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© Inconnu. Les navires de l'opération Myrrhe : le porte-avions Foch, bâtiment de commandement et de ravitaillement Somme, la frégate (ou croiseur léger) Duquesne et le navire-atelier Jules Verne. Un SNA pourrait certainement être partie intégrante de cette escadre.
23.09.2012 Le Fauteuil de Colbert
La logistique navale n'est que trop rarement mise en avant alors qu'elle est parfaitement essentielle. Par exemple, pendant la seconde guerre mondiale, les allemands s'appuyaient intelligemment sur des pétroliers pour allonger le rayon d'action des raiders (les cuirassés de poche par exemple), des croiseurs auxiliaires et des sous-marins. Les alliés eurent bien des difficultés à enlever à l'Allemagne ce bras logistique qui démultipliait le rayon d'action de ses navires. Autre exemple, et plus près de nous, pendant la guerre des Malouines, la capacité de la Royal Navy à durer à la mer ne tenait qu'en sa capacité à ravitailler son escadre combattant en Atlantique Sud depuis la métropole. Si les Argentins avaient visé en priorité les navires logistiques anglais, la fin de cette guerre aurait pu être tout autre (comme dans le cas où les Argentins auraient réussi à se procurer quelques missiles Exocet de plus).
Globalement, il est impossible d'envisager l'action lointaine et durable d'une force navale sans qu'elle puisse s'appuyer sur un train logistique hauturier apte à ravitailler les navires en munitions, combustibles, nourritures et pièces de rechanges. Pour peser sur une crise, les outils militaires adéquats sont appelés à durer. En mer, il est donc nécessaire que le groupe naval puisse durer en face des côtes de la crise. Toutes les fois où la puissance aéronavale française a été engagée, les porte-avions durèrent à la mer, sans s'éloigner de l'épicentre de la crise -ce qui revient à dire que le lien doit être fait entre la base avancée et l'escadre. Mais cette nécessité de durer à la mer concerne aussi le groupe amphibie (voir la présence du Tonnerre pendant la crise présidentielle ivoirienne) et le groupe de la guerre des mines (voir son action durable (un peu plus de 4 mois) et bénéfique dans la dépollution des eaux koweïtiennes (quand l'Irak avait interdit l'accès de cet Etat à l'US Marines Corps).
Pour satisfaire aux besoins de la logistique navale, il faut, généralement, des pétrolier-ravitailleurs et des navires-ateliers. Ainsi, la Flotte des porte-avions Clemenceau et Foch étaient, à ses débuts, accompagnée par des pétroliers-ravitailleurs, des transports-ravitailleurs et des bâtiments de soutien logistique. Les derniers servaient plutôt au soutien de différentes divisions navales, grâce à leurs ateliers, dans des lieux éloignés des arsenaux ou directement à la mer. Cette flotte logistique était alors constituée d'unités très spécialisées. Par la suite, au cours des années qui suivirent (de 1970 vers 2000), la flotte logistique se resserra autour d'unités de plus fort tonnage et plus polyvalentes. Il faut dire aussi que, après la mise à la retraite des unités logistiques des années 60, il n'y eu pas vraiment de nouvelles entrées en service de navires logistiques. Outre le pétrolier-ravitailleur Durance et les Bâtiments de Commandement et de Ravitaillement (BCR) Meuse, Var, Marne et Somme (ils sont issus de la même classe, sauf que la tête de série n'a pas de moyens de commandement), il n'y a pas eu d'autres constructions de navires logistiques. Par ailleurs, passé l'an 2010, il ne reste plus que les quatre BCR. Le dernier bâtiment se soutien logistique affecté à la guerre des mines, le Loire, a quitté le service en 2009. Le dernier navire-atelier affecté au reste de la Flotte, le Jules Verne, a été désarmé, lui aussi, en 2009.
Les buts de la guerre navale française ont changé et l'évolution du visage de la flotte logistique l'atteste.
Par exemple, la flotte logistique qui existe en 1960 semble très bien adaptée à la flotte issue de la IVe République qui était très équilibrée et très pyramidale. Les trois types d'unités logistiques navales d'alors -pétroliers, transporteurs et navires-ateliers- devaient, manifestement, permettre de soutenir en de nombreux points de la planète bleue les escorteurs et les sous-marins classiques. Il s'agissait de diffuser la flotte en différentes escadres légère pour combattre là où les adversaires se concentreraient, certainement près des points vitaux du trafic maritime. Les porte-avions ne constituent pas encore le centre névralgique du ravitaillement.
Mais la montée en puissance de la force aéronavale française semble bouleverser la flotte logistique toute entière. Les buts de la guerre navale changèrent aussi. La permanence aéronavale française, matérialisée par la navigation quasi-permanente d'un porte-avions, devient la finalité de la flotte logistique. Qui plus est, la guerre navale change car la puissance navale française, tout du moins, se fait au soutien d'opérations de moins en moins hauturières et de plus en plus côtières. Si les Clemenceau et Foch quittent Toulon et la Méditerranée en 1966, sur décision du général De Gaulle, après le retrait de la France du commandement intégré de l'OTAN, c'est pour la retrouver le 18 décembre 1974 par la décision présidentielle de Giscard d'Estaing. Dès lors, nos deux porte-avions ne cessèrent de projeter la puissance aérienne française de la mer vers la terre afin de peser sur les différentes crises qui apparaîtront.
Il y eu des années 60 à 1974 un passage de témoins entre une guerre navale qui se concevait dans l'optique d'une guerre des communications et de batailles de rencontre dans l'Atlantique entre les deux blocs à des missions d'intervention dans le cadre des conflits périphériques et au plus près des côtes. Dès lors, il ne s'agissait plus de soutenir des escadres et des divisions qui combattraient à travers le monde. Mais il s'agit bien désormais d'appuyer l'action d'un groupe aéronaval qui doit durer face à des côtes pour peser politiquement sur le règlement d'une crise. Il y a eu concentration de la logistique navale sur une escadre en particulier. A cette formation, il est possible d'adjoindre deux autres groupes tout aussi essentiel : le groupe amphibie et celui de la guerre des mines. La Marine doit pouvoir escorter le groupe amphibie, indépendamment du groupe aéronaval, nous dit le livre blanc de 2008. D'un autre côté, il est bien difficile d'imaginer l'engagement dissocié des trois groupes navals -et donc un soutien logistique naval à assurer en trois points différents du globe. Mais cela est encore arrivé, récemment : le Tonnerre participait donc à la résolution de la crise ivoirienne alors que le porte-avions était en mission Agapanthe.
La physionomie des escorteurs a également été bouleversé. Premièrement, l'Amiral Nomy expliquait que l'introduction des engins (premier nom des missiles) dans la Marine était l'occasion de concevoir de grands escorteurs : il n'était plus question dans son esprit d'escorteurs spécialisés (anti-aérien et anti-sous-marin) mais bien de frégates polyvalentes car il valait mieux "les construire plus gros et plus cher". L'aboutissement de ce processus là, sous l'influence américaine, était le croiseur à propulsion nucléaire. De l'autre côté, c'est bien l'évolution de la guerre navale française qui réduit les objets à protéger et concentre les missions de protection sur la FOST (Force Océanique Stratégique) et sur le GAn (Groupe Aéronaval). Le passage d'une guerre navale à l'autre entraîne aussi des besoins différents : s'il n'est plus tellement question de lutter contre une marine mondiale comme la flotte rouge, alors il s'agit de réussir à peser sur une succession de crises régionales. Le besoin en escorteurs est moins grands (même s'il y a des paliers à ne pas franchir pour pouvoir continuer à avoir une présence mondiale) mais l'endurance qui leur est demandée l'est beaucoup plus, d'où une croiseurisation des frégates, ce qui amène à disposer de FREMM de 6000 tonnes en charge.
Il y a encore une chose qui a poussé la logistique navale vers la concentration : la propulsion nucléaire. Quid de l'intérêt de posséder un train naval dédié au soutien des sous-marins quand ceux-ci sont devenus les navires les plus libres de la planète grâce à leurs réacteurs nucléaires ? L'adoption de cette propulsion par le porte-avions n'a fait que pousser le processus à son paroxysme.
La Royale dispose donc d'un train de logistique navale très concentré, ce qui a entraîné une croissance en tonnage des plateformes et une réduction du nombre de navires. L'expression des besoins de la Marine a conduit DCNS a proposé les BRAVE pour le programme de remplacement des BCR. Ce programme de renouvellement devrait être notifié dans le cadre de la prochaine loi de programmation militaire (et serait même nécessaire pour sauvegarder l'avenir des Chantiers de l'Atlantique, arsenal devenu indispensable pour la Marine). Il y a une confirmation, par cette matérialisation de la pensée actuelle de l'état-major, du processus entamé depuis les années 70 : quatre unités sont espérées. Il y a donc confirmation d'une flotte (logistique) avec de grandes unités polyvalentes. Le processus de concentration s'accompagnerait, tout de même, d'une certaine croissance car le tonnage unitaire grimperait de 18 000 tonnes (BCR) à 30 000 tonnes (BRAVE). Ce surplus consisterait en la prise en compte qu'il manque quelques capacités opérationnelles depuis le retrait du service des navires-ateliers (Loire (guerre des mines) et Jules Verne). Tout aussi intéressant, il faut noter que les volumes supplémentaires des BRAVE serviront pour transporter hommes et matériels au soutien d'une opération amphibie.
Le problème d'une logique qui est portée à son paroxysme, c'est qu'elle crée des déséquilibres propres à déstabiliser tout le système. Cela a été vu avec l' US Navy qui souffre d'une logique mahanienne qui réduit son nombre de navires et donc sa présence mondiale. Dans le cas de la logistique navale française, la concentration observée, constatée, permet, effectivement, de soutenir le groupe aéronaval et ses branches que sont le groupe amphibie et celui de la guerre des mines. Mais c'est un mouvement qui ampute la Marine nationale des capacités nécessaires pour intervenir dans d'autres endroits de la planète quand la nécessité se fait impérieuse. Il y a des choses qui corrigent naturellement les déséquilibres :
Néanmoins, les hypothèses actuelles d'emploi dissocié du groupe aéronaval et de l'un des deux autres groupes ne sont pas si minces. Dans le cadre de la crise syro-iranienne, il ne serait pas étonnant que le porte-avions soit employé dans le bassin oriental de la Méditerranée quand au large de l'Arabie Saoudite Washington demandera l'aide du groupe de guerre des mines français (car la marine américaine n'a presque plus de capacités dans ce domaine et que le groupe de guerre des mines de l'OTAN, s'il a le mérite d'exister, est relativement restreint).
Corriger les déséquilibres constatés ne serait pas simple quand le budget (éternellement, il faut le dire) est contraint. Néanmoins, c'est peut être possible.
Première possibilité, c'est le BPC. Le navire est constitué de grands volumes, vides, pour permettre l'embarquement d'un groupe aéromobile (constitué de voilures tournantes) et et d'un SGTIA (Sous-Groupement Tactique InterArmes) de l'Armée de Terre pouvant être à dominante blindée (il est peut être imaginable qu'un BPC embarque deux SGTIA pour de "courte durée", mais c'est une autre affaire). La proposition se retrouve en bas des billets de blog : pourquoi ne pas utiliser, ponctuellement, un BPC comme navire-atelier ? Cela supposerait que les ateliers soient modulaires et déplaçable pour ne pas faire d'un BPC un navire définitivement spécialisé après installation de tels équipements. Le monde est bien fait puisque à bord des BRAVE "sur l'arrière, une zone modulable peut servir au stockage de matériel, abriter des ateliers de réparation ou accueillir des troupes et des véhicules". Les hangars à véhicules et hélicoptères des BPC devraient bien pouvoir embarquer de telles installations. La plateforme aurait même de belles qualités nautiques puisque ses grandes dimensions et son fort tonnage lui assure une grande stabilité, caractéristique essentielle pour un navire-atelier où peut se dérouler de la micro-électronique (par exemple).
De cette première possibilité, il découle deux directions différentes, mais complémentaires :
Dans le cas d'un BPC navire-atelier, il pourrait soutenir le porte-avions, ses frégates, son SNA et de ses aéronefs. Il pourrait s'approcher de chacune des unités pendant une opération pour livrer des pièces de rechange, des équipements réparés et faire des ravitaillements complémentaires à ceux opérés par les BCR et les futurs BRAVE. Par la suite, le navire s'éloigne rapidement de l'escadre pour se protéger et se ravitailler lui-même au près d'un port amical ou d'une base avancée.
Dans ce cadre là, l'hélicoptère est le moyen incontournable pour faire rapidement le lien pour opérer les échanges entre les navires logistiques et les unités soutenues. Mais est-ce le seul moyen ? Un BPC logistique pourrait se servir de deux EDA-R pour ravitailler plus rapidement les navires de l'escadre et donc écourté une manœuvre qui demeure risqué dans une zone de guerre.
De là, il faudrait peut être proposer un échange de services entre le porte-avions et l'unité logistique. Clément Ader disait que les aéronefs devaient être entretenus et réparés à bord. Mais dans le cadre d'un BPC-atelier qui ferait le lien entre le porte-avions et la terre, il pourrait fluidifier l'entretien des voilures fixes et tournantes. A quoi bon garder à bord un chasseur qui serait bon pour plusieurs semaines de réparations ? Pourquoi ne pas permettre à un BPC qui ferait la rotation entre une base avancée et le porte-avions d'en apporter un directement depuis la France qui serait entièrement disponible et d'enlever la machine indisponible et qui ne pourrait plus quitter le bord par elle-même ? Le porte-avions pourrait délocaliser les opérations lourdes d'entretien vers le BPC et la terre. Ce nouveau partage des tâches allégerait le bateau porte-avions (et peut être son coût - est-ce que le déplacement des moyens de commandement vers un BPC serait de nature à en faire de même pour le PA2 ?). Mais cela permettrait, aussi, de maintenir un groupe aérien embarqué avec des machines en permanence disponible. Mais un tel changement suppose de disposer d'un hélicoptère lourd apte à réaliser de tels mouvements...
Imaginez une autre hypothèse : le soutien d'un BPC-atelier aux opérations offensives du porte-avions. Grâce à l'aide d'hélicoptères lourds, il serait donc possible de transporter des Rafale du pont d'un BPC vers le porte-avions. Ce dernier envoie tout ses Rafale. A ce moment là, pourquoi ne pas concevoir que les Rafale stockés à bord du BPC soient déplacés sur le porte-avions. La suite de l'idée consisterait à les conditionnés pour constituer la seconde vague de l'attaque et donc, à être catapultés. La première vague, à son retour, pourrait être transvasée du porte-avions au BPC et y serait reconditionnée quand la seconde le serait à bord du porte-avions. Dans cette optique, le BPC devient un considérable multiplicateur de forces. L'idée peut être séduisante car elle offre la possibilité de ne plus se laisser limiter aux 32 aéronefs du Charles de Gaulle (dont 24 Rafale) : le poids opérationnel du GAn face à un groupe aéronaval américain serait beaucoup plus relatif.
© Marine nationale. BCR Var entouré de l'Andromède et du Croix du Sud.
Si le BPC pouvait devenir navire-atelier, ponctuellement, alors il pourrait servir de navire-base au groupe de guerre des mines. Bien que les futurs chasseurs de mines seront plus hauturiers que les actuels, il n'en demeure pas moins qu'ils auront besoin d'un soutien logistique pour renouveler "leurs munitions" nécessaires à la chasse aux mines (constatations de l'opération menée dans le Golfe Persique en 1991). Le BCR Var a d'ores et déjà expérimenté une telle formule lors d'un exercice en 2011. Est-ce qu'un BPC pourrait servir dans une telle mission ? Cela permettrait, en tout cas, de délester les futurs BRAVE de missions qui n'emploieraient pas l'intégralité de leur potentiel et où un BPC démultiplierait la force d'une opération de guerre des mines. La protection du groupe pourrait passer, par exemple, par l'embarquement d'hélicoptères Tigre à bord du porte-hélicoptères. Il serait envisageable, à nombre de chasseurs de mines égale, d'embarquer plusieurs équipages afin de travailler presque nuit et jour (grâce aussi aux ateliers et à l'embarquement de consommables). Surtout que, un BPC, avec son radier, pourra emporter deux drones porte-drones (du programme SLAMF) en plus de ceux des futurs chasseurs de mines. Ce ne serait pas un mince avantage quand l'économie mondiale peut être menacé par le minage d'un détroit.
