Overblog Tous les blogs Top blogs Entreprises & Marques Tous les blogs Entreprises & Marques
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
17 février 2013 7 17 /02 /février /2013 23:01

http://1.bp.blogspot.com/-C1mMBTeUKGc/URduzmgDSAI/AAAAAAAACJ0/J4805TSObSg/s1600/3053552687.jpg

 

10.02.2013 Michel Goya - lavoiedelepee

Gagner une guerre aujourd'hui est la réunion des réflexions de dix-neuf praticiens et experts, civils et militaires, Français ou étrangers, sur le thème du rapport entre les démocraties modernes, la France en particulier, et la guerre dans le monde de l’après-Guerre froide. Ce travail de longue haleine est l’œuvre du colonel Stéphane Chalmin, actuel chef de corps du Centre militaire de formation professionnelle de Fontenay-le-Comte, et dont il faut saluer la persévérance.


Le projet du colonel Chalmin, était « d'analyser un paradoxe : les armées gagnent des batailles mais les résultats diffèrent des objectifs fixés par les différentes parties. C'est une façon de questionner le rôle de l'Etat qui dispose d'un outil mais dont la volonté finale reste fluctuante. Pour qui, pourquoi nous battons-nous? Au final, les guerres donnent l'impression de ne pas pouvoir être gagnées ».

Le résultat, comme il est possible de le constater en lisant le sommaire, est riche et varié. Il précède évidemment l’opération actuelle au Mali dont le contraste avec la manière dont les opérations étaient conduites depuis la fin de la guerre froide témoigne justement du bien-fondé des doutes qui y sont souvent exprimés.

Ce qui me font l’amitié de me lire sur ce blog reconnaîtront les idées que j’y expose dans un article qui reprend une conférence donnée il y a deux ans et qui m’avait valu les foudres de ma très haute-hiérarchie. J’osais dire, à l’époque, que les réformes en cours dans les armées avaient un objet purement  économique et qu’elles pouvaient engendrer des coûts humains qui compenseraient sans doute les quelques gains budgétaires obtenus en supprimant des dizaines de milliers de postes et en « rationalisant» à tous crins.  

A lire de toute urgence.

Gagner une guerre aujourd'hui, Economica, 192 pages, 23 €.

Introduction générale
L’impuissance de la puissance militaire
Préambule du Général Vincent Desportes
Les forces morales, Alain de Benoist.
La France peut-elle encore gagner une guerre ?, Colonel Michel Goya

La nature des opérations a profondément changé
La place des guerres urbaines, Antonin Tisseron
La place du droit dans les guerres, Michel Deyra
Les limites de l’approche globale en Afghanistan, Olivier Hubac

Un environnement bouleversé
Les défis d’un monde polycentrique et déséquilibré. De l’Europe à
l’Occident, Jean-Sylvestre Mongrenier
La société civile et la guerre, Jean-Jacques Roche
De la guerre à l’intervention, de la victoire au succès, Christophe
Wasinski

Une légitimité remise en question
L’avenir de la guerre et des armées, Dominique Venner
Le Front moral de la guerre, Louis Gautier
Armée et démocratie : le réquisit d’une raison éthique consolidée,
Cynthia Fleury
Le « déni de la mort » dans les sociétés modernes occidentales et ses
conséquences sur la vision de la guerre, Frédéric Coste

Les acteurs doivent s’adapter pour obtenir la victoire
Gagner par l’artefact ? Le rôle de la technique dans la victoire, Joseph
Henrotin
Agir militairement en Afrique, GCA Jean-Paul Thonier
La régénération des nations. Schwitzer werden - la voie suisse –
Swissbollah, Bernard Wicht
L’introuvable patrie, Raymond Boudon
La force des démocraties, Élie Baranets

Les démocraties savent-elles encore gagner les guerres ?, Jacques Sapir

Partager cet article
Repost0
13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 17:55

http://a401.idata.over-blog.com/187x300/4/22/09/08/France/Armee-Air/CESA/insigne_CESA.jpg

 

13.02.2013 de CESA Centre d'études stratégiques aérospatiales

 

Les fiches du Centre d’enseignement militaire supérieur Air : Question'Air N°67

Partager cet article
Repost0
13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 08:55

http://www.meretmarine.com/objets/22443.jpg

 

12.02.2013 par le Fauteuil de Colbert

 

De l’avis de tous, ou presque, l’avenir de l’action navale est majoritairement à une plus grande place des sous-marins dans les flottes. Les vaisseaux noirs possèdent quelques caractéristiques, différentes de celles de la surface. Parmi celles-ci, on peut noter une capacité à recueillir plusieurs types de renseignement au plus près de la source (tant que celle-là est proche de la fameuse bande littorale des 200km où se concentre 80% de la population mondiale). Mais aussi de pouvoir le faire, et d’agir sans élever le niveau de la crise. Le sous-marin est ainsi invisible aux senseurs de la sphère électromagnétique, tant qu’il ne franchit pas le dioptre.
C’est cette invisibilité qui lui confère des capacités de froudroyance très recherchées, à travers les forces spéciales et les missiles de croisière.

Le problème du sous-marin, c’est son relatif isolement vis-à-vis de ce qui se trouve au-dessus dioptre. Les ondes électromagnétiques ne franchissent pas la surface, ce qui protège les vaisseaux noirs mais les isole également. Cependant, il y a de nouvelles technologies qui laissent espérer que le sous-marin pourra de plus en plus receuillir du renseignement lorsqu’il sera à immersion périscopique.

Il y a, donc, au moins deux grands moyens qui permettent au sous-marin de s’affranchir de cet isolement :


Le premier d’entre eux est le radar. Dès la seconde guerre mondiale les premiers radars furent installés sur bien des sous-marins, dont ceux de l’US Navy et ils rendirent bien des sevices pour détruire la flotte de commerce japonaise. Plus largement, il évite au sous-marin de naviguer que par la seule vue de son périscope ou des veilleurs. Mais aussi de voir au-delà de l’horizon. Le radar de veille aérienne se fait rare parmi les submersibles, tandis qu’il est plus courant chez les submersibles qui restent longtemps en surface. C’est ce que proposait DCNS à travers son submersible SMX-25 qui est pourvu d’un radar de veille aérienne. Mais le projet des anciens arsenaux ne dit pas si c’est un radar digne des grandes frégates de défense aérienne ou si l’ambition est moindre.

 

L’autre grand moyen est un développement des moyens de communication. Il y a forcément de tout à bord d’un sous-marin. Les U-Boat émettaient et recevaient leur traffic par ondes de la gamme HF. Guy de Malbosc et Jean Moulin (" Guerre des codes et guerre navale") nous expliquent comment c’était un enjeu de percer le chiffrement des communications allemandes.

 

http://static1.businessinsider.com/image/5018036e6bb3f74320000011-900/the-virginia-class-submarine-is-a-new-breed-of-high-tech-post-cold-war-nuclear-subs.jpg© Inconnu. SNA de la classe Virginia (US Navy).

 


Depuis lors, la plus grande évolution est venue des communications spatiales. La Marine rechercha très tôt (dès les années 60) la possibilité  de communiquer avec ses navires de par le monde. L’Espace est donc venu offrir de formidables possibilités en la matière. Les communications spatiales sont mêmes supposées être très sûres puisque bénéficiant de gammes de longeur d’ondes très directives, donc relativement dures à intercepter (là où les ondes HF sont très évasives).

Le radar RBE-2 du Rafale arrive enfin pleinement à mâturité grâce à l’entrée en service de sa version la plus évoluée à antenne active (radar dit AESA). L’on peut apprendre dans le DSI du mois de janvier 2013 que ce radar se compose de x modules : les TRM. Ceux-ci constituent l’antenne proprement dite du radar. Mais par rapport aux antennes à balayage mécanique et/ou électronique des précédentes générations, il serait possible, désormais, avec les TRM de subdiviser l’action de l’antenne en répartissant x TRM par x tâche. Ainsi, une partie de ces modules pourrait effectuer des recherches en mode air-air quand l’autre partie s’occuperait simplement de carthographier le sol.

Plus loin encore dans l’exploitation du potentiel des TRM, il serait envisageable de les utiliser comme moyen de communication. Ces modules pourraient, grâce à un faisceau d’énergie dirigée (lire "Les armes à énergie dirigée : mythe ou réalité ?" de Bernard Fontaine), envoyer des données à des débits comparables aux dernières prouesses des communications spatiales. La chose ne sera pas inintéressante pour remplacer les actuelles liaisons 11 et 16 et permettre à un groupe d’attaque de travailler en réseau (capacité déjà actuelle, mais avec des échanges de données sans commune mesure avec ce qui se fait actuellement).

Le sous-marin, là-dedans, peut rêver à -peut être...- bénéficier des avancées offertes par ces TRM. On peut imaginer qu’il puisse rentrer dans l’appendice d’un mât périscopique. Si l’on observe certains mâts des Virginia et des Astute, il est possible d'apercevoir des mâts optimisés pour réduire autant :

  • le sillage engendré par leur hissage
  • que leur SER (Surface Equivalente Radar).

De par leur volume, il semble aussi abriter un certain nombres d’équipements, certainement pour receuillir du renseignement.

 

http://4.bp.blogspot.com/-rlfPgilwzMw/TVM583jxmqI/AAAAAAAAAfM/NVCH3pxeKTs/s1600/2d8c6f40-377b-41bd-a179-8d63cf1c9dbc.Full.jpg© Inconnu. Le premier Rafale livré avec son radar AESA (RBE-2 à antenne active).

 

Les SNA de la classe Suffren (programme Barracuda) peuvent légitimement nous laisser croire qu’ils bénéficieront de ce type de mât car leur conception générale semble tourner pour aussi, mais pas seulement, opérer dans la bande littorale.

Dans cette optique, l’on peut imaginer deux choses :

  • un mât de veille aérienne qui aurait des portées intéressantes grâce à l’emploi d’un certain nombre de TRM. Il semblerait que le volume du cône du Rafale soit plus ou moins similaire à celui de l’appendice d’un mât de Astute.
  • Un mât de communication à base de TRM, mais pas seulement.

Il faut dire que la seconde option laisse entrevoir des possibilités très intéressantes en matière de cyberstratégie. L’ouvrage d’Olivier Kempf («  Introduction à la Cyberstratégie ») nous dit que le degré de coertition de l’action cybernétique est inversement proportionnel à sa discrétion. Cependant, dans le cadre d’un conflit déclaré, un certain nombre de nations (Israël, Etats-Unis notamment) semblent avoir laissé filtrer quelques bruits sur les capacités de leurs aéronefs en matière d’actions cybernétiques. Ils auraient recours à leurs capacités de guerre électronique pour développer des capacités cybernétiques afin de mieux mener leurs missions de suppression des défenses aériennes ennemies. Au vu de ce que faisait les SNA français pendant la guerre en Libye, où ils recueillaient du renseignement au large des côtes, tout porte à croire que des mâts remplis de TRM offriraient quelques possibilités intéressantes.

Partager cet article
Repost0
13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 08:35

http://idsa.in/system/files/tmp/book_defacquisition.jpg?1359701619

 

February 12th, 2013 By Institute for Defence Studies and Analyses - defencetalk.com

 

This book is a compendium of papers presented and circulated in the International Seminar on Defence acquisition organized by the Institute for Defence Studies and Analyses on July 12-14, 2011.

 

It contains 29 chapters organized in nine key themes: technical requirement and capability definition; technical and commercial evaluation challenges; optimal procedural framework; contract implementation and project management; logistics management; offsets; defence industrial and R&D base; oversight, organizational structure; and human resource in defence acquisition.

 

Written by the practitioners, industry leaders and subject experts, the book brings out the best international practices in defence acquisition.

 

Defense Acquisition: International Best Practices (22)

Partager cet article
Repost0
8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 13:50

MQ-9-Reaper source info-aviation

 

07 Feb 2013 By Con Coughlin – telegraph.co.uk

 

The human rights lobby wants to limit the use of drones, but they are effective and preferable to sending our troops to fight

 

The art of drone warfare has come a long way in the decade since the first unmanned aerial vehicle (UAV) made its appearance in Afghanistan in the campaign to overthrow the Taliban in 2001. These days, you can take your pick, from the British Army’s minuscule “Black Hornet” surveillance devices, which fit easily into the palm of your hand, to the state-of-the-art Sentinels used by the US Air Force, which the Taliban have nicknamed the “Beast of Kandahar” because of their destructive potential.

 

The bewildering array of drone technology available to modern‑day battlefield commanders is certainly a far cry from the cumbersome structure the Austrians used to attack Venice on August 22, 1849 – the earliest recorded use of a UAV in combat. On that occasion, balloons fitted with bombs were directed towards La Serenissima, where they were set on fire by means of an electro-magnetic charge passed through a long copper wire, causing the explosives to fall on the city below.

 

The balloons proved ineffective as, more often than not, they were caught by a change of wind and blown back over Austrian lines. But had they been successful, the human rights lobby would no doubt have been queuing up to bring Emperor Franz Joseph I before the 19th-century equivalent of the International Criminal Court for war crimes.

 

In the modern age, though, it seems the drones are at risk of becoming victims of their own success, as human rights campaigners intensify their efforts to limit their use in targeting al-Qaeda terror cells.

 

In America, the nomination hearings for John Brennan, President Barack Obama’s nominee for CIA director, have been overshadowed by a deepening row over the use of drones to target American-born al-Qaeda terrorists. In Britain, the Defence Select Committee has set up its own inquiry to investigate the growing use of drones by the RAF, while CND has launched an appeal to raise funds to set up a “peace camp” at RAF Waddington in Lincolnshire, the headquarters of Britain’s newly created XIII Squadron of Reaper drones.

 

The disquiet among the political classes over these devices can be seen as the inevitable reaction to the vital role they play on the modern battlefield. For example, the US Air Force flies an average of 54 combat air patrols per day using drones, from bases as far afield as Saudi Arabia and Niger. Such is their popularity that the RAF, which currently has five Reaper drones deployed in Afghanistan, has placed an order for a further five.

 

While the majority of drone patrols are reconnaissance missions, drones are also used to strike terrorist targets, with varying success. The Washington-based New America Foundation estimates that around 80 per cent of those killed by US drone strikes in the tribal areas of Pakistan are militants, although human rights groups claim the percentage of civilian casualties is far higher. But at a time when Western governments are increasingly reluctant to commit combat troops, we are becoming ever more reliant on aerial robots to do the job for us. Rather than sending our young men and women to risk being killed or maimed by roadside bombs, it is easier to vaporise the enemy with a well-directed Hellfire missile.

 

The drones’ effectiveness could be severely limited if the human rights lobby achieves its goal of imposing so many legal restrictions on their use as to limit their ability to track and destroy a determined and resourceful enemy such as al-Qaeda.

 

For this reason I believe the Obama administration is right to fall back on the arguments advanced by the Blair government to justify the invasion of Iraq, namely that a country’s right to defend itself should include the ability to take pre-emptive military action. Al-Qaeda and its allies are waging a war against the West which knows no boundaries. If politicians on both sides of the Atlantic do not wish to send their soldiers to fight, then they should ensure the drones can do the job for them.

Partager cet article
Repost0
6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 08:55

Mindef

 

05/02 Par Alain Ruello – LesEchos.fr

 

Pour l'ancien ministre de la Défense Hervé Morin, il faut supprimer « à terme » la composante nucléaire aérienne, tailler dans les régiments, et bâtir un modèle d'armée de type corps de réaction rapide.

 

« La France a le couteau sous la gorge .» Pour Hervé Morin, qui a été ministre de la Défense de mai 2007 à novembre 2010, la situation budgétaire est telle que la France n'a pas d'autre choix que de prendre des mesures radicales si elle veut conserver un semblant de crédibilité sur le plan militaire. Et le Mali n'y change rien.

 

« Le pire serait de faire des demi ou des non-choix, de gérer au fil de l'eau », a-t-il déclaré ce mardi devant quelques journalistes en charge des questions de défense. Pour Hervé Morin, c'est pourtant vers cela qu'on s'achemine : attendu fin février ou début mars, le livre blanc de la défense devrait bien conclure que la France doit baisser d'un cran en termes d'ambitions stratégiques. Mais la loi de programmation militaire qui en découlera cherchera encore à concilier l'inconciliable.

 

tir-asmpa-02

 

Pour éviter de se mentir, le député centriste préconise de maintenir les crédits de la Défense constants (30,15 milliards en 2013), mais de tailler à la hache derrière. Il faut d'abord supprimer « à terme » la composante nucléaire aéroportée, en la laissant mourir de sa belle mort, c'est à dire en ne la renouvelant pas.

 

SNLE Le Terrible apte au lancement du M51

 

En ce qui concerne les sous-marins nucléaires lanceurs d'engins, on pourrait passer de quatre à trois ou s'autoriser une légère période d'indisponibilité à la mer.

 


Nouvelle carte militaire

 

http://www.defense.gouv.fr/var/dicod/storage/images/base-de-medias/images/jeunes/parlonsdefense/memoire/defile-militaire-du-14-juillet-2011/14-juillet-20113/1310911-1-fre-FR/14-juillet-2011.jpg

 

Autre mesure forte : une nouvelle carte militaire, sachant que le gouvernement précédent a déjà effacé des dizaines d'unités et enclenché la suppression de 54.000 postes (toujours en cours). « Quand François Hollande dit aux militaires qu'ils contribueront ni plus ni moins à l'effort de réduction des déficits, c'est un mensonge. Sauf à faire un effort budgétaire que la France n'a pas les capacités de faire, il y aura un vrai effondrement du format », affirme-t-il.

 

http://www.defense.gouv.fr/var/dicod/storage/images/base-de-medias/images/jeunes/parlonsdefense/memoire/defile-militaire-du-14-juillet-2011/14-juillet-20112/1310899-1-fre-FR/14-juillet-2011.jpg

 

Troisième grande préconisation enfin, bâtir un modèle d'armée de type corps de réaction rapide, avec deux options possibles : se doter d'une armée à deux vitesses avec des régiments qui seraient fortement équipés et d'autres beaucoup moins. Ou deuxième possibilité, constituer une force de réserve mobilisable rapidement. Avec, quelle que soit la solution retenue, une priorité absolue à accorder à l'aéromobilité (A400 M et hélicoptères notamment).

 

First production Airbus Military A400M in French Air Force

 

Bref, pas de quoi remonter le moral des troupes, déjà bien bas. Au moment où la commission du livre blanc finalise ses travaux, il y a peu de chance que le cri d'alarme porte, mais le président du Nouveau Centre a au moins le mérite de rappeler ce qu'il n'aurait sans doute pas dit s'il était en exercice : les prochains mois vont être durs, très durs...

 


Note RP Defense : lire aussi

Partager cet article
Repost0
2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 07:35

DF21D missile china

 

February 2, 2013 By Harry Kazianis - Flashpoints

 

Stretching back several decades, the concept of missile defense has been hotly debated. Some well reasoned scholars argue that the United States and other countries need such defenses incase deterrence breaks down or an irrational actor gets their finger on the nuclear trigger. Others argue that missile defenses are a waste of money given that they are easily defeated, and defensive technology will always stay behind the curve — never ready for primetime.

 

Both sides have logical arguments. For the record, I am an advocate of missile defense — under certain conditions. With various nations all over the planet purchasing or developing ballistic and cruise weapons, defenses against such weaponry are vital — especially for the American navy in the form of Aegis missile defenses.  When it comes to missile defense in nuclear matters- I have some shall we say, complex views. For regimes such as Iran, North Korea and others when sometimes rationality is not their strongest suit — missile defense all the way. When it comes to nations with larger missile arsenals such as China or Russia, I am not sold — yet.

