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8 novembre 2013 5 08 /11 /novembre /2013 08:49
L'agence de surveillance GCHQ, cette petite sœur britannique choyée par la NSA

Le quartier général de la GCHQ,  près de Cheltenham, dans l'ouest  de l'Angleterre, est surnommé le «doughnut».

 

07/11/2013 Par Florentin Collomp – LeFigaro.fr

 

Le Government Communications Headquarters, la plus importante agence de renseignement britannique avec 6 130 employés, est aussi la plus méconnue.

 

Quand on appelle le standard du GCHQ, on est tout de suite mis dans l'ambiance: «Merci pour votre appel qui peut être enregistré pour des raisons légales». Au service de presse, pas la moindre opération de relations publiques. «Nous ne commentons pas les allégations récentes parues dans les journaux», répond-on sèchement. Le très discret chef du service de renseignement britannique, Iain Lobban, ne s'en cache pas sur le site Internet de l'agence: «Nous sommes une organisation secrète. Nous ne pouvons pas rendre public tout ce que nous faisons.»

 

Le MI6 a James Bond. Le MI5 a sa série télé (Spooks, MI5 en VF). Le Government Communications Headquarters (GCHQ), troisième et plus importante agence de renseignement britannique, est aussi la plus méconnue. Jusqu'à ce que les révélations d'Edward Snowden dans le Guardian montrent l'ampleur des interceptions pratiquées à grande échelle, main dans la main avec la National Security Agency (NSA) américaine. Des découvertes qui ont provoqué un choc international et auraient surpris jusqu'au plus haut niveau de l'État britannique. Selon l'ancien ministre Chris Huhne, le gouvernement et le Conseil national de sécurité n'étaient pas au courant de toutes ces pratiques.

 

Dans son siège près de Cheltenham, dans l'ouest de l'Angleterre, surnommé le «doughnut» pour sa forme circulaire, et ses deux annexes de Cornouailles et du Yorkshire, les 6 130 employés du GCHQ sont des espions des temps modernes, assis derrière des ordinateurs. Officiellement, ils assurent la sécurité numérique de l'État et des services britanniques, déchiffrent les communications ennemies et mènent des opérations contre la cybercriminalité.

 

Le GCHQ recrute des cracks des maths et parfois des pirates informatiques sélectionnés lors de concours en ligne pour décrypter des énigmes complexes. L'agence est associée à la NSA dans le programme d'interceptions des communications électroniques Echelon. Depuis les révélations de Snowden, on sait aussi qu'elle est un maillon important du dispositif Prism qui enregistre les données des utilisateurs de Google, Facebook ou Yahoo. Et que, à travers le système Tempora lancé en 2011, elle détourne tous les échanges (téléphoniques, mails, données Internet) transitant par les câbles transatlantiques sous-marins qui débouchent, commodément, au pied de son antenne de Cornouailles, pour les stocker dans ses serveurs jusqu'à 30 jours.

 

Rien n'échappe à ses grandes oreilles. «Les utilisateurs lambda se croyaient protégés par l'immensité des volumes de données échangées sur Internet. Or on a vu que ce n'était pas un problème pour la NSA et le GCHQ, qui depuis cinq ans, ont complètement rattrapé leur retard pour contrôler l'intégralité d'Internet», explique Richard Aldrich, auteur d'un livre sur le GCHQ.

 

Il y a encore vingt-cinq ans, l'organisation n'était tout simplement pas censée exister. «La règle était que si le gouvernement était interrogé sur l'agence, il ne répondait jamais», raconte Arthur Bonsall, ex-directeur du GCHQ dans les années 1970. À la retraite depuis trente ans, il n'a que récemment révélé à sa famille ses anciennes fonctions. Le GCHQ est l'hériter du service de cryptographie de Bletchley Park qui a percé le code nazi Enigma pendant la guerre - un exploit qui n'a lui-même été rendu public que trente ans plus tard.

 

Son action est mentionnée dans les médias au début des années 1980 à l'occasion du scandale d'un agent double britannique retourné par les Russes. Mais le GCHQ n'est doté d'une existence légale qu'en 1994 par l'Intelligence Services Act. C'est cette loi, votée alors qu'Internet en était à ses balbutiements, qui encadre aujourd'hui ses activités. Une législation tellement floue que certains parlementaires se demandent si elle n'a pas été conçue exprès pour laisser une totale liberté au service. Ainsi, des mandats judiciaires automatiquement renouvelés tous les six mois autorisent les interceptions de données par le GCHQ.

 

Cette flexibilité juridique est mise à profit dans la répartition des tâches avec la NSA soumise, elle, à davantage de garde-fous légaux. «C'est parfois difficile de faire la distinction entre les deux agences», note Ian Brown, du Cyber Security Centre d'Oxford. Les États-Unis ont même accordé des dizaines de millions de dollars de financement à des programmes développés par le GCHQ, dont le budget annuel (secret) est évalué par les spécialistes à un milliard de livres (1,2 milliard d'euros environ). «Nous avons des cerveaux, ils ont de l'argent. C'est une collaboration dont nous pouvons être fiers», a commenté jeudi David Omand, ancien patron du GCHQ.

 

Des notes internes du GCHQ révélées par le Guardian s'inquiétaient récemment des risques «d'un débat public préjudiciable qui pourrait conduire à une contestation judiciaire du régime actuel». Trois associations de protection des libertés publiques britanniques (Big Brother Watch, The Open Rights Group et English Pen) ont déposé plainte contre lui devant la Cour européenne des droits de l'homme à Strasbourg. «La supervision politique du renseignement a été mise à mal et doit être revue. En jetant la pierre à Snowden et au Guardian pour violation de secrets d'État, certains politiciens tentent en réalité de masquer leur embarras face à leur ignorance du sujet», critique le député conservateur Dominic Raab, rare voix discordante dans ce débat.

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