Enfin, il y a le cas où BRAVE et BPC pourraient être au soutien d'une mission aéroamphibie. Il y a clairement la volonté d'utiliser les BRAVE pour renouveler les équipages lors d'une opération qui dure, mais, et peut être aussi, pour soutenir une opération amphibie. Ce serait une option prise sur le Sea basing : le BPC servirait de porte d'entrée sur un théâtre et le BRAVE transporterait les troupes à injecter sur ce théâtre.
Dans une autre mesure, il y aurait le cas où le BPC dépasse le cas du navire-atelier pour devenir presque un navire-usine. Il est alors engagé dans une mission qui dure et il a besoin de se faire durer, mais aussi de soutenir des moyens qui lui sont rattachés (comme des aéronefs) ou adjoints (d'autres navires qui ne pourraient pas durer aussi longtemps). Ce serait tout l'avantage de coupler les capacités aéroamphibies d'un BPC avec celles d'un navire-atelier. Une telle utilisation du BPC en Somalie permettrait de se passer de quelques frégates dans un contexte où il est difficile d'obtenir les précieuses frégates de la part des Etats engagés dans l'opération Atalante.
Il y a une toute dernière option. La guerre navale à la française permet de se concentrer avec de grands moyens sur chaque crise internationale qui se présente. Cette manière de faire empêcherait d'être ponctuellement présent en d'autres endroits du globe, avec, certes, des moyens moins important. Mais être présent, c'est le minimum pour pouvoir pesé, et c'est le propre d'une marine à vocation mondiale. Les Russes reconstruisent leur puissance hauturière avec des remorqueurs comme navire logistique. Ces auxiliaires de haute mer font rarement partie intégrante d'une escadre. Et pourtant, ils servent très souvent dans la marine russe à appuyer un déploiement de deux ou trois frégates ou destroyers, notamment au large de la Corne de l'Afrique ou dans le bassin oriental de la Méditerranée.
Le cas du groupe de guerre des mines de l'OTAN a été évoqué : lors de son dernier passage à Brest, le SNMCMG1, était composé de quatre chasseurs de mines et d'un navire de soutien polonais, le Kontradm. Z. Czernick. Ce dernier jauge à peine plus qu'un chasseur de mines (6 ou 700 tonnes). Sa présence demeure un puissant moyen pour faire durer la formation à la mer.
Ce ne serait peut être pas une solution à négliger en France que de constituer une seconde ceinture logistique autour de petites unités, comme des remorqueurs de haute mer polyvalent. Dans cette optique, il y a les programmes BSAH et BMM qui pourraient fournir les unités nécessaires. Les BSAH semblent étudiés pour. Mais pourquoi donc ne pas saisir l'opportunité de fusionner, au moins, ces deux programmes pour avoir ce second rideau logistique ? A l'heure où les relations en Asie se tendent, il faudrait peut être plutôt miser sur le déploiement d'une FREMM (avec commandos, MdCN et Exocet block III (donc MdCN aussi) avec l'appui d'un navire de soutien en Asie du Sud-Est pour faire sentir la présence de la France, sans se couper de la présence du GAn en Méditerranée.
En tout dernier lieu, il y a le cas des EDA-R (Engin de Débarquement Amphibie Rapide). Ils pourraient constituer le troisième niveau du soutien logistique naval. Ils sont de faible tonnage, ce qui fait leur force le jour où il sera possible de remonter des fleuves dans le cadre d'une opération terrestre. Une version agrandie de ces chalands -soit la taille d'un EDIC- avec une plus puissante motorisation pourrait servir de navire logistique et amphibie rapide. Prépositionné, il pourrait faire le lien entre BRAVE, BPC et la base avancée la plus proche. Hors opération, il pourrait bien servir de patrouilleur hauturier : l'EDA-R demeure un catamaran -ce qui est une formule architecturale assez économique- et il n'est pas impératif qu'il navigue à sa vitesse maximale, mais bien à sa vitesse de croisière économique.
Ce ne sont là que quelques pistes qui sont jetées comme sur un brouillon. Le format se réduira à quatre unités logistiques : les futurs BRAVE. Ceux-ci devraient permettre de remplacer une partie des capacités qui étaient offertes par les navires-ateliers et de soutien. C'est le premier rang du soutien logistique naval. Il n'en demeure pas moins que 4 navires est un format bien léger : il faut considérer que le format en SNA à six unités est insuffisant pour protéger la FOST et soutenir le GAn en Libye, face à Toulon. Donc, il y a ces pistes pour combattre les déséquilibres créés par le système : se servir des BPC comme navire logistique auxiliaire, voire comme navire-atelier. La logique pourrait même être poussé pour en faire des porte-aéronefs auxiliaires afin de participer au soutien des aéronefs du GAn, et pourquoi pas d'augmenter le nombre d'avions pouvant être catapultés par le porte-avions. C'est le deuxième rang du soutien logistique naval. En outre, il ne faudrait pas négliger les "nouvelles" capacités de projections (celles des années 60, aujourd'hui perdues, en réalité) qui pourraient être offertes par l'utilisation de navires dédiés initialement à l'Action de l'Etat en Mer comme d'une flotte logistique. C'est le troisième rang. Parfois, il suffit d'une frégate multi-missions et d'un navire de soutien pour participer à une crise à l'autre bout du monde. Enfin, les nouveaux chalands de débarquement, les EDA-R, et une éventuelle version agrandie, les EDA-R XL, pourraient servir d'unités logistiques de bases pour accélérer la manœuvre logistique lors du ravitaillement d'une escadre ou faire la liaison entre la terre et l'escadre. La version agrandie du nouveau chaland de la Marine servirait de moyen prépositionné pour des transports entre théâtres et de patrouilleur en dehors du service aux escadres. C'est le quatrième rang.
Qu'est-ce que ces propositions représentent sur le plan budgétaire ? Les quatre unités logistiques (BRAVE) sont d'ores et déjà programmé : ne pas les commander, c'est une économie comptable et la perte du statut de marine à vocation mondiale. Il y a d'ores et déjà trois BPC, et dans le cadre des propositions, ce ne serait pas un luxe que de monter à 5 unités, sachant qu'une telle commande en lot offrirait des navires moins coûteux (300 millions l'unité) qu'une commande isolée (400 millions l'unité) -soit dit en passant qu'une commande en série et en lot de 5 BPC aurait coûté autant que la méthode actuelle pour en acquérir quatre unités. En attendant, le quatrième BPC est programmé pour la prochaine loi de programmation militaire. Tout comme les programmes BSAH et BMM qui concerneront des unités de 2 à 3000 tonnes. Enfin, il est prévu de percevoir deux EDA-R par BPC. Et la version agrandie n'a pas quitté le brouillon. Donc, au final, il n'est question que d'un BPC de plus et d'EDA-R XL.

20.09.2012 Edouard Pflimlin - Le Monde.fr
Le groupe franco-allemand EADS et le leader de l'industrie de défense britannique, BAE Systems, ont annoncé jeudi 13 juin leur intention de fusionner. Si elle aboutissait, la réunion des activités des deux entreprises créerait un géant européen de l'aéronautique et de la défense avec 72 milliards d'euros de chiffre d'affaires, largement devant l'américain Boeing. Une annonce qui a sa logique car les deux groupes sont complémentaires tant sur le plan des produits, qu'au niveau des marchés géographiques. Et une fusion permettrait de réaliser des synergies.
Au-delà de l'intérêt économique pour les deux sociétés, ce mariage de raison permettrait de doter l'Europe d'une industrie de défense compétitive et par effet de domino de relancer l'Europe de la défense en évitant les duplications coûteuses, sensibles dans de nombreux domaines, en particulier les blindés. Ce serait donc un grand pas en avant vers la consolidation (rapprochements entre entreprises) de la base industrielle et technologique de défense européenne puisque sont impliquées les entreprises des trois pays européens qui disposent des capacités industrielles de défense les plus importantes et dont l'effort militaire est le plus grand. Sur le plan politique, le symbole serait énorme. Les Anglais, les Français et les Allemands qui se sont affrontés longtemps les siècles passés collaboreraient pour former une sorte de "triple entente".
L'opération sera complexe à réaliser en raison notamment des trois nationalités dominantes, britannique, allemande et française de la nouvelle entité, de la nécessité de ménager l'influence des Etats dans le nouvel ensemble, d'avancer avec les inévitables problèmes concurrentiels que les autorités de régulation ne manqueront pas de soulever... Les problèmes du programme européen d'avion de transport militaire A 400M montrent que rien n'est simple. De plus le temps est compté : selon le droit britannique, tout devra être bouclé avant le 10 octobre prochain.
Mais l'Europe de la défense peut en bénéficier. Or Paris souhaite la relancer. Le ministre de la défense Jean-Yves Le Drian l'a réaffirmé en septembre tout en rappelant que l'axe franco-britannique dans le cadre du traité de Lancaster House de novembre 2010 n'est pas "exclusif". L'idée de construire une Europe de la défense a toujours pâti de la méfiance des certains pays européens, petits ou grands, comme le Royaume-Uni, soucieux de préserver leur souveraineté et aussi leur relation avec les Etats-Unis et la garantie de l'OTAN. La crise a changé la donne. Au moment où les budgets militaires européens diminuent - l'UE ne consacre plus que 1,6 % de son PIB à sa défense, contre 5 % pour les Etats-Unis -, l'idée de mutualiser les dépenses pour réduire les coûts, notamment en matière d'équipements, progresse.
Mais jusqu'à présent l'industrie de défense européenne a été à la traîne du politique, plus en avance dans sa volonté et sa démarche de coopération. En réalité, les deux sont étroitement liés. Le rapprochement franco-britannique est régulièrement mis en avant comme exemple de coopération mais au niveau industriel cette relation bilatérale n'a pas encore donné beaucoup de résultats. L'"initiative de Weimar" (Allemagne, France et Pologne), est l'autre pôle de coopération dont d'autres Etats de l'UE pourraient se rapprocher à l'initiative de la France.
Au niveau franco-allemand, en matière d'industrie de défense, une lettre d'intention a été signée le 14 juin entre Berlin et Paris pour rapprocher les entreprises dans 8 thèmes de coopération, allant de l'espace à l'A400M en passant par les drones. Dans ce dernier domaine, la France et l'Allemagne vont coopérer à la réalisation en commun d'un drone MALE (Moyenne altitude, Longue endurance), a indiqué le 12 septembre M. Le Drian. "La France veillera à ce que ce travail soit pleinement cohérent avec les engagements pris" entre Paris et Londres dans le cadre de l'accord de Lancaster House, a-t-il prudemment souligné. Paris et Berlin ont ainsi "pour objectif d'approfondir les possibilités de coopération européenne". Pour le ministre, le temps de l'action est venu. En visite à Bruxelles, le 3 septembre, il a insisté que : "si les Européens n'agissent pas pour faire converger leurs intérêts capacitaires", ils n'auront pas d'autre choix que de les "perdre". Il s'agit d'avoir des "capacités disponibles, plus fréquemment pour les opérations extérieures". Ce qui suppose "à la fois d'avoir un projet industriel et un projet politique".
La France peut jouer un rôle de rassembleur car ni l'Allemagne, ni le Royaume-Uni ne peuvent ou ne veulent y prétendre. L'idée de pouvoir ouvrir, en partie, l'accord de Lancaster House aux autres Européens pourrait être une solution. Mais elle suppose l'accord de Londres. Or outre-Manche, on préfère les relations "bilatérales", pour des raisons à la fois politiques, économiques et historiques souligne un expert de la question. La piste de solution demande beaucoup de doigté. Ainsi la volonté allemande de pouvoir participer au projet franco-britannique de drone n'a pas encore été acceptée ni refusée. Dans ce contexte, au moment où David Cameron refuse le pacte budgétaire de l'UE et isole le Royaume-Uni en Europe, le projet de fusion est bienvenu. Souvenons-nous aussi que l'impulsion décisive donnée à l'Europe de la défense par les Britanniques et les Français au sommet de Saint-Malo fin 1998 s'est inscrite dans un contexte où le Royaume-Uni dirigé par Tony Blair était isolé sur le dossier de l'euro et souhaitait ainsi revenir dans la course européenne par le biais de la coopération en matière de défense.
18.09.2012 Par Pascale Joannin, directrice générale de la Fondation Robert Schuman
L'Europe de la Défense est à la mode, surtout en France, où est à l'étude un nouveau livre blanc destiné à définir le futur format de nos armées. Pour la Fondation Robert Schuman, qui travaille depuis longtemps sur cette question, parvenir un jour à un outil de défense européen commun demeure un objectif politique essentiel.
Mais force est de constater que le chemin sera long et que le débat est mal engagé. En réalité, dans notre pays comme ailleurs, voila plusieurs années que les budgets militaires stagnent. Le monde réarme, l'Europe désarme. En 15 ans, la part des dépenses militaires de l'Europe dans l'ensemble des dépenses mondiales est passée de 31% à 19% pendant que les Etats-Unis continuaient à produire un effort représentant 44% de ceux de la planète et que les pays émergents engageaient une course impressionnante à l'armement, notamment dans le domaine naval. Comme avant chaque grande rupture stratégique, ces déséquilibres sont dangereux pour la stabilité à long terme et pour notre propre sécurité.
L'Europe, qui a fait la paix en son sein, estime n'avoir plus d'ennemis et se conduit comme si cette situation devait durer. Dans sa quête d'identité sur la scène internationale, elle semble prête à se priver d'un outil militaire incontournable pour peser sur la scène mondiale, affaiblissant ainsi son message pacifique, favorable au multilatéralisme et à la coopération internationale. Or la France, qui est, avec le Royaume-Uni, le seul pays européen à disposer d'une armée complète appuyée sur la dissuasion, a une responsabilité éminente. De ses décisions dépendra pour beaucoup l'avenir de l'autonomie européenne dans les relations internationales.
Pourtant elle s'apprête manifestement à réduire encore ses ambitions. Ce qui est frappant c'est qu'elle souhaite le faire en invoquant – on dit en relançant - l'Europe de la défense. Pourtant de ce côté-là, rien de bien novateur n'est advenu du Traité de Lisbonne dont c'était le premier objectif.
Certes, quelques coopérations se sont trouvé renforcées, des tentatives de mutualisation de nos moyens ont été initiées. Mais aucune coopération structurée permanente ni aucune initiative novatrice n'ont vu le jour. Le nombre des opérations extérieures de l'Union est en diminution et l'exception d'Atalante, opération de lutte contre la piraterie dans l'Océan indien, reste la seule véritable réussite récente de la coopération européenne. Dans le domaine industriel aussi, les outils mis en œuvre n'ont pas convaincu et l'on sait qu'il n'y a pas de défense sans industries de défense.
Les idées selon lesquelles la coopération coûte moins cher que la production nationale et que nos industries de défense ne sont pas compétitives se sont révélées fausses. Les discussions engagées entre BAE Systems et EADS, à leur initiative, révèlent combien sont complexes les rapprochements dans ce secteur de souveraineté. On ne fera donc pas l'Europe de la Défense par le haut, mais, une fois encore, comme Robert Schuman et Jean Monnet nous l'ont enseigné, par la mise en commun de nos intérêts et par des actions concrètes. Sans l'engagement et l'intérêt des entrepreneurs eux-mêmes, rien ne sera possible.