 

There is however one thing you can't argue against, simple math.

 

Case in point, take a look at a recent book chapter by Dr. Toshi Yoshihara in Chinese Aerospace Power (a really good book, China defense geeks I am talking to you — it's a classic — get your credit card out) from our friends over at the Chinese Maritime Studies Institute.

 

Dr. Yoshihara notes:

"ASBMs (anti-ship ballistic missiles) may not need to produce mission kills against the surface fleet to complicate U.S. plans. They only need to reach the fleet's defensive envelope for the Aegis to engage the incoming threats, thus forcing the defender to expend valuable ammunition that cannot be easily resupplied at sea under combat conditions. Even inaccurate ASBMs, then, could compel the Aegis to exhaust its weapons inventory, leaving it defenseless against further PLA actions. Used in conjunction with conventional ballistic missile strikes against U.S. bases and other land targets across Asia — strikes that would elicit more intercept attempts — ASBM raids could deprive the United States and its allies of their staying power in a sea fight."

 

Such a point raises a larger question. Will American commanders in the future face large missile forces aimed at their ships that can just simply overwhelm their defenses through sheer numbers?

 

Another example comes from a 2011 report from the Center for Strategic and Budgetary Analysis entitled Outside-In: Operating from Range to Defeat Iran’s Anti-Access and Area-Denial Threats (A2/AD geeks, this is truly a must read). In sketching out a scenario for a possible Iranian A2/AD campaign between 2020-2025, the authors explain:

 

"Iran could deploy its land-based ASCMs (anti-ship cruise missiles) from camouflaged and hardened sites to firing positions along its coastline and on Iranian-occupied islands in the Strait of Hormuz while placing decoys at false firing positions to complicate U.S. counterstrikes. Hundreds of ASCMs may cover the Strait, awaiting target cueing data from coastal radars, UAVs, surface vessels, and submarines. Salvo and multiple axis attacks could enable these ASCMs to saturate U.S. defenses…salvos of less capable ASCMs might be used to exhaust U.S. defenses, paving the way for attacks by more advanced missiles."

 

Think about it — could we someday see a scenario where American forces at sea with a fixed amount of defensive countermeasures facing an enemy with large numbers of cruise and ballistic weapons that have the potential to simply overwhelm them? Could a potential adversary fire off older weapons that are not as accurate, causing a defensive response that exhausts all available missile interceptors so more advanced weapons with better accuracy can deliver the crushing blow?

 

Simply put: does math win?

 

Truth be told, this is a very simplistic way of looking at the classic missile vs. missile-interceptor game. Many complex scenarios could be easily envisioned. Sea-based forces on the defensive would likely employ multiple methods to secure themselves. Jamming of missile and land-based guidance systems, counterstrikes on enemy missile launchers and attacks on enemy command and control would all likely be employed on some level once offensive missiles are launched. Preemptive strikes could also be employed if a credible threat of a launch was presumed. Not to mention possible available land-based interceptors could be in the mix depending on the area of hostilities as well as cyber and UAV strikes. And this says nothing about nuclear weapons…

 

Yet, you have to wonder, math does have a powerful say in such a scenario. And considering the cost of missile defenses vs. offensive missiles, "math" seems to have some valid arguments.

Partager cet article
Repost0
31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 18:10

operation-serval-4

 

31.01.2013 Par JF Fiorina ; Directeur adjoint de Grenoble Ecole de Management - Directeur de l’ESC Grenoble

 Retour sur la menace islamiste au Sahel

Déclenchement surprise de l’opération Serval, prise d’otages massive sur un site gazier en Algérie, démarrage (imminent ?) de la mission européenne de formation de l’armée malienne… La situation au Mali, et plus généralement au Sahel, occupe le devant de la scène internationale de ce début d’année 2013.

 

La suite de l'article : Le Mali au bord du gouffre CLES - Comprendre Les Enjeux Stratégiques - Note hebdomadaire n°94 - 31 janvier 2013 

Pour aller plus loin
Partager cet article
Repost0
30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 13:15

Indus def FR

 

30.01.2013 par ActuDéfense

 

Combien coûte la guerre ? Combien coûte l’arme nucléaire ? Combien coûte notre armée ? Combien coûte l’heure de vol d’un Rafale ? Les réponses à ces questions ne sont pas toujours parfaitement fiables et claires. Et si l’on développait une filière d’études d’économie de défense ?


Quatrième poste de dépense de l’Etat, la Défense coûte cher. 500 euros par habitant, nous rappelle François Chauvancy sur son blog. Un investissement qui est pourtant générateur d’activité industrielle, d’emploi et d’exportation : « La France compte 4 000 PME de défense. Le secteur représente 165 000 emplois. L’industrie d’armement représente 15 milliards de chiffres d’affaire. En 2011, la France, quatrième exportateur mondial d’armements, a engrangé 6,5 milliards d’euros de prises de commandes et a livré pour 3,7 milliards de matériels militaires.« 

 

Mais du coup, la Défense nous coûte t-elle si cher que cela ? Pas évident, nous fait remarquer François Chauvancy en citant une étude de l’industriel MBDA : « une dépense de défense d’1€ assurée par l’Etat entraîne un gain de 3€ mais cela ne revient pas au ministère de la défense. L’économie nationale est donc bénéficiaire« .

 

Reste que tout ce qui touche aux dépenses militaires reste flou. Les médias et le public s’interrogent régulièrement sur le coût de leurs armées, des matériels, des opérations militaires qui sont menées. Dans des milieux plus avertis, les débats font rage, notamment sur les questions d’externalisation. Faute d’études conséquentes menées en nombre suffisant en France, il est difficile de se reposer sur des faits pour se prononcer. C’est pour ces raisons que François Chauvancy milite pour le développement d’études de l’économie de défense : 

« Les études sur l’économie de défense visent donc à fournir cette aide à la décision sur les conséquences positives ou négatives, dans le long terme, du poids des dépenses de défense dans l’économie de l’Etat.« 

Une approche qui pourrait même amener jusqu’à poser très concrètement, avant toute intervention, le coût d’une guerre :

« Estimer avant un conflit son coût, sa préparation, sa conduite, la remise en condition des forces, la reconstruction du pays où s’est déroulé le conflit amène une approche transverse et pourrait devenir un critère sur l’entrée ou pas dans une guerre. Cette question fondamentale peut aussi être évoquée : combien peut coûter le fait de ne pas faire la guerre ? Sujet certes particulièrement ambitieux et sensible mais qui semble requérir des études sérieuses dont on ne peut s’affranchir dans une société démocratique.«

Partager cet article
Repost0
30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 08:30

http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/media/01/00/3816030791.jpg

 

29.01.2013 par P. CHAPLEAU Lignes de Défense

 

L'ONG Transparency International vient de publier un intéressant (et discutable bien sûr) rapport dont on peut découvrir des éléments sur le site web defenceindex.org. Cette étude porte sur la corruption dans le domaine de la défense et des marchés de défense. L'ONG a passé au crible 82 pays et 129 firmes (par exemple DynCorp, voir ci-dessous):

 

dyncorp.jpg

 

Plus des deux tiers des pays étudiés n'ont pas instauré les mesures de nécessaires pour empêcher la corruption dans le secteur militaire, selon le rapport publié ce mardi. Rapport qui comporte un double index puisqu'il classe les pays et les entreprises.

 

Les 82 pays étudiés ont représenté 94% des dépenses militaires dans le monde en 2011, qui se sont montées à 1 600 milliards de dollars (1 200 milliards d'euros). Le coût global de la corruption dans le secteur de la défense est estimé à au moins 20 milliards de dollars par an, souligne Transparency.

 

Sur les 82 pays passés en revue par l'organisme anti-corruption, seuls l'Allemagne et l'Australie ont mis en place des mécanismes efficaces. Ils apparaissent en bleu sur la carte ci-dessous.

map.jpg

 

Dans près de 70% des pays, les contrôles contre la corruption sont médiocres, indique Transparency qui a classé les gouvernement par critères tels que l'importance du contrôle du parlement sur la politique de défense et les normes imposées aux sociétés du secteur.

 

Les pays considérés comme étant à "risques très élevé" de corruption sont notamment l'Afghanistan, l'Iran et l'Arabie saoudite.

 

Les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la Suède et la Corée du Sud figurent parmi les pays considérés à "faible risque" tandis que la France, l'Espagne, l'Italie et la Pologne sont dans le groupe "risque modéré".

 

La Chine, la Russie et Israël, importants exportateurs d'armes, sont classés "risque élevé" de corruption.

 

Parmi les pays importateurs, l'Inde, les Emirats arabes unis, Singapour, la Thaïlande et la Turquie sont dans la catégorie risque élevé.

Partager cet article
Repost0
29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 23:21

http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/media/01/00/3816030791.jpg

 

Jan. 29, 2013 - By ANDREW CHUTER – Defense News

 

LONDON — Saudi Arabia, Algeria and Egypt have been ranked among the countries most susceptible to defense sector corruption, according to a report published Jan. 29 by a leading U.K. nongovernmental organization.

 

The Government Defence Anti-Corruption Index released by Transparency International UK says that 70 percent of the countries investigated lacked adequate means to prevent corruption.

 

Of the 82 countries studied, only Australia and Germany were classified as very low risk.

 

Global corruption in the defense sector costs a minimum of $20 billion a year, said Transparency International.

 

Despite international efforts to crack down on corruption in recent years, cases alleging bribery in Saudi Arabia, Malaysia, the Czech Republic, Russia, South Africa and elsewhere continue to hit the headlines.

 

“Corruption in defense is dangerous, divisive and wasteful and the cost is paid by citizens, soldiers, companies and governments. Yet the majority of governments do too little to prevent it, leaving numerous opportunities to hide corruption away from public scrutiny,” said Mark Pyman, the director of Transparency International UK’s defense and security program.

 

Fifty-eight of the 82 countries covered in the report were classified as high risk or worse as a result of poor anti-corruption mechanisms available to governments and others.

 

The report scored countries using 77 indicators across five main risk areas covering politics, finance, personnel, operations and procurement. The countries were then ranked across seven bands ranging from very low risk to critical risk.

 

High risk countries include India, Singapore and the UAE, while the very high risk category covered nations such as Saudi Arabia, Indonesia and Qatar.

 

Transparency International named Algeria, Angola, Egypt and Yemen among nine countries on the critical risk list.

 

The nongovernmental organization, which monitors and campaigns against political and corporate corruption, ranked the U.K. and the U.S. as low risk while France and Italy managed a moderate risk ranking.

 

Oliver Cover, the principal author of the study, said the “index shows unequivocally that there is a severe risk of corruption in this sector. It is a shock that in some areas it is so poorly understood, for example in conflict situations, where corruption can become deeply embedded.”

 

Only 15 percent of governments assessed possess political oversight of defense policy that is comprehensive, accountable and effective. In 45 percent of countries there is little or no oversight of defense policy, and in half of the nations there is minimal evidence of scrutiny of defense procurement, Transparency International said in a statement.

 

It’s the first time the organization has published an index of global government anti-corruption measures.

 

Late last year, it published a similar exercise covering the anti-corruption performance of 129 of the world’s top defense companies.

Partager cet article
Repost0
29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 08:50

drapeaux-de-l-otan-de-la-france-et-de-l-union-ue defense go

 

28 janvier 2013 Jean-Dominique Giuliani - Président de la Fondation Robert Schuman

TRANSITIONS STRATÉGIQUES

L’idée de transition stratégique porte en elle le concept de passage d’un état à un autre, d’un système de relations internationales à une autre situation stable, dans laquelle chacun retrouve ses marques à partir de règles du jeu connues. Et si cela n’était pas le cas ? Si le mouvement de globalisation menaçait de ne point ralentir avant longtemps ? Ce serait à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. En effet, dans l’histoire des relations internationales, les périodes de stabilité relative ont toutes succédé à des conflits majeurs et il n’y en a pas, pour l’instant, à l’horizon. Mais, par ailleurs, une telle période de transformations rapides épuise les nations et les peuples, bouleverse les codes établis et recèle de multiples surprises. Elle est un défi permanent à la stabilité internationale. Nul ne peut trancher cette question mais il est néanmoins probable que l’actuelle période de mutation sera longue, qu’elle a déjà produit des effets sur lesquels on ne reviendra pas ; et qu’elle offre des occasions favorables aux acteurs internationaux et à la France en particulier.

 

Des évolutions semblent irréversibles

 

La planète a déjà connu des phases de mondialisation sous la pression des avancées technologiques. Mais la principale caractéristique de celle que nous vivons est qu’elle concerne tous les continents et presque tous les États. Son origine se trouve peut-être et surtout dans d’extraordinaires progrès technologiques. Vraisemblablement, la numérisation, qui réduit tout problème à des suites de 0 et de 1, et en permet le traitement à des vitesses toujours plus élevées, apparaîtra demain aux historiens comme une invention bien plus considérable que l’imprimerie. Dans tous les domaines de la science et des techniques, la numérisation a lancé une vague de progrès qui ne semble pas devoir s’arrêter. De l’électronique à la médecine, en passant par les équipements militaires ou l’exploitation des ressources, nul n’y échappe. Cette « rupture technologique » est irréversible et nous n’avons pas fini d’en exploiter les possibilités, pour le meilleur, comme pour le pire (clonage, cybercriminalité).

 

Elle est la véritable cause du développement si rapide des échanges. En créant le besoin de consommation de produits nouveaux tout autant que les possibilités de le satisfaire, en permettant la communication et les échanges financiers en temps réel, elle a amplifié les effets de la fin de la division en blocs. Le monde est interconnecté et interdépendant, comme il ne l’a jamais été dans l’histoire. Nul ne peut plus ignorer le moindre conflit ethnique ou une catastrophe survenue à l’autre bout de la terre. D’ailleurs, il existe désormais une opinion publique mondiale créée par des médias globaux. Le succès des idées politiques libérales a déteint sur l’économie. Le commerce international a été multiplié par 28 depuis 1973 (1 173 milliards $ contre 32 893 milliards) (1). Au point que le monde est devenu un gigantesque atelier dans lequel les produits n’ont souvent plus qu’une nationalité artificielle, puisque des entreprises, parfois distantes de plusieurs milliers de kilomètres, ont contribué à leur fabrication. Le développement du trafic maritime en est une illustration (2).

 

Cette nouvelle économie diffuse la richesse d’une manière inédite. Il y a trente ans, le sous-développement paraissait insoluble. Il demeure un grand défi car les inégalités sont plus évidentes encore mais la sous-nutrition a régressé de 13,2 % depuis 1990, ainsi que les maladies endémiques, dont certaines ont disparu (3). Et la croissance est désormais partout.

 

Les portes ouvertes de l’avenir

 

Les effets conjugués de ces évolutions ont conduit à un rééquilibrage des richesses dans le monde. Le développement de l’Asie en est l’une des illustrations les plus spectaculaires. C’est une tendance durable, vraisemblablement irréversible. Les États ont dû s’y adapter, au prix de mutations considérables, qui ouvrent des perspectives nouvelles, comme des « portes » ouvertes vers l’avenir.

 

La première est « la porte des libertés », celle des droits de la personne

 

Malgré un tableau encore trop sombre, ils ont progressé partout et la chute du mur de Berlin comme le tournant idéologique chinois expriment une aspiration des peuples à la liberté. C’est bien sous la pression populaire que les États non démocratiques s’ouvrent aux échanges de personnes et de biens. En transition, le sens de leur cheminement ne doit pas faire de doute : l’ouverture à plus de libertés reste une condition de la création de richesses et avec le développement vient la demande de liberté.

 

Les secondes pourraient être appelées « les portes du ciel »

 

95 % des citoyens de la planète se réclament d’une religion. Dans la croyance au ciel, s’exprime l’espérance de jours meilleurs mais aussi l’identité, c’est-à-dire le sentiment d’appartenance à une communauté. Nos États laïcs l’ont un peu oublié et l’histoire les rattrape. Partout dans le monde, les religions se renforcent parce qu’elles apportent à l’homme ce qu’aucune autre organisation humaine ne peut lui offrir, une espérance de libération des contingences terrestres. L’acceptation et le respect des religions, leur dialogue, leur intégration dans la société, font partie des principaux défis des années à venir. Et nous ne saurions les relever en ne voyant que les fondamentalismes, c’est-à-dire l’instrumentalisation politique des religions, qu’il faut évidemment combattre.

 

La troisième est « la porte des sciences »

 

Le progrès technique s’est emballé. Contesté parfois pour les questions éthiques qu’il soulève, il semble irréversible et l’augmentation de la population mondiale est son meilleur moteur. Ce sera « toujours plus » d’inventions et leurs applications à tous les processus de la vie humaine. L’histoire nous enseigne qu’on ne l’arrête pas et qu’il ne peut, d’ailleurs, qu’être freiné provisoirement.

 

La quatrième devrait être surnommée « la porte des petits oiseaux »

 

Les exigences environnementales font désormais partie du développement humain. Depuis Al Gore et sa « vérité qui dérange », l’être humain a peur pour la planète. Et des générations de citoyens du monde se forment à une économie plus respectueuse de l’environnement, au point qu’il est difficile aujourd’hui de construire un aéroport ou une ligne de TGV.

 

La « porte des océans »

 

Il n’y a plus de terres inconnues, il reste des abîmes ignorés. Les techniques d’extraction (profonde) et d’exploitation offshore (pétrole, gaz, éolien) progressent chaque jour et de nouvelles ressources apparaissent exploitables au fond des océans (minerais rares, énergie hydraulique). C’est de la mer que viendra la croissance future et c’est donc d’elle que dépendra largement la puissance de demain. Déjà 80 % de la population mondiale vit sur le littoral. « La mondialisation prend le bateau » (4) et plus de 120 000 navires transportent déjà 90 % du fret mondial. De nouvelles routes maritimes (passages du Nord) s’ouvrent où s’écrit la reconfiguration des échanges.

 

L’économie maritime représente un chiffre d’affaires de 1 500 milliards $, le second après l’agroalimentaire (5) qu’elle va bientôt dépasser, 5 % du PIB européen et 305 000 emplois en France. Après la conquête des continents et le tracé des frontières terrestres, vient désormais celle des océans, des frontières et des routes maritimes, ainsi que l’écriture d’un nouveau droit de la mer. Les budgets des marines croissent de plus de 2,2 % par an, le double de l’aviation et de 9,3 % pour les seuls BRIC (6). Le futur théâtre des rivalités et des affrontements pourrait bien être l’horizon liquide. Pour la France, dont la zone économique exclusive est la deuxième du monde (8 % de l’espace maritime), il y a là un grand défi à relever, capable de mobiliser l’ensemble de la nation.

 

La « porte européenne » est grand-ouverte. Est-il provocant d’affirmer que la construction européenne est irréversible, alors qu’elle est frappée par la première vraie crise due à ses propres dysfonctionnements ? Ses réactions, toujours trop lentes pour les marchés financiers, difficiles à décider à 27, sont pourtant au rendez-vous. L’Union a plus changé en quatre ans que depuis son origine. Elle a créé un Fonds monétaire européen (7), organisé une véritable Union budgétaire et bientôt une Union bancaire, mobilisé directement ou indirectement l’équivalent de plus de deux plans Marshall (2 000 milliards €) si l’on additionne les aides directes aux États en difficulté (400 milliards), les crédits de la Banque centrale européenne (8),  le sauvetage des banques (9) et les plans de relance. Et cela, malgré les règles prudentes qu’elle s’était fixées. Pour répondre à la crise mondiale, l’intégration européenne s’est accélérée. Aujourd’hui, l’Europe communautaire, qui n’est pas à l’origine de la crise, fait partie des solutions pour en sortir. Continent le plus riche de la planète (10), dont le modèle de pacification et d’économie sociale de marché est envié partout, l’Europe dispose d’atouts considérables pour conserver son rôle aux tout premiers rangs. Il reste à en convaincre ses citoyens et surtout ses gouvernants. On ne reviendra pas sur l’intégration européenne. Serons-nous assez courageux pour la parachever par des avancées audacieuses ?

