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3 mai 2016 2 03 /05 /mai /2016 06:55
photo ONERA

photo ONERA

 

03/05/2016 par Alain Establier - SECURITY DEFENSE Business Review n°149

 

SDBR : L’ONERA va fêter ses 70 ans le 3 Mai 2016. Qu’est-ce qui différencie l’ONERA de 1946 et celui d’aujourd’hui ?

 

Bruno Sainjon : L’Office National d’Etudes  et de Recherche Aérospatiales (ONERA) a été créé le 3 mai 1946 par une loi votée à l'unanimité par l'Assemblée Nationale Constituante. Cette création s’inscrivait dans l’affirmation d’une politique ambitieuse visant à redonner, au sortir de la seconde guerre mondiale, à notre industrie aéronautique et à notre Défense leurs lettres de noblesse. Pour relever un tel défi, il convenait de donner à la France les moyens d’acquérir un haut niveau d’excellence scientifique et technique. C’est pourquoi l’Etat a notamment confié à l’ONERA, parmi ses missions, celles de développer et d’orienter les recherches dans le domaine aéronautique civil et militaire, de concevoir, réaliser et mettre en œuvre les moyens nécessaires à l’exécution de ces recherches et d’en favoriser la valorisation par l’industrie. Quinze ans plus tard, ces missions ont été élargies à la dissuasion et au spatial. Pendant 70 ans, l’ONERA a rempli avec succès l’ensemble des missions qui lui ont été confiées, dans des conditions parfois difficiles. Il est à l’origine de formidables réussites et relève, aujourd’hui comme hier, les défis de l’aéronautique et de l’espace du futur. Les personnels de l’ONERA peuvent, sans fausse modestie et très légitimement, s’enorgueillir du fait que la grande majorité des grands programmes civils et militaires qui ont donné à notre industrie et, à travers elle, à la France et à l’Europe, sa force technologique et économique actuelle, comporte une très forte dose d’« ONERA inside ». Tout cela n’aurait pu s’accomplir sans le haut niveau de compétences scientifiques et techniques des personnels de l’ONERA qui n’ont ménagé ni leurs talents, ni leurs peines pour hisser l’Office au meilleur niveau mondial. Aujourd’hui, nous mettons tout en œuvre pour que les réalisations futures soient à la hauteur de celles passées.

 

Quelle situation avez-vous trouvé à votre arrivée à l’ONERA mi 2014 ?

 

Comme il est d’usage, la Cour des comptes nous a communiqué fin-2014 un projet de rapport (rendu public en septembre 2015) sur les comptes et la gestion de l'ONERA de 2008 à 2013. Si l’ONERA y est reconnu pour la qualité de ses personnels et son excellence scientifique, la situation décrite par la Cour était pour le moins alarmante, même si les critiques formulées concernaient autant l’environnement de l’ONERA que l’Office lui-même. La Cour a ainsi estimé que l’Office souffrait de l’absence de réflexion stratégique, aussi bien sur son positionnement concurrentiel et le périmètre de ses activités que sur son organisation territoriale. «Le défaut d’implication de la tutelle (le MINDEF), les dysfonctionnements du conseil d’administration et l’insuffisance de l’évaluation scientifique ont notamment contribué à cet état de fait au cours de la période contrôlée» ont écrit les magistrats. Dans le nombre de points qu’il fallait résoudre, la Cour mettait en avant l’absence de plan stratégique scientifique (PSS). Avant la parution de ce rapport nous avions identifié ce manque et, dès septembre 2014, nous avons lancé une grande réflexion interne pour faire émerger, par les personnels eux-mêmes, des idées pour écrire l’avenir scientifique de l’ONERA. L’exercice a été mené d’abord par domaines scientifiques, puis a été complété progressivement par une vision transverse plus finalisée.

 

L’exercice collectif a t-il réussi ?