L'exemple doit venir des Etats membres, de leur engagement dans la durée à soutenir un effort de défense nécessaire, de leur vision et de la mise en commun de nos intérêts, de leur soutien aux coopérations concrètes. En matière de défense, la France doit y réfléchir à plusieurs fois avant de procéder à de nouvelles coupes dans son budget de défense. Si elle souhaite l'Europe de la défense, elle doit même faire tout le contraire, se montrer exemplaire dans la durée, malgré les difficultés financières actuelles, parce qu'il y va largement de l'avenir de notre poids dans le monde, de notre sécurité face aux incertitudes, des technologies décisives pour notre économie.
Un outil militaire français puissant est indispensable à la défense de l'Europe. Les progrès de l'Europe, une fois encore, passent d'abord par nos propres efforts.
NEW YORK (Nations unies), 14 septembre - RIA Novosti
Les dépenses militaires mondiales ont atteint 1.700 milliards de dollars en 2011, a annoncé vendredi à New York le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon lors d'un forum de haut niveau sur la culture de paix qui se tient à l'Assemblée générale de l'ONU.
"1.700 milliards de dollars ont été dépensés l'an dernier pour les armes. C'est un prix énorme pour les gens qui se couchent affamés, les enfants qui meurent faute d'eau pure et les paysans qui ne peuvent pas cultiver leur terre polluée par des mines", a indiqué M.Ban.
"Le monde dépense deux fois plus d'argent par jour pour les armements que l'ONU ne dépense par an pour les missions globales de maintien de la paix, la protection des droits de l'homme et la croissance", a ajouté M.Ban qualifiant les dépenses militaires d'immorales.
13.09.2012 Par Stéphane Taillat * - Idées Le Monde.fr
Dans un entretien accordé à l'hebdomadaire Le Point, l'ancien contrôleur général des armées André Yché se fait l'écho d'un certain nombre de certitudes quant à l'avenir des forces terrestres.
Conseillant la réduction du format de celles-ci, M. Yché s'appuie sur l'expérience de l'Afghanistan pour prétendre démontrer trois éléments : l'illusion de croire que des troupes au sol contribuent à promouvoir les "valeurs occidentales", le consensus dans les élites politiques pour refuser les missions longues, l'inefficacité des forces terrestres à sécuriser les échanges et les flux.
A l'en croire, les forces terrestres auraient donc perdu toute utilité stratégique dans un contexte international et domestique de plus en plus réticent à la guerre, ou du moins à sa "visibilité". Pour certains, l'alternative à l'occupation de longue durée et aux missions de state building pourrait être d'utiliser des forces spéciales ou des drones en appui de gouvernements ou d'acteurs locaux censés servir au mieux nos intérêts. Le modèle américain des "guerres de l'ombre" ou des "guerres par procuration" serait la voie adéquate pour les armées de terre.
Il est frappant de constater que ce bilan de la perte de pertinence de la composante terrestre s'appuie sur quelques facteurs non démontrés empiriquement : réticences supposées de l'opinion publique d'une part, utilisation contre-productive de la force et modification des intérêts stratégiques des Etats d'autre part. C'est oublier que ces trois éléments sont fortement contraints également par le contexte politique international et domestique, et par la perception que s'en font les acteurs. Il est donc nécessaire de se dégager un instant de ces images. Elles proviennent en effet de l'interprétation faite de l'utilité de la force à l'issue de la dernière décennie. En Irak comme en Afghanistan, les coûts humains, matériels et politiques de l'engagement ont surpassé les objectifs somme toute limités que se sont fixés les puissances occidentales. Plus précisément, l'occupation et le contrôle d'un territoire semblent être devenus des pièges politiques autant que militaires. D'autant que ces opérations militaires ont montré qu'un adversaire décidé et visant des objectifs plus cruciaux pouvait utiliser des moyens irréguliers pour élever les coûts.
Si ce constat de relativisation de la supériorité militaire occidentale est juste, peut-on pour autant en conclure à l'obsolescence des forces terrestres ? Il est possible de répondre à cette question en s'intéressant en premier lieu au contexte stratégique. Si les guerres menées par les Etats occidentaux consistent à influencer un acteur stratégique, et non plus à défendre ou à s'emparer d'un territoire, la coercition peut autant servir à dissuader ou à contraindre d'une part, qu'à emporter la décision d'autre part. Dans ce second cas de figure (celui de la coercition militaire), il importe bien de déployer la force à une grande échelle, tout en gardant à l'esprit le caractère limité des objectifs.
Or, les cas du Kosovo ou de la Libye démontrent que la force aérienne seule ne suffit pas. La Serbie de Milosevic n'a en effet plié qu'à partir du moment où la menace de troupes au sol s'est faite plus pressante. Le cas libyen montre que la victoire a été obtenue par les forces rebelles, appuyées par les avions de l'OTAN et des forces spéciales. Car l'utilisation de la force a aussi une signification politique : elle révèle l'ampleur de l'engagement d'un acteur et sa détermination à faire plier l'adversaire. Dans ce cadre, le déploiement de troupes au sol n'a pas seulement un intérêt tactique (contrôler un territoire) mais aussi un sens politique. Deux écueils sont donc à éviter : d'une part un déploiement limité à quelques unités opérant clandestinement (qui n'envoient donc pas un signal politique assez fort), et d'autre part un engagement plus conséquent mais conditionné à une date de retrait (qui signale ainsi à l'adversaire l'amplitude des coûts à infliger et déconstruit ainsi la crédibilité de l'engagement).
Une seconde réponse à cette question considère l'alternative des "guerres de l'ombre" ou des "guerres par procuration". Sur le court terme, il semble rationnel de limiter l'engagement terrestres à quelques unités de forces spéciales qui apporteront encadrement, assistance ou soutien aux acteurs locaux, voire de mener des campagnes de décapitation (par l'arme aérienne, les raids ou les drones). Si les effets tactiques en sont indéniables, il n'en reste pas moins que ce modèle est fortement contraint. En premier lieu parce qu'il dépend étroitement du contexte : il faut bénéficier soit de la défaillance de l'Etat (comme en Afghanistan ou en Somalie) soit de sa complicité (comme au Yemen ou au Pakistan).
En second lieu car les implications stratégiques et politiques sont au mieux hasardeuses, au pire politiquement couteuses sur le moyen ou le long terme. L'inconvénient d'une approche qui s'appuie essentiellement sur des acteurs locaux pour mener les guerres tient dans le contrôle très incomplet de la situation. Quel impact sur les dynamiques locales des conseillers militaires ou des forces spéciales peuvent-elles bien avoir ? Outre le risque d'instrumentalisation de nos éléments par les entrepreneurs politiques locaux, il existe également celui de ne pas maîtriser la situation politique post-conflit. A cet égard, si ce modèle alternatif semble séduisant, notamment dans un contexte budgétaire tendu, il est le plus à même de déstabiliser une société voire une région entière.
Les forces terrestres sont un moyen qui doit servir une stratégie globale, cette dernière faisant le pont entre les intentions politiques et les actions, et engendrant les effets désirés par le pouvoir politique. Il n'en reste pas moins que le choix des moyens ne doit pas s'opérer en fonction des ressources disponibles (qui, au mieux, peuvent servir de guide à ce qui peut ou ne peut être fait). Il dépend aussi du contexte de l'utilisation de la force et, ultimement, sert de critère de puissance (la capacité à générer les effets désirés). Il est aussi tributaire des choix politiques. A ce titre, croire que l'on peut se dispenser d'engagement de longue durée au motif qu'on ne le désire pas relève de l'illusion.
* Stéphane Taillat, cours de relations internationales et stratégie, DSSP-DGER/CREC, Ecoles militaires de St Cyr-Coëtquidan
13.09.2012 Sources : EMA
Messieurs les officiers généraux,
Mesdames et messieurs les officiers,
Chers stagiaires de la 20ème promotion de l’Ecole de guerre,
Je ne suis pas là par hasard, vous non plus.
Si je suis là, chef d’état-major des armées, c’est pour vous fixer le cap de l’année à venir. C’est pour vous dire ce que j’attends de l’Ecole de guerre, ce que j’attends de chacun d’entre vous.
Si vous êtes là, c’est parce que vous avez réussi un concours difficile, parce que vous êtes destinés à des fonctions de commandement et que cela se prépare. Cela se prépare par le travail, beaucoup de travail.
C’est pour cela que vous retournez à l’école. Mais l’Ecole de guerre n’est pas une école comme les autres – j’y reviendrai dans quelques instants.
Je salue nos 103 camarades des nations amies de la France. Votre présence ici est l’un des atouts forts de l’Ecole de guerre. Elle traduit la nécessité de s’ouvrir à d’autres horizons, le besoin tous les jours plus fort d’une meilleure connaissance mutuelle. Elle est source d’enrichissement réciproque.
***
Vous voilà donc tous revenus sur les bancs de l’école, pour « apprendre la guerre ». Pas celle du lieutenant ou de l’enseigne. Celle de l’officier supérieur.
Matière paradoxale, presque incongrue à une époque où les guerres ne se déclarent plus, ne se nomment plus, à une époque où les frontières entre défense et sécurité sont plus poreuses, à une époque où leur visage bouscule nos références, à une époque où – en Europe tout du moins – les sociétés sont dans le déni de son existence et de sa pérennité.
Or, la guerre est là. Parfois loin de nos frontières physiques peut-être, mais elle est là. Elle n’est pas morte. C’est un fait.
Elle est plus complexe, souvent plus sournoise. C’est un autre fait.
Et notre devoir de militaires, notre responsabilité vis-à-vis de nos concitoyens, c’est d’assurer la veille, toujours, c’est de combattre, s’il le faut et jusqu’au bout, s’il le faut.
C’est pourquoi j’ai tenu à ce que cette école retrouve le nom qui fut le sien pendant longtemps, le nom qui correspond le mieux à la réalité de nos soldats qui s’engagent, parfois au prix de leur vie : l’Ecole de guerre !
***
Ecole de guerre, vaste programme !
« La guerre, je connais », diront plusieurs d’entre vous. Et c’est vrai, pour beaucoup ici, la guerre, ce n’est plus seulement de la théorie, c’est du connu, c’est du vécu.
Oui, c’est du connu, c’est du vécu mais jusqu’ici c’était le vécu de l’exécutant, du chef de premier niveau, de l’expert de son métier.
On attendra davantage de vous demain.
On attendra de vous que vous planifiiez les opérations, que vous gériez des ressources, que vous orientiez la préparation de l’avenir.
On attendra de vous que vous vous positionniez « un cran au-dessus », là où les décisions se prennent, des décisions qui engagent, pas seulement une compagnie, une escadrille ou un bâtiment léger, mais un dispositif, une opération !
On attendra de vous que vous quittiez votre cœur de métier, que vous dépassiez les schémas de votre armée, que vous vous inscriviez pleinement dans l’interarmées. Car l’interarmées, ce n’est pas un dogme ; vous le savez, l’interarmées, c’est la réalité, la réalité de toutes les opérations militaires ! C’est une réalité que vous avez déjà approchée mais qui sera désormais votre quotidien !
On attendra de vous que vous sortiez des logiques de vos pays, que vous maîtrisiez celles de vos alliés, de vos partenaires d’autres nations. On attendra de vous une ouverture sur l’international. Parce que les opérations contemporaines sont, pour la plupart, multinationales. Parce que, demain, c’est vous tous qui les conduirez !
C’est pour cela que l’Ecole de guerre est interarmées, c’est pour cela qu’elle est internationale !
***
Vous le savez, l’année qui vient sera, pour les armées françaises, celle de la rédaction d’un nouveau Livre blanc puis d’une nouvelle loi de programmation militaire.
Ces travaux conduiront l’autorité politique à définir son ambition pour la défense et la sécurité nationale, à définir les missions de nos armées et les capacités qui leurs seront confiées. Ils seront décisifs.
Ils seront décisifs pour les armées françaises. La puissance militaire reste l’un des déterminants de la puissance d’un Etat, de son pouvoir de rayonnement, de sa capacité d’entraînement. Membre du CSNU, la France a des responsabilités sur la scène internationale. Elle a aussi des responsabilités vis-à-vis de ses alliés, à l’Union européenne ou à l’OTAN, et vis-à-vis de nombreux pays amis. Son outil militaire doit lui permettre d’assumer toutes ces responsabilités.
C’est pourquoi ces travaux seront également décisifs pour les amis, les alliés et les partenaires de la France. Ils impliqueront peut-être de concevoir et de mettre en œuvre de nouvelles voies de coopération, d’approfondir la dynamique de mutualisation et de partage capacitaires. La solidarité internationale n’a aucune réalité sans volonté, ni sans capacité. La mutualisation et le partage n’ont de sens que si l’on veut et l’on peut effectivement contribuer au pot commun, c’est une évidence !
Or, c’est un secret pour personne, la situation des finances publiques est, partout, difficile, très difficile. Elle est difficile pour nos amis européens. Elle est difficile pour nous. Nous savons déjà que nous serons peut-être conduits à faire des choix, des choix structurants.
Ces choix, ils se baseront sur une analyse exhaustive du contexte géostratégique et sur le rôle que nous souhaitons y jouer. C’est ce à quoi travaille actuellement la Commission du Livre blanc. C’est ce à quoi je travaille avec l’état-major des armées et les états-majors d’armée.
***
Mon analyse à ce stade, c’est que 4 tendances majeures se dégagent, 4 tendances majeures étant entendu que le temps de la géostratégie, c’est le temps long – l’histoire et la géographie ne mentent pas.
1ère tendance majeure : la guerre froide connaît une fin laborieuse.
Les convulsions des Etats riverains de la Méditerranée orientale, du Proche et du Moyen Orient, et du fondamentalisme islamique – allant jusqu’à l’Afrique subsaharienne –, mises sous boisseau pendant la guerre froide, doivent maintenant être soldées. Je pense bien sûr à l’Egypte, à la Libye, à la Syrie. En existe-t-il d’autres, en Asie, en Amérique latine ou ailleurs ?
Le positionnement des Etats-Unis oscille toujours entre interventionnisme et isolationnisme, même si ce dernier est aujourd’hui très subtil. Les Américains restent « juge et partie » de tous les sujets, on attend toujours d’eux qu’ils soient les garants de la sécurité mondiale. Ils ont retrouvé le chemin de l’autonomie énergétique, ce qui aura des répercussions sur leur perception du Moyen Orient, par exemple.
Les pays émergents n’hésitent plus à s’affirmer, d’abord par le « non », et ne cessent de développer leur sphère d’influence, en Afrique principalement, à l’appui d’outils militaires de plus en plus performants.
Un phénomène nouveau et mal anticipé : l’affirmation d’une voix des Etats du Golfe. Médiateurs, bailleurs de fonds, pourvoyeurs de capacités, ils apparaissent aujourd’hui incontournables.
Tout cela pèse sur la résolution des conflits par l’ONU. L’émergence d’organisations régionales comme l’Union africaine avec ses velléités et son poids objectif compliquent aussi la donne.
2ème tendance majeure : les domaines de conflictualité se sont étendus.
La prolifération des armes de destruction massive, des vecteurs balistiques et l’utilisation militaire de l’espace se développent en dépit des actions de régulation de la communauté internationale. L’augmentation du nombre d’Etats dotés et d’Etats du seuil nucléaire se poursuit. Dans ce contexte, le maintien de la crédibilité de la dissuasion française est primordial.
Les espaces communs, ceux qui échappent à la souveraineté des Etats, sont désormais à la fois un enjeu et un champ d’affrontement. C’est le cas de l’espace exo-atmosphérique, de l’espace cybernétique. C’est aussi le cas des océans – y compris de leurs fonds. La maritimisation du monde est en route, la sécurité des mers et des détroits étant aujourd’hui plus qu’hier essentielle aux approvisionnements en énergie, en matières premières et en marchandises.
La plupart de nos adversaires adoptent des stratégies de contournement non conventionnelles. Cela nous impose de repenser nos propres stratégies selon une approche globale où « interministérialité » et interopérabilité sont les maîtres mots, de la conception de l’action jusqu’à sa mise en œuvre. Le renseignement y est primordial, dès lors qu’il contribue à l’action et pas à la seule information.