 

Les portes de la guerre

 

Dans La Guerre de Troie n’aura pas lieu (11), pour montrer ses intentions pacifiques envers les Grecs, Hector fait fermer les « portes de la guerre », qui ne s’ouvriront de nouveau qu’à l’issue d’une provocation. Les « portes de la guerre » sont-elles aujourd’hui ouvertes ou fermées ? L’absence de risque d’un conflit mondial immédiat est une constatation généralement admise. Cela ne signifie en aucune manière un monde pacifique. Les conflits sont géographiquement limités. Le  Moyen-Orient reste une poudrière, chauffée à blanc par la revendication islamiste et les révolutions arabes. Les divisions ethniques, la faiblesse les structures étatiques, les guérillas, entretiennent des foyers d’affrontements. Les rivalités s’exacerbent au fur et à mesure que la concurrence s’accroît et que les rapports de puissance s’inversent. Un mouvement de territorialisation fait resurgir les barrières, les murs et les frontières, même sur les mers, devenues des enjeux stratégiques, comme le montre l’Asie. Le monde n’a pas désarmé et les nouveaux venus s’arment à grande vitesse.

 

Pour les États, la situation est bien complexe à saisir. L’usage de la force armée est devenu très contraint. D’une part, les conflits récents (Irak, Afghanistan) ont démontré que l’action des meilleurs corps expéditionnaires ne pouvait être que temporaire, limitée et organisée en coalition ; d’autre part, que l’outil militaire était de plus en plus sollicité, y compris pour des tâches civiles (Frontex, lutte contre l’immigration clandestine ou les trafics, catastrophes naturelles). Les forces armées demeurent le seul corps social totalement entraîné, strictement encadré, discipliné et équipé à la hauteur des défis élargis auxquels les États doivent faire face. Il leur faut, en outre, affronter les menaces certaines que sont le terrorisme et la grande criminalité. Enfin, les États ne peuvent faire abstraction des risques et des menaces non encore apparus et doivent maintenir des armées capables d’assurer toutes leurs missions, y compris traditionnelles, dans un contexte de « surprise stratégique ». Le nucléaire militaire a encore un long avenir. C’est vraisemblablement pour cela que nombre d’États veulent s’en doter et que la prolifération demeure un réel danger. La France doit préserver son outil militaire et les Européens s’en doter. Car les « portes de la guerre » laissent toujours passer un glaçant courant d’air... Il a, par exemple, en ce moment, l’odeur de la Perse lointaine.

 

Ces sept portes dessinent les atouts de la France pour l’avenir.

État de droit à la laïcité codifiée et acceptée, mettant en œuvre des savoir-faire technologiques reconnus, engagée dans la protection de l’environnement, disposant du deuxième territoire maritime mondial, fondatrice de l’Europe communautaire, s’appuyant sur des forces armées de tout premier plan, la France peut franchir ces portes en profitant des occasions favorables que lui offre le nouveau monde.

À condition de le décider, de se mobiliser et d’y mettre de l’enthousiasme.

 

(1) Source : OMC.

(2) 8 milliards de tonnes (+ 67 %) entre 1970 et 2000,doublement prévu d’ici 2020,source : Rapport ’informationn° 674 sur la maritimisation,par plusieurs membres dela Commission des affaires étrangères et des forces armées du Sénat français, 17 juillet 2012.

(3) La variole a été déclarée par l’Organisation mondiale de la santé, en 1980, définitivement éradiquée.

(4) Rapport d’information n° 674 sur la maritimisation, déjà cité.

(5) 2 000 milliards $.

(6) Brésil, Russie, Inde etChine.

(7) Le Mécanisme européen de stabilité.

(8) LTRO : 1 000 milliards €.

(9) 1 124 milliards €.

(10) 20 % du PIB mondial et 40 % du commerce international.

(11) Jean Giraudoux : Éditions Grasset & Fasquelle, Paris, 1935.

Partager cet article
Repost0
28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 23:08

Carte-Regionale-AQMI-344 2 0

 

28 janvier 2013 à 9:29 causeur.fr

 

Dans un article du 28 septembre 2012, La Tribune soulignait que le gouvernement Ayrault prévoyait une économie drastique sur les budgets militaires. De l’ordre de cinq milliards d’euros rien que pour l’année 2013, ces coupes budgétaires se fondent dans la diète nationale. Désengagée du front afghan, la France, après de longues tergiversations, s’est enfin décidée à intervenir au Mali. Se dégradant depuis des mois, la situation sur place laissait augurer une percée des islamistes vers le sud du pays. Cette attaque a contraint Hollande et son gouvernement à avancer leur intervention dans l’ancienne colonie française. Celle-ci arrange tout le monde. À coups de communiqués élogieux, de poignées de main reconnaissantes, les alliés de la France saluent son action courageuse. Pour l’instant, « Passez devant, on vous rejoindra après si cela tourne à votre avantage » est le message des nations amies. Quant à la force africaine censée épauler l’armée française, elle peine à se mettre en place efficacement. Cette frilosité s’explique par le fait que ni les Etats-Unis, ni le Royaume-Uni, ni les 27, ne veulent se réengager dans une opération longue et coûteuse. Après l’expérience afghane, cela peut se comprendre.

 

Pourtant, quand il s’agit d’un État souverain menacé par des miliciens étrangers, n’est-on pas dans la même configuration qu’en Afghanistan ? En ce cas, pourquoi l’OTAN ne prend-elle pas immédiatement le relais des troupes françaises ? Comme on sait, en géostratégie, l’altruisme vient maquiller des intérêts politiques et financiers. Or, lorsque ceux de la France sont en jeu, les membres de l’Alliance Atlantique ne se bousculent pas pour apporter concrètement leur soutien à l’un de leurs principaux contributeurs. Alors que notre armée a toujours répondu présente lors des opérations militaires menées par les anglo-saxons, elle se trouve étrangement esseulée dans le désert malien. Laurent Fabius aura beau psalmodier que « non, la France n’est pas seule », seul le résultat final comptera. On lui offrira des lauriers si l’intervention est un franc succès, mais si un enlisement se profile, on entendra qu’« il fallait être plus circonspect ». Ce beau monde serait-il frappé du syndrome de Ponce Pilate ? Pourtant, sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy, la France a réintégré pleinement le commandement de l’OTAN, occasionnant par là une hausse de sa participation financière. Comme le signale la Cour des Comptes dans son rapport de septembre 2012, le supplément budgétaire pour l’année 2011 s’élevait déjà à 60 millions d’euros, portant la contribution française à 325, 86 M€ alors qu’il se serait établi à 264,86 M€ sans cet engagement accru. Si les experts qui défilent sur les plateaux-télé assurent que l’armée française est la plus qualifiée « pour le job », on est tout de même en droit de se demander si la solidarité entre les membres de l’Alliance Atlantique ne devrait pas jouer à plein.

 

Certes, la France aime faire cavalier seul et peut se sentir flattée d’occuper les avant-postes dans la lutte contre la montée de l’islamisme. Reste que François Hollande n’a pas battu le rappel des troupes par un vigoureux discours sur les droits des peuples à disposer d’eux-mêmes sans encourir les exécutions sommaires et les amputations prononcées au nom de la sacro-sainte charia. Ce manque d’inspiration est notable dans le choix du nom de l’opération : « serval », un gros chat très présent dans la région. Si l’on voulait souligner la capacité de souplesse et d’adaptation de l’armée française, le nom de code « rempart » eût été plus convaincant. Cette cavalcade solitaire ressemble au baroud d’honneur d’une armée française en déliquescence qui a parfois du mal à trouver les budgets nécessaires à l’entretien de ses matériels.

 

Aussi, ne serait-ce pas le moment rêvé pour construire une Défense européenne crédible, de déplaire à nos amis américains et britanniques qui ne veulent pas voir l’émergence d’une force d’intervention commune mettant à mal les budgets de l’OTAN et leur hégémonie sur sa direction ? En effet, comment ne pas s’étonner de l’abîme entre les engagements affichés par les 27 pour revaloriser le budget de l’Agence Européenne de la Défense (AED) en décembre dernier et leur inertie actuelle ? Cette unanimité n’aura pas résisté à l’épreuve du feu. Des dissensions majeures bloquent l’élaboration d’une Défense viable. Anglais et Allemands font front commun sur ce point même si leurs raisons divergent. Si les premiers redoutent une émancipation politique et financière de l’OTAN, les seconds craignent de supporter seuls une hausse notable du budget militaire européen. La guerre au Mali interroge donc la capacité européenne à s’inventer. Or, la Politique Européenne de la Sécurité et de la Défense Commune (PSDC) n’a de « politique » que le nom. Si la France reste seule en première ligne, c’est le signe d’une absence de stratégie politique d’ampleur pour construire une Europe solide et crédible. C’est qu’il faudrait redéfinir le terme de « politique », qui ne désignerait plus « chaque Etat considéré sur le plan administratif comme une entité souveraine ». Embrasser le fédéralisme, cela signifie que chaque pays abandonne peu à peu sa souveraineté pour reconnaître la prééminence de l’organisme fédéral. Hélas, la pleutrerie semble l’avoir emporté sur l’audace.

 

Que l’on ne s’y trompe pas, ce qui se joue au Mali renvoie l’Europe à ses contradictions et à ses irrésolutions mortifères. Au lieu de mettre en place une énième digue qui sera emportée dès le retrait des troupes françaises, le conflit malien devrait être une chance à saisir : défendre vigoureusement des valeurs communes et se montrer intransigeant sur des droits et des libertés non négociables. Cette ligne forte, la France ne peut être seule à la défendre. Face au manque d’ambition et de vigueur de la France et de l’Europe, nous revient ce mot d’Alain : « […] un navire, s’il n’a point d’impulsion, il n’obéit point au gouvernail. Bref il faut partir n’importe comment ; il est temps alors de se demander où l’on ira »*

 

* Alain, Propos sur le bonheur, « fatalité », XXII, Gallimard, Folio essais, Paris, 2007. – p. 59.

Partager cet article
Repost0
28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 13:30

chemical arms

 

28 janvier 2013 par: Pierre-Marie Meunier - actudefense.com

 

On reparlait il y a peu de l’utilisation d’armes chimiques en Syrie. Ces armes sont devenues un enjeu de premier rang dans ce conflit où elles deviennent le moteur possible d’une intervention. Mais concrètement, c’est quoi une arme chimique ?

Bien plus que le reste des arsenaux à disposition des armées du monde entier, l’arme chimique est difficile à cerner. Son emploi n’est pas spectaculaire (un épandage, ce n’est pas grand-chose à côté d’une frappe aérienne) et ses effets se sont parfois sentir plusieurs heures ou plusieurs jours après qu’elle ait été utilisée. Une fois utilisée, encore faut-il l’identifier pour pouvoir s’en protéger. L’expression « armes de destruction massive », en parlant des armes chimiques est même inexacte : l’arme chimique ne détruit pas, elle tue ou neutralise un adversaire. Les Anglo-Saxons parlent plus volontiers de weapon of massive disruption, ou « arme de désorganisation massive ».

 

L’expression n’est pas très élégante et médiatiquement trop neutre, mais elle est pourtant plus conforme à la réalité.

Nous sommes maintenant très loin des nuages de chlore colorés, qui avançaient au gré du vent entre les tranchées, lors de la première guerre mondiale. Les gaz de combat modernes sont incolores et inodores, et certains passent même à travers les protections et masques à gaz (cas des neurotoxiques organo-fluorés, mis au point par l’ex-URSS). L’expression « armes chimiques » recouvre en réalité quantité de produits différents, allant des herbicides et défoliants, en passant par les mycotoxines (toxines produites par des plantes ou des animaux), jusqu’aux substances les plus mortelles jamais produites par l’homme. Les armes chimiques se divisent donc en catégorie selon leurs caractéristiques propres. Et compte tenu de la diversité des produits concernés, les caractéristiques sont nombreuses. Nous allons essayer d’y voir un peu clair, afin d’apporter quelques nuances à des discours très approximatifs.

 

Les armes chimiques se divisent en premier lieu entre armes létales et non létales. Ensuite au sein de ces catégories, on les distingue par leurs effets sur des organismes, leur composition chimique ou leur provenance : 

  • Armes chimiques létales : vésicants (ypérite, lewisite…), suffocants (chlore, phosgène…), hémotoxiques (acide cyanhydrique, chlorure de cyanogène…), neurotoxiques organo-phosphorés (sarin, tabun, soman, VX…), toxiques respiratoires (organo-fluorés) et les mycotoxines (ricine, toxine botulique…)
  • Armes chimiques non-létales : irritants (lacrymogènes, sternutatoires et urticants) et incapacitants (psychiques et physiques)

Une troisième catégorie d’armes chimiques pourrait exister avec les herbicides et défoliants, comme le célèbre agent orange, utilisé massivement au Viêt-Nam. Ces armes ne sont pas destinées à agir sur l’homme mais sur le terrain. Sauf que l’agent orange comporte d’importantes quantités de dioxine, dont la toxicité sur l’homme a été révélée au public lors de l’accident Seveso.

Pour être rigoureux sur la description d’une arme chimique, il faut lui associer quatre caractéristiques :

  • son seuil d’action, la quantité en dessous de laquelle aucun effet n’est observé (on parle de coefficient d’effet ou Ct E),
  • son seuil incapacitant, la quantité à partir de laquelle la victime commence à sentir des effets qui limitent ses possibilités d’action (on parle de coefficient incapacitant ou Ct I),
  • son seuil létal (on parle de coefficient létal ou Ct L),
  • sa persistance (la durée pendant laquelle l’arme va être efficace, qui va de quelques minutes à plusieurs semaines selon les produits). La persistance est une donnée très importante pour les militaires.

Mais comme ces paramètres sont fluctuants d’une personne à l’autre et d’une région à l’autre, ils sont donnés de manière statistique, la plupart du temps par rapport à 50% d’une population donnée (on parlera alors de Ct I 50% et Ct L 50%). Cela permet de comparer les produits entre eux. Par exemple, le Ct L 50% du soman (le plus toxique des gaz de combat) est de 40 mg par min/m3 : cela signifie que si vous exposez une population homogène à une concentration de 40 mg de Soman par m3 d’air pendant une minute, cela tue 50% de cette population. Cette unité barbare rend compte de la complexité des discours sur les armes chimiques : à ces données propres à chaque produit s’ajoute les considérations climatiques, la forme sous laquelle le produit est diffusé (gaz ou vapeur) et les moyens de dispersion (avions d’épandage, missiles, obus, grenades…). Tout cela pour dire que certaines affirmations de la presse sont un peu rapides. Le soman se diffuse sous forme de gaz, mais le VX, un autre neurotoxique de la classe organo-phosphorée (popularisé par le film The Rock), se diffuse lui sous forme de gouttelettes liquides. Comme dans ce cas, le produit se diffuse par contact direct (avec la peau), les mesures utilisées sont plus simples : pour le VX, 15 mg par personne tueront 50% d’une population ciblée, en sachant qu’une seule roquette peut en contenir des dizaines de kilos.

 

Une fois encore, attention aux manipulations sur ces chiffres : si on suppose que 50 mg de VX tuent à coup sûr une personne, cela ne signifie pas que 500 kg de VX (soit la quantité contenue dans une tête de missile Scud) vont tuer dix millions de personnes. Il faudra pour cela que chaque personne parmi ces dix millions reçoive précisément 50 mg. Ce raccourci, entre quantité nécessaire pour tuer une seule personne et quantités détenues par telle armée ou tel pays, est souvent utilisé à des fins de sensationnalisme, sans considération de ce qui se passerait en réalité. Ce fut le cas en particulier après l’attentat au sarin par la secte Aum dans le métro de Tokyo en 1995 : on a prêté à cette secte un pouvoir destructeur qu’elle n’a jamais eu, pour des raisons techniques.


Même les spécialistes prennent toujours d’infinies précautions avant de statuer sur l’usage ou non d’une arme chimique, parce qu’elles sont extrêmement diverses, et n’ont pas forcément les mêmes effets selon les conditions d’emploi ou le lieu. Des interrogations se posent toujours, notamment dans l’Afghanistan occupé par les Soviétiques, pour savoir si oui ou non des armes chimiques ont été utilisées. La certitude est un luxe rare en matière d’utilisation d’armes chimiques : les produits sont trop fugaces et les effets trop variées. Il serait sans aucun doute abusif de demander à la presse des compétences techniques pointues dans un domaine très éloigné du sien. Néanmoins, nous les invitons tout de même à la prudence sur un sujet qui a déjà donné lieu à beaucoup d’erreurs.

 

Pour ceux qui souhaitent approfondir le sujet, nous recommandons l’ouvrage de Claude Meyer, L’arme Chimique, aux éditions Ellipses, 2001.

Partager cet article
Repost0
25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 17:45

operation-serval-4

 

25 janvier 2013 par Michel Goya - actudefense.com

 

La première partie de l’opération Serval s’est déroulée sans encombres. Reste maintenant à reconquérir la partie nord du Mali. Petit point sur les options stratégiques.


Les Français doivent t-ils garder l'initiative ou la transmettre aux Africains ?

Les Français doivent t-ils garder l’initiative ou la transmettre aux Africains ?

 

Au quatorzième jour de l’opération, nous sommes encore dans une phase que l’on qualifiera de « bouclier » dont l’objectif premier est de protéger Bamako ou au moins Mopti de toute offensive ennemie, en attendant la fin de la montée en puissance du dispositif français et africain.

 

Face à nous, les possibilités des rebelles et djihadistes s’inscrivent désormais dans un combat psychologique appuyé par des actions de combat, à l’inverse de ce qu’ils pratiquaient jusque-là et qui reste notre cadre d’action (des actions de combat relayées par un discours politique et médiatique). Du fait de la faible densité des forces (la zone de front fait presque 400 km de large), il leur reste toujours la possibilité de s’infiltrer par petits groupes ou d’utiliser des cellules dormantes pour tenter des « coups » comme des attentats à Bamako et/ou des agressions contre des ressortissants français. Ils peuvent par ailleurs tenter ce genre d’opérations hors du Mali et bénéficier aussi de la solidarité d’autres organisations. Au plus près des opérations, les djihadistes peuvent tenter des actions de harcèlement contre les forces de Serval considérant l’impact stratégique de chaque mort français ou, au contraire, refuser le combat contre les Français pour s’en prendre aux forces maliennes, plus vulnérables.

 

La seconde phase de l’opération Serval aura, conformément aux objectifs définis par le président de la République et à la résolution 2085 du Conseil de sécurité des Nations unies, de rétablir l’autorité de l’Etat malien sur l’intégrité du territoire, en d’autres termes de reconquérir le Mali du Nord. Cette phase peut débuter assez rapidement dans quelques jours si le critère premier est la vitesse, auquel cas les forces françaises seront les plus impliquées, ou plus tardivement et plus probablement s’il s’agit surtout de mettre en avant des forces africaines encore en cours de mise en place.