 

Oui, car début 2015 nous avons pu constituer 2 documents assez complets et même trop détaillés sur nos savoir-faire pour être diffusables hors de l’ONERA. Ils ont servi à Stéphane Andrieux, directeur scientifique général qui venait d’arriver, pour faire une réécriture du PSS synthétique et communicable à nos partenaires (DGA, DGAC, CNES, Dassault, Thales, Safran, Gifas, etc.) avec qui nous avons eu ensuite des rencontres bilatérales. Ces rencontres ont permis de recueillir leurs attentes et de les confronter à des groupes de collaborateurs et de grands anciens, ainsi bien sûr qu’à notre haut conseil scientifique. Le résultat de ce croisement vision interne / vision externe est un document de 60 pages intitulé «Plan Stratégique Scientifique 2015-2025». Ce document sera vivant et sera complété par des feuilles de route au fil de l’eau. En parallèle, j’avais noté dans mon tour de la maison qu’on me présentait de très nombreux sujets, où l’ONERA était souvent à la pointe des connaissances mondiales, totalement méconnus de l’extérieur y compris de nos partenaires publics ou privés. Pour transformer l’ONERA en maison de verre, nous avons lancé une enquête interne sur les pépites passées ou actuelles que nous pourrions montrer à l’extérieur. Le travail du chercheur d’or a ensuite consisté non pas à trouver des pépites, mais à sélectionner les plus remarquables pour arriver aux «39 pépites de l’ONERA» (contributions à l’industrie aérospatiale de la France et de l’Europe), regroupées dans un petit fascicule disponible sur notre site web**.

 

Est-ce que cela a permis de changer l’image de l’ONERA ?

 

Difficile de répondre sans instruments de mesure, mais mes interlocuteurs me disent que notre image a changé en bien, et c’est aussi ce que les médias écrivent. Cela en tout cas a contribué à rappeler nos missions, les enjeux et nos réussites. D’ailleurs, depuis un an et demi, 7 collaborateurs de l’ONERA ont été décorés de la Légion d’honneur ou de l’ordre national du Mérite, ce qui à mon sens fait partie des nombreux signaux de reconnaissance de l’apport essentiel de l’Office à la recherche française en matière d’aéronautique, de spatial et de Défense. Par exemple, le décollage d’Airbus en tant qu’industriel est dû en grande partie au succès de l’A320 et à son système de commandes de vol électriques, technologie provenant du militaire et issue de recherches menées  par l’ONERA. Autre exemple, les lois de guidage-pilotage de nos sous-marins nucléaires lanceurs d’engins ou du porte-avions Charles de Gaulle viennent d’une déclinaison des travaux de l’ONERA, à partir de ceux faits sur les avions d’Airbus. Qui s’en souvenait ? Nous échangeons d’ailleurs beaucoup avec DCNS en ce moment… Pour revenir à votre question de départ, ce qui est resté de l’ONERA des débuts c’est l’excellence scientifique. Ce sur quoi il faut être attentif, c’est sa capacité à continuer à disposer des meilleures compétences scientifiques et de personnels motivés, qui constituent son principal capital, et de lui redonner la capacité d’investissement dans les installations scientifiques nécessaires.

 

Quelles sont les grandes forces de l’ONERA ?

 

Tout d’abord, le fait de travailler à la fois sur le civil et sur le militaire, ce qui est le cas de peu d’organismes en Europe. La France a toujours défendu, en parfaite entente entre services de l’Etat et industriels, l’intérêt de ce domaine élargi ; il en est de même en matière de recherche. L’ONERA couvre tout le spectre, y compris la sécurité. Autre grande force, notre capacité, dans chacune de nos disciplines, à nous baser sur un triptyque théorie sciences connaissances / simulations numériques / expérimentations. J’y ajoute la capacité à avoir une vision transverse et à associer, dans les finalités, des personnes de différentes disciplines scientifiques. Il est indispensable, en recherche fondamentale, de préserver cette approche matricielle plutôt qu’une organisation en silos. Cette organisation a permis par exemple de développer, seuls et de bout en bout, un outil opérationnel de surveillance de l’espace: le système de veille «Graves»**. Nous travaillons aujourd’hui à la suite de ce système mis en activité en 2005 et opéré depuis par l’Armée de l’Air.

 

Pouvez-vous nous parler des retours des industriels à votre présentation stratégique scientifique?