L’accentuation des déséquilibres et les désordres géographiques constituent, enfin, une nouvelle contrainte sur la définition des capacités des armées – je veux parler de la concentration de l’humanité sur le littoral et dans les villes ou de l’enchaînement des catastrophes naturelles, industrielles ou technologiques.
3ème tendance majeure : certains enseignements opérationnels sont pérennes.
Nos opérations sont interarmées et combinées. Dans le temps long – qui n’est pas celui du conflit en cours ou du précédent –, toutes les composantes militaires sont également indispensables à l’obtention d’effets militaires décisifs.
Les conflits sont en majorité de longue durée et de basse intensité. Ils nous opposent de plus en plus à des adversaires non étatiques qui ne savent pas terminer une guerre ou qui ne le veulent pas, ils tablent sur l’érosion du soutien et la versatilité des opinions publiques.
Les conflits de basse intensité dégénèrent parfois, soudainement, temporairement et localement, en conflits de haute intensité.
Quelle que soit l’intensité de la confrontation armée, la haute technicité doit permettre de maintenir l’emploi de la force a minima.
4ème tendance majeure : l’Europe est placée face à ses responsabilités.
Le basculement des Etats-Unis vers l’Asie-Pacifique est toujours plus marqué. Leur autonomie énergétique retrouvée conduit à une ré industrialisation. Le centre de gravité de leurs efforts s’éloigne ainsi d’Europe, une Europe qui ne doit pas se réduire à un lieu de compétition commerciale. Tout ceci impose de repenser les approches européennes de sécurité et de défense. Ce facteur est également de nature à modifier le poids des organisations internationales et l’équilibre des Etats en leur sein (UE, OTAN).
L’Europe s’interroge sur ses responsabilités de défense et de sécurité. L’esprit de défense y diminue et, concomitamment, les moyens qui y sont consacrés. Les pays européens traversent en fait une situation paradoxale : besoin réaffirmé de plus de solidarité et donc de plus d’Europe, et repli sur soi des Nations dans un contexte de crise économico-financière.
Dans ce contexte, la France est aujourd’hui encore en Europe l’un des pays qui fait le plus d’efforts pour sa défense.
Par ailleurs, le Tsunami ou Fukushima ont montré la sensibilité de la sécurité intérieure des Etats et mis en évidence la contribution des forces armées en cas de catastrophe, de surprise ou comme échelon d’urgence.
Enfin, au terrorisme centralisé, succède désormais un terrorisme déconcentré. Ce facteur confirme que la sécurité est très nettement influencée par des actions se déroulant loin du territoire – AQMI en est une évidente démonstration. La crise syrienne, en catalysant de façon emblématique un spectre très large de menaces potentielles, nous le rappelle également.
***
Vous aurez l’occasion de réfléchir à tous ces sujets ici, à l’Ecole de guerre. Vous aurez l’occasion de confronter vos points de vue, vos analyses. Vous aurez l’occasion d’affiner votre jugement, de forger des convictions.
Un jugement, des convictions, c’est cela que j’attends d’un officier breveté.
J’attends aussi de l’officier breveté de l’Ecole de guerre dynamisme, ouverture d’esprit, polyvalence et responsabilité.
Dynamisme parce qu’il a vocation à encadrer, à susciter l’adhésion, l’enthousiasme. De l’enthousiasme, il en faut au chef militaire, même si les temps sont durs – surtout si les temps sont durs – car c’est lui que les hommes regardent, c’est lui qui donne le sens, c’est lui qui donne du sens !
Ouverture d’esprit car le monde change, il change de plus en plus vite. Le chef ne subit pas les événements, il se les approprie, il en fait des atouts. Seule l’ouverture d’esprit évite d’être la victime des circonstances ! Cela demande du courage et de l’honnêteté intellectuelle, cela demande parfois d’abandonner ses certitudes.
Polyvalence car l’officier breveté est employable dans une grande diversité de métiers et qu’il doit maîtriser une grande diversité de sujets. C’est pour cela que l’enseignement de l’Ecole de guerre est aussi varié, aussi riche. Il couvre, sans superflu, tous les domaines dont vous aurez besoin demain. Et vous en aurez besoin ! Vous en aurez besoin dès votre sortie de l’Ecole, croyez-moi !
Responsabilité, enfin, parce que vous retirerez de l’Ecole de guerre ce que vous y aurez mis de vous-même. Extraire de leurs unités des officiers pour les former pendant une année est considéré par certains comme un luxe. Cela exige en retour un devoir d’excellence ! La responsabilité, c’est aussi la loyauté vis-à-vis de l’institution militaire : la pensée est libre, l’expression aussi mais les « vengeurs masqués » n’ont pas leur place à l’Ecole de guerre !
Dynamisme, ouverture d’esprit, polyvalence et responsabilité, gardez en mémoire ces 4 mots clés. Ils sont, à partir de cette année, vos caps cardinaux !
***
Je voudrais, pour conclure, vous donner 4 conseils d’ancien, des conseils éprouvés – j’étais à votre place il y a 24 ans.
1er conseil : Apprenez à prendre de la hauteur. C’est une aptitude indispensable à l’exercice des responsabilités ! Prendre de la hauteur, c’est savoir se poser des questions, savoir se poser les bonnes questions. C’est s’efforcer d’y apporter des réponses claires, construites et parfois iconoclastes. C’est aussi savoir approcher les problématiques dans leur complexité, savoir dépasser l’approche technicienne, l’approche spécialisée.
2ème conseil : Apprenez à travailler en réseau. Le travail en réseau, c’est justement ce qui vous permettra d’élargir vos horizons. C’est ce qui vous permettra d’apporter une réponse complète à une question complexe. Vous avez ici, dans vos groupes, une somme d’expériences exceptionnelle. Sachez en profiter !
3ème conseil : Prenez le temps de la réflexion personnelle. L’Ecole de guerre, c’est aussi le temps du recul, de la mise en perspective. Ce n’est pas facile parce que l’emploi du temps est chargé. Ce n’est pas facile parce que les sujets sont variés. Ce n’est pas facile parce que l’actualité pousse au zapping, à l’agitation permanente. C’est indispensable pourtant. N’oubliez pas – je me répète – que vous êtes appelés à donner le sens, à donner du sens !
4ème conseil : Prenez le temps de la lecture. Vous devez apprendre à penser la guerre, dans toutes ses dimensions, ses évolutions comme ses fondamentaux. Fréquentez les bons auteurs, les classiques, les anciens comme les modernes, les penseurs de votre armée d’origine comme ceux des autres armées. L’Ecole de guerre est le lieu idéal pour cela !
Une dernière recommandation. Je disais en ouverture que l’interarmées était une réalité. Il ne suffit pas de le dire. Cette évidence dictée par le terrain est parfois mise à mal, en particulier lors des périodes d’arbitrage financier. Ces temps de Livre blanc et de LPM réveillent toujours les « guerres des boutons ». Or, ces guerres ne profitent à personne, parce que les « querelles de clochers » sont incompréhensibles de l’extérieur et surtout parce que la division nous affaiblit. Relisez l’histoire romaine : ne soyons pas les Curiace !
L’interarmées est un état d’esprit, un chemin de volonté. Il faut combiner les cultures d’armées – sans les effacer, évidemment –, vaincre les réticences. Ce n’est pas simple : la complémentarité ne se décrète pas, elle se démontre et se démontre encore.
Je compte sur vous pour contribuer à cette perpétuelle démonstration. C’est le seul enjeu et l’objectif premier de l’Ecole de guerre.
Officiers stagiaires de la 20ème promotion de l’Ecole de guerre, vous êtes ici pour préparer votre deuxième partie de carrière, ne négligez pas cette chance ! « L’avenir n’est jamais que du présent à mettre en ordre. Tu n’as pas à le prévoir mais à le permettre », disait Saint-Exupéry. A vous, dès aujourd’hui, de mettre le présent en ordre, de le mettre en ordre pour préparer l’avenir, votre avenir et surtout celui de vos armées !
Je vous remercie.
13.09.2012 par IRSEM
La formation des armées étrangères. Évolution des politiques et des pratiques des années 1950 à 2010.
Georges-Henri Bricet des Vallons, Florent de Saint Victor, Nicolas Mazzucchi.
Entraîner, conseiller, assister... Cœur de la diplomatie militaire des grandes puissances, le métier du conseil aux armées étrangères a connu en l’espace d’un demi-siècle nombre de transformations, tant dans ses modalités techniques que dans les stratégies politiques qui l’ordonnent. Jadis prérogative des seules armées d’État, ces missions sont désormais largement sous-traitées dans le monde anglo-saxon à des entreprises privées. Cette étude trace un arc historique permettant de circonscrire les évolutions structurelles qui pèsent sur la définition et la mise en pratique de ces politiques de formation des armées étrangères, tire des enseignements généraux de chaque conflit majeur (Corée, Indochine, Vietnam, Balkans, Afghanistan) et met en perspective les débats doctrinaux dont ces politiques font aujourd’hui l’objet. Au-delà de ses développements purement techniques, cette étude pose surtout la question de l’influence par les normes militaires. Il s’agit de comprendre comment l’objectif d’«appropriation» des compétences par l’armée de l’État assisté s’articule dans le programme de formation avec la stratégie d’influence poursuivie par l’État assistant qui le met en œuvre.
11.09.2012 par Arnaud Danjean
Le 11 septembre s’est déroulé en session plénière à Strasbourg le débat annuel sur la PESC, au cours duquel je suis intervenu pour demander à la Haute-Représentante, Mme Ashton, plus de cohérence et moins de dispersion dans l’action extérieure européenne. Voici le texte de mon intervention:
« Madame la Haute-Représentante,
Nous mesurons tous l’ampleur de votre tâche et les difficultés liées à la coordination des Etats-Membres de l’Union Européenne, très soucieux de leurs prérogatives diplomatiques et militaires.
Cet état de fait nous invite à une certaine indulgence dans nos appréciations de votre action et à reconnaître bien volontiers que vous ne ménagez pas vos efforts.
Pour autant, il est difficile pour nous aujourd’hui de ne pas vous faire part d’une déception, voire même d’une réelle frustration, très bien soulignée dans le rapport annuel de M. Brok lorsqu’il insiste sur « l’absence de sens clair des priorités stratégiques de la Politique Extérieure et de Sécurité Commune » (PESC).
L’ambition louable que vous affichez est la mise en oeuvre de la fameuse « approche globale » (comprehensive approach), censée constituer la valeur-ajoutée de l’UE sur la scène internationale.
Mais force est de constater que cette approche semble surtout globale dans sa dimension, j’allais dire dans sa dispersion, géographique. A vouloir être partout en même temps et sans priorité claire, on se demande parfois ce que fait vraiment l’UE et où elle met véritablement en oeuvre l’ensemble de ses capacités.
Vous avez justement mentionné la Corne de l’Afrique (avec notamment le succès de la mission militaire anti-piraterie), où, c’est vrai, l’Union Européenne sollicite de façon relativement bien intégrée l’ensemble de ses outils, y compris militaires. Mais ce succès reste malheureusement un cas limité.
Ce que nous attendons, c’est que la PESC sorte d’une logique d’initiatives fragmentées, éclatées, tous azimuts, au fil des urgences et des opportunités ponctuelles, pour se construire sur une véritable hiérarchie des priorités et une mobilisation cohérente de tous ses instruments ».
05/09 Jean-Dominique Giuliani (président de la Fondation Robert Schuman) - Les Echos
Nul ne peut suspecter l'auteur de ces lignes d'être antieuropéen. Mais son expérience le conduit à constater que, souvent, les meilleurs ennemis de l'Europe sont ceux qui la parent de toutes les vertus, surtout de celles qu'elle n'a pas.
La France engage un nouvel exercice de définition du format futur de ses armées au moyen d'un nouveau Livre blanc. C'est l'occasion de remettre l'Europe à toutes les sauces, la présentant comme la solution à nos problèmes, qui, en l'occurrence, sont d'abord financiers.
Or force est de regretter que, pour l'Europe de la défense, c'est « calme plat » ou « morne plaine » ! Il n'y a pas d'accord entre les Européens sur une véritable stratégie de sécurité commune, l'Union, faute de se doter des moyens de la puissance, peine à exister comme un acteur mondial de plein exercice, son embryon de diplomatie commune méprise la dimension militaire de son rôle... La vérité est que le premier continent du monde par la richesse produite ne veut plus payer pour sa sécurité, qu'à tort il ne croit pas menacée, et que certains se satisfont de la présence américaine en Europe, dont le maintien vaut bien d'ailleurs quelques achats d'équipements militaires.
Donc, excuser la baisse des crédits militaires par la nécessité de participer à la construction de l'Europe de la défense est un leurre. La responsabilité de la France est toute particulière, car elle seule dispose avec le Royaume-Uni, d'un outil militaire complet, bien que fort malmené ces dernières années. Elle est donc impliquée dans la défense de l'Europe, qui devra autant se construire par l'exemple que par les coopérations. Si nous n'assumons plus des responsabilités européennes, comme en Libye, qui le fera ?
Par ailleurs, justifier la construction de l'Europe de la défense par la réduction des coûts est une erreur. Il n'y a pas d'exemples de programmes européens récents qui aient conduit à des économies.
Surtout, il n'y aura pas d'Europe de la défense sans industries nationales de défense fortes appelées à coopérer, sans esprit de juste retour et pas à 27. L'idée d'abandonner certaines de nos capacités à des entités ingouvernables, parce que d'abord « politiques » avant d'être industrielles, est contraire à l'intérêt européen et rend quasi impossible la construction future d'une industrie européenne de défense. On peut partager, on ne peut pas substituer.
De surcroît, l'Union européenne poursuit à tort son objectif d'ouverture des marchés de défense, comme s'il s'agissait de petits pois, en refusant toute notion de préférence européenne. Les résultats sont là : nos marchés de défense sont ouverts à nos alliés, qui nous ferment les leurs, comme l'exemple des avions ravitailleurs d'Airbus le rappelle. D'ailleurs, même en France, on évoque de plus en plus l'achat « sur étagères » de matériels non européens, qui menacent réellement l'avenir de l'industrie européenne.
L'idée selon laquelle, il faut faire baisser les prix de l'armement, au motif que nos industries seraient peu compétitives et que notre défense coûterait plus cher qu'ailleurs, est démentie par les chiffres de la Cour des comptes. La question de monopoles éventuels est-elle d'ailleurs adaptée à l'industrie de défense ? Les seuls critères pertinents en la matière doivent être de produire dans les temps des équipements performants, avec des coûts maîtrisés et prévisibles et du meilleur niveau technologique. Or la France n'est pas en retard, dispose de grands groupes de dimension mondiale et occupe le quatrième rang mondial pour ses exportations. Notre pays conserve dans ce secteur tous les leviers autonomes d'une politique industrielle de long terme et si l'on veut que les entreprises coopèrent, il faut d'abord solidifier leurs situations en vue de coopérations industrielles, qui ne sont jamais que l'expression de rapports de forces.
En réalité, notre industrie ne souffre ni d'un retard technologique ni de compétitivité, elle manque de financements durables et stables, à l'image de ce qu'on constate aux Etats-Unis, en Chine, en Russie. Partout, les Etats financent, davantage que chez nous, la recherche de défense en amont pour garantir la pérennité des technologies et leur développement. C'est le prix de la sécurité.
Les Français sont attachés à leur armée et lui font confiance. Son rôle interne et externe est essentiel à l'unité du pays et indispensable à la construction future de la défense de l'Europe. Ils attendent que nous la préservions avec des projets concrets et que nous construisions l'Europe de la défense, sans échappatoire. Comme pour la crise financière, en matière de défense européenne, la réussite exige d'abord de mettre en ordre nos propres affaires par des efforts nationaux supplémentaires, avant de tirer profit de l'indispensable coopération.