 

L’objet premier de ce Serval 2 sera bien entendu la prise des villes le long du fleuve Niger. Trois axes de progression au sol sont possibles : Diabali-Nampala-Tombouctou-Gao ; Sévaré-Gao (RN 15) et Niamey-Gao (RN 17). Les moyens aéromobiles (a priori 8 hélicoptères de manoeuvre répartis entre le Mali et le Burkina) sont pour l’instant trop limités pour imaginer autre chose que des actions de complément d’une manoeuvre au sol.

 

En considérant qu’il y aura très certainement une action alliée depuis le Niger (à dominante tchadienne) vers Goa, celle-ci peut être soit conjuguée à un effort franco-africain depuis Sévaré par la RN15, soit à une progression parallèle de deux groupements le long de l’axe passant par Tombouctou et de la RN15. La première option permettrait de profiter d’un rapport de forces très favorable et d’axes de meilleure qualité. Cela permettrait aussi de frapper d’abord un mouvement djihadiste, le MUJAO, et donc de laisser encore une possibilité de négociation aux Touaregs d’Ansar Dine. A partir de Gao, il serait ensuite possible de poursuivre vers Kidal, le fief d’AQMI dans le Nord et /ou vers Tombouctou à l’ouest.

 

Face à cette manoeuvre, tout en ayant toujours la possibilité de tenter ses actions symboliques dans la profondeur, l’ennemi peut essayer de nous harceler le long des axes ou nous freiner à partir des localités où il peut toujours s’appuyer classiquement sur les deux diviseurs de notre puissance de feu que sont les infrastructures et la population. A partir de ces « petits Falloujah » (Gao compte théoriquement 80 000 habitants, Tombouctou, 50 000 et Kidal, 25 000), il peut s’efforcer de résister suffisamment longtemps pour tenir tête aux forces africaines si ce sont elles qui sont en première ligne ou infliger des pertes aux Français. L’ennemi peut décider aussi de refuser un combat jugé trop défavorable pour lui et se réfugier dans la zone désertique et l’Adrar des Ifoghas. Dans tous les cas, il préférable que l’offensive alliée sur le fleuve Niger se termine avant le mois de mai et le début de la saison des pluies, susceptibles de réduire nos possibilités de manoeuvre et d’appui.

 

Une fois la reconquête du fleuve Niger terminée, il s’agira ensuite de considérer la poursuite de la lutte dans une zone sahelienne et saharienne plus grande que la France et face à des groupes qui, non seulement connaissent parfaitement cette région mais ont également la possibilité de se réfugier dans les pays voisins. A l’instar des opérations aéromobiles dans le Tibesti tchadien en 1970, cette phase risque d’être la plus difficile. Il faudra peut-être alors se poser la question de son coût-efficacité et de la possibilité de se contenter, là encore comme au Tchad, de la restauration de l’autorité de l’Etat sur le « Mali utile », Kidal incluse, et de laisser les groupes rebelles gouverner des cailloux. Il faudra aussi se poser la question de l’alliance plus ou moins ouverte avec le MNLA susceptible de nous aider dans cette guerre du désert et qui impliquerait certainement des concessions politiques de la part de l’Etat malien.

 

La suite des opérations réclamera une présence sur plusieurs années.

La suite des opérations réclamera une présence sur plusieurs années.

 

La dernière phase, qui débutera aussi après la reconquête du fleuve Niger, et qui sera la plus longue, sera celle de la stabilisation. Il ne suffit pas en effet de libérer les villes, il faut aussi les tenir face à des raids ou une guérilla urbaine à partir d’éléments rebelles camouflés pendant la reconquête. Ce sera là, logiquement, la mission des forces maliennes mais en faisant en sorte que les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets et que ces forces ne pratiquent pas d’exactions, ce qui délégitimerait l’ensemble de l’opération, ou ne s’effondrent pas à nouveau. Une présence militaire française sera donc sans doute nécessaire, pendant plusieurs années, pour aider les forces locales, protéger les intérêts de la France et en premier lieu ses ressortissants tout en maintenant la pression sur les groupes djihadistes et sans apparaitre comme une force occupante.

 

En résumé, la difficulté majeure sera sans doute de savoir où s’arrête ce qui suffit et de ne pas aller au-delà du point culminant de la victoire.

Partager cet article
Repost0
25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 11:45

http://fbcdn-sphotos-a-a.akamaihd.net/hphotos-ak-snc6/181141_482204335158630_692726143_n.jpg

photo EMA

 

24.01.2013 à 16h49 Par Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, Enseignant-chercheur à la faculté de droit de l'université McGill (Montréal) - LE MONDE

 

Dans ses voeux à la presse du 16 janvier, le président François Hollande insiste : "La France, elle libère. (...) Elle porte des valeurs. Elle n'a aucun intérêt au Mali. Elle ne défend aucun calcul économique ou politique. Elle est au service, simplement, de la paix." La communication élyséenne sur l'intervention au Mali repose sur le désintéressement. C'est une erreur, qui a des effets pervers. La France est intéressée. Elle n'a pas à en avoir honte.

 

Ce discours est une exception française. Le premier ministre britannique, David Cameron, reconnaît que "ce qui est fait au Mali est dans nos intérêts". Vicki Huddleston, une ex-ambassadrice américaine à Bamako, estime qu'"il est dans notre intérêt national de soutenir les Français".

 

Abdoulaye Babou, ex-président de la Commission des lois de l'Assemblée nationale du Sénégal, croit qu'il s'ag it d' "une affaire d'intérêt national". Et, pour la chancelière Angela Merkel, "l'Allemagne considère que la situation dans la région fait partie de sa propre situation sécuritaire".

 

"UNE ZONE FRANCHE TERRORISTE AU COEUR DE L'AFRIQUE"

 

Ce qui est une évidence pour le reste du monde - qu'il est dans l'intérêt des Européens, des Américains et des Africains d'empêcher "la mise en place d'une zone franche terroriste au coeur de l'Afrique", selon les termes de l'envoyé spécial de l'ONU pour le Sahel - ne l'est pas pour la France. Ou, plutôt, ce n'est pas ainsi qu'elle souhaite le présenter, car tout est une question de communication.

 

Elle a conscience que l'on soupçonnera toujours l'ex-puissance coloniale d'être intéressée. De nombreux observateurs, en premier lieu la presse algérienne, dénoncent déjà la Françafrique et une intervention pour protéger les intérêts français, en l'occurrence les gisements d'uranium au Niger.

 

La communication élyséenne est conçue pour prévenir ce type d'accusation.

 

Mais cela ne suffit pas à l'expliquer, car cette précaution n'est pas utilisée qu'à l'égard des ex-colonies. Elle l'a aussi été pour la Libye où, alors que les Américains et les Britanniques n'ont jamais dissimulé leurs raisons d'intérêt national, que pourtant nous partagions (le risque sécuritaire, terroriste et la pression migratoire), les Français, dans le style droits-de-l'hommiste habituel, faisaient comme s'ils n'y allaient que pour "sauver les Libyens".

 

Cette tendance montre que l'intervention est menée pour sauver non seulement les autres, mais aussi et surtout l'image que l'on a de soi. La France a construit son identité par cette hypertrophie déclaratoire, cette autoproclamation d'être la "patrie des droits de l'homme" (alors qu'elle ne l'est pas davantage que l'Angleterre et les Etats-Unis).

 

Pour entretenir le mythe, elle s'entête donc à faire croire qu'elle n'intervient jamais que pour sauver, qu'elle est toujours désintéressée.

 

Celui qui répète à l'envi qu'il n'a rien à cacher attise la suspicion. On cherche alors l'intérêt national avec deux fois plus d'ardeur que s'il était assumé. Dans le cas du Mali, il n'y a pourtant pas grand-chose à cacher : des intérêts économiques indirects (les ressources stratégiques des pays voisins) et, surtout, sécuritaires (protéger nos ressortissants sur place et affaiblir Al-Qaida au Maghreb islamique).

 

MOTIVANT POUR NOS SOLDATS

 

Il serait préférable de dire les choses comme elles sont : en Libye et au Mali, la France et ses alliés avaient intérêt à intervenir ; des intérêts qui non seulement n'annulent pas l'existence d'une cause juste - des massacres en cours et imminents dans le premier cas, le risque d'une "zone franche terroriste" dans le second - et d'une chance raisonnable de pouvoir y remédier, mais qui en plus motivent l'action.

 

L'Etat intervenant n'est pas, ne peut pas et même ne doit pas être désintéressé. La raison d'être de l'Etat étant de défendre les intérêts de ses citoyens, un désintéressement absolu serait un grave manquement. On peut d'ailleurs se demander si celui qui n'aurait aucun intérêt se donnerait les moyens de réussir et s'il est motivant pour nos soldats de savoir qu'un Etat "désintéressé" les envoie risquer leur vie au Mali. L'intérêt est un moteur, et, tant qu'il n'annule pas l'objectif déclaré, c'est-à-dire tant qu'ils ne sont pas contradictoires, il n'est pas problématique.

 

Le président devrait donc assumer l'évidence : il est dans l'intérêt de la France d'intervenir au Mali, comme dans celui de nos alliés européens, nord-américains et africains. Ce n'est pas en le dissimulant qu'on les convaincra de s'investir plus dans cette opération. Et c'est grâce à eux, dont l'absence, pour l'instant, se fait sentir, qu'on convaincra les autres qu'il ne s'agit pas d'un néocolonialisme qui ne dirait pas son nom, mais d'une responsabilité internationale.

Partager cet article
Repost0
23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 18:55

http://www.defense.gouv.fr/var/dicod/storage/images/base-de-medias/images/terre/terre-images/images-articles/interview-comment-gagner-la-guerre-de-l-opinion-publique/2148565-1-fre-FR/interview-comment-gagner-la-guerre-de-l-opinion-publique.jpg

 

23/01/2013 Christiane Boisgelot - Armée de Terre

 

Dans son dernier livre, d’une incontestable actualité, la guerre pour l’opinion publique,le général de brigade Benoît Royal, s’appuyant sur des exemples concrets récents, nous entraîne sur les chemins de la réflexion. Dressant un portrait de notre société marquée par l’explosion nouvelle des systèmes de communication, il nous démontre comment l’opinion publique saturée d’informations, en manque de repères, peut être facilement désorientée et  manipulée. Un regard inédit sur notre monde, sur les enjeux de la communication qui devient une arme stratégique à prendre en compte.

 

Pour info et action…en attendant l’ouverture du salon du livre le 22 mars 2013 à Paris où l’armée de Terre présentera au grand public l’ensemble des ouvrages écrits par des militaires. Des séances de dédicaces sont prévues tout au long de ces cinq jours, autant d’occasions d’échanger des points de vue et de sensibiliser les visiteurs du salon du livre à nos missions.

 

Dans votre livre, vous soulignez à plusieurs reprises l’importance de la fonction des reporters de guerre pour l’armée de Terre. Yves Debay a disparu la semaine dernière, abattu par un snipper. Quelle image gardez-vous de lui ?

 

Il va nous manquer, ce baroudeur, passionné, au franc- parler goguenard et légendaire ! Mais en dehors de ma légitime émotion, partagée avec tous nos frères d’armes qu’il a tant côtoyés sur le terrain, jour après jour, je dirai qu’Yves Debay fut une figure emblématique des journalistes de guerre. Il a été le messager des images les plus fortes révélant au grand public la réalité des combats, sur le terrain de toutes les opérations extérieures. C’est une partie de notre mémoire collective qui s’en va…

 

Vous nous livrez une analyse pointue sur les mutations des medias et leurs conséquences auprès du grand public : quelles leçons à en tirer pour l’armée de Terre ?

 

Je pars d’un constat évident : les medias se livrent à une concurrence sans fin. C’est la course effrénée au scoop, au sensationnel. Résultat, les gens sont bombardés par des milliers d’infos qui s’entrechoquent sans cesse, diffusées à la vitesse du son, en direct, en instantané. Les gens subissent l’assaut permanent de milliers d’informations qui s’entrechoquent, se télescopent dans la presse, à la télé et dans les réseaux sociaux. L’opinion publique, ainsi harcelée, saturée, versatile, imprévisible perd ses repères, toute capacité de discernement. Sans recul possible, elle peut alors être facilement désorientée, voire manipulée. Et ce véritable « Léviathan médiatique » a un impact considérable sur notre image. Aujourd’hui la guerre à mener est d’un autre genre : c’est la guerre pour l’opinion publique ! En effet une force militaire qui ne bénéficierait pas du soutien de l’opinion perdrait toute sa légitimité.

 

Pour gagner cette guerre, selon votre analyse, nous devons donc occuper le terrain de l’information numérique et traditionnelle ?

 

Oui c’est une nécessité ! Nous devons faire preuve de notre capacité à émerger dans le domaine de l’information, et renvoyer une image concrète de la réalité. Plus que jamais il faut gérer notre e-réputation. On peut dire, au risque de choquer, que la bataille de l’information serait parfois aussi cruciale que le combat réel, par l’influence qu’elle a sur les citoyens et sur le moral de nos troupes !

 

Ne craignez-vous pas des dérapages possibles puisque l’information sur les réseaux sociaux est difficilement maitrisable ?

 

Le risque est mesuré, circonscrit et la crainte d’un éventuel dérapage ne doit pas nous empêcher de communiquer. Il y a plus d’impacts positifs à enregistrer que de dégâts constatés! Nous nous devons, chacun à notre niveau, faire preuve de pédagogie tant pour expliquer le bien fondé de nos missions que pour rappeler la raison d’être du soldat et le sens de son engagement. Je dirai même que l’humilité et la discrétion, dans notre société d’ultra communication ne sont pas porteuses d’efficacité. Il faut savoir se désinhiber sur nous-mêmes, sur notre métier, par une stratégie offensive de communication dans l’univers électronique. C’est à ces conditions que l’opinion publique sera susceptible d’être durablement acquise à nos missions et à nos valeurs.

Partager cet article
Repost0
22 janvier 2013 2 22 /01 /janvier /2013 20:09
La relation franco-allemande et la défense : un couple en instance de divorce ?

22/01/2013 Par Jean-Pierre Maulny, directeur adjoint de l'IRIS - LaTribune

 

Un peu plus de 20 ans après la signature du Traité de Maastricht, 50 ans après la signature du Traité de l'Elysée, la relation franco-allemande dans le domaine de la défense est au plus bas. Commencer un article par ce constat n'est ni un exercice de style, ni faire preuve d'un pessimisme exagéré, ni se complaire dans une morosité ambiante. C'est simplement décrire la situation actuelle sans fard, dire tout haut ce que nombre de personnes pensent tout bas, et surtout essayer de raviver la flamme : non, ce couple ne doit pas divorcer ! Une tribune de Jean-Pierre Maulny, directeur adjoint de l'IRIS.

 

Les stigmates de ce divorce sont nombreux : la divergence de position des deux pays sur l'opération en Libye, l'absence de programme d'armement commun depuis 10 ans, le sentiment qu'a eu l'Allemagne d'être écartée comme interlocuteur de la France pour la coopération en matière de défense du fait du Traité franco-britannique, les critiques allemandes sur la répartition du pouvoir au sein de EADS, le sentiment partagé des deux côtés du Rhin que les marchés d'armement des deux pays sont fermés, l'absence de proposition commune pour faire progresser la Politique de sécurité et de défense commune, le sentiment des Français que les Allemands les ont trahis lors du sommet de l'OTAN de Lisbonne sur les sujets de la dissuasion et de la défense anti-missiles, le sentiment des Allemands que les Français veulent dominer l'Allemagne dans la défense mais que l'industrie française n'est plus compétitive, le sentiment des Français qu'à l'inverse c'est la France qui a financé la recherche dans le domaine de l'armement et que l'Allemagne n'a pas de légitimité dans ce domaine et, pour tout dire, le sentiment de méfiance partagée entre les deux pays.

 

Il est difficile pour un Français d'exprimer ce que ressentent les Allemands. Il peut simplement décrire ce qu'il voit, essayer de comprendre la position de l'autre. Il peut aussi essayer d'expliquer la position française, si tant est qu'il y ait « une position française » car après tout, les avis peuvent diverger, même dans un pays comme la France, sur les problèmes de défense.

 

Les motivations de ce mariage n'étaient certainement pas exactement les mêmes en France et en Allemagne

 

A l'origine le couple franco-allemand s'est donc marié lors du traité de Maastricht. Il y avait longtemps que le flirt avait commencé mais il fallait passer à l'acte. Les motivations de ce mariage n'étaient certainement pas exactement les mêmes en France et en Allemagne, mais cela n'est-il pas la même chose dans tous les couples ?

 

La France a longtemps milité pour l'avènement d'une Europe de la défense. En 1956, elle a compris qu'elle n'avait plus les moyens de son indépendance et que ses intérêts de sécurité ne correspondraient pas toujours à ceux des Etats-Unis. Se doter d'une force de dissuasion nucléaire était un instrument de cette autonomie mais cela ne suffisait pas : il fallait convaincre les Européens qu'ils avaient un destin commun et que l'Europe politique était le prolongement nécessaire de l'Europe économique en train de naître. La fin de la Guerre Froide et de la menace soviétique ouvrent dès lors une fenêtre d'opportunité sans égal. La disparition de la menace majeure entraîne de facto une moindre dépendance de l'Europe vis-à-vis des Etats-Unis pour sa sécurité : elle doit permettre à une politique étrangère et de défense commune de prendre son envol. Pour la France, l'Allemagne est le partenaire rêvé pour construire cette Europe de la défense : son poids économique est important, son rôle politique ne peut que croître. Et puis il y a d'autres raisons moins avouables ou moins avouées : pour les Français, les Britanniques ne sont pas Européens, ils sont liés très étroitement aux Américains, ayant fait le chemin inverse de la France en 1956. Il y a également le sentiment diffus qu'il faut contrôler l'Allemagne même si la génération qui a vécu la Seconde Guerre mondiale est en voie d'extinction : la politique étrangère et de sécurité commune est la garantie qu'il n'y aura plus de politique nationale de défense en Allemagne.

 

Outre-Rhin, des séquelles toujours vives de la Seconde Guerre mondiale

 

Du côté allemand, il y a toujours une méfiance à afficher des objectifs en matière de politique étrangère, séquelle toujours vive de la Seconde Guerre mondiale. L'expression ultime de la prudence allemande s'est exprimée lors du vote de la résolution 1973 du Conseil de sécurité des Nations Unies qui devait permettre le recours à la force contre le Colonel Khadafi. Encore que dans ce cas l'abstention allemande fut en soi l'expression d'une volonté même si celle-ci ne fut pas conforme à ce que souhaitait la France. Les Allemands auraient pu voter cette résolution et ne pas participer aux opérations militaires : ils ont finalement préféré afficher leur différence.

 

Même la gestion de la crise économique est l'expression de la prudence de l'Allemagne sur la scène internationale. Entre une gestion de bon père de famille qui veut que l'on ne vive pas au-delà de ses moyens et l'expression d'une solidarité européenne face à la crise de la dette, qui est un acte d'engagement politique, les Allemands ont pour le moment choisi de donner la préférence à la gestion de bon père de famille. La difficulté à laquelle font face les dirigeants politiques européens aujourd'hui est qu'il leur faut tout à la fois tenir un langage de raison, il ne faut pas mentir à nos citoyens, mais il faut également leur donner une vraie perspective politique sur l'avenir de l'Europe. Face aux sentiments nationaux toujours vifs, il faut faire rêver les Européens d'une nouvelle frontière qui sera celle de l'Europe et non refermer ces frontières entre la remise en cause de Schengen et l'acceptation de taux d'intérêt différenciés sur les emprunts pour rembourser la dette.

