07/10/2015 par William Leday, Maître de conférence en relations internationales (à Sciences Po Paris et à l'INALCO)
INTERNATIONAL - Nul besoin d'avoir effectué une formation militaire pour saisir la complexité que recouvre une intervention occidentale au sol en Syrie et en Irak. S'il est possible de réduire l'Etat islamique, il sera beaucoup plus difficile de l'anéantir. Cela tient à la nature même d'une organisation multidimensionnelle en rhizome dotée d'une idéologie en capacité de susciter des adhésions et des allégeances à travers le monde, à son emprise totalisante et totalitaire sur les populations qu'elle contrôle, mais aussi et surtout à l'absence d'institutions et de projet politique alternatif de la part de ses détracteurs locaux.
Les guerres de ces dernières années sont riches d'enseignement. L'histoire montre en effet que des opérations aériennes, même assorties d'action au sol de la part de forces spéciales, ne garantissent pas l'anéantissement de pareils adversaires. Dans les années 90, après la libération du Koweït en 1991, le régime de Saddam Hussein ne s'est pas effondré face à l'aviation de la coalition et au blocus que lui infligea la communauté internationale. Au contraire, et le chercheur Pierre-Jean Luizard le démontre, le pouvoir irakien a su se réinventer en s'appuyant sur les solidarités traditionnelles. Au titre des contre-exemples, on peut citer la guerre du Kosovo, qui a vu une offensive arienne faire céder la Serbie de Slobodan Milosevic ou l'opération Enduring Freedom en Afghanistan. Cette dernière était une savante combinaison d'opérations aériennes et d'actions au sol menées avec des alliées locaux - l'Alliance du Nord de Ahmed Chah Massoud - appuyés par des forces spéciales. Dans le cas qui nous occupe, dès les premiers jours de frappes, Daech a réorganisé ses unités, réadapté son dispositif et sa stratégie.
Suite de l’article
commenter cet article …