LONDRES, August 14, 2012 /PRNewswire
Defence IQ, la principale ressource en ligne pour les actualités et analyses dans les domaines militaire et de la défense, a annoncé aujourd'hui la publication de son rapport de 2012 sur les médias sociaux dans l'industrie de la défense (Social Media in Defence 2012 Report). Ce rapport s'intéresse à l'utilisation des médias sociaux au sein de l'industrie de la défense et se concentre principalement sur le secteur commercial, examinant les bénéfices, le cas échéant, que les médias sociaux offrent aux sous-traitants et aux organisations de la défense. Un exemplaire complet du rapport est accessible ici : Les médias sociaux dans l'industrie de la défense 2012
" L'utilisation des média sociaux dans l'industrie de la défense, notamment d'un point de vue commercial, est restée limitée jusqu'à présent ", a déclaré Andrew Elwell, Rédacteur en chef chez Defence IQ. " Même si le rapport indique qu'il reste une résistance de la part de l'industrie, ces perceptions tendent à changer. La majorité des personnes qui ont répondu à l'enquête ont déclaré qu'elles envisagent d'apporter des modifications considérables à leur politique relative aux médias sociaux au cours des prochaines années, car ceux-ci offrent de nombreux avantages en termes de notoriété des marques et de leadership éclairé. "
Le rapport étudie également l'utilisation des médias sociaux dans un cadre plus large, examinant comment les médias et journalistes du secteur de la défense utilisent les médias sociaux en tant qu'outil pour en apprendre davantage sur l'industrie et s'engager avec des fournisseurs.
" À leur arrivée, de nombreuses nouvelles technologies sont souvent regardées avec suspicion jusqu'à ce que les avantages de leur utilisation deviennent évidents ", a affirmé M. Elwell. " Toutefois, tout indique que dans cinq ou dix ans, les conclusions même de ce rapport sembleront étranges aux futurs dirigeants, car disposer d'une solide présence en ligne et d'une stratégie engageante en termes de médias sociaux sera fondamental, quelque soit le secteur dans lequel vous évoluez. "
Pour tout complément d'information, veuillez consulter le site http://www.defenceiq.com
03/08/2012 François Charles (Economiste, Conseil en stratégie et management) – Les Echos
LE CERCLE. La dernière compagne présidentielle parlait de Buy European Act pour donner un nouvel effet de levier à l’Europe. Cette idée, nécessitant un profond changement dans l’attitude de concurrence européenne, est née il y a longtemps en France pour tenter de fédérer et rendre plus forte l’Europe industrielle de la défense.
Certains spécialistes y travaillons depuis les années 90 dans le cadre du commerce et des partenariats de l’armement et de la haute technologie, où il était notamment question de redéfinir la politique de contreparties française et la pérennité des liens entre donneurs d’ordre et sous-traitants.
Ce concept semble être une vraie opportunité pour mieux « travailler et vendre ensemble » face à la concurrence en dehors de nos frontières européennes. Ce sont ces genres de ciment qui consolideront l’Europe de l’industrie où nous trouvons notamment deux grands concepts complémentaires que sont la plate-forme EADS et l’approche multidomestique Thales. Mais de quoi parle-t-on ? Quels sont les liens avec la défense ? Quels en sont les objectifs et les réalités pour quelles options réalistes et réalisables ?
Nicolas Sarkozy, ou ses conseillers, réagissaient sur une loi protectionniste étasunienne de 1933 que les industriels de l’aéronautique et de l’armement, qui essaient de vendre aux Etats-Unis, connaissent bien. Le Buy American Act énonce le fait que les entreprises américaines, surtout les PME, sont favorisées dans certains marchés notamment de défense et de haute technologie.
Elles pourront être retenues même en étant en moyenne 10% plus chères que leurs concurrentes étrangères qui devront également faire valoir un pourcentage de fabrication industrielle locale de plus de 50%, pouvant aller jusqu’à 75% (Rita français). C’est notamment une des raisons pour lesquelles, en dehors du cours du dollar, les industriels étrangers cherchent à s’implanter aux Etats Unis et c’était une des façons, pour les japonais et les coréens, de contourner les quotas de fabrication de magnétoscope.
Le Japon pratique également une politique d’achat domestique mais plutôt culturelle sans volonté de retour industriel. Ce pourcentage de surprix nous a été également imposé en Corée du Sud privilégiant les matériels américains, avec une clause rehaussée en cours de négociation !
Cette loi, très surveillée par le congrès américain pour protéger ses entreprises, et dérogeant aux règles du commerce international, s’apparente aux principes de contreparties rencontrées dans de nombreux pays, dont européens, qui rend ainsi la vente de matériels beaucoup plus compliquée en rapport aux biens de consommation courants. Vendre un avion signifie, sous couvert d’indépendance nationale, souvent accorder aux industriels de l’acheteur tout ou partie de la fabrication ou de fabrications voisines, voire de faciliter le commerce sur d’autres biens pour un même montant, quand il ne s’agit pas de trouver l’ingénierie financière. Les limites d’application sur les technicités duales sont minces. Par ce procédé, les pays peuvent préserver ou acquérir une capacité industrielle, provoquant un éclatement des marchés nationaux de défense. Des règles assez contraignantes ont été mises en place dans de nombreux pays européens. Les grands perdants européens sont les grands pays industriels comme la France, l’Allemagne ou la Suède puis l’Italie et l’Espagne puis certains pays de l’Est dans une autre mesure.
Cependant, imitant la libre circulation des biens, les pays de l’Union ont été désormais incités à s’engager dans une concurrence sans contrepartie par la directive 2009/81/CE du Parlement européen et du conseil, relative à la coordination des procédures de passation de certains marchés de travaux, de fournitures et de services par des pouvoirs adjudicateurs ou entités adjudicatrices dans les domaines de la défense et de la sécurité. Elle comporte néanmoins certaines exclusions concernant les cas de risques de communication d’information sensible notamment pour les programmes de recherche. Cette mesure vise donc à réduire et annuler les politiques de contreparties entre pays de l’Union.
Cette directive rend caduque une ancienne directive sur les marchés publics qui permettait aux Etats Membres, dont souvent la France, d’exempter les marchés publics d’armes de munitions et matériels de guerre des règles de publicité et de concurrence communautaires si cela était nécessaire à la protection de « leurs intérêts essentiels de sécurité » sous le couvert du célèbre article 296 (ex 223). Autant dire que chacun pouvait les définir comme bon lui semblait, comme les « intérêt vitaux » proche de la dissuasion qu’il ne faut pas figer sous peine de ne pas pouvoir les faire évoluer ! Elle rend donc également caduque toutes les politiques de compensation industrielle existant au sein de l’Union.
L’objectif de cette directive se veut être un substitut d’un manque de pédagogie pour éviter l’art 296 considéré comme « un obstacle couteux et inefficace à la fois à la concurrence et à la coopération intra-européennes » comme le souligne un document de 2006 de la Commission. En acceptant de jouer le jeu de la transparence, l’Europe de l’armement a besoin d’une Meilleure Solution de Rechange (Mesore) fédérale, à la fois protectrice et facilitatrice et qui la fera mieux se connaitre et travailler ensemble avec des gains en terme d’efficacité, de rationalisation et de coûts. N’oublions pas non plus que le deuil des intérêts vitaux ne se fera pas d’un jour à l’autre. Il convient désormais d’aller plus loin au risque que cette directive ne soit pas appliquée et l’Europe discréditée suite au succès une concurrence extérieure n’ayant pas les mêmes contraintes ou pouvant offrir d’avantage pour remporter les marchés. Il s’agit en fait de créer une vraie politique industrielle européenne.
Proposons donc une règle similaire au Buy American Act dans le domaine de la défense et de la sécurité dans une dynamique fédérale et avec une imposition de juste retour donnant une préférence européenne. Pourquoi ne pas hausser les droits de douane déjà existants à l’entrée dans l’Union au profit d’une caisse commune pour notre Base Industrielle Européenne de Défense et de haute technologie ? Pourquoi ne pas créer une règle de compensation « européenne » gérée par Bruxelles ? Pourquoi cette Union, qui entretient une « politique extérieure », qui régule sa concurrence intérieure, n’aurait-elle pas une politique commerciale face à l’extérieur ?
Cette disposition bousculera certes les règles de concurrence européennes en imposant un système de préférence amont, mais provoquera une meilleure vision sur nos savoir-faire, nos forces complémentaires mais aussi nos carences face à la concurrence.
Cette prise de conscience interne oeuvrera dans le sens d’une Europe fédérale que désirait Jean Monnet en vrai visionnaire mais cette fois également au profit de l’industrie de défense et de sécurité, garante de notre indépendance européenne.
Francois Charles est ancien officier de l’armement en retraite, ancien responsable d’affaires industrielles internationales à la DGA.
12 July 2012 Clara O'Donnell- iss.europa.eu
As many European countries introduce their biggest defence budget cuts in years, they have been exploring ways to limit the impact on their armed forces. There has been much talk within the EU and NATO of increasing ‘pooling and sharing’ of European military capabilities. But many governments are struggling to commit to specific initiatives. They are worried that if they share military assets with their allies, they might disagree about when to use them – as happened during NATO’s deployment to Libya when NATO allies were at odds over taking military action. They fear that their national defence companies will be deprived of vital contracts. They also find it politically difficult to sign up to costly multinational procurement programmes at a time when they are cutting back on personnel.
Another way European governments can limit the damage of military spending cuts is through exploiting two directives designed to integrate the EU defence market. One directive aims to increase the amount of competition in defence procurement across the EU. The other strives to facilitate the export of defence equipment amongst EU countries. Not only do the directives create the potential for significant savings, but also their use will not be as affected by the obstacles hampering ‘pooling and sharing’ efforts.
EU member states agreed to the two directives in 2008-2009, after acknowledging that the way they regulated their defence markets was highly inefficient – hurting their armed forces, tax payers and defence industries alike. Governments often bought military equipment without resorting to competition. At times, this was necessary to uphold national security. But often states were merely protecting their favourite national suppliers. Since 2005, there had been some improvements in buying habits as EU governments committed to open a substantial amount of their defence procurement to European competition through a voluntary code of conduct within the European Defence Agency. But some states continued to use ‘national security’ as a cloak for protectionism. EU member states also imposed unnecessarily strict export controls on their defence equipment. Defence companies frequently had to ask governments for individual authorisation when they moved a component between plants based in different EU countries. When the armed forces of an EU country bought military equipment from a neighbour, they often had to ask for authorisations to buy anodyne spare parts.
As a result of the directives, since August 2011, EU governments must allow defence companies from across the EU to bid when they procure military equipment, unless there are legitimate security concerns. (In contrast to the Code of Conduct on Defence Procurement, the directive is legally binding.) Since June 2012, EU member states also have to offer ‘general’ and ‘global’ licences. Broadly speaking, military goods which benefit from a general licence can move within EU borders without exporters having to ask for specific licences to do so. Global licences are granted to defence companies and allow them to transfer several goods to various recipients.
But the impact of the directives will depend on the extent to which governments use the new tools at their disposal. The new rules do not define which military equipment is so sensitive that it should remain excluded from EU competition. Some governments could continue to use the exemption widely. Even when states use the new procurement procedures, they could manipulate the criteria within their contracts to favour national suppliers. (Something several have done when using the Code of Conduct.) Governments also get to choose which military goods are safe for general and global licences. If they only provide streamlined licences to a limited amount of equipment, the impact of the new system could be modest.
So far there have been both positive and negative signs about the extent to which EU governments might choose to exploit the new rules. A number of countries have taken advantage of the directives to completely eliminate the need for export authorisations for some military equipment when it is being sent to the armed forces of another EU country, or if it is for the purpose of repairs. At the same time, some countries are being more cautious than others regarding the goods which benefit from general licences. For example, while one EU country now grants general licences to all armoured and protective equipment when sent to the armed forces of a fellow EU state, another only provides general licences to helmets and body armour. A small group of states have not even finished introducing the directive on export controls into their national legislation – even though the deadline was June 2011. Even more disconcertingly, a larger number of EU countries are nearly a year late in transposing the rules on procurement.
Over the next few years, EU member states should not only fully embrace the current provisions of the two directives, they should seek to facilitate EU trade further by establishing a common list of military equipment which would benefit from general licences across the EU. They should also collaborate with the US to ensure that military goods with American components do not undermine the benefits of streamlined internal EU export controls. If some governments continue delaying the transposition of either directive, the European Commission should take them to the European Court of Justice. (Commendably, the European Commission has already begun infringement proceedings against the current laggards.) The Commission should also be ready to call to order EU governments which might try to protect their national defence industry even after adopting the new rules. Although hopefully it will be not be necessary, a few rulings by the European Court of Justice against recalcitrant defence ministries would send a clear signal that from now on governments will be called upon to justify their procurement choices.
A more efficient EU defence market might unfortunately lead to some job losses as less efficient European defence companies lose out on contracts. But it may at least increase jobs in the better European firms and help ensure that Europe’s defence industry remains globally competitive. Streamlined export controls will also require some trust amongst European governments to ensure that military equipment is not re-exported to undesirable third parties. But the level of trust required for a government to send a spare part for an armoured vehicle to a fellow EU member state without an individual authorisation will be significantly lower than the trust required to pool aircraft carriers. In addition, integrating the EU defence market will not need any large investments upfront of the sort required when governments agree to large multinational procurement programmes. At a time when many EU member states are cutting back their defence expenditure by 10 per cent, and some have reduced it by over 20 per cent, governments must exploit all the possible cost-saving measures at their disposal – and those measures which are comparatively easier to introduce, even more so.
Clara Marina O’Donnell is a non-resident fellow at The Brookings Institution and fellow at the Centre for European Reform.
The opinions expressed in this article are her own and do not necessarily reflect those of the Institute.
09 July 2012 Patryk Pawlak, Clara O'Donnell - iss.europa.eu
The latest wave of European military spending cuts is swelling the ranks of Americans who believe that Europeans are not contributing enough to global security. But this assessment is too harsh. It is true that Europeans spend less on defence than their American counterparts. They have also been less willing to use force in recent years. But the US itself is reassessing the merit of its military interventions over the last decade. And when one takes into account policies that are not strictly military, such as aid, sanctions and homeland security, Europeans are making some significant contributions to international stability.
A number of European countries are undoubtedly falling short of their NATO and EU promises to develop a global military reach. Many governments have been slow to transform their militaries from immobile forces designed to counter a Soviet invasion into rapidly deployable combat troops. Even prior to the economic crisis, most European NATO allies had stopped spending the alliance's agreed benchmark of 2 per cent of GDP on defence. And Nicolas Gros-Verheyde, the influential French blogger, estimates that the economic downturn will lead to a 30 per cent drop in total military spending by EU member-states between 2006 and 2014. As a result, even if America cuts its own defence budget by $1 trillion over the next decade – as Congress is currently considering – the US military will still receive more than twice as much as the armed forces of all EU countries combined.
Since the end of the Cold War, a number of European countries have also been reluctant to deploy troops, particularly for heavy combat operations. Many governments have refused to send their soldiers to the most dangerous parts of Afghanistan. More than half of the European countries in NATO did not participate in the deployment to Libya. And many EU military and civilian missions have been too small to make a significant impact. Washington critics are particularly dismissive of the 60 EU officials advising Iraqis on how to improve their criminal justice system and the approximately 500 EU police trainers in Afghanistan.
Europe's recent military track record derives from the fact that most Europeans have not felt threatened. Many also do not believe that war should be used to obtain 'justice'. In a recent GMF survey of the US and 12 EU countries, only 33 per cent of Europeans believed that war is sometimes necessary to obtain justice – in contrast to 75 per cent of Americans. In addition, Europeans have been particularly doubtful of the merit of Washington's use of force over the past decade, be it Afghanistan or Iraq.
In light of this mindset, Europeans have actually been quite active on the military front. According to the Stockholm International Peace Research Institute, in 2011, Britain, France and Germany were still amongst the ten largest military spenders in the world (ranking third, fourth and eighth). The combined defence expenditure of European NATO members is still more than twice what China spends – even though Europeans do not reap the full benefits of it because they duplicate many of their military efforts.