 

Dans ce paysage, l'implication de l'Allemagne dans la construction de l'Europe politique et de l'Europe de la défense au début des années 90 doit aussi être réinterprétée comme la réassurance donnée par l'Allemagne réunifiée à ne pas agir en fonction de ses seuls intérêts nationaux sur la scène internationale.

 

La France s'est essoufflée face au peu d'appétence de ses partenaires pour l'Europe de la défense

 

Reste qu'aujourd'hui, cette Europe de la défense est en panne. L'Allemagne s'est arrêtée à la construction institutionnelle de l'Europe de la défense sans vouloir lui donner de dimension pratique et tangible tant les conditions qu'elle impose à l'emploi de la force sont restrictives. La France s'est quant à elle essoufflée face au peu d'appétence de ses partenaires pour l'Europe de la défense. Elle s'est surtout égarée en perdant les repères de sa politique étrangère. Le tropisme américain développé par l'ancien Président de la république Nicolas Sarkozy, alors même que notre pays avait refusé d'intervenir en Irak en 2003, l'illusion qu'une politique étrangère commune puisse se bâtir avec le Royaume-Uni sur la seule conception partagée de l'usage de la force ont dérouté notre partenaire outre-Rhin. Le fait qu'un nouveau Président, François Hollande, ait été élu en France doit permettre de mettre fin à cette spirale négative dans la relation franco-allemande en matière de défense. On objectera que les premières relations du couple Hollande/Merkel furent tendues sur la question de la crise de la dette. Mais on ne peut s'arrêter à ce constat comme prétexte pour ne pas agir. Que peuvent donc partager Français et Allemands pour rebâtir une relation saine dans le domaine de la défense ? Quelle méthode faut-il employer pour mettre fin aux incompréhensions qui sont nées ces dernières années ? Il faut en cette nouvelle année prendre de bonnes résolutions pour rétablir la relation franco-allemande et pour cela établir certaines règles :

 

Règle 1 : Respecter l'autre et lui faire confiance

 

Nous voulons une Europe unie. Mais nous sommes différents. Nier nos différences culturelles serait une erreur et de plus cette différence peut être une chance et non une tare comme certains peuvent le penser. Ainsi l'Allemagne répugne à utiliser la force armée. Comment pourrait-il en être autrement étant donné l'histoire de ce pays ? Les Français devraient cesser de se lamenter de cette situation et reconnaître que depuis 20 ans les choses ont déjà beaucoup évolué en Allemagne. Qui se souvient de l'arrêt de la cour de Karlsruhe du 12 juillet 1994 qui a permis à la Bundeswehr d'être déployée pour des opérations de maintien de la paix en dehors de la zone couverte par l'OTAN ? Certes le vote au Conseil de sécurité des Nations Unies a laissé des traces mais sur le strict plan militaire il a pu être trouvé une solution qui permettre à l'OTAN de ne pas être handicapé par la non présence d'équipages allemands sur les AWACS, ceux-ci étant basculés sur le théâtre afghan. L'abstention d'un pays de l'Union européenne sur un théâtre d'opération n'est pas nécessairement un handicap si celle-ci est anticipée et si on évite de souligner des divergences de point de vue somme toute naturelles : il faut que les sensibilités diverses puissent s'exprimer sans contradiction si nous voulons éviter les confrontations frontales entre nos deux pays.

 

 http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/5b/NATO_E-3_AWACS_25th_anniversary_paint_job,_NATO_Air_Base_Geilenkirchen.jpg

 

En contrepartie, il faut que les Allemands cessent de penser que la France est un pays va-t-en guerre qui cherche à défendre ses seuls intérêts de sécurité. La vraie question que nous devons nous poser est de savoir quels intérêts de sécurité nous avons en commun. Nous devons également nous interroger pour savoir jusqu'à quel point nous sommes prêts à prendre en compte les intérêts de sécurité de l'autre car ce n'est pas un drame de reconnaître que nous ne partageons pas totalement les mêmes intérêts de sécurité. C'est une question que nous devons nous poser avec l'Allemagne mais également avec tous les pays de l'Union européenne. Mais qui pourrait accuser les Français de chercher à faire partager ses craintes face aux menaces auxquelles nous faisons face ? Tous les pays agissent de même et les seules questions que nous devons nous poser sont de savoir si ces menaces sont avérées et de quelle manière nous pouvons y répondre : c'est aussi vrai au Sud avec la menace terroriste au Mali que dans le Caucase avec les risques de déstabilisation.

 

Dans le domaine de la défense, nous ne remettrons la relation franco-allemande sur les rails que si nous nous faisons confiance. La confiance cela ne veut pas dire que nous partageons le même point de vue, cela veut simplement dire que nous considérons qu'il n'y a pas d'agenda caché quand l'autre pays émet une proposition et que la justification qu'il avance n'est pas sujette à caution. Cela suppose également, quand l'un des deux a un doute sur les intentions de l'autre, de l'exprimer clairement afin de rechercher à établir le dialogue.

 

Règle 2 : Apurer le passé notamment dans le domaine de l'armement

 

Il y a du non-dit dans la relation franco-allemande, notamment dans le domaine de l'armement. L'objet de cet article n'est pas d'entrer dans les détails mais de constater la situation et chercher comment y remédier. Les Allemands ont parfois l'impression que la coopération en matière d'armement s'est faite au profit des Français. Ces derniers considèrent pour leur part qu'ils ont financé cette industrie notamment parce qu'ils recherchaient l'autonomie stratégique et qu'ils font donc profiter l'Europe de leur effort financier pour atteindre cet objectif. Les Français parlent de politique industrielle non pour des questions industrielles, mais parce que c'est cette recherche d'autonomie stratégique qui guide leur politique dans l'armement. La politique française n'est donc pas protectionniste comme le pense les Allemands, elle ne peut s'expliquer que par ce souci de sécurité d'approvisionnement. Pour les Allemands, l'industrie c'est une question... industrielle. Cela relève donc des entreprises et il ne peut donc y avoir de politique industrielle au sens où les Français l'entendent. Les deux pays ne parlent donc pas le même langage quand il s'agit de politique industrielle dans l'armement ce qui multiplie les sources d'incompréhension. Enfin, les Français veulent relancer l'Europe de la défense par le biais des capacités militaires non pas par adhésion subite et maligne au pragmatisme britannique mais simplement parce que c'est la crédibilité militaire de l'Union européenne qui est en jeu tout comme l'utilisation la plus rationnelle possible de nos moyens financiers. Ces incompréhensions s'ajoutent donc au non-dit ou rancœurs du passé.

 

Règle 3 : Utiliser la différence comme un atout et non un handicap

 

Et si l'Europe c'était utiliser à bon escient les spécificités de chacun ? La tendance naturelle c'est de faire une « Europe unique », une Europe qui serait pour les Français à l'image de la France et qui serait à l'image de l'Allemagne pour les Allemands. Il n'est pas sûr que nous puissions y arriver ainsi. Dans la défense, il y a pourtant un moyen de résoudre les contradictions et d'additionner les spécificités comme autant de facteurs qui loin d'être antagonistes nous permettraient d'être complémentaires. La France fait la guerre et l'Allemagne non : on peut très bien imaginer que dans la période actuelle la France se spécialise dans les capacités d'entrée en premier dans les conflits et l'Allemagne dans les forces de dissuasion. L'Allemagne est anti-nucléaire et la France dispose de forces nucléaires : est-ce totalement incompatible ? L'Allemagne peut très bien être un acteur européen actif dans le désarmement nucléaire alors que la sécurité de l'Alliance atlantique continuera à être renforcée par les forces nucléaires françaises, comme cela a été constamment réaffirmé depuis le sommet de l'OTAN d'Ottawa en 1974, et tant que nous ne serons pas dans une situation d'avoir un désarmement nucléaire négociée.

 

Règle 4 : Dialoguer

 

En recommandant le dialogue, on peut avoir le sentiment d'enfoncer des portes ouvertes. Pourtant ce n'est pas le cas. Dialoguer c'est utiliser tous les canaux de la relation franco-allemande pour essayer de rétablir la confiance entre les pays. A côté des autorités gouvernementales, et bien évidemment en plus haut lieu des chefs d'Etat, il y a les parlementaires, les think tanks. Il ne faut pas hésiter à utiliser tous les formats, restreints, élargis, mêlant les différentes catégories d'acteurs ou à l'inverse en restant en strict tête-à-tête. Il faut que l'information circule sur les résultats de ces discussions, il faut établir des constats partagés de ces discussions même si ce sont des constats de désaccord. Il faut enfin établir la coordination entre tous ces lieux de discussion. Il faut éviter que le 50e anniversaire du traité de l'Elysée ne soit un hymne à la coopération franco-allemande servant de cache misère à la réalité. Il faut que ce soit l'occasion d'un nouveau départ et non un point d'arrivée. L'IRIS contribuera à cet effort dans le cadre du cercle stratégique franco-allemand qu'il anime depuis près de 15 ans avec la Fondation Friedrich Ebert mais également dans le cadre de ses recherches sur les questions de politique de défense, avec toujours pour objectif que cette coopération franco-allemande se fasse au profit des deux pays et d'une Europe unifiée.

Partager cet article
Repost0
22 janvier 2013 2 22 /01 /janvier /2013 08:55

http://www.espritcorsaire.com/IMG/General_Vincent_Desportes_Eurosatory_CRAB_Combat_Reconnaissance_Armoured_Buggy_2.jpg

source espritcorsaire.com

 

21 janvier 2013 par Bruno Racouchot, Directeur de Communication & Influence

 

Les idées sont des armes. A l’heure où l’armée française intervient, seule, sur plusieurs théâtres d’opérations extérieures, à l’heure aussi où se poursuivent les discussions sur le Livre Blanc de la Défense, l’influence s’impose bel et bien comme une arme redoutable que nous devons impérativement apprendre à maîtriser, tant dans la sphère civile que militaire.

 

Dans l’entretien qu’il m’a accordé, le Général Vincent Desportes – ancien directeur de l’Ecole de guerre, professeur associé à Sciences Po Paris, conseiller dans de nombreux cénacles stratégiques comme l’IFRI ou le CSFRS – souligne à quel point hard power et soft power sont aujourd’hui inextricablement liés.

 

Télécharger le document

Partager cet article
Repost0
20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 08:55

http://www.defense.gouv.fr/var/dicod/storage/images/base-de-medias/images/actualites/images-actu/14-juillet-2010/defile-du-14-juillet-20102/713069-1-fre-FR/defile-du-14-juillet-2010.jpg

photo MinDef FR - 13° RDP - defile du 14 juillet 20102

 

January 19, 2013 By STEVEN ERLANGER* - nytimes.com

 

PARIS - IN 1966, the French president, Charles de Gaulle, war hero and general nuisance in Allied eyes, wrote President Lyndon B. Johnson to announce that France was pulling out of full membership in NATO and would expel NATO headquarters from France.

 

“France is determined to regain on her whole territory the full exercise of her sovereignty, at present diminished by the permanent presence of allied military elements or by the use which is made of her airspace; to cease her participation in the integrated commands; and no longer to place her forces at the disposal of NATO,” de Gaulle wrote.

 

After the humiliating capitulation to the Nazis, a tremendous shock to a prideful and martial France, it was not especially surprising that de Gaulle should seek to restore France to a place at the top table of nations, capable of defending its own interests with its own means at its own pace and pleasure.

 

Even today, as French troops intervene in Mali, the French take pride in their military capacity and in their independence of action. French forces still march every year down the Champs-Élysées on Bastille Day, a military celebration unparalleled in the West. France has nuclear weapons and is the only country, other than the United States, with a nuclear-powered aircraft carrier. And even as Paris has slowly reconciled itself to full NATO membership, France has maintained its ability to send troops and equipment quickly to large parts of the globe, and it should soon overtake an austerity-minded Britain as the world’s fourth largest military spender, after the United States, China and Russia.

 

“The French, who are so gloomy and pessimistic about the situation in the country and the economy, have at least one reason to be proud of what their country can achieve,” Jean-David Levitte, the diplomatic adviser to former President Nicolas Sarkozy and the former ambassador to both the United States and the United Nations, told me. “We still have a foreign policy, a capacity to act beyond our borders, a capacity to make a difference.”

 

France cannot do everything on its own, Mr. Levitte freely acknowledges. “But if you don’t have the military means to act, you don’t have a foreign policy,” he said.

 

The French are willing to intervene militarily, but on the basis of new conditions, which differ, French officials argue, from the old colonial habits and traditions known as “Françafrique.”

 

http://www.defense.gouv.fr/var/dicod/storage/images/base-de-medias/images/actualites/images-actu/14-juillet-2010/defile-du-14-juillet-20109/713205-1-fre-FR/defile-du-14-juillet-2010.jpg

photo Ministère de la Défense - défilé du 14 juillet 2010

 

In Mali, as they did in 2011 in Libya and in Ivory Coast, the French have intervened on the basis of a direct request for help from a legitimate government, the support of regional African groupings like the African Union and a resolution from the United Nations Security Council.

 

Even in Mali, France means to act multilaterally, even if it is leading from the front, as it did in Libya, in the name of saving an ally and helping the Sahel region combat the spread of radical Islamists, some of them foreign jihadists, strongly connected to terrorist groups like Al Qaeda in the Islamic Maghreb.

 

So far, the decisive intervention by the French president, François Hollande, has been popular. A survey published on Wednesday by BVA for Le Parisien found that 75 percent of the French supported Mr. Hollande’s decision to take rapid military action against Islamist rebels in Mali, despite the risks, compared with 66 percent support for intervention in Libya last year and 55 percent for Afghanistan in 2001. An earlier poll on Monday for IFOP found that 63 percent backed Mr. Hollande’s decision.

 

More striking, perhaps, the consensus among the political elite has been unanimously supportive, says Bruno Tertrais, a defense analyst at the Foundation for Strategic Research in Paris. “The French people are ready to support a military operation as long as the objectives are clear and seem legitimate,” he told me. While stopping the Islamist advance on Bamako, Mali’s capital, is such a goal, he went on to say, “if it were a matter of an operation to reconquer the north of Mali, the perception would have been different.”

 

The French have an all-volunteer military, which distances the population further from the cost of war and makes soldiers “less visible to the populace at large,” notes Sébastien Jakubowski, a sociologist at the University of Lille who studies the army. It has also made the army more popular, with an approval rating of between 80 and 90 percent, he says.

 

But in another change from the past, the French expect that a decision to use the military will be based on clear moral criteria, Mr. Jakubowski said. And the French take some pride in playing a leading role from a moral foundation, even if French national interests are also at play, pushing other allies to act.

 

Mr. Jakubowski cited an interview in Le Figaro on Jan. 3 with the American neoconservative historian Robert Kagan, whose study of American and European attitudes toward the use of force, comparing America to Mars and Europe to Venus, was much caricatured but highly influential.

 

In the interview, and later to me, Mr. Kagan praised the French for their willingness to use force in the pursuit of legitimate goals, even if they may not always have sufficient means to accomplish them. “Nobody asks France to be at the forefront of military interventions, but the willingness of the French to take the initiative is positive,” he said. “I have a new philosophy: If the French are ready to go, we should go.”

 

But the French also understand that their military limitations are real, and they are far better off acting with others, even if not always with Washington. Paris has been a constant prod to other European countries, and to the European Union itself, to develop better military capacities.

 

“We think it is absolutely necessary for other European countries to do what we do,” Mr. Levitte said. “Otherwise there will be a kind of strategic irrelevance of Europe as a whole.” It should be obvious, he said, that the United States has other priorities and is concentrating on Asia, and need not act everywhere. “So if we are both independent and true allies of the United States we should be in a position to act when need be.”

 

* Steven Erlanger is the Paris bureau chief of The New York Times.

 


Note RP Defense : ajout des photos (crédits Ministère de la Défense)par mes soins.
Partager cet article
Repost0
20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 08:50

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/3/36/GAA_de_Rousiers.jpg

 

14th January 2013 - European interview n°69 - Interview with General Patrick de Rousiers - .robert-schuman.eu

 

1. How would you present the role played by the Military Committee of the European Union which you chair? You are also a military advisor to Ms Ashton, what does this entail?

 

Since 6th November 2012 I have been chair of the European Union’s Military Committee (EUMC) for a three year term. The EUMC, comprising army chiefsof-staff, is the supreme military body within the Council of the European Union. This committee is the military consultation and cooperation forum between the 27 Members States in the area of conflict prevention and crisis management. It provides military advice for the Political and Security Committee (PSC). As its chair I play the role of coordinator and I lead debate in a spirit of consensus.

 

My second responsibility is that of military advisor to the High Representative of the European Union for Foreign Affairs and the Security Policy. She chairs the Foreign Affairs Council and leads the Common Foreign and Security Policy. I play two roles vis-à-vis Ms Ashton.

 

The first comprises the provision of information which I deem pertinent, particularly problems raised by the 27 chiefs-of-staff, the desired changes to missions and coordination issues. It is my mission to be the link between a certain number of areas like the chains of command and military operations.

 

Secondly, in view of my professional experience it is my role to provide a personal analysis of ongoing situations. Regarding Mali for example, as we were planning the EU’s commitment to training the Malian forces, the Prime Minister was overthrown. In such situation, the question was to continue nor not. We had to assess the issues at stake and the risks. Strictly speaking my role was therefore to give my thoughts on defence issues. Equally, as part of preparations for the 2013 European Council for example, I have to inform Ms Ashton of issues that might be addressed in the specific area of defence. It is about providing an informed opinion.

 

2. You were in office during France’s Presidency of the EU in 2008 and you witnessed the launch of the European External Action Service (EEAS), what do you think of its development so far?

 

The European External Action Service (EEAS) has developed significantly. Indeed before its creation, the initiative to take a European project forward was almost exclusively the remit of the Member States, and even of two Member States, one of which often supported the Presidency of the European Union. Now we have succeeded in creating a different impetus thanks to which the EEAS is a driving force. Of course its potential still has to be developed but it does have the capacity. We can see this in a number of examples, firstly via the 140 delegations or EEAS offices across the world. These delegations are a dense diplomatic network that can support and even leverage the action of the national delegations of a great number of Member States. They are the voice of the 27 Members of the European Union and not the voice of each of the nations.

 

However, in the future they will not supplant the national delegations in at least one area: that of the protection of the Member States’ citizens. In short the EEAS delegations are both the captors and the links, able to communicate a message in expression of the States’ common concerns.

 

The EEAS is also the cradle of strategic dialogue with major players. This dialogue does not just target debate over topical issues but really aims to become established long term in order to define what kinds of activities the European Union might develop and this, in all areas, including defence. The potential is extremely promising and it is already perceptible from an internal point of view.

 

3. How can the various visions of defence between the States be reconciled?

 

The most recent enlargements have highlighted the historic vision of some who simply want to be shielded by NATO. First we should remember that the threats we face require responses which most of the time go beyond the strict framework of one nation. So we have to have a tool that enables us to act pertinently together on a wide range of issues. This is why I am a fervent defender and promoter of the European Union and of European Defence in particular.

 

Today I think a European State has to have several means of response which we might compare to the “Russian Matrioshka” (nested dolls). The first of them lies in a State’s ability to act militarily as such within its borders, on a European or international level. This is why there is no European army, because this role is, above all, the reserve of the States. As General de Gaulle recalled, ensuring the defence of its fellow countrymen is a State’s primary reason for being. Above all the army is the expression of the common will of an entire population, enabling the political powers to take responsibility for the protection of its national territory and its values.

