice du métier des armes. Elle est surtout antinomique des exigences des conflits modernes où l’intelligence de situation, à tous les échelons, requiert une vision large, bien au-delà de la maitrise technique des armes, où le dialogue international est la règle, où l’administration d’un secteur, le contact avec la population et la manœuvre logistique sont des facteurs essentiels du succès.

 

L’évolution sémantique est révélatrice des changements de mentalité. Venues d’Europe du nord où le refus de la guerre et la foi absolue dans le « soft-power » ont marginalisé les armées, certaines expressions, ignorées dans le monde anglo-saxon, se sont imposées progressivement en France. « L’outil militaire » ou « l’expert militaire » renvoient à une vision technicienne du métier des armes. La tentation d’y recourir est d’autant plus grande que la haute technologie est présente partout sur les théâtres d’opérations. On en vient à oublier que ce sont des hommes et des femmes qui conçoivent et conduisent ces opérations, qui endurent et qui souffrent et qui risquent leur vie ou leur intégrité physique pour protéger leurs concitoyens.

 

La prudence et la réversibilité s’imposent donc dans la mise en œuvre de réformes qui peuvent affecter profondément l’exercice futur du métier des armes. Dans un système où les chefs militaires n’auraient plus la capacité d’influer sur les choix majeurs des responsables politiques, on prendrait le risque d’une triple évolution, souvent constatée dans les pays européens où les militaires sont tenus en suspicion : syndicalisation, politisation des élites et découragement des meilleurs.

 
Dans l’univers aseptisé des officiers « recentrés sur leur cœur de métier », on ne rencontre, bien sûr, ni Napoléon, ni De Gaulle, mais c’est aussi Foch, Lyautey, Leclerc ou De Lattre à qui on ferme la porte.
 
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