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19 novembre 2013 2 19 /11 /novembre /2013 11:55
Le projet de la DGSE pour exploiter les données numériques

Le projet iMMENSE, lancé en 2013, vise à exploiter la quantité gigantesque de données recueillies par les grandes oreilles du renseignement

 

18/11/2013 Par Dominique Hermann - Le Point.fr

 

Jean Guisnel révèle dans la réédition de Guerres dans le cyberespace le projet qui fédère les efforts des entreprises françaises pour analyser nos données.

 

La découverte de l'organisation du pillage mondial des données numériques par la NSA (National Security Agency) américaine ne date pas des révélations du lanceur d'alertes Edward Snowden en juin 2013. Depuis le début des années 1980, les activités d'espionnage de ce service sont connues dans leurs grandes lignes, notamment par les travaux des journalistes James Bamford et Duncan Campbell. Naguère orientées vers le bloc soviétique, les écoutes des communication par câble sous-marin ou des ondes hertziennes émises sur la surface de la terre ou par les satellites ont été progressivement complétées par des interceptions sur l'Internet. Dès sa généralisation au début des années 1990, le réseau des réseaux a fait l'objet d'écoutes globales, légales ou illégales, mais bien réelles.

 

En France, notre confrère Jean Guisnel a été l'un des premiers à travailler sur ces questions. Dès 1995, il publiait aux éditions La Découverte un livre qui a fait date, Guerres dans le cyberespace, services secrets et Internet. Réédité en 1997 dans une nouvelle version, traduit notamment aux États-Unis et en Chine, ce livre qui n'a pris que peu de rides fait aujourd'hui l'objet d'une réédition. Dans son "jus" de l'époque, il permet de mettre en perspective les révélations de Snowden. Ses révélations illustrent, détaillent et documentent une entreprise de siphonnage numérique globale déjà connue.

 

Un iMMENSE projet

 

Dans sa postface inédite rédigée pour cette nouvelle édition, Jean Guisnel revient sur les efforts des services de renseignements français pour recueillir les informations numérisées, mais qu'il s'agit désormais d'exploiter. Car c'est là que le bât blesse, y compris pour la NSA. Notre collaborateur relève ainsi l'existence d'un programme mal connu, non clandestin, mais très discret, lancé au début de l'année 2013 par la DGSE. Sous couvert du ministère de la Défense, ce projet opportunément baptisé iMMENSE (sic) a été initié dans le cadre de l'Institut de recherche technologique SystemX, situé sur le campus de Saclay 13. Le communiqué de presse diffusé le 14 novembre 2012 à l'occasion de la naissance de ce centre de recherche précisait que sa vocation était de "développer des briques technologiques permettant de piloter les systèmes complexes dans de nombreux secteurs interactifs en termes d'innovation et en pleine révolution technologique : réseaux multimodaux de transport, réseaux intelligents d'énergie, systèmes de traitement de données pour la sécurité". Ce "traitement de données pour la sécurité" se situe désormais au coeur des efforts scientifiques de la communauté du renseignement et des entreprises qui travaillent à son profit. Et c'est au sein de ce pôle SystemX que se développe iMMENSE, depuis février 2013.

 

Pilotage par la DGSE

Il est piloté par un ingénieur du Commissariat à l'énergie atomique, Géraud Canet. Un autre cadre du CEA, détaché au service technique de la DGSE et dont l'identité (que nous connaissons) est à ce titre couverte par le "secret défense", est en réalité la cheville ouvrière du programme. Le "club des utilisateurs" de ce projet ne compte officiellement que deux membres : la Direction générale pour l'armement et le ministère de la Défense, tandis que les "partenaires" sont au nombre de dix, tous leaders français et parfois mondiaux dans leur domaine qui n'est autre, de près ou de loin, que le renseignement : EADS, Exalead (moteurs de recherche, filiale de Dassault Systèmes), AMI (veille stratégique), Vecsys (reconnaissance vocale, filiale de Bertin Technologies), Systran (traduction automatique), TEMIS (extraction d'informations structurées de bases de données massives), Vocapia (traitement du langage, passage de la voix au texte, identification du locuteur). Les partenaires d'État sont le Commissariat à l'énergie atomique, l'INRIA, le CNRS et le LNE (Laboratoire national d'essai).

Les défis à relever sont ainsi décrits par SystemX : "Développements, évaluations et mises en oeuvre dans le domaine de la sécurité d'applications dédiées à l'exploitation de données multimédias multilingues à large échelle". Le contexte vu par les chercheurs est le suivant : "Explosion de la quantité et de la diversité des supports de communication. Média (texte, image, vidéo, parole) ; environnements (réseaux sociaux, SMS, mails...) ; langues et dialectes". Les difficultés sont succinctement recensées : "Multimédia : traitement de documents hybrides (texte, image, parole, données...). Multilingue : panel de langues important, possibilité d'intégrer de nouvelles langues. Large échelle : traitement de masse important de données."

Les objectifs de ce projet sont clairs : "Faire progresser la qualité, la performance et la maturité des systèmes logiciels et modules existants dédiés à l'analyse des contenus multimédias et multilingues. Faire émerger de nouvelles approches algorithmiques d'analyse de contenus, en favoriser l'interopérabilité et l'évaluation." On le voit de façon limpide : tous les domaines évoqués sont ceux qui intéressent prodigieusement les services de renseignements !

 

 

Jean Guisnel, Guerres dans le cyberspace, services secrets et Internet, avec une postface inédite de l'auteur, La Découverte, 346 pages, 25 euros

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