For several years, European troops made up more than half of NATO's mission in Afghanistan. And on a per capita basis, Denmark and Estonia have suffered more casualties there than the US. Europeans undertook 90 per cent of the strike missions in Libya. In addition, many of the EU's missions, even if modest, are still helping to stabilise countries across the world. In the Gulf of Aden, an EU naval force protects vulnerable boats from pirates, including the World Food Programme vessels which deliver food to Somali people. In the months to come, the EU will deploy civilians to help the government in Niger reform its security sector (a country where, according to European governments, Islamist militants threaten international security). EU experts will also soon help improve the security at the international airport in Juba, the capital of newly independent South Sudan.
In any case, American policy-makers are themselves reconsidering the merits of how the US has used force over the last decade. The Obama administration has been extricating US armed forces from Iraq and Afghanistan – even though in both countries, the US has not achieved the level of stability which it had initially aspired to. The government's new defence guidance stresses that the US does not intend to deploy similar missions in future. It also argues that America cannot meet its security challenges through military force alone and that it must strengthen all the 'tools' of American power, including diplomacy, development, intelligence and homeland security.
These are areas in which Europeans are significant players. Combined, the EU institutions and member-states are the largest aid donor in the world. According to the OECD, they spent €69 billion in 2011 – notwithstanding the fact that some European countries reduced their budgets because of the economic crisis. This is more than twice the amount the US gave. Between 2002 and 2013, the EU institutions and member-states will notably have provided €11 billion in aid to Afghanistan. And in response to the Arab Spring, the EU institutions alone have offered nearly €7 billion over three years.
Europeans also invest significant resources in homeland security, even if budgets risk declining somewhat over the next few years because of the economic turmoil. Based on the latest OECD figures, the 21 EU member-states which belong to the organisation spent nearly €240 billion on 'public order and safety' in 2010 – nearly 90 per cent of what the US spent. This covers police forces, intelligence services, the judiciary and ministries of internal affairs. The US is a beneficiary of this spending too – in addition to supporting Europe's internal stability, these bodies tackle the international terrorism and organised crime that afflict Europeans and their allies alike.
European countries are also increasing the EU's involvement in security matters – including through the EU's bilateral ties with third countries. One EU agency, Frontex, monitors the Union's southern and eastern border, while another, Europol, tackles organised crime. EU funds for homeland security, although still modest, are increasing despite the economic crisis. From 2014 to 2020, the EU is expected to spend nearly €10 billion in this field. The money will notably fund research into intelligent maritime surveillance systems and help partner countries across the world fight criminal networks and monitor their borders more effectively.
European governments also leverage the EU's large common market to pursue their foreign policy objectives. They offer preferential trade ties to support the economic development of numerous fragile countries across the world, and to encourage them to improve their governance. Pakistan is one of the states which qualify for some of the EU's most generous trade concessions. EU countries also impose heavy sanctions on countries which they believe are undermining international security. Among other things, the EU recently introduced an oil embargo against Iran – even though the measure is inflicting significant economic hardship on Greece and other EU states which were already struggling with the financial crisis. And through the offer of EU and NATO membership, Europeans (and the US) have managed to spread stability across the European continent.
The fact that Europeans wield such extensive foreign policy 'tools' does not mean they always use them wisely. Nor should it allow Europeans to neglect their armed forces. Governments must ensure that their peacekeeping efforts are not hampered by inadequate military equipment, and that they retain the capacity to respond to a serious military threat if one were to emerge. But America is less alone in upholding global security than some in Washington would suggest.
This piece was first published by the Centre for European Reform
20 juillet 2012 Par Astrid Gouzik – USINE NOUVELLE
Le cabinet Deloitte publie ce vendredi 20 juillet son bilan économique mondial 2011 du secteur aéronautique-défense.
L’année 2011 a été marquée par deux tendances particulièrement marquées dans le secteur. D’une part, les bonnes performances de l’aéronautique pallient au repli du secteur de la défense. Les revenus du secteur aéronautique-défense (A&D) ont augmenté globalement de 2,3 % en 2011. Ce sont les carnets de commandes fournis pour les gros porteurs commerciaux qui tirent ce chiffre vers le haut. Deloitte souligne notamment qu’un record a été atteint en 2011 avec la livraison de 1 011 appareils pour Boeing et Airbus.
"Les recettes commerciales ont ainsi augmenté de 10,1 % et devraient continuer à croître en 2012", indique le cabinet dans ce bilan.
La demande a augmenté en avions plus légers. En effet, ils nécessitent moins d’entretien et sont énergétiquement performants. Leur production a donc été stimulée.
Quant au secteur de la défense, ses revenus ont diminué de 3,3% en 2011. Deloitte fournit plusieurs explications à ce phénomène : "évolutions des priorités politiques nationales, faiblesse des économies des pays occidentaux, retrait des forces en Irak et en Afghanistan expliquent notamment cette baisse".
Aux Etats-Unis, le plus grand marché mondial aéronautique-défense, non seulement le secteur fait l'objet d'un ralentissement conjoncturel, mais en plus le gouvernement a procédé à d’importantes coupes budgétaires. 487 milliards de dollars sur les 10 prochaines années, potentiellement suivie d’une seconde de 500 milliards de dollars.
Une situation anticipée par les industriels de la défense. Ils ont exprimé cette crainte dans un livre blanc publié au début du mois de juillet. Ils expliquaient ne pas vouloir être la cible désignée de la revue budgétaire qui s'annonce.
Un deuxième constat important est souligné dans ce rapport : l’industrie européenne reste à la traîne par rapport à ses concurrents américains. "L’industrie aéronautique européenne n'a progressé que de 0,8 % tandis que l’industrie des États-Unis a augmenté de 3,3 %. Le bénéfice d'exploitation déclaré en Europe a reculé de 21,6 %, pendant que le bénéfice d'exploitation aux États-Unis augmentait de 2,9 %", rapporte Deloitte.
Par ailleurs, la productivité des employés dans les entreprises européennes reste en retrait par rapport à celle des Américains. A l’origine de ces décalages ? "Des différences d’incitations, de méthodes de gestion et de management", explique Deloitte.
18 juillet 2012 Par Pierre Bayle – pensees sur la planete
L’ouverture du chantier d’un nouveau Livre Blanc sur la défense et la sécurité est une excellente opportunité pour stimuler un débat public, grâce à l’existence de nombreux canaux ouverts qui n’existaient pas ou à peine lors du précédent, le deuxième Livre Blanc de 2008.
Car il faut commencer par le reconnaître, le précédent exercice a été mené par une commission dont la préoccupation principale semblait être parfois, vu de l’extérieur, de verrouiller ses travaux en évitant que ses membres aient trop de contacts en externe. Officiellement pour canaliser les travaux, m'avait expliqué alors un membre de cette commission.
En fait, peut-être pour éviter de se laisser « polluer » par les lobbies, notamment les industriels. Chacun sait que la défense doit se prémunir contre les marchands de canon, qui ne sont là que pour détourner des budgets publics… Telle est la perception profonde de certains ayatollahs. L’autre motif du verrouillage étant d’éviter que la discussion ne soit accaparée par des militaires qui, chacun le sait également, sont soit trop limités intellectuellement, soit fondamentalement corporatistes !
Soit. Cette nouvelle commission du Livre Blanc devrait être plus ouverte d’esprit, si l’on en croit ce qui est annoncé publiquement, puisque la lettre de mission du président de la république préconise un large débat et qu’on y associe dès le départ un représentant pour la Grande-Bretagne et un autre pour l’Allemagne, les alliés privilégiés de la France dans le domaine de la défense dans la perspective souhaitée par François Hollande d'une "relance de l'Europe de la défense". La commission doit ménager également "une large consultation avec l'ensemble des acteurs de la politique de défense et de sécurité nationale".
Mais soyons réalistes. Avec le délai extrêmement serré qui a été fixé pour ses travaux, cette commission ne pourra pas davantage se disperser que les précédentes. Il n’est pas question ici d’y intervenir, il appartiendra au rapporteur, Jean-Marie Guéhenno, de fixer la liste des compétences consultées par la commission.
Ce qu’il est en revanche possible et souhaitable d’envisager, c’est qu’un débat ouvert s’établisse en marge des travaux officiels, non pas à travers les canaux de la communication institutionnelle, lourde de son inertie hiérarchique (ah, les validations), mais à travers le réseau largement accessible de tous ceux qui, sans prétention ni préoccupation de grade, échangent sur les sujets de défense à travers « la toile ».
Le paysage du débat de défense est aujourd’hui caractérisé par une très grande floraison de sites, blogs et forums de discussion qui interagissent horizontalement, sans se perdre dans les méandres des validations et prises de position officielles. Les plus anciens sont les blogs bien connus de Jean-Dominique Merchet (Secret Défense), Jean Guisnel (sur lepoint.fr) et J-M T (LM). Plus récents et plus informels, mais avec des chiffres de fréquentation parfois spectaculaires, les blogs de Theatrum Belli, Egeablog, Mars attaque, Lignes de défense, et même le site Internet de la vénérable Revue de Défense Nationale (RDN) qui tend à s’affranchir de la revue papier pour participer au « buzz », le courant d’opinion.
Qui empêche Olivier Kempf, Florent de Saint-Victor, Stéphane Gaudin, Philippe Chapleau et bien d’autres d’alimenter une conversation collective autour du Livre Blanc, pour le plus grand bénéfice de la réflexion collective ? Theatrum Belli lance officiellement un "appel à contributions". Certains vont s’offusquer, redouter que des militaires d’active ne s’exposent inutilement, craindre que les débats ne se dispersent dans tous les sens. Inquiétudes injustifiées, quand on pratique le Net et que l’on voit son fonctionnement : sans parler d’autorégulation, le fait est qu’une actualité chasse l’autre et, dans un grand débat sur les sujets de défense, certaines prises de position infondées, maladroites ou négatives seront de facto équilibrées par le flux des interventions postérieures. Quant au risque de voir des militaires d’active s’exprimer, il existe déjà largement avec l’expression auto-justifiée d’un certain nombre d’officiers généraux en deuxième section, qui n’ont pas forcément plus raison parce qu’ils ont plus d’étoiles que d’autres…
Dans le fonctionnement de l’Institut des Hautes études de défense nationale, il est un principe non-écrit qui permet à tous de s’exprimer sans porter atteinte à leur devoir de réserve : les militaires font porter leurs questions ou leurs interventions par leurs camarades civils, pour le plus grand bénéfice de la réflexion collective. Un même mécanisme pourrait ainsi fonctionner à travers la toile, certains cadres militaires pouvant, à défaut de s’exprimer publiquement, faire relayer leurs contributions par des blogs ou forums amis – il n’est un secret pour personne que certains blogs sur la défense sont directement alimentés par les états-majors.
Le cadre a de toutes façons été fixé par la lettre de mission de la commission du Livre blanc : la stratégie de la dissuasion nucléaire n’est pas remise en cause dans son principe. Ce qui n’exclut pas de réfléchir sur l’articulation de ses moyens, l’obsolescence technologique, les capacités d’évolution… Il s’agit également de réfléchir aux capacités devant rester autonomes et aux capacités pouvant être partagées entre alliés. Ce qui n’exclut pas de réfléchir, précisément, sur la politique de partage et de mise en commun des capacités conventionnelles dans le contexte budgétaire contraint que connaît l’Europe, ni de se positionner sur l’évolution de l’OTAN et de la participation de la France et de ses alliés européens.
Idem pour les coopérations industrielles, qui ne peuvent être abordées sans évoquer d’abord la perception commune des menaces, la mise en commun des besoins, la faisabilité de produire des équipements communs sans se perdre dans les méandres des spécifications divergentes. Beaucoup a déjà été pensé, dit, écrit sur le sujet, dans les rapports parlementaires, les colloques de la FRS ou de l’IRIS, les revues de réflexion stratégique. Beaucoup sera publié dans les quotidiens sous forme de tribunes, signées de parlementaires, ou de spécialistes comme Louis Gautier, Pascal Boniface, Bruno Tertrais, François Heisbourg, tous ceux qui ne sont pas (encore) piégés par une responsabilité gouvernementale. Et d’autres tribunes seront signées de pseudonymes collectifs, inégalement transparents en fonction de la participation de hauts-fonctionnaires civils et militaires.
Une discussion élargie à travers blogs et forums n’aura, sauf exception, pas le niveau des interventions de tous ces spécialistes (encore que certains auraient avantage à se renouveler). Mais elle pourrait avoir un intérêt essentiel, dans l’intérêt même du Livre Blanc et de son acceptation par l’opinion publique : celui de sensibiliser le public très en amont, de lui prouver que le débat sur la défense est authentiquement le sien. Et, quelque part, de faciliter ensuite le travail d’explication de la commission lorsqu’elle aura achevé ses travaux, en ayant suscité une expectative publique sur le Livre blanc. Si, de surcroît, quelques idées originales émergeaient de cet « e-débat », ce ne pourrait être que bénéfique pour l’exercice dans son ensemble. Blogueurs, internautes, à vos souris !
16/07/2012 André Yché - latribune.fr
André Yche,contrôleur général des Armées et président du groupe SNI est l'auteur de " Quelle défense pour la France ? " Economica -Janvier 2012
Le débat qui s'engage à l'occasion du prochain Livre Blanc de la défense devra poser en priorité des questions d'ordre stratégique. Impossible pour autant de négliger ses conséquences en matière de finances publiques. Deux réflexions liminaires s'imposent.
La première a trait à la notion " d'effort soutenable ". Au cours des quarante ans qui ont suivi la fin de la Seconde guerre mondiale, l'URSS a supporté un effort d'armement considérable, consacrant à sa défense jusqu'à 25% de son PIB. Une allocation des ressources plus équilibrée en faveur d'investissements et d'équipements productifs aurait été plus favorable à la croissance de l'économie russe au cours de cette période et, in fine, au financement de sa défense.
La deuxième réflexion souligne le caractère global des critères qui conduisent les investisseurs à placer leur confiance et leurs capitaux dans un pays plutôt que dans un autre. La note de la dette à long terme des Etats-Unis a été dégradée par Standard & Poor's à la suite d'une baisse de la confiance dans la gouvernance politique du pays. Pour autant, en dépit d'un endettement très élevé, la résilience des Etats-Unis, " pays refuge " par excellence, leur permet de refinancer leur dette à des conditions très avantageuses. A contrario, une Union européenne économiquement performante, mais totalement désarmée, souffrirait à coup sûr de cette faille, en termes de crédibilité globale auprès des marchés financiers.
Soutenabilité et crédibilité : telles sont donc les deux limites acceptables entre lesquelles les réflexions sur le prochain Livre Blanc sur la Défense devront s'attacher à moduler notre effort de défense. A partir du niveau actuel de l'effort, de l'ordre de 33 milliards d'euros, hors gendarmerie et hors pensions, soit 1.7% du PIB (4,7% du PIB aux Etats-Unis), les marges de manœuvre seront nécessairement restreintes. Quelle sera la place de la dissuasion nucléaire dans ces limites ? Il est difficile d'imaginer que les efforts consentis pour nous doter de quatre sous-marins lanceurs d'engins (SNLE) de nouvelle génération, du missile M51 et du missile air-sol de moyenne portée (ASMPA) soient sacrifiés au regard de l'avantage qu'ils procurent à notre pays, en particulier dans la perspective d'une Europe politique.
Quant à l'idée de ne conserver qu'une seule composante aéroportée ou sous-marine de l'arme nucléaire, le dilemme est évidemment insoluble : si la composante sous-marine opère " du faible au fort ", la composante aéroportée répond le mieux à la menace des " Etats voyous " bénéficiaires de la prolifération des armes nucléaires.
Notre outil de dissuasion peut donc paraître surdimensionné, au regard des menaces et des capacités du budget national français. Mais c'est parce que sa vocation est désormais européenne. S'agissant de son champ d'application, la France pourrait inclure explicitement l'espace européen dans la définition de ses intérêts vitaux. Dans son fonctionnement, nous pourrions intégrer des officiers alliés dans la chaîne de commandement. Il serait alors légitime qu'Eurostat mutualise entre l'ensemble des budgets européens l'impact des dissuasions française et britannique, au même titre que la défense anti-missiles de l'Europe occidentale. Le prochain Livre Blanc doit nous donner l'occasion de repenser la question de l'emploi optimal de l'outil politique que constitue la dissuasion française dans la construction européenne. Et ce dans une double perspective : accélérer l'intégration politique et repositionner la France au cœur de ce processus. Cette utilisation de notre " force de frappe " découle très exactement de la vision du Général de Gaulle lorsqu'il a décidé d'y consacrer l'essentiel de nos budgets militaires : outil d'indépendance de l'Europe vis-à-vis des " blocs ", instrument du " rang " parmi les alliés.
photo H Laurent AdT EMA
14.07.2012 par P. CHAPLEAU Lignes de Défense
Extraits d'un entretien avec le colonel Michel Goya, directeur d’études du domaine "Nouveaux conflits" à l’Institut de Recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM). Cet entretien est paru dans Ouest-France ce matin (14.07.2012). Michel Goya est également titulaire de la chaire d’action terrestre du centre de recherche des Écoles de Saint-Cyr Coëtquidan. Il anime un excellent blog La voie de l'épée.
C’est bien de la guerre que rentrent les troupes de combat françaises ?
Pour certains, c’est encore dur à reconnaître. Mais il faut bien admettre le fait guerrier, même si ça fait peur, même si on ne se situe pas sur le schéma de la
guerre inter-étatique, comme en 1991. En Afghanistan, la guerre est toutefois arrivée progressivement. On a d’abord eu l’opération antiterroriste Enduring Freedom à laquelle ont pris part les
forces spéciales françaises ; puis on s’est impliqué dans une opération de stabilisation tout en refusant l’idée de guerre contre-insurrectionnelle qui évoque pour les uns le Vietnam, pour
les autres l’Algérie. Mais en 2006, il a bien fallu admettre que l’Otan s’engageait dans une guerre ; et puis est arrivée 2008.
Une année charnière pour la France en Afghanistan ?
Le grand révélateur a été l’embuscade d’Uzbeen en août et la mort de dix soldats français. Mais la décision d’engager nos troupes de combat en Kapisa, d’entrer en
guerre, a été prise en mars 2008, sans travail de pédagogie devant le Parlement (un débat n’a eu lieu qu’en septembre) ou devant la Nation. C’était un coup politique qui rompait avec la période
précédente où la France ne s’imbriquait pas totalement dans le dispositif otanien. En fait, le Président de la République a stérilisé le débat politique et s’est immiscé dans les opérations tout
en se focalisant sur les pertes. On oubliait alors que le Tchad (158 morts), le Liban (158), l’ex-Yougoslavie (116) avaient été plus meurtriers que l’Afghanistan. On affirmait aussi que l’opinion
publique était très sensible aux pertes, une croyance qui n’est pas forcément fondée. Mais refuser le prix du sang, c’est réduire l’efficacité tactique, c’est laisser l’initiative à l’ennemi,
c’est donc provoquer de nouvelles morts de soldats.
Qu’est-ce que l’armée française a appris en dix ans de guerre ?
Ce qui émerge, ce sont les révélateurs des limites de nos capacités actuelles. D’abord, on a mesuré les effets négatifs des coalitions : chacun a son approche,
sa culture et c’est celles du plus fort qui l’emporte. Mais les Américains ne sont pas les mieux préparés à ce type de conflit. La stratégie nous a échappé ; restait la tactique. Nos soldats
ont fait un travail remarquable. Ils ont fait preuve d’un grand courage et d’une grande capacité d’adaptation mais le volume actuel de notre armée de terre ne nous permet pas de faire de la
contre-insurrection à grande échelle. Pour sécuriser seulement 2 % de la population afghane, nous avons été obligés de concentrer 15 % de ce qui est demandé à l’armée de terre comme capacité
totale de projection extérieure.
On a donc échoué…?
Certainement pas: l’Afghanistan n’est pas un échec. Victoire et défaite sont presque toujours des notions relatives. Maintenant, ce qui va importer, c’est la façon
dont on va parler de l’Afghanistan. Quelle image va-t-on vouloir donner de ce combat ? Il y a tout un ’story telling’ à entreprendre et le politique va/doit y prendre part mais sans
jouer la carte de la honte. Pour autant, il ne faut pas non plus tomber uniquement dans l’exaltation du sacrifice glorieux. S’il n’y a ni retour d’expérience ni débat, on va se retrouver dans un
flou intellectuel où interviendra le judiciaire, la pire des choses. Cette guerre, ce n’est pas aux juges de la qualifier, mais aux militaires et aux politiques.
July 12, 2012 defense-aerospace.com
Source: Lexington Institute - Released July 09, 2012
Averting Catastrophe In Cyberspace: Core Requirements
The information revolution has transformed every facet of commerce and culture, including the military enterprise. Unfortunately, it has also empowered extremists, criminals and agents of enemy
nations who can use cyberspace to subvert or destroy information resources vital to U.S. security. The federal government has launched a comprehensive cybersecurity initiative to counter such
threats. The most advanced, persistent threats are posed by state-sponsored perpetrators, especially those operating in China and Russia.
The federal government has made major strides in developing defenses against cyber espionage and aggression. However, its efforts are impeded by the changing character of threats and the infancy
of techniques for addressing them. The absence of agreed standards and metrics for assessing performance sometimes leads federal agencies to select cybersecurity providers who lack the breadth
and depth to cope with all potential threats. The government cannot sustain a truly comprehensive cybersecurity posture unless its top providers satisfy five core requirements:
1. Situational awareness.
Capable providers must be able to precisely monitor the performance of information systems and networks they are protecting, predicting and/or detecting threats based on extensive understanding
of adversary behavior. Awareness of dangers must be shared with potential victims in time for them to minimize harm, and providers must then be able to assess the success of remedial actions.
2. Full-spectrum skills.
A comprehensive cybersecurity posture requires providers with expertise and experience in the full array of relevant skills. That includes all the major disciplines associated with
computer-network defense, computer-network attack, and computer-network exploitation. Without an integrated understanding of all the necessary skills, federal providers cannot deploy the full
panoply of tools needed to counter advanced threats.
3. Operational agility.
The pace of activity in cyberspace requires providers that are extremely agile in responding to new threats. Ideally, those providers should be able to apply their situational awareness and
full-spectrum skills to anticipate danger before it actually occurs, but at the very least they must have the capacity to detect, analyze, isolate and defeat enemy moves quickly, even when the
threat is a “zero-day” attack with no previous history.
4. Organizational maturity.
Maturity models are used in many fields to assess organizational effectiveness in applying best practices. In the cybersecurity arena, such models can be used to assess both government
preparedness and the practices of outside providers. Mature solutions to cyber challenges typically stress values such as affordability, scalability and technical readiness. Companies capable of
providing those solutions tend in turn to have mature cultures stressing retention of talent, continuous training, and diverse expertise.
5. Enterprise commitment.
Cybersecurity is an infant industry with many recent entrants. The commitment of some providers to the business is hard to gauge. However, it is not feasible to fashion comprehensive responses to
cybersecurity challenges unless customers and providers alike are committed to the mission. The commitment of providers can be determined by assessing how long they have been in the business, how
deeply they have invested in talent, and how extensive their collaborative ties are with other centers of expertise.
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Full text
photo SpaceWar.com
ROME, mercredi 11 juillet 2012 (ZENIT.org)
Une régulation du commerce des armes classiques, au plan international, est en cours de négociation à New-York : une « nouveauté » que salue Mgr Tomasi, et il réclame la réglementation, névralgique, des munitions en vue du désarmement global.
Tandis qu’une personne par minute meurt dans le monde à cause de la violence armée, a lieu à New York une Conférence diplomatique pour un traité sur le commerce des armes (3-27 juillet 2012).
Mgr Silvano Maria Tomasi, observateur permanent du Saint-Siège aux Nations-Unies de Genève, fait le point sur les enjeux de cette rencontre au micro de Radio Vatican, le 10 juillet 2012.
Il souligne l’urgence de la situation : si le chiffre d’affaire du commerce des armes est de 60 milliards de dollars annuels, « le poids global de la violence causée par ces armes est de 400 milliards de dollars », rappelle-t-il : par conséquent, « les coûts humains, les conséquences sociales, sont énormes ».
L’archevêque déplore que la volonté politique de désarmer le monde ne soit « pas encore mature ». Elle est en effet, ajoute-t-il, confrontée à « des obstacles continuels ».
A Genève, la Conférence du désarmement « ne parvient pas depuis plus de 10 ans à trouver un accord pour un plan de travail », rappelle-t-il. Et l’éventuel traité sur le commerce des armes, en cours de négociation à New York, est rendu difficile à cause des « intérêts économiques et du profit que des groupes de personnes tirent de la vente d’armes non transparente », dénonce-t-il.
Pour l’archevêque, la question des munitions est « très importante » : « si on ne contrôle pas aussi les munitions, on ne parvient pas à un traité solide », affirme-t-il.
Cependant, Mgr Tomasi y voit aussi une « nouveauté », saluant la volonté de « prendre des mesures pour un instrument global qui donne des règles pour le commerce d’armes conventionnelles avec transparence et responsabilité ».
A ce jour en effet, il n’existe aucune règlementation internationale sur le commerce des armes. Le Saint-Siège souhaite donc que cette initiative parvienne « à un résultat efficace ».
Le traité de New York, précise l’archevêque, vise à élaborer un instrument juridiquement contraignant pour réguler le commerce d’armes conventionnelles, tels « les chars d’assaut, les véhicules militaires, les systèmes d’artillerie, les avions et hélicoptère de combat, les navires de guerre, les petites armes et les munitions ».
Le traité contrôlera mais « n’interdira pas l’importation, l’exportation et le déplacement de ces armes », souligne-t-il, car l’objectif est de « réguler le transport d’armes sur un territoire, ainsi que l’exportation et l’importation, de façon que l’on sache où finissent ces armes et si elles ne tombent pas entre de mauvaises mains comme celles des narcotrafiquants, des terroristes ou de la criminalité urbaine ».
July 10, 2012 By Daryl G. Kimball and Tom Z. Collina / Arms Control Association (ACA) – defpro.com
In the coming weeks, following a long bipartisan tradition, President Barack Obama is expected to take a step away from the nuclear brink by proposing further reductions in U.S. and Russian arsenals. This would be a welcome step toward making the United States safer while redirecting defense dollars to higher priority needs.
It was President Ronald Reagan who, in 1986, shifted U.S. policy away from ever-higher nuclear stockpiles--which peaked at about 30,000 nuclear warheads--and started down the path of reductions that continues today. U.S. and Russian arsenals have now been reduced by more than two-thirds, and the world is safer for it.
U.S. Presidents Richard Nixon, Jimmy Carter, George H.W. Bush, Bill Clinton, and George W. Bush all contributed to reducing the nuclear threat. Within weeks, President Obama is expected to announce revisions to outdated U.S. nuclear deterrence requirements that would allow another round of U.S. and Russian nuclear stockpile reductions beyond those mandated by the 2010 New START treaty.
As President Obama said in March, "we have more nuclear weapons than we need. I firmly believe that we can ensure the security of the United States and our allies, maintain a strong deterrent against any threat, and still pursue further reductions in our nuclear arsenal."
MILITARY, BIPARTISAN SUPPORT
President Obama's efforts to reduce excess nuclear weapons stockpiles have strong military and bipartisan support. In April, Gen. James Cartwright, former Vice Chairman of the Joint Chiefs of Staff and commander of U.S. nuclear forces under President George W. Bush, called for reducing U.S. and Russian nuclear arsenals by 80 percent from current levels. He wrote, along with other authors including former Sen. Chuck Hagel (R-Neb.), that the current U.S. and Russian arsenals "vastly exceed what is needed to satisfy reasonable requirements of deterrence."
In March 2011, former Secretaries of State George Shultz and Henry Kissinger, former Secretary of Defense Bill Perry, and former Sen. Sam Nunn (D-Ga.) wrote that, "Deeper nuclear reductions... should remain a priority," and that the United States and Russia, which led the buildup for decades, "must continue to lead the build-down."
Senator Carl Levin (D-Mich.), chair of the Senate Armed Services Committee, said in June: "I can't see any reason for having as large an inventory as we are allowed to have under New START, in terms of real threat, potential threat." He added, "The more weapons that exist out there, the less secure we are, rather than the more secure we are."
Today, it is clear that the United States can maintain a credible deterrent at lower levels of nuclear weapons than the 1,550 deployed strategic warheads allowed by New START. There is no reasonable justification today for such high numbers.
DECISIONS EXPECTED SOON
President Obama and his National Security Staff are now considering options that could lead to major changes in the purpose, size and structure of the U.S. nuclear arsenal. The current process--known as the Nuclear Posture Review (NPR) Implementation Study--will also establish the basis for further nuclear arms reduction talks with Russia beyond New START.
The Obama administration outlined its approach to U.S. nuclear policy in its April 2010 NPR, which states that, "the fundamental role of U.S. nuclear forces is to deter nuclear attacks against the U.S. and our allies and partners." This is a major shift away from the Cold War-era strategy of "prevailing " in a nuclear war and using nuclear weapons to counter conventional military threats.
By signaling that the United States is prepared to accelerate reductions and go below New START ceilings, Washington could induce Moscow, which is already below New START levels, to rethink its plans to build up its forces, including a new long-range missile with multiple warheads. It could also eventually open the way for discussions with other nuclear-armed states to limit their stockpiles.
Further nuclear reductions would also help trim the high cost of maintaining and modernizing U.S. nuclear forces, which is estimated to cost $31 billion annually.
NUCLEAR WEAPONS STRATEGY, DETERRENCE, AND "OVERKILL"
Unlike earlier post-Cold War reviews in 1994 and 2001, Obama's 2010 NPR suggests that deploying thousands of strategic nuclear weapons to perform a wide range of missions, including defending U.S. forces or allies against conventional and chemical attacks, is neither appropriate nor necessary for security and stability in the 21st century.
To truly put an end to outdated Cold War thinking, President Obama should:
• Eliminate entire target categories from the current nuclear war plan, which now include a wide range of military forces, nuclear weapons infrastructure, and military and national leadership targets, and war-supporting infrastructure, mainly in Russia. These targeting assumptions were developed decades ago to deplete war-fighting assets rather than ensure there is a sufficient retaliatory capability to deter nuclear attack in the first place.
• Direct war planners to discard old assumptions for how much damage must be accomplished to ensure that a target is destroyed. Current plans require hitting many targets with more than one nuclear weapon. To deter a nuclear attack, adversaries need only realize the United States is capable of reducing key targets to radioactive rubble rather than a fine dust.
• Eliminate the practice of keeping nuclear weapons ready to launch within minutes. During the 2008 presidential campaign, Obama said the practice is "outdated" and "increases the risk of catastrophic accident or miscalculation." A reliable and credible U.S. nuclear deterrent does not require the ability to retaliate immediately if U.S. nuclear forces and command and control systems can survive an attack--and they can.
These and other changes would significantly reduce the number of targets and the number of nuclear weapons and delivery systems "required" to hit them.
Shifting to a more realistic, "nuclear deterrence only" strategy would allow for steep reductions in the number of strategic U.S. nuclear warheads (to 1,000 or fewer deployed and nondeployed) and the number of delivery vehicles (to 500 or less).
BY THE NUMBERS
During George H. W. Bush's four years in office, the total U.S. arsenal shrunk from about 22,200 weapons to 13,700--a 38 percent cut. In George W. Bush's eight years, the total U.S. arsenal dropped from about 10,500 weapons to just over 5,000--about 50 percent fewer.
Still, the U.S. and Russian arsenals remain by far the largest of any of the world's nuclear-armed states. Together the U.S. and Russia possess approximately 90% of all nuclear weapons.
Today, the U.S. and Russian nuclear stockpiles (not including warheads awaiting dismantlement) each exceed 5,000 nuclear bombs, any one of which could devastate Washington or Moscow.
As of March 1, 2012, the United States deployed some 1,737 strategic nuclear warheads and has approximately 500 operational tactical nuclear bombs, with an estimated 2,700 nondeployed warheads (i.e. warheads in reserve), putting the total number of active U.S. nuclear weapons at about 5,000.
Russia deploys some 1,492 strategic nuclear warheads, has an estimated 2,000 operational tactical nuclear bombs, and 2,000 in storage, for about 5,500 total.
Under New START each country is still allowed to deploy as many as 1,550 strategic nuclear weapons. Under current plans, thousands of additional warheads would be held in reserve.
Other than Russia, the only U.S. potential adversary with a significant nuclear arsenal is China, but Washington's arsenal of long-range strategic nuclear weapons outnumbers Beijing's by 30 to 1.
THE COST OF MAINTAINING NUCLEAR FORCES
Another factor the President and the Congress much consider is the significant cost of maintaining and modernizing U.S. nuclear forces.
According to a new study by the Stimson Center, U.S. spending on nuclear weapons is approximately $31 billion per year and the projected costs for maintaining and modernizing the current U.S. nuclear force will amount to hundreds of billions in the coming decade.
During the 2003 Senate hearings on the Strategic Offensive Reductions Treaty, then-Secretary of State Colin Powell noted: "We have every incentive to reduce the number [of nuclear weapons]. These are expensive. They take away from soldier pay. They take away from [operation and maintenance] investments. They take away from lots of things. There is no incentive to keep more than you believe you need for the security of the Nation."
Within the next couple of years, key decisions must be made regarding costly, long-term strategic submarine and bomber modernization programs.
The Navy is seeking 12 new nuclear-armed ballistic missile submarines to carry more than 1,000 nuclear warheads into the 2070s, at a total lifecycle cost of almost $350 billion. The Air Force wants a new, nuclear-armed strategic bomber that would cost at least $68 billion, as well as a new fleet of land-based ballistic missiles that would cost billions more.
In July 2011, then-Vice Chairman of the Joint Chiefs of Staff Gen. Cartwright explained that "... we have to recapitalize all three legs [of the nuclear triad], and we don't have the money to do it."
In January 2012, the Pentagon said it would delay procurement of the proposed Ohio-class replacement nuclear-armed submarine by two years, which could save some $6-7 billion in the next ten years. However, without a reduction in the size of the force, the overall cost of the program will remain the same, and take resources away from the Navy's other priority shipbuilding projects.
Significant cost reductions can only be achieved if Obama shifts U.S. nuclear policy and eliminates the current "requirements" for Cold War-sized nuclear forces. This would enable President Obama and the Congress to:
• Reduce the total number of new strategic subs it plans to buy in the coming years. By delaying procurement of new replacement subs by two years as now planned, and by reducing the current Trident nuclear-armed sub fleet from 14 to eight or fewer boats, and building no more than eight new nuclear-armed subs, the United States could save roughly $18 billion over 10 years, and $122 billion over the 50-year lifespan of the program.
• Delay spending on a new fleet of nuclear-capable strategic bombers. Given the Pentagon's plan to retain 60 of its existing nuclear-capable, long-range B-2 and B-52 bombers into the 2040s there is no rush to replace this capability. Delaying work on the new bomber program would save $18 billion over the next decade, according to the Pentagon.
• Reduce the land-based strategic missile force from 420 to 300 by cutting one squadron at each of the three Air Force bases where such missiles are deployed and foregoing a follow-on missile program to replace the existing force, which can be maintained for years to come.
There is bipartisan support for such steps. Sen. Tom Coburn (R-Okla.) proposed a plan in July 2011 outlining similar cuts to the nuclear force that he said would save $79 billion over the next ten years.
Fresh thinking is in order. The United States does not need and cannot afford oversized strategic nuclear forces. Programs that address low-priority threats can be scaled back to make room for more pressing national priorities and reduce the deficit.
By discarding outdated nuclear war plans, President Obama can open the way for lower U.S.-Russian nuclear force levels, enhance the prospects for mutual, verifiable reductions involving the world's other nuclear-armed states, and reduce the danger that nuclear weapons will be used ever again.
10 juil 2012 notes-geopolitiques.com
Enarque, spécialiste de l’intelligence économique, Claude Revel pose dans son dernier ouvrage une question dérangeante : La France, un pays sous influences ? (Vuibert, juin 2012). Sommes-nous encore libres de penser et d’agir ? N’est-il pas impératif de comprendre autour de quels nouveaux paradigmes s’articulent les relations internationales et en quoi des armes comme l’influence, aussi discrètes que redoutables, constituent des rouages-clés de la géopolitique ?
L’entretien ICI
03/07/2012 Par Laura Raim - lefigaro.fr
Les pays membres de l'ONU tentent de mettre au point le premier traité international réglementant le commerce des armes conventionnelles. Mais les obstacles sont très nombreux.
Le commerce des bananes est aujourd'hui plus strictement régulé que celui des tanks. C'est pour tenter de remédier à cette absurdité que les pays membres de l'ONU se réunissent jusqu'au 27 juillet à New York. Leur mission: mettre au point le premier traité international réglementant le commerce des armes conventionnelles (TCA).
Sur le papier, l'idée est simple: fixer des critères pour interdire la vente d'armes à des pays où il existe un «risque important» de «violation sérieuse» des droits de l'homme ou du droit humanitaire. Il s'agit notamment d'empêcher que les armes puissent être utilisées contre les populations civiles. Actuellement, seul «l'envoi d'armes par un pays tiers vers les rebelles ou un groupe infra-étatique quelconque qui lutte contre le gouvernement d'un autre pays» est interdit, explique Théodore Christakis, professeur de droit international. En revanche, rien dans le droit international n'empêche de livrer des armes à un régime qui massacre une partie de sa population. «Le commerce des armes conventionnelles relève de la souveraineté de chaque État, explique le directeur de l'Observatoire des armements Patrice Bouveret. Seul l'usage des armes est réglementé par les Conventions de Genève ou le droit de la guerre.»
Le contrôle incomberait aux États exportateurs eux-mêmes, qui devraient tenir un registre des transactions et autoriser (ou pas) les ventes des groupes industriels. Si un tel traité entrait en vigueur, la Russie, principal fournisseur de la Syrie, devrait en principe ne plus pouvoir armer le régime de Bachar el-Assad.
Ce projet est le fruit de quinze ans de mobilisation. En 1997, des Prix Nobel de la paix ont appelé à la création d'un Code de conduite sur le transfert d'armes qui, relayé en 2003 par la campagne mondiale «Contrôlez les armes», a conduit l'Assemblée générale des Nations unies à voter en 2006 une résolution pour entamer des négociations sur le TCA. Des négociations rendues crédibles par le soutien de Barack Obama et la participation des États-Unis, qui représentent à eux seuls 40% du marché.
Dans une tribune publiée lundi dans Libération et The Guardian, la France, la Grande-Bretagne, l'Allemagne et la Suède appellent à l'adoption d'un traité international «solide, efficace et juridiquement contraignant». Y a-t-il lieu d'espérer une telle avancée? De fait, les Européens, dont la France, quatrième exportateur mondial, n'ont pas attendu le reste du monde pour progresser en matière de contrôle. Depuis 2008, une «Position commune» détaille huit critères pour l'évaluation des demandes d'exportation d'armement (respect par le destinataire des traités internationaux et des droits humains, préservation de la paix régionale, risque éventuel de détournement, compatibilité avec les moyens techniques du pays importateur…).
Si ce texte est juridiquement contraignant, son application est inégale selon les États de l'UE et sujette à des interprétations divergentes qui permettent en pratique de contourner les règles. De fait, «la France vend bien des armes à l'Inde et au Pakistan, alors qu'il est théoriquement interdit d'alimenter les conflits régionaux», fait remarquer Patrice Bouveret.
D'ores et déjà, de nombreux pays font leur possible pour atténuer la portée d'un éventuel traité en pesant sur ses modalités. D'une part, les pays exportateurs sont soucieux de préserver leurs intérêts financiers: les États-Unis, qui produisent 6 milliards de balles par an, souhaitent exclure du traité les munitions, et la Chine les armes légères, dont elle inonde les pays en développement. La Russie, deuxième exportateur mondial, préfère insister sur la lutte contre le trafic d'armes, par opposition au commerce légal. D'autre part, plusieurs États rechignent à se soumettre à un texte vraiment contraignant: les États-Unis ne veulent pas que le critère de non-violation des droits de l'homme soit formellement obligatoire, critère jugé hautement subjectif et idéologique par la Russie, la Chine et les pays arabes.
«Même les États officiellement partisans d'un plus grand contrôle ont en réalité intérêt à maintenir des zones grises dans la législation qui laissent une certaine marge de manœuvre pour pouvoir agir discrètement s'ils en ont besoin», précise Patrice Bouveret.
Les importateurs sont tout aussi réticents. Selon un document de travail de l'ONU, l'Inde - plus gros importateur mondial d'armes - le Pakistan, le Japon ou l'Arabie saoudite font valoir «le droit de légitime défense», c'est-à-dire la liberté pour un pays d'équiper ses forces de sécurité. L'Inde, l'Égypte, le Vietnam demandent en outre que les pièces détachées ne fassent pas partie de la discussion.
Rien ne garantit donc que la conférence débouche sur un traité significatif, d'autant que les États-Unis ont obtenu que le texte ne puisse être adopté qu'à l'unanimité. Les ONG espèrent cependant qu'en cas de veto, le projet sera présenté devant l'assemblée générale de l'ONU, où sa ratification nécessiterait seulement la majorité des deux tiers.
02 July 2012 defenceWeb (Reuters)
Delegates from around the world gather in New York on Monday for the start of month-long U.N.-hosted negotiations to hammer out the first-ever binding treaty to regulate the global weapons market, valued at more than $60 billion a year.
Arms control campaigners say one person every minute dies as a result of armed violence around the world and that a convention is needed to prevent illicitly traded guns from pouring into conflict zones and fueling wars and atrocities.
Most U.N. member states favor a strong treaty.
If they get their way, all signatories would be charged with enforcing compliance to any treaty by companies that produce arms and with taking steps to prevent rogue dealers from operating within their borders, Reuters reports.
They say conflicts in Syria and elsewhere cast a shadow over the talks, reminding delegates of the urgency of the situation.
"In Syria, Sudan and the Great Lakes of Africa, the world is now once again bearing witness to the horrific human cost of the reckless and overly secret arms trade," said Brian Wood, international arms control and human rights manager at Amnesty International.
"Why should millions more people be killed and lives devastated before leaders wake up and take decisive action to properly control international arms transfers?" he said.
There is no guarantee the July 2-27 negotiations will produce a treaty, let alone a good one. In February, preparatory talks on the ground rules for this month's talks nearly collapsed due to procedural wrangling and other disagreements.
In the end, the United States and other countries succeeded in ensuring the treaty must be approved unanimously, so any one country can effectively veto a deal.
But the treaty may not be doomed if that happens. Wood said nations that support a strong pact could bring a treaty to the 193-nation U.N. General Assembly and adopt it with a two-thirds majority vote if there is no consensus in July.
There are deep divisions on key issues to be tackled in the treaty negotiations, such as whether human rights should be a mandatory criterion for determining whether governments should permit weapons exports to specific countries.
Arms control advocates say a strong treaty is long overdue.
"It is an absurd and deadly reality that there are currently global rules governing the trade of fruit and dinosaur bones, but not ones for the trade of guns and tanks," said Jeff Abramson, director of Control Arms.
EYES ON SYRIA
Abramson, Amnesty's Wood and Anna Macdonald of Oxfam spoke with reporters on Friday about the negotiations.
Much of the discussion revolved around Russia's arms supplies to Syria, where President Bashar al-Assad's 16-month assault on an increasingly militarized opposition has killed over 10,000 people. Russia is Assad's top arms supplier.
Wood said Russia is not the only culprit in Syria, one of many conflicts fed by unregulated arms deliveries. Western nations have also helped Assad. There are tanks on Syrian streets, Wood said, that come from Slovakia, upgraded by Italy.
Oxfam's Macdonald said: "From Congo to Libya, from Syria to Mali, all have suffered from the unregulated trade in weapons and ammunition allowing those conflicts to cause immeasurable suffering and go on far too long. In the next few weeks, diplomats will either change the world - or fail the world."
One senior Western diplomat said the Syrian conflict has led to a "polarization" within the arms trade talks, with Russia becoming increasingly defensive about arms supplies to its ally Damascus that it says have nothing to do with the conflict.
The campaigners outlined what they want to see in the treaty. Governments should be required to regulate the sale and transfer of all weapons, arms, munitions and equipment used in military and domestic security activities, ranging from armored vehicles, missiles and aircraft to small arms and ammunition.
Governments should also be required to make risk assessments before authorizing arms sales, make public all authorizations and deliveries and track their use. Trading without permission or diverting arms should be made a crime, they said.
One of the reasons this month's negotiations are taking place is that the United States, the world's biggest arms trader accounting for over 40 percent of global conventional arms transfers, reversed U.S. policy on the issue after Barack Obama became president and decided in 2009 to support a treaty.
But U.S. officials say Washington insisted in February on having the ability to "veto a weak treaty" during this month's talks, if necessary. It also seeks to protect U.S. domestic rights to bear arms - a sensitive issue in the United States.
The other five top arms suppliers are Britain, China, France, Germany and Russia.
Wood, Macdonald and Abramson said some of the top arms trading countries have been joining other nations in an attempt to weaken the treaty. They said the United States, China, Syria and Egypt were pushing to exclude ammunition.
China, they added, wants to exempt small arms, while several Middle East states oppose making compliance with human rights norms a mandatory criterion for allowing arms deliveries.
27 juin 2012 Vincent Jauvert – Blog Affaires Etrangeres
C’est un débat impossible - et pourtant indispensable.
A quoi sert aujourd’hui la force de frappe française ?
Le 19 juin, Michel Rocard a déclaré que si on voulait réduire le déficit budgétaire, on pouvait la « supprimer » purement et simplement, que les « 16 milliards » qu’elle coûte, selon lui, chaque année, « ne servent absolument à rien ». Même s’il les a corrigés par la suite, les propos de l’ancien Premier ministre, lui-même fils de l’un des concepteurs de l’arme nucléaire française, ont suscité une levée de boucliers.
D’abord parce que ses chiffres étaient faux. La dissuasion coûte entre 3 et 4 milliards d’euros par an – et non 16. Surtout, parce que, à l’exception des écologistes, la force de frappe est considérée comme intouchable par la classe politique française.
Mais cette dernière a-t-elle réellement réfléchi à la question ?
A l’UMP comme au PS, on vante les vertus de la bombe comme instrument central de la sécurité de la France. « Ce serait une très très grave erreur stratégique que de baisser la garde de la défense française aujourd’hui », a déclaré, indigné, Alain Juppé. «On ne fait pas d’économie sur notre assurance vie », a dit, lui, le ministre de la Défense Jean Yves Le Drian.
Mais la dissuasion est-elle vraiment indispensable à la sécurité de la France ? L’Allemagne, l’Afrique du Sud ou le Brésil, qui n’en sont pas dotés, sont-ils plus en danger que notre pays ? Le débat n’a pas eu lieu depuis des décennies.
A droite comme à gauche, on insiste aussi sur l’importance l’arme nucléaire pour le statut de la France dans le monde. Le patron des députés UMP, Christian Jacob, l’assure : « Ce qui fait que la France pèse sur la scène internationale, c’est qu’elle a la force de dissuasion ». Et le ministre socialiste de la Défense a dit à peu près la même chose, oubliant que, signataire du traité sur la non-prolifération, la France s’est engagée à mener de « bonne foi » des négociations visant au désarmement nucléaire.