 

In Europe we share a common history, common values but also a desire to act together. This is the second “nested doll” which enables a response to a crisis: by defining ourselves as such we shall act collectively together long term and across the entire world.

 

In support of this it is difficult to identify a place where Europe is perceived badly, denied or rejected. Quite often we are made rather welcome. Why is this? I think that the different history of each of the 27 is a strength. As soon as the Member States manage to commit themselves unanimously it can be interpreted as the defence of values that are not far from being universal.

 

Furthermore the European Union’s capacity to act is specific in that it can cover a wide range of issues: political, industrial, legal, financial and of course defence. Incidentally we should remember that defence is used as a tool within a general policy. Using Defence as a tool in the EU is not a final goal. It is not its reason for being; it is just a part of it included within a “portfolio”. The European policy of defence and security is a capacity that enables response in crisis settlement.

 

4. The European citizen is sometimes confused about who is acting and on whose behalf in view of national (like the French operation Licorne) or international missions (undertaken by NATO and the UN for example)? What particular features can an EU intervention provide?

 

In a way the European Union has become an expert in conflict prevention. In all events it would like to do that. The European Union’s strength lies in the common determination to act on a political level as far as States are concerned, support them, help them become aware of what is at stake. Collectively we can help settle a crisis by deploying tailor-made means. In this context the European Union can, if necessary, provide the military means to complete, influence and sometimes contribute towards creating conditions for other means of action. The European Union distinguishes itself by its extremely specific approach.

 

All of the actions undertaken by the European Union off the coast of Somalia or in Georgia, in these very different regional contexts, illustrates this unique capability. Recent events off the Horn of Africa illustrate the European Union’s capacity to mobilise the means to help a State recover its sovereignty and its stability. Humanitarian aid was essential and a great deal was done in this respect, but it was not enough. We might have continued for a decade like this at the risk of seeing the situation stagnate. In this theatre of operation a real dynamic for conflict management was introduced. Hence in the case of Somalia two military actions impacted against the development of the crisis to a certain extent: the fight against piracy and the training of Somali forces, which has helped consolidate a transition government and facilitate the emergence of a political process. The situation is developing positively but requires continuous commitment. In the case of counter piracy you can act in two different ways: either at sea, by arresting the pirates and bringing them back to land - this is a strictly military option. But one can also engage in a process which will help activate all of the levers to settle the problem. This is what the European Union helps achieving, using the different tools it has at its disposal in terms of conflict prevention and management.

 

Another example is Mali. The European Union is providing its political influence, is exercising pressure, encouraging awareness on a regional level. It is showing that the 27 Member States which comprise the Union are concerned about the situation and in particular about the stability of this part of the African continent. The European Union is therefore showing its determination to continue its commitment and demonstrating that this will involve more than just humanitarian aid, which remains vital however. We have made a commitment to this country, notably in an area facing major security issues. This shows that Europeans are ready to take risks and that they are prepared to do it collectively when it is necessary.

 

In this context the European Union’s field of action is not viewed from a strictly military angle with the aim of taking the north of Mali for example. The European Union believes that this is not its role, nor part of its action. It indicates rather that it is a problem which is both a domestic one for Mali and also a regional one, and that this has to be settled on both levels. However to help the Malian government, the European Union is going to implement a training programme for the Malian army. This is the dynamic behind Europe’s action.

 

At this stage we have a UN resolution which enables the launch of this action. But not all of the conditions have yet been met to deploy the training staff. At present a political process is ongoing to make it possible. But in order for political pressure to continue we need military leverage. We should stress that we are in a context which is totally different from the aim of which is exclusively military. Many countries have said they intend to help significantly towards this mission if it gets the green light. We are therefore in a positive dynamic.

 

To continue with another example – during the EU Navfor Atalanta operation, strikes were undertaken on land on logistics depots in order to damage the pirates’ capacity to act and to send out a deterring message. Hence, in the same way, the European Union showed its determination to use force when necessary. Finally in 2008 the European Union’s involvement in Georgia took shape very quickly as soon as leadership emerged and that everyone saw that this was an emergency. Although sometimes, a process takes time because we are in dialogue with the political structures in the zones of conflict.

 

5. Military budgets have suffered because of the crisis. In European industry, pooling and sharing and joint research in certain programmes, stresses the desire to share. Do you think that the European Union will succeed in achieving an “industrial defence pillar”?

 

Firstly it should be stressed that industry cannot be forced. Industry functions according to the laws of the market. It is the market that creates this dynamic via the perception of the short and mid-term, but also via historic partners. Industrial groupings are always difficult to set up. As the military we can help defining common requirements, to set out employment doctrines, structures which enable us to work together. In fact it is via the user that we can influence industry which designs and produces arms programmes.

 

How can we rationalise this industry? It is difficult because not all countries share the same vision. This requires determination to give rise to greater sharing in terms of programming, investment, the design of employment doctrines and concepts. This can only be done by the progressive, stage by stage creation of clusters, i.e. via grouping certain Member States who want pool thought over specific issues. This implies the drafting of strategic documents which provide an insight, such as an industrial green paper, which would define, for example, what we want to do collectively in the area of environmental protection, in combination with the employment of military tools, including armament. There is a wide range of options in response to this question. Cohesion could be created on these themes.

 

In all events in Europe we must ensure that our great grandchildren still have the choice. The difficulty of the question lies in identifying the threats and the dangers as well as identifying the key sectors that we have to protect as they are strategic both in terms of defence but also for the protection of other areas of life. What are the technologies we have to maintain? This is the kind of question which helps the European Defence Agency to make sense. This agency is an excellent venue for coordination and thought on these issues.

 

6. In anticipation of “new security threats” (cyber-attacks, arms of mass destruction, energy infrastructures etc …) is the European Union able to project itself? Or will further thought and investments be required in response to these?

 

Which risks do we face right now? It is difficult to foresee this as we speak. To quote a real example, who could have said a year before the strike against the Falkland Islands that one State was going to invade another, and annex it as part of its territory?

 

Similarly no one would have thought at the time that we would encounter pirates to the extent we have experienced off the coasts of Somalia. On this specific point, in France the very idea of “pirate” had been removed from the legal framework. It had to be re-introduced in order to be able to bring the pirates to justice. Who would have thought just a few years ago that we were to witness, after the drama of 1914-18, the massive employment of chemical arms against civilian populations? We saw this in both the north and south of Iraq in the 1990’s. There are other examples of course. As a result it is not the most obvious nor the most salient points which represent threats for the future and which justify or govern thought over Europe’s capabilities. Indeed we have to anticipate all kinds of developments.

 

As far as “new threats” are concerned – if there are two themes which the European Union is focusing on – where there is a dynamic – it is in the areas of terrorism and cyber-security. In terms of the latter we need to acquire greater awareness. We also have to define a military plan. This is now underway. The Commission and the EEAS are also working on it.

 

At this stage, not all of the Member States are on the same level of preparation regarding these threats. In terms of cyber-security Estonia is certainly the most advanced European country amongst the Member States. Others have neither the tools nor the necessary organisation. In some cases awareness of these issues is limited because the extent of the danger is not yet perceived. In terms of cyber-defence our behavior is similar to the one we adopt against radiation for example: we can see nothing, smell nothing until the catastrophe is on us. However we have taken a major step forward in perceiving the risk, notably in the pillage of economic data and the capacity for remote weapons. Potentially we must be prepared to face arms that may weaken and create profound disruption in the functioning of our States. Hence the need for emergency plans regarding critical energy structures where we shall continue to develop response, warning, prevention and information sharing systems, as well as the means to provide feedback and of course, response.

 

7. In the extremely sovereign area of defence, how do you see the development of the transfer of competences?

 

The transfer of responsibilities exists. The command of European air transport illustrates this. Most military transport activities (tactical and strategic lift) of the German, Dutch, Belgian and French armies, are planned and undertaken by a single, multinational centre in Eindhoven. Each of these country’s teams manages the fleet of the other indifferently. It is a kind of military “Sky Team” or “Star Alliance”.

 

However this does not mean a transfer of sovereignty: each country’s cockade is still there and the countries in question retain their means. In practice it is a means to optimise air transport capabilities. Hence the loading of planes (passenger or freight) is optimised for example so that they do not return empty and are made available to other nations if this is necessary, notably as part of the operations in the Horn of Africa or in Afghanistan and during training. The optimisation of means is a permanent process but other sectors have major potential for synergy and optimisation: the employment of planes, their maintenance, the management of logistics flows, legal responsibilities. We can also see the benefits of this type of agreement. This would enable a team of German mechanics to repair a Belgian, French or Dutch plane whilst enjoying a legal framework that clearly defines the responsibilities of each of the participants. These would lead to major savings in the long term. Why not plan for land transport or logistics? Potentially we could go much further in the use of drones or in the area of training simulation.

 

No State nor the EEAS, nor Brussels is campaigning for the successful reunification of the 27 and soon 28, in a single initiative like that of the « Sky Team » or the « Star Alliance ». This would create a European army, or at any rate, the start of a European army which present many advantages and yet a have a great many drawbacks. This hypothesis does not match our requirements. We are committed together in theatres of operation under the European Union flag but also under our national banner. There is no desire to engage exclusively under the European Union flag. Hence the clusters I spoke make sense. There are a number of cooperation agreements to be developed but how far are the European countries prepared to go? How much do we want to transfer without creating a totally European structure? Indeed in each case it involves regional, local and historic partnerships which have specific reasons for being. This would create a wealth of solidarity in terms of defence and would, in my opinion, be particularly virtuous.

 

8. The European Heads of State and Government agreed on 14th December 2012 to devote some time at their December 2013 meeting to defence. They highlighted the European Union’s “increased responsibilities”. What are these? What defence themes might be addressed during this Council?

 

The last time there was real debate was in 2005. The issue was also mentioned at the end of 2008 thanks to a “defence” chapter that was included in the European Council’s agenda. The will to include these questions on the agenda for the end of 2013 is therefore welcomed. Based on the results that have been achieved collectively in terms of defence by the European Union over the last few years, the idea at the European Council will be to see what other paths or areas of action the Member States want to pursue together. Debate will therefore focus -in my opinion – on the level of interdependence and the level of solidarity desired and/ or accepted by the Heads of State and Government.

 

In an ideal world this would be based on a process and documents drafted to show and identify what the challenges, threats, and the values defended by all 27 Member States are. Once this has been done the question of developing capabilities which are to support these choices has to be set. Of course we cannot expect sequential work on this but work undertaken in parallel.

 

My opinion about the development of threats is that the first of these is not the one we immediately think of. The real threat lies in the structural disarmament of Europe and the problem of capabilities will arise in the future. If the rest of the world around us were peaceful it would not be an issue. Unfortunately this is not the case. I believe that the first challenge is to be able to maintain a joint view shared by every Member State whereby defence issues are long term and require investments.

 

Indeed the commitment of some European countries in operations (Iraq, Afghanistan in the last few years together with the financial crisis has led to a halt in entire sections of capability development and operational planning which had proven their efficiency, use and necessity in the past, but are now deemed too costly to be kept long term. The first challenge Europe faces is to ensure that these choices are made together, so that we optimise them to avoid “capability deficits”. This challenge is important because the cohesion between Europeans depends on it and in the future it will be about our ability to defend our values.

 


 

 

 

 

See all of our publications on our site: www.robert-schuman.eu

 

Publishing director : Pascale JOANNIN

 

THE ROBERT SCHUMAN FOUNDATION, created in 1991 and acknowledged by State decree in 1992, is the main French research centre on Europe. It develops research on the European Union and its policies and promotes the content of these in France, Europe and abroad. It encourages, enriches and stimulates European debate thanks to its research, publications and the organization of conferences. The Foundation is presided over by Mr. Jean-Dominique Giuliani.

Partager cet article
Repost0
20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 08:45

http://www.defense.gouv.fr/var/dicod/storage/images/base-de-medias/images/operations/mali/130119-operation-serval-point-de-situation-du-19-janvier-2013/point-de-situation-du-19-janvier-2013-3/2142918-2-fre-FR/point-de-situation-du-19-janvier-2013-3.jpg

photo MinDef FR - 19 jan 2013

 

18 janvier 2013 Le Pays - courrierinternational.com

 

2 000 soldats africains de la Mission internationale de soutien au Mali (Misma) doivent être déployés d'ici le 26 janvier pour soutenir les troupes françaises. Mais seront-ils opérationnels ?

 

Applaudie par un grand nombre d’Africains et surtout des Maliens, l’intervention française au Sahel rassure. Après le ciel, c’est au tour du sol de voir s’intensifier les combats : des blindés cherchent à contrer les infiltrations islamistes. Tout cela réveille la conscience critique du citoyen, désormais convaincu d’une triste réalité : les pays africains ne sont pas gouvernés et leurs armées sont une coquille vide !

 

Difficile de s’opposer à cette assertion lorsque, face à l’ennemi, les éléments des armées nationales fuient. L’offensive militaire consécutive à la crise du Mali instruit beaucoup. Certes, la direction des opérations incombe à la France qui en a les moyens. Mais, force est aussi de reconnaître qu’elle a su prendre les devants. Pourquoi avoir attendu la vivacité d’esprit et la détermination du président français, François Hollande, pour qu’enfin on sente le soulagement émerger des peuples africains naguère angoissés et aujourd’hui rassurés ? La lenteur de la mobilisation des troupes africaines contraste très sérieusement avec la rapidité dans la prise de décisions et la mobilisation des troupes françaises.

 

Ventre moue de l'intervention

 

Le nombre, de plus en plus élevé, de soldats français mobilisés, la rapidité dans les actions et la progression des éléments sur le terrain tranchent avec l’inertie qui caractérise la partie africaine. Trop longtemps, les états-majors ouest-africains sont demeurés silencieux voire apathiques. En dépit des rencontres enregistrées tout au long de l’année, on sent l’impréparation, beaucoup d’hésitations et un manque patent d’empressement à aller sur le terrain. La faiblesse des moyens ne peut tout justifier !

 

Cela inquiète, d’autant que tôt ou tard, il faudra assurer la relève des troupes étrangères amies. Dans les jours à venir, il sera bien difficile aux états-majors concernés de convaincre les opinions africaines qu’elles n’ont pas failli. A eux de persuader qu’ils disposent de troupes vraiment opérationnelles, capables de mettre effectivement en pièces les groupuscules islamistes et les bandes de narcotrafiquants que les Français ont débusqués. Avec les nombreuses crises survenues ces dernières années sur le continent, il est pourtant acquis que, pour la plupart, les armées nationales africaines sont le reflet des autres institutions de l’Etat : budgétivores, infiltrées de clans mafieux et religieux, gangrénées par l’affairisme, le clientélisme et la corruption sous diverses formes.

 

Véritable Etat dans l’Etat, l’armée africaine coûte cher, et il est pratiquement impossible d’exercer un contrôle quelconque sur sa gestion. On accuse généralement les armées africaines d’être fortes dans l’organisation des coups d’Etat, la répression des populations, ou le brigandage lorsque leur est confiée la gestion des biens publics.

 

Critique des armées

 

L’armée d’aujourd’hui aurait pourtant beaucoup à gagner en s’ouvrant à la critique. Pour s’être emmurée et avoir contraint le citoyen lambda à la craindre sinon à la fuir, elle se trouve aujourd’hui confrontée à un vrai dilemme : poursuivre le cours de l’armée néocoloniale dont les intérêts sont cruellement aux antipodes de ceux du peuple qu’elle est censée servir, ou oser se métamorphoser véritablement en un corps de métier efficace, performant et rentable. Une armée moderne et modèle qui accepte la critique fait son autocritique d’une manière ou d’une autre, joue le jeu de la transparence, et se conforme aux exigences d’une nation démocratique, reposant sur des institutions réellement républicaines.

 

Reste que l’audace et la sérénité avec lesquelles les djihadistes ont installé leurs pénates au Nord-Mali, montrent que jamais ils n’ont eu peur des armées africaines. Les terroristes savent que plusieurs de ces armées manquent de repères, de dirigeants respectables et respectés, mais sont remplies de délinquants recrutés on ne sait comment et pourquoi ? Des armées qui se sont enlisées dans la bureaucratie, pour avoir tissé des liens de complicité avec une élite civile corrompue, laquelle a gangréné l’appareil d’Etat. Avec des états-majors truffés d’affairistes, la base, longtemps abandonnée à elle-même, ne peut que tourner dos à sa cible. Qui n’a point appris à identifier l’ennemi et à s’ajuster, aura toujours du mal à le combattre. Faut-il d’ailleurs se risquer à l’affronter, puisqu’on le dit redoutable ?

 

Il faut tirer des leçons de la situation, et chercher à y remédier au plus vite car, l’Afrique d’hier et d’avant-hier a connu des combattants fiers de porter l’uniforme et le drapeau. Même si, au lendemain des indépendances, la plupart des armées africaines se sont vite spécialisées dans les insurrections et les coups d’Etat.

 

Au nom du clan ou de l’appartenance à une région, à un groupe politique, idéologique ou religieux, la nécessaire défense de l’intégrité du territoire et la protection des populations sont passées au second plan. Selon toute vraisemblance, il n’y a pas eu passage de témoin entre générations de soldats. L’armée malienne dont les capacités ont été renforcées ces dernières années par la puissance américaine, a amèrement déçu par son refus de lutter ! Certains, parmi ses éléments touaregs, ont même changé de camp avec armes et bagages. De quoi irriter les partenaires !

 

Reflets des divisions

 

Constat amer donc : la construction d’une armée républicaine vraie, basée sur la défense de la patrie, et la sauvegarde des institutions démocratiques, est loin d’être achevée en Afrique. Au moment où le danger se présente à nos portes, on sent réellement un grand vide. Les moyens faisant cruellement défaut, qu’attend-on, au nom de l’idéal panafricain, pour composer de véritables armées sous-régionales, dépendant exclusivement de l’Union africaine, avec des démembrements régionaux ? Au moins, aura-t-on fait un pas dans la bonne direction.

 

Dans les pays développés, l’armée est à la base du progrès technologique. En Afrique, on la voit à peine sur le chantier du développement. Bien plus sur le chemin des intrigues. A cet égard, la conduite de certaines armées nationales est lamentable. Les humiliations qu’elles subissent ou font subir au quotidien devraient faire réfléchir davantage les autorités nationales à tous les niveaux, civils ou militaires. Les Africains peuvent et doivent se ressaisir. Il faut réhabiliter l’armée !

Partager cet article
Repost0
17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 08:55

http://p0.storage.canalblog.com/03/70/58817/32378987.jpg

 

11 janvier 2013 diploweb.com

 

Le général Lucien Poirier est décédé dans la nuit du 9 au 10 janvier 2013. Il fut un des théoriciens et des fondateurs de la stratégie française de dissuasion nucléaire. Le Diploweb.com rend hommage à ce grand stratège avec cet entretien, initialement publié sur le titre « L’Europe éclatée », accordé à Pierre Verluise au moment de la crise européenne au sujet de la stratégie des Etats-Unis de G.W. Bush en Irak.

 

La crise irakienne (2002-2003) a été le révélateur d’une réalité profonde : il n’existe pas à cette date d’Europe unie entre, d’une part une "ancienne Europe" constituée en soi et pour soi avec une volonté d’autonomie et d’émancipation des contraintes exogènes et, d’autre part, les nouveaux candidats à l’UE.

 

Ce texte, dont le manuscrit a été clos en 2003, doit être compris dans son contexte. Il témoigne de l’indépendance d’esprit et de la qualité de réflexion du général L. Poirier.

 

Pierre Verluise : Que nous apprend la crise irakienne sur la situation en Europe au 1er trimestre 2003 ?