 

Nous avons eu des retours de natures différentes. Certains industriels voudraient nous voir cantonnés à la recherche plus fondamentale, pour ensuite leur transférer le savoir et qu’ils prennent le relais. D’autres, comme Safran, souhaiteraient que nous allions très loin dans les TRL***, jusqu’à des démonstrateurs mis au point ensemble. Ceci n’est pas nouveau. Par exemple, concernant l’hélicoptère H160 d’Airbus (successeur du dauphin) et ses pales extrêmement profilées aux extrémités ressemblant à des boomerangs, cette innovation est née d’un contrat de recherche entre la DGA et l’ONERA (1994) pour diminuer le bruit des pales d’hélicos en améliorant leur portance. Après 8 ans de recherches entre DGA et ONERA, en progressant dans les TRL, le relai a été pris par la DGAC qui a financé la poursuite des travaux au couple ONERA / Airbus, pendant près d’une dizaine d’années, pour développer un objet industrialisable (l’ONERA a des brevets sur cette pale); l’ONERA s’est ensuite retiré pour laisser Airbus développer son produit industriel qui devrait entrer en service avant la fin de la décennie, soit environ 25 ans après les premiers travaux. Ceci pour souligner le temps qu’il faut pour passer d’une idée scientifique innovante, de rupture, à un produit de haute technologie commercialisable. Or, force est de constater que compte tenu des contraintes budgétaires,  les projets de court terme absorbent les financements au détriment de la recherche. Heureusement, le Ministère de la Défense, mais aussi de nombreux parlementaires, députés et sénateurs, se réapproprient l’ONERA aujourd’hui, comme le rapport de la députée Isabelle Bruneau le prouve  (http://www.assemblee-nationale.fr/14/budget/plf2016/a3115-tII.asp). 

  

Par rapport au DLR allemand, avez-vous des moyens comparables ?

 

L’ONERA compte aujourd’hui 1750 collaborateurs (il y en avait 2600 début 1990) et 250 doctorants. Dans le même temps, la partie aéronautique du DLR (centre  national  de  recherche  sur  l'aviation et  les  vols  habités  en Allemagne / Deutsches  Zentrum  für  Luft-und  Raumfahrt), qui ne travaille que sur le civil et qui s’appuie sur les services fonctionnels de l’ensemble du DLR, est passée entre 2009 et 2016 de 1277 à 1736 collaborateurs; les financements publics allemands vers le DLR sont passés de 110 à 160 millions d’euros, quand la subvention française vers l’ONERA était passée de 130 millions à 94 millions pour la construction du budget 2014. Depuis la subvention est remontée à 105 M€.

 

Vous avez noué des partenariats avec la SNCF et Total, en dehors de votre périmètre habituel. Pourquoi ?

 

Partager le fruit de ses recherches avec d’autres secteurs industriels fait partie des missions de l’ONERA. Ainsi, la SNCF s’intéresse à l’utilisation de minidrones pour surveiller les équipements et les infrastructures de son réseau. Dans ce domaine, l’ONERA dispose d’une expertise et de savoir-faire très développés. Vous savez qu’en 2015 le survol d’installations sensibles par des drones pirates a semé un certain émoi. C’est donc naturellement vers l’ONERA que les autorités, au premier rang desquels le SGDSN et la Gendarmerie Nationale, qui est en charge de la sécurité des centrales nucléaires et avec laquelle nous avons ultérieurement en 2015 signé un accord de partenariat, se sont tournées pour essayer de trouver des solutions. Nous avons donc évalué l’existant, puis un appel à projet interministériel a été lancé qui a permis de sélectionner 2 projets: l’un piloté par CS et l’autre (Angelas) piloté par l’ONERA. Nos travaux sont basés sur le couplage optique / radar, de façon à détecter et neutraliser le drone de la manière la plus automatisée possible. Angelas regroupe, autour de l’ONERA, EDF, Thales, Telecom SudParis, le CEA Leti, l'institut de criminologie de Paris et Exavision.

 

Comment qualifieriez-vous vos relations avec la DGA aujourd’hui ?

 

Elles sont en progrès par rapport à la situation que j’ai trouvée à mon arrivée. La DGA aussi est en train, progressivement, de se réapproprier l’ONERA et de redécouvrir collectivement ses compétences. Nous sommes ainsi en train de mettre en place, avec la DGA, des conventions qui feront de l’ONERA l’expert référent dans certains domaines: environnement optronique, environnement radar, etc. C’est dans ce même esprit que nous avons renoué en 2015 les relations avec la DGAC, ce qui a relancé notre collaboration sur certains domaines: feu, foudre, turbulences, etc. Par ailleurs, le ministre de la Défense, qui en exerce la tutelle, a réitéré son attachement à l’ONERA et aux enjeux stratégiques qu’il porte. De manière extrêmement tangible, avec la subvention exceptionnelle accordée en 2015 pour aider l’ONERA à équilibrer ses comptes et le financement de la consolidation de la soufflerie S1MA de Modane-Avrieux, la Défense a accordé à l’ONERA, entre 2015 et début 2016, près de 30 M€ supplémentaires.

 

Vous parlez de Modane, un mot des souffleries ?

 

Si nous voulons continuer à être capables d’installations du plus haut niveau mondial, comme c’est le cas aujourd’hui, opérant pour le compte de la Défense, pour les instances européennes, pour les industriels comme Dassault Aviation, etc., il faut que nos souffleries fassent l’objet d’importants travaux notamment de BTP, S1MA en était l’illustration la plus urgente. Je rappelle que 8 de nos souffleries, sur un total de 12 au niveau européen, ont été déclarées comme des facteurs clés de succès stratégiques par les industriels européens pour conserver le premier plan mondial. Si l’on veut qu’elles soient encore là dans 10 ans, il faudra que quelqu’un finance ces investissements. L’ONERA n’en a pas les moyens et ces 8 souffleries (dont S1MA) nécessitent 218 millions d’investissements, répartis sur 51 actions en 11 ans (source plan ATP 2014). L’Etat, entre la DGAC fin 2015 et la Défense début 2016, vient d’y apporter les premiers éléments de réponse. Il manque donc un peu moins de 200 millions, soit moins d’une vingtaine de millions par an… C’est finalement très peu pour rester leader mondial. Il ne parait pas aberrant que les industriels, qui ont eux-mêmes souligné le caractère stratégique de ces installations, contribuent, d’une manière ou d’une autre, à cet investissement qui leur sera indispensable dans le futur.  

 

* Bruno Sainjon est Président-Directeur général de l’ONERA depuis mai 2014. Auparavant il avait passé plusieurs années à la DGA sur différents postes.

** http://www.onera.fr/fr/pepites et http://www.onera.fr/dcps/graves

*** https://fr.wikipedia.org/wiki/Technology_Readiness_Level

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19 décembre 2015 6 19 /12 /décembre /2015 12:50
Élection de Bruno Sainjon à la présidence de l’EREA

 

18.12.2015 – ONERA

 

Bruno Sainjon, président-directeur général de l’ONERA, vient d’être élu président de l'EREA, association des centres européens de recherche aéronautique. Son mandat débutera le 1er janvier 2016.

 

Créée en 1994, l’EREA est une association à but non lucratif qui regroupe l’ensemble des acteurs publics de la recherche aéronautique européenne, avec en ligne de mire la volonté de parler d’une seule voix afin d’être une vraie force de proposition aux côtés des autres grands acteurs de la filière.

 

L’EREA couvre tout le spectre des activités de recherche dans le domaine aéronautique.

 

L’EREA est structuré autour de grands objectifs :

-promouvoir et représenter les intérêts conjoints de ses membres.

-intensifier la coopération entre ses membres dans le but d’améliorer l’intégration de leurs activités dans les domaines de l’aéronautique civile et militaire.

- améliorer et intensifier la coopération de l’EREA et de ses membres avec d’autres acteurs du domaine aéronautique.

- faciliter le management intégré d’activités conjointes.

 

L'EREA a des membres dans 13 pays de l'Union européenne.

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14 septembre 2015 1 14 /09 /septembre /2015 11:55
Le CNES et l’ONERA font un point d’étape sur leur coopération

 

Paris, le 11 septembre 2015 par ONERA CP166 – 2015

 

Jean-Yves Le Gall, Président du CNES et Bruno Sainjon, Président-directeur général de l’ONERA se sont rencontrés jeudi 10 septembre, au Siège du CNES pour faire un point d’étape sur leur coopération scientifique et technologique, à la suite de l’accord-cadre signé le 30 mars dernier entre les deux organismes.

 

L’accord-cadre signé le 30 mars dernier régit, pour une période de cinq ans, les activités de coopération entre le CNES et l’ONERA, dans les domaines des lanceurs et des systèmes orbitaux. C’est afin de réaliser un premier bilan et de renforcer cette collaