Overblog Tous les blogs Top blogs Entreprises & Marques Tous les blogs Entreprises & Marques
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
17 décembre 2011 6 17 /12 /décembre /2011 12:40

http://www.dassault-aviation.com/uploads/tx_templavoila/Heron_TP_200.jpg

source dassault-aviation.com

 

16.12.2011 Vincent Lamigeon, journaliste à Challenges - SUPERSONIQUE

 

C’est le genre de journée qui va redonner le sourire à Charles Edelstenne. Après les coups de boutoirs émirati et suisse sur le Rafale, le coup de semonce du Sénat qui avait coupé le financement du drone Heron TP proposé aux forces françaises par Dassault et l’israélien IAI, le patron de Dassault Aviation a pu se consoler hier avec deux annonces qui résonnent comme autant de bonnes nouvelles. Un, l’Assemblée nationale, via un amendement du député socialiste Jean-Claude Viollet, est opportunément venue au secours de Gérard Longuet et de Dassault en rétablissant le financement du Heron TP, sans pour autant répondre sérieusement à un seul des solides arguments des sénateurs. Deux, Thales, sa filiale à 26%, a fait un pas de plus vers la consolidation de l’industrie française de défense, en exerçant son option pour passer de 25 à 35% du capital de DCNS, et en ouvrant des discussions pour rapprocher ses activités de munitions avec Nexter (ex-Giat).

 

Le microcosme de la défense française se demandait depuis quelques jours si l’Etat avait lâché Dassault. Après la journée d’hier, la réponse est claire : en aucun cas. Avec les opérations DCNS et Nexter, l’Etat fait même de Thales, filiale à 26% de Dassault Aviation, le fédérateur de toute l’industrie de défense française, à l'image d'un BAE Systems (photo AFP) au Royaume-Uni. Côté terrestre, en lui permettant de commencer à mettre la main sur Nexter : les discussions prévoient déjà une montée de Thales au capital du groupe, peut-être autour de 15%. Il est probable que le groupe français souhaite monter encore plus au capital de Nexter, voire éventuellement intégrer d’autres acteurs français, type Panhard ou Renault Trucks Défense.

 

Côté naval, Thales monte aussi en puissance en intégrant progressivement le champion national DCNS, qui présente le double avantage d’être un des rares grands industriels français du secteur à savoir encore exporter ses produits (BPC en Russie, sous-marins en Malaisie, au Brésil, au Chili ou en Inde, et bientôt corvettes en Malaisie), et d’avoir un carnet de commandes rempli avec la Marine française (frégates multi-missions FREMM et sous-marins d’attaque Barracuda).

 

Dassault, Thales, DCNS, EADS, Nexter, BAE, Finmeccanica

 

Dassault n’est pas le premier industriel à vouloir appliquer cette stratégie de champion national. Le britannique BAE l’avait fait avant lui, en reprenant une bonne partie des industriels nationaux de défense terrestre (Alvis Vickers) et navale (Yarrow Shipbuilders, via le rachat de Marconi Electronic Systems) dans les années 1990 et 2000. Idem en Italie, où le champion national Finmeccanica avait successivement repris OTO Melara (artillerie, véhicules militaires), Agusta (hélicoptères), Telespazio (services satellitaires) ou Aermacchi (avions d’entraînement). L’exécutif semble avoir clairement choisi Thales, donc Dassault, comme fédérateur de l’industrie française, au détriment de rapprochements européens dont EADS aurait pu être l’aiguillon. Rien de nouveau, donc, depuis le veto de l’Elysée à l’offre d’EADS sur Thales.

 

Ce choix national n’est pas condamnable a priori. Ce qui l’est plus, c’est le décalage avec le discours politique sur la nécessité de rapprochements européens dont aucun n’avance vraiment. Où en est le fameux drone de surveillance franco-britannique prévu pour 2020 ? Au point mort, BAE semblant être peu enclin à investir dans le projet Telemos avec Dassault alors que le gouvernement britannique achète des drones américains Reaper à tour de bras, et envisage de mettre en compétition le Telemos face au Talarion d’EADS et le Reaper de General Atomics. Rien de nouveau non plus sur un rapprochement entre  DCNS et l’allemand TKMS, que Dassault refuse. Au contraire, les armes se fourbissent entre un front franco-britannique plus vacillant qu'il n'y paraît et un début d'alliance germano-italienne, avec l'accord entre Alenia et Cassidian sur le segment des drones MALE.

 

Le fond du problème, c’est que la consolidation sur des bases nationales, aussi bien au Royaume-Uni qu’en Italie, a été menée à bien en parallèle avec une stratégie ambitieuse sur le premier marché mondial, les Etats-Unis. BAE Systems, notamment avec le rachat de l’américain United Defense Industries, est définitivement devenu un groupe plus américain que britannique. Finmeccanica joue aussi clairement la carte transatlantique : il a mis la main fin 2008 sur DRS Technologie, autre fournisseur majeur du Pentagone. Ce tropisme américain totalement assumé leur permet des marges et une activité incomparables à celles obtenues sur les marchés européens.

 

Un pôle français autour de Dassault-Thales, comme il semble se dessiner, n’aurait pas une telle présence sur ce marché américain, de loin le plus gros et le plus rentable. Vu la contraction des budgets de défense sur son marché domestique, il serait donc condamné à des performances export bien supérieures à celles qu’il affiche actuellement, avec une concurrence acharnée des BAE, Finmeccanica, TKMS, Rheinmetall, Krauss Mafei, Fincantieri ou Navantia. La France est-elle prête à prendre ce risque ?

Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : RP Defense
  • : Web review defence industry - Revue du web industrie de défense - company information - news in France, Europe and elsewhere ...
  • Contact

Recherche

Articles Récents

Categories