 

Lucien Poirier : La crise irakienne nous apprend que le projet d’une Europe unie - très théorique bien qu’il ait été sanctionné par le traité d’Amsterdam et les projets d’élargissement - n’est pas autant en accord avec les réalités mondiales qu’il pouvait paraître initialement.

 

Tout ce passe comme si on avait pensé l’Europe future isolément, à l’extérieur de ce contexte. Comme s’il suffisait d’être d’accord entre Européens, issus d’une même histoire et d’une même culture. Comme si une Europe unie pouvait se construire sur ses seules bases.


On s’aperçoit maintenant que cette Europe est inscrite dans un contexte mondial, et on aurait dû s’en douter. Cette crise du 1er trimestre 2003 est un révélateur cruel : on ne peut pas construire cette entité européenne en soi, isolément, sans tenir compte de tout un environnement dont on espérait pouvoir se retrancher.

LES PECO DONNENT LA PRIORITE A L’OTAN

La plupart des candidats d’Europe centrale et orientale à l’entrée dans l’Union européenne ont vu cette intégration sous son double aspect : économique et sécurité. Emancipés de la domination soviétique, ces Etats ont perçu leur entrée dans l’Europe comme aussi - et probablement même d’abord - comme une entrée dans l’OTAN. En privilégiant, comme la crise irakienne l’a montré, leur intégration dans l’OTAN, une ambiguïté s’introduit.

 

Alors que les "vieux européens", comme dirait Monsieur D. Rumsfeld, pensent l’Europe en soi et pour soi, autonome, dotée d’une politique de sécurité et de défense propre, d’une politique étrangère unitaire et sans tutelle extérieure, les nouveaux arrivants la pensent encore par rapport à ce monde extérieur.

 

D’une certaine manière, ils sont plus sensibles à la réalité présente qu’à l’avenir et nous rappellent que l’Europe ne peut pas se construire actuellement sans tenir compte de la politique impériale et de la stratégie des Etats-Unis– donc de l’existence de l’OTAN. Ces nouveaux arrivants se situent, inconsciemment, par rapport à la Russie post-soviétique qui n’inquiète pas les « vieux européens ».

 

P. V. Il n’empêche que les pays d’Europe centrale et orientale sont tiraillés par la mémoire de leurs relations avec la Russie soviétique.

 

L. P. C’est pour cela que la « vieille Europe » devrait être très attentive à l’évolution de la Russie. Pour que, précisément, il n’y ait plus de méfiance.

 

J’ai naguère avancé, en particulier dans "La crise des fondements" (éd. Economica, 1994) que l’OTAN n’a plus de raison d’être depuis l’effondrement de l’URSS en 1991. On ne parle plus de « l’Alliance Atlantique », l’expression ne figure plus dans le discours politique. Or l’OTAN n’existe que par rapport à l’Alliance Atlantique dont elle ne fut que l’instrument. Or, l’Alliance Atlantique n’a plus de raison d’être puisqu’il n’y a plus, depuis 1991, d’ennemi désigné – l’URSS - dont on devrait se défendre. Du coup, l’OTAN devient caduque. Alors qu’elle conserve son utilité pour les Etats-Unis comme instrument de contrôle de la stratégie militaire – et de la politique étrangère – des « alliés européens ».

L’OTAN CONSERVE UN STATUT EXORBITANT

L’OTAN va-t-elle conserver encore longtemps ce statut exorbitant parce que non pertinent ? Depuis la fin de la Guerre Froide, plusieurs sessions de l’OTAN ont essayé de trouver de nouvelles justifications, de nouveaux buts stratégiques à cette organisation désormais archaïque. Finalement, les conclusions étaient tirées par les cheveux. Toutes les réunions de l’OTAN, depuis les années 1990, consistent à chercher des buts de substitution : le terrorisme… On notera que l’Alliance Atlantique n’est plus évoquée.

 

Que reste-t-il de ces buts ? Nous, "vieille Europe", nous percevons l’OTAN comme un obstacle à la constitution de l’Europe Unie dans la mesure où les nouveaux candidats la privilégient par rapport à ce qui fonde l’Europe économique, culturelle, éthique …

 

L’OTAN pourrait devenir la manifestation tangible de l’opposition, enfin révélée, des Etats-Unis à la constitution d’une Europe qu’ils ont initialement favorisée – durant la Guerre froide – mais dans laquelle ils discernent, en 2003, un rival, voire un adversaire futur.

 

La crise irakienne au 1er trimestre 2003 a donc été le révélateur d’une réalité profonde : il n’existe pas encore d’Europe unie entre, d’une part une "ancienne Europe" constituée en soi et pour soi avec une volonté d’autonomie et d’émancipation des contraintes exogènes et, d’autre part, les nouveaux candidats à l’UE qui, en privilégiant l’OTAN et leur alliance avec les Etats-Unis, ont introduit un élément perturbateur important, qui ne se connaissait pas encore, jusqu’alors, comme opposé foncièrement à l’Europe.

 

La crise irakienne a révélé les Etats-Unis comme l’Autre, désormais réticent voire opposé à la constitution d’une entité européenne.


L’élargissement, qui pourrait marquer l’accomplissement du projet européen révèle, paradoxalement, d’une part, les risques inhérents à cet élargissement pour le projet ; d’autre part, l’opposition inéluctable, dans l’avenir, entre une Europe achevée et les Etats-Unis.

VERS UN GLISSEMENT D’ALLIANCE ?

Peut-être verrons-nous, au cours du XXI e siècle, un glissement progressif d’alliance de l’Europe vers la Russie, l’Europe se révélant plus proche de celle-ci, à travers la France et l’Allemagne, tolérant de moins en moins l’impérialisme américain.

 

Ce n’est là qu’une hypothèse de travail proposée aux stratégistes, mais elle ne saurait être écartée sans examen.

Depuis la fin de l’URSS, je n’ai cessé de dénoncer la pérennisation artificielle d’une OTAN dont les fins politiques et les buts stratégiques sont désormais périmés, puisque naguère constituée dans le cadre d’un système bipolaire disparu.

Les candidats à l’Europe considèrent l’OTAN comme l’instrument d’un système politique - l’Alliance Atlantique, qui n’existe plus. Pourquoi se leurrent-ils à ce sujet ? Que craignent-ils ? Leur mémoire de la domination soviétique (1944-1989) pèse sur leurs représentations d’une éventuelle menace russe, mais la situation a changé. Il n’y a plus de réalité d’une Russie agressive. Certes, peuvent subsister des séquelles, avec la question de Koenigsberg pour la Lituanie comme pour la Pologne. Il ne s’agit cependant que de difficultés résiduelles, ne justifiant pas que la Pologne, par exemple, accorde plus d’importance à l’OTAN et à l’Alliance Atlantique qu’aux exigences de l’intégration européenne.

 

Paradoxalement, subsiste la superstructure - l’OTAN - d’une structure – l’Alliance Atlantique - qui n’existe plus. Ce qui est étrange et contre-productif pour l’avenir, c’est que les nouveaux candidats à l’Europe privilégient encore cette superstructure, aux dépens de la nouvelle structure dans laquelle ils veulent s’inscrire : l’Union européenne. Ils pensent et agissent à la fois conformément à une réalité – l’Europe en gestation – et retenus par la mémoire d’un passé douloureux – l’univers soviétique Pour le moment c’est le passé qui l’emporte : on l’a vu pendant la crise irakienne quand ils se sont réunis pour faire acte d’allégeance aux Etats-Unis. C’est bien la preuve de la dichotomie divisant les membres, actuels et prochains, de l’Europe en formation.

 

P. V. Que répondez-vous à ceux qui disent que la fracture mise en évidence en Europe par la guerre en Irak sera dépassée, parce que l’Europe a toujours avancé ainsi ?

 

L. P. Je crois que les effets de cette crise ne sont pas encore tout à fait révélés à tout le monde ; du moins, formulés clairement et évalués avec leurs implications politiques et stratégiques.


Personnellement, je suis très satisfait que se vérifient un certain nombre de positions et propositions que j’avais adoptées depuis longtemps : l’inutilité de l’OTAN, l’artificialité de cette superstructure par rapport à la nouvelle réalité politique. C’est pourquoi je prône, depuis des années, une formule que l’on commence à retrouver couramment sous d’autres plumes : les alliances et coalitions ad hoc.

 

Pourquoi être prisonniers d’alliances permanentes et rigides, comme le système OTAN ? Alors qu’on peut constituer des alliances ad hoc pour répondre à des crises aléatoires avec des instruments stratégiques également ad hoc, donc adaptés à la situation toujours contingente. Je suis le premier à l’avoir dit et écrit. C’est la formulation de bon sens et logique d’une notion que l’on voit maintenant apparaître, notamment dans la littérature américaine.

UNE CRISE D’IDENTITE

Les controverses sur la guerre en Irak vont obliger tout le monde à s’identifier, à en finir avec les postures et les discours convenus comme leurs impostures. Elles vont induire politiques et stratèges à mettre à plat leurs perceptions et évaluations des réalités. En cela, cette crise me semble très bénéfique.

 

Dans ma contribution à « La réserve et l’attente » (en collaboration avec François Géré, éd. Economica, 2001), je dis en quelque sorte : « j’espère l’arrivée d’un fait imprévu suffisamment grave pour agir en révélateur des ambiguïtés actuelles des pensées et conduites politiques et stratégiques en Europe. Ambiguïtés que l’on tolère parce que c’est plus confortable que de poser les questions fondamentales. Celles-ci obligent chacun des membres de l’entité européenne à dire ce qu’il est et à afficher sa position devant les autres et devant les Etats-Unis ». Ce qui les conduirait à s’opposer. Il devrait y avoir des reclassements. La crise irakienne provoque et révèle une crise d’identité à chacun devant chacun et devant tous.

 

Ce fut le cas de la Turquie. Les Turcs ont bien senti qu’ils ont été "retoqués" par l’Union européenne lors du sommet de Copenhague (2002). Ils se sont alors posé des questions. Et ils ont été très réticents, début 2003, dans l’exercice de leur alliance avec les Etats-Unis ; notamment pour la mise à disposition de facilités militaires pour leur intervention en Irak. A tel point que Washington a dû changer sa planification stratégique. Toutefois, les Turcs sont-ils allés jusqu’à se poser la question :"devons-nous prouver, en prenant nos distances avec les Américains, que nous sommes Européens et améliorer nos chances à l’égard de l’UE ?" Je ne sais pas, d’autant qu’il y avait des difficultés intérieures. Peut-être ont-ils senti que c’était le moment de dire ce qu’ils sont vraiment. Peut-être, ont-ils pris certaines positions en fonction du problème kurde et non par rapport à l’Europe. Mais enfin, comme souvent en stratégie, "tout se passe comme si"...

 

La guerre des anglo-saxons en Irak révèle donc une crise d’identité. Elle a été un révélateur et le sera encore, notamment dans le règlement de la sortie de guerre. L’OTAN va-t-elle demeurer ce qu’elle est ? Est-elle encore importante pour les Etats-Unis ? En quoi ? Le théâtre européen, qui était déterminant pour, eux va-t-il rester prioritaire dans leur stratégie, ou vont-ils décider un transfert de leurs forces prépositionnées vers l’est : Roumanie, Bulgarie, etc. ? Ceci aux dépens de l’Allemagne. Présenter cela comme une "punition" serait exagéré, l’Ouest de l’Europe devenant de moins en moins important dans la stratégie mondiale des Etats-Unis.

QUELS SONT LES VERITABLES OBJECTIFS DE W. BUSH ?

Nous ne savons pas quel est le grand dessein géopolitique de l’administration actuelle des Etats-Unis. A quoi sert vraiment la guerre de 2003 en Irak ? Existe-t-il, aux Etats-Unis, des experts, politiques et stratèges, qui pensent cette guerre non seulement en fonction de ses buts immédiats - pétrole, Arabie saoudite… - mais aussi dans une perspective à 25 ou 30 ans, dans un grand dessein d’accès à l’Asie centrale ? Comment cela est-il pensé par rapport à leur antagonisme possible – probable – avec la Chine à cette même échéance ? Les Etats-Unis ont déjà posé quelques jalons en Ouzbékistan et au Turkménistan, grâce aux suites, données en Afghanistan, aux attentats du 11 septembre 2001. Certains Américains inscrivent-ils le problème irakien et sa solution dans cette grande dimension géopolitique mondiale, qui excède le cadre d’un conflit régional ? Je n’en sais rien.

 

Mais il me semble peu vraisemblable qu’ils se soient engagés avec une telle détermination et aient payé un tel prix diplomatique pour résoudre la question irakienne sans de plus amples visées d’avenir.

 

Cette question mérite d’être posée sachant que la pensée politico-stratégique américaine est accoutumée à s’installer dans le long terme.

 

Or d’ici 25 à 30 ans, les Etats-Unis trouveront la Chine sur leur chemin. Ce qui justifierait le déplacement vers l’est du centre de gravité de leurs positions stratégiques, vers les arrières centre-asiatiques de la Chine. Ce qui pourrait également les conduire à envisager une alliance mieux finalisée avec les Russes. Il s’agit là d’élucubrations, dira-t-on, mais pourquoi pas ?

 

P. V. Quel peut-être l’intérêt de la Russie ?

 

L. P. Nous ignorons ce que pensent les dirigeants russes de l’évolution politico-stratégique de l’Asie centrale dans les trente prochaines années. On comprend que l’Etat-Major russe ait pu s’inquiéter de ce que, au nom de la lutte contre le terrorisme, des organismes militaires américains, fussent-ils de faible dimension, se soient installés dans l’espace ex-soviétique, en Georgie, au Turkménistan et en Ouzbékistan. Cette pénétration américaine sur les marches russes sera difficile à rattraper.

 

P. V. Peut-on dire que les Etats-Unis sont les grands vainqueurs de la Guerre froide ?

 

L. P. Oui, les Etats-Unis sont les grands vainqueurs de la Guerre froide. Ils sont aussi les grands vainqueurs, probablement pour une longue période, de l’après-guerre-froide. Jusqu’à la crise provoquée, en Europe, par la marche à la guerre en Irak, les Etats-Unis étaient déjà les grands vainqueurs de la Guerre froide et de l’après-guerre froide, mais ils n’avaient pas encore touché la totalité des dividendes de leur victoire. Début 2003, c’est fait ; ils "passent à la caisse". Auparavant, ils n’avaient pas une conscience aiguë de leur victoire et ne l’exploitaient guère. L’administration Clinton ne semblait pas très motivée à ce sujet et toute une partie de l’opinion ne paraissait guère concernée. Fin 2002 et début 2003, émerge sous nos yeux une autre Amérique consciente de sa puissance et qui s’installe sans complexe dans son statut d’empire disant le droit et l’imposant tout en voulant exploiter ses avantages acquis depuis 1991. Ces avantages consolidés doivent leur servir de base de départ pour un avenir à 30 ans.

 

Il y a toujours un temps de latence, un temps de passage entre l’implicite et l’explicite. Jusqu’au début de 2003, les Etats-Unis vivaient dans la victoire implicite, réelle mais pas encore perçue, expliquée, formulée, "réalisée". Au terme du 1er trimestre 2003, elle commence à l’être. Et de manière paradoxale, c’est nous qui les avons forcés à en prendre conscience ; c’est notre opposition et celle de quelques autres Etats – Allemagne, Russie, Chine – dans la controverse et le débat diplomatique sur le rôle du Conseil de Sécurité dans la décision de guerre contre l’Irak qui a poussé les Américains à passer outre et à décider en puissance dominante. Vertu du négatif, dirait Hegel. C’est parce que nous nous sommes dressés devant eux que nous avons forcé les Etats-Unis à s’accoucher eux-mêmes comme puissance impériale, en vainqueurs de la Guerre froide et de l’après-guerre froide.

 

P. V. Quand vous dites "nous", c’est Paris, Paris-Berlin, ou Paris-Berlin-Moscou ?

 

L. P. Assurément, le trio et non Paris tout seul. Encore que les Américains ne se sont pas trompés en mettant la France à l’index. C’est le Président J. Chirac qui a formulé le plus fermement le Non collectif des récalcitrants.

Les identités politico-stratégiques se sont donc révélées à l’occasion de la guerre en Irak. Celle de l’Allemagne s’est manifestée courant 2002-2003 par une nouvelle relation aux Etats-Unis ; et cela, en apparence, pour des raisons de politique intérieure. Le chancelier G. Schröder a été également l’homme du Non, comme le président J. Chirac, tous deux n’étant apparemment pas préparés à ce rôle. De la même manière, la Russie a pris position contre les Etats-Unis dans le débat diplomatique, alors que, depuis le 11 septembre 2001, V. Poutine apportait son soutien à G. W. Bush dans la lutte contre le terrorisme.

L’EUROPE POURRAIT PERDRE DE SON INFLUENCE A CAUSE DE SES DIVISIONS

La guerre contre l’Irak a donc été l’occasion d’un bouleversement du champ politico-stratégique. L’avenir est largement ouvert. Après avoir été l’instrument révélateur de cette évolution, l’Europe pourrait perdre de son influence à cause de ses divisions devant la puissance impériale américaine. A l’horizon de la moitié du XXI e siècle, celle-ci pourrait se heurter à une Chine ayant acquis les attributs de la puissance.

 

Comment sera traité le problème prochain de la Corée du Nord ? Et celui de l’Iran ? Les Etats-Unis sont-ils capables d’exploiter leur supériorité actuelle, « dans la foulée » après l’Irak ? Qui s’y opposerait et pourquoi ?

En ces occasions, le problème de l’identité des Européens devrait se poser avec une nouvelle acuité.

 

P. V. Quels vont être les critères de cette définition identitaire : pour l’OTAN ou pour l’UE ?

 

L. P. Oui. Il faudrait se définir sans ambiguïté devant l’OTAN et l’Union européenne. Quel prix les pays candidats sont-ils prêts à consentir pour entrer dans l’UE ? Avec quelles concessions de la part de la "vieille Europe" ? Nous avons déjà fait des concessions du point de vue financier. Maintenant, on y regardera à deux fois avant de nouveaux sacrifices.

Certains ont reproché au président J. Chirac d’avoir rappelé à l’ordre, de manière brutale, les pays candidats. Je suis de ceux qui pensent qu’il fallait dire cela. Il y a des moments ou il faut scandaliser, pour forcer les gens à accoucher leur être profond. Des choses doivent être dites. Et faites. Et je songe, par exemple, aux marchés d’armement. Est-il admissible que les nouveaux Etats membres de l’UE ne s’équipent pas en matériel européen ? Pas nécessairement français, mais européen. Cette condition à leur adhésion pourrait être posée. Certes, on n’a jamais posé ce type de condition par le passé, mais parce que personne n’avait encore pris conscience de la signification et de la portée de ce choix et de l’opposition - à l’état naissant mais qui va cristalliser de manière plus claire dans l’avenir - entre l’Union européenne et les Etats-Unis. Il va bien falloir dire que les Etats-Unis seront, fort logiquement, opposés au développement d’une Europe émancipée des contraintes de l’Alliance. On ne l’a jamais dit, mais il faudrait bien, un jour, dénoncer le rôle de frein à la construction européenne de l’OTAN. Qui peut dire cela aujourd’hui ? Si le général de Gaulle était vivant, pourrait-il dire "La France se retire de l’OTAN" ? Peu probable, étant donné les liens étroits, avec les USA, de nos partenaires européens...

 

Songez qu’on ne parle plus de l’Alliance Atlantique. On ne parle que de son instrument, l’OTAN, qui est comme suspendu en l’air. Il existe en soi, en tant que bureaucratie, mais il n’a plus de fin.

 

Depuis le début de la sortie de la guerre froide, l’OTAN vit dans l’imposture. On n’a pas cessé de chercher de nouveaux buts justifiant la pérennisation de cette structure. Après le 11 septembre 2001, on y a rattaché la lutte contre le terrorisme, mais cela n’a rien à faire avec l’OTAN ! En fait, une énorme bureaucratie otanienne s’auto-entretient et s’auto-justifie. Outre les militaires, il faut compter tous les civils, les emplois indirects… ce sont des dizaines de milliers de personnes qui vivent de l’OTAN. Il est évident que si les Américains font glisser toutes leurs troupes vers l’est, cela va être lourd de conséquences, par exemple pour les villes de garnison allemandes. En attendant, on ne sait pas à quoi sert l’OTAN et encore moins à quoi il servira dans l’avenir.

 

P. V. L’OTAN sert aux Etats-Unis quand ils en ont envie. Quand ils n’en veulent pas, l’OTAN ne sert pas.

 

L. P. Voilà, c’est comme cela que je le vois. C’est pourquoi je propose la notion d’Alliance ad hoc avec les Américains, en fonctions des circonstances et des conflits contingents.

 

Tout cet héritage va se décanter dans la douleur. Il va y avoir des règlements de compte interétatiques à plus ou moins long terme. Certes, les Etats-Unis peuvent être tentés de faire payer l’addition à la France, mais tout dépend de la façon dont ils conçoivent leur stratégie future à l’échelle mondiale. S’ils pensent dans le contingent et l’immédiat, ils peuvent utiliser l’arme économique, mais la France et l’Europe ont des moyens de rétorsion. La France peut aussi bloquer l’adhésion des « clients » des Etats-Unis candidats à l’Union européenne, comme on a déjà fait pour la Turquie.

LE ROLE DE LA FRANCE

Paradoxalement, c’est la France qui apparaît, en 2003, comme la nation la plus « européenne ». Il semble qu’elle voit mieux les enjeux dans le long terme. Tout se passe comme si nous avions compris que nous ne pouvons « faire l’Europe » qu’en acceptant que les Etats-Unis soient contre, conformément à la nature de choses. Au temps de la Guerre froide, les Américains pouvaient être favorables à l’idée d’une Europe unifiée parce que celle-ci intégrait les forces de l’OTAN. C’était une Europe satellite des Etats-Unis, qui y trouvaient leur compte, comme leurs alliés, d’ailleurs. Mais voilà que l’Europe s’émancipant, tout se passe comme si les Etats-Unis découvraient que la logique politico-stratégique les condamnait à l’antagonisme dans bien des domaines d’activités. Ce ne peut pas être autrement. L’Europe puissance ne peut-être qu’en partie adverse. On peut supposer que c’est en connaissance de cause que les pays d’Europe centrale et orientale se sont engagés, par la Lettre du groupe de Vilnius, à manifester leur soutien à Washington. C’était un moyen de mettre en évidence les lignes de fractures qui traversent l’Europe, et pour les Américains, de les renforcer.

 

Les Etats-Unis sont ouverts à une Europe qui se contenterait de former une entité socio-économique, un marché ouvert à leurs investissements et leurs produits, mais comment accepteraient-ils une entité politique et stratégique prenant position dans le règlement des affaires mondiales, comme la partie vivante de l’Europe vient de le faire pendant la marche à la guerre en Irak ? Que feront les Britanniques devant un éventuel détachement de l’Europe de l’univers Atlantique ? Cette Europe puissance émancipée de l’Amérique ne peut se faire sans eux.

Copyright 2003-Poirier-Verluise/Diploweb.com

 

Cet entretien a été initialement publié sur le Diploweb en septembre 2003, puis il a été intégré à un ouvrage : VERLUISE, P. (sous la dir. de) ; GERE, F. (préf. par). Une Nouvelle Europe : comprendre une révolution géopolitique. Paris : Karthala, 2006. Coll. Tropiques. 307 p.


Plus

 

Quelques ouvrages de Lucien Poirier

 

. La réserve et l’attente : l’avenir des armes nucléaires françaises, avec François Géré, Paris, Economica, 2001.

. La Crise des fondements, Paris, ISC/Economica, 1994.

. Stratégies nucléaires, Bruxelles, Complexe, 1988.

. Essais de stratégie théorique, Institut de stratégie comparée, 1982.

. Des stratégies nucléaires, Paris Hachette, 1977.

. Sur le site andreversailleediteur, au format pdf, en accès libre Préface de Gérard Chaliand à son livre d’entretiens avec Lucien Poirier, Le chantier stratégique

Partager cet article
Repost0
8 janvier 2013 2 08 /01 /janvier /2013 13:55

porte-avions-charles-de-gaulle

 

24.12.2012 par P. CHAPLEAU Lignes de Défense

 

Contrairement aux idées reçues, la France fut forte sur mer, estime Nicolas Guiraud. Le complexe d’infériorité, héritage d’une mémoire sélective et d’une politique qui fut parfois continentale, doit être vigoureusement combattu. Ce n’est qu’en ayant foi en son destin que la France pourra tenir son rôle dans la maritimisation du monde à venir.

 

Le capitaine de corvette Nicolas Guiraud est stagiaire de la vingtième promotion de l’Ecole de guerre. Entré dans la marine par l’Ecole Navale en 1998, le CC Guiraud a servi sur bâtiments de surface dans les principaux théâtres d’opérations de ces dix dernières années, en particulier en Océan Indien et au large de L’Afrique de l’Ouest. Il a commandé en 2010 le Bâtiment d’Expérimentation de Guerre des Mines Thétis.

 

 

Il n’est pas rare, dès que l’on évoque la mer, d’entendre rapidement discréditer la Marine française qui n’aurait connu que des défaites. Cette blessure de la conscience collective est peut être responsable encore aujourd’hui de la faiblesse relative des activités maritimes de la France.

 

Pourtant, les bases historiques de ce véritable complexe d’infériorité sont tout à fait infondées. Il n’en a pas moins contribué à affaiblir le tropisme marin chez nos dirigeants d’hier, qui n’ont pas su ou pas pu mener une politique maritime durable. La France, forte de la seconde ZEE , saura-t-elle saisir et exploiter les enjeux de la maritimisation ?

 

La première légende à abattre est celle d’une marine de guerre toujours défaite : la réalité est bien plus nuancée. S’il est exact que les moments difficiles n’ont pas manqué, les heures de gloires sont tout aussi réelles, même si par un étrange mécanisme, on les oublie bien souvent, pour préférer la mémoire des défaites. Ainsi, les efforts des grands artisans de la marine française amenèrent celle-ci à plusieurs reprises à contester, voire à exercer la suprématie sur mer. Ce fut le cas en particulier lors de la victoire de Béveziers (1690) : Tourville conquiert la maîtrise de la Manche aux dépens de la flotte anglo-hollandaise.

 

Autre victoire aux conséquences stratégiques considérables : la France bat le Royaume-Uni durant la guerre d’indépendance américaine (en dernier lieu par la victoire remportée par l’amiral de Grasse à la bataille de Chesapeake en 1781). Ces deux exemples sont tirés volontairement des temps anciens, car c’est de cette période que remonte le complexe d’infériorité naval. Ils montrent sans contestation possible que le sort des armes sur mer peut être favorable aux Français, sous réserve d’avoir consenti les efforts qu’exigent la construction d’une marine de guerre.

 

Il convient enfin de relever que sur mer comme sur terre, il est nécessaire de garder du recul sur le concept même de victoire. En effet, l’action tactique ne s’inscrivant que comme une partie d’un tout stratégique, des engagements dont l’issue est indécise peuvent masquer de franches victoires stratégiques. C’est le cas par exemple de la bataille d’Ouessant (1794) qui voit la flotte française distraire les forces de blocus (anglaises) pour permettre le passage de convois d’approvisionnements indispensables au pays, en proie à la disette.

 

Malgré les brillants succès rappelés ci-dessus, la conscience collective reste largement imprégnée de l’héritage de la Révolution française et des 25 ans de fermeture à la mer qui s’en sont suivis. Ainsi, même si la Marine bénéficie périodiquement d’efforts remarquables de la nation, elle reste secondaire dans les priorités nationales, et surtout est perçue comme un luxe à l’utilité contestable. Les efforts consentis sont régulièrement limités dans leurs effets faute d’avoir été soutenus avec persévérance. La Marine est en effet un instrument qui se forge sur le temps long, de ce fait, son importance doit de faire consensus.

 

Sur le plan économique, le même constat peut être fait. La France fut une nation maritime, c'est-à-dire consciente des enjeux portés par la mer et se donnant les moyens d’en tirer profit. En particulier à la veille de la révolution française, le commerce maritime est florissant et la flotte assure la quasi-totalité des approvisionnements de la métropole. Mais l’Histoire a voulu que les guerres issues de la période révolutionnaire détruisent durablement cet édifice. La place de la marine de commerce n’a pu dans ce contexte que reculer inexorablement.

 

Aujourd’hui encore, l’absence de consensus sur la place de la mer est manifestée par le déclin de la flotte de commerce nationale, dans un assourdissant silence médiatique. Signe du désintérêt pour les choses de la mer, alors que les échanges mondiaux progressent de plus en plus vite depuis les années 50, la place des armements français régresse inexorablement. Le même constat peut être fait sur l’importance des ports français ou le développement des métiers de la pêche.

 

Bien entendu, il est vain de croire que l’Etat peut tout et de tout attendre de lui. Il n’en est pas moins vrai que lui seul peut façonner un environnement favorable au développement du fait maritime. Le discours du Havre du précédent président de la république est à cet égard plutôt rassurant car il témoigne un réel intérêt aux choses de la mer, et développe une vision qui ne manque ni d’ambition, ni de pertinence. Des chantiers importants ont été lancés, (réforme des ports, grand Havre, grand canal seine Nord, Eoliennes, EMR, concession grand fond…) ; pour autant, leur portée reste parfois limitée par des intérêts particuliers et la route à parcourir est encore longue pour tirer tout le profit des avantages potentiels de la France dans ce domaine. Il faut rappeler ici que la France dispose en superficie de la deuxième ZEE mondiale avec 11 millions de km2 (derrière les Etats-Unis) représentant huit pour cent de l’ensemble des ZEE. Territoire ultra marin grâce à ses DOM-COM, la France dispose d’une position géographique très avantageuse pour tirer profit des potentialités offertes par la mer.

 

La place de la France dans les entreprises maritime reste pourtant largement marginale, en contraste avec cette position. Encore une fois, il manque à la collectivité la foi dans son destin maritime. Avec cette foi, tout devient possible, d’autant que les potentialités maritimes sont réelles et deviennent chaque jour plus évidentes. Que ce soit pour les ressources qu’elle abrite ou comme voie de communication au sein d’un monde de plus en plus interconnecté, la mer est un enjeu d’avenir. Alors que l’on parle de plus en plus de maritimisation, il apparaît souhaitable d’enfin conjurer cette frilosité française et de se tourner résolument vers la mer. La présence de nombreuses personnalités proches du monde maritime dans le nouveau gouvernement et les positions que ceux-ci ont d’ores et déjà prises en public à ce sujet sont des signes positifs.

 

Contrairement aux idées reçues, la France fut forte sur mer. Ce n’est qu’en ayant foi en son destin que la France pourra tirer parti de la maritimisation du monde à venir. Cette maritimisation est déjà en route. Il faut donc de toute urgence se mettre en « ordre de bataille » et prendre, malgré le contexte difficile, les décisions qui permettront le développement harmonieux des filières économiques de la mer et d’une marine à même d’assurer la sécurité de ces activités et de nos approvisionnements.

Partager cet article
Repost0
5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 08:55

Mindef

 

03/01/2013 Jean Guisnel Défense ouverte - Le Point.fr

 

Le ministre de la Défense veut revenir sur les décrets définissant le rôle du chef d'état-major des armées. Ça coince très sérieusement...

 

Pour le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, nommé le 16 mai 2012, c'est déjà la fin de l'état de grâce. De grosses tensions se sont fait jour avec la hiérarchie militaire. Alors que le Livre blanc promet des lendemains difficiles, que confirmeront très vite la loi de finances 2014 et la future loi de programmation militaire, la gouvernance du ministère est mise en cause, de même qu'un gros programme de réformes structurelles.

 

Dans l'esprit des socialistes définissant actuellement la future politique de défense, qui sont le plus souvent membres du cabinet civil du ministre appuyés par un certain nombre de CGA (contrôleurs généraux des armées), la situation peut se résumer de manière simple : les réformes conduites sous Nicolas Sarkozy pour renforcer le rôle et la fonction du chef d'état-major des armées (CEMA) se sont traduites par une forme de prise de pouvoir du premier des militaires français. L'amiral Édouard Guillaud, chef d'état-major des armées, n'est pas attaqué personnellement ; mais l'exercice de sa fonction définie par les décrets de 2005 (Décret n° 2005-520 du 21 mai 2005) et 2009 (Décret 2009-869 du 15 juillet 2009) est mise en cause : "Le CEMA se voit comme un aubergiste qui "hébergerait" le ministre dans ses murs, entend-on chez Le Drian. Ce n'est pas notre conception." Le décret de 2009 précise par exemple les points suivants : "Sous l'autorité du ministre de la Défense, le chef d'état-major des armées est responsable : 1. de l'organisation interarmées et de l'organisation générale des armées ; 2. de l'expression du besoin en matière de ressources humaines civiles et militaires des armées et des organismes interarmées. Il participe à la définition de la politique des ressources humaines du ministère. Au sein des armées et des organismes interarmées, il est responsable de la mise en oeuvre de cette politique, de la condition militaire et du moral." Or il est aujourd'hui très clair que, sur ces points, Le Drian et ses hommes veulent prendre la main. Et pas sur des détails...

 

"Restaurer la primauté du politique"

 

Cette réalité est précisée explicitement dans un courrier du ministre à Jean-Marc Ayrault, en date du 21 septembre dernier. Le Drian y affirme sa volonté de "restaurer dans ce ministère la primauté du politique". On ne savait pas qu'elle aurait été contestée par un seul militaire français depuis le putsch d'avril 1961, mais chez Le Drian, on pense autrement... Plus précisément, poursuit le ministre, "il est désormais indispensable que l'effort ne porte plus pour l'essentiel sur les unités opérationnelles, au détriment, qui plus est, de leur efficacité. (...) Les travaux engagés doivent aboutir à recentrer le plus possible les administrations centrales dans un rôle de conception, d'animation, d'orientation, d'évaluation et de contrôle." Aux yeux du politique, le pouvoir lui revient sur la gestion quotidienne des armées, de leurs opérations et de leurs hommes. Et doit concrètement quitter les mains du CEMA pour rejoindre celles du SGA (secrétaire général pour l'administration du ministère de la Défense), actuellement le contrôleur général des armées Jean-Paul Bodin.

 

Retirer la gestion des ressources humaines au CEMA

 

Une mission du CEMA est tout particulièrement visée par cette reprise en main : celle des ressources humaines. Sans jamais dire un mot des responsabilités éventuelles du concepteur du calamiteux logiciel de paiement des soldes, le système Louvois, on veut croire dans l'entourage du ministre de la Défense que ces dysfonctionnements "traduisent un déficit managérial de grande ampleur lié au décret de 2009. C'est la source de ce gigantesque bazar." On admet chez Le Drian que, sur ce point des ressources humaines, "nous sommes dans un petit rapport de force. Nous souhaitons exercer toute la responsabilité confiée par le président de la République." Mais à l'état-major des armées (EMA), c'est un tout autre son de cloche. "Si le CEMA ne peut pas abandonner la fonction ressources humaines, c'est qu'il donne des ordres qui conduisent à la mort. C'est aussi simple que ça, confie un officier. L'année 2011, particulièrement chaude au plan opérationnel, n'aurait pas été possible sans le décret de 2009."

 

Une réforme voulue par Le Drian

 

Voulue par Le Drian, conduite à la hache par son directeur de cabinet Cédric Lewandowski, la réforme est menée par une poignée de contrôleurs généraux. Dans un rapport remis en octobre au ministre, l'ancien directeur des ressources humaines du ministère, le CGA Jacques Roudière, abonde dans le sens du politique en écrivant que le fonctionnement hiérarchique des armées s'accommode mal de la nécessité d'introduire une relation "fonctionnelle", assise sur des contrats entre les différents acteurs : "la relation fonctionnelle au ministère de la Défense souffre de la comparaison avec le mode hiérarchique considéré comme le seul efficace (...) Un seul credo est reconnu : un chef, une mission, des moyens, et l'alternative un responsable, un contrat, une performance ne convainc pas. Le contrat, pourtant si fort dans d'autres organisations, a du mal à supplanter l'exercice du pouvoir hiérarchique." En un mot, le fossé se creuse...

 

Le groupe CL32

 

Le politique veut convaincre les chefs militaires de la pertinence de ses choix. Des discussions se déroulent notamment au sein d'un groupe ad hoc, le CL 32, animé par le directeur adjoint du cabinet civil et militaire, Jean-Michel Palagos. Il se trouve être, comme il se doit, contrôleur général des armées, et étudie le possible retrait au CEMA de ses compétences en matière de ressources humaines, de finances et de relations internationales. Sur ce dernier point, l'EMA ne se bat pas très vigoureusement. Concernant le point dur (les ressources humaines), trois options sont à l'étude. La première n'est autre que le transfert total de cette compétence à la Direction des ressources humaines du ministère de la Défense, structure civile spécialisée du secrétariat général pour l'administration (SGA). Deuxième option : le maintien de la gestion des militaires par l'EMA, mais le retrait des personnels civils de la défense. Troisième option : la définition des objectifs généraux par le SGA et le transfert des compétences de proximité aux états-majors.

 

"Des mecs à présumer coupables, aux mains sales"

 

Mais tout comme le directeur de cabinet est parfois accusé de "caporalisme", son adjoint Palagos ne fait pas l'unanimité. En témoigne ce message électronique, dont nous avons reçu une copie, envoyé par un collaborateur militaire de Jean-Yves Le Drian à l'un de ses supérieurs. Il a tout l'air d'un appel de détresse, que nous livrons in extenso, "dans son jus" : "Je suis un peu inquiet. Il commence à être défendu l'idée par le cab [directeur adjoint, NDLR] qu'il existe des militaires fiables, ceux qui ne portent pas les armes : contrôleurs généraux, ingénieurs d'armement ou infra, etc. Et les non-fiables, ceux qui portent les armes, que  Mahé, Carcassonne et Uzbeen ont démasqués, des mecs à présumer coupables, aux mains sales. On m'a récemment fait le reproche d'avoir du sang sur les mains car faisant partie des opérationnels. Qu'ainsi la gouvernance du ministère ne doit pas appartenir à des assassins présumés ou avérés, mais à des militaires aux mains propres. Nous avons tué sur ordre, cela faisait sens, nos consciences sont pures et légères. Jamais nous n'endosserons ce qu'ils veulent faire passer pour des crimes. Nos épaules ne supporteront jamais les responsabilités qui incombent aux décideurs politiques. Nous devons une bataille contre cela à nos subordonnés. Demain ne doit pas les mettre en taule de nous avoir obéi. Respectueusement."

 

Le Drian, réveille-toi ! Ils sont devenus fous...

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : RP Defense
  • : Web review defence industry - Revue du web industrie de défense - company information - news in France, Europe and elsewhere ...
  • Contact

Recherche

Articles Récents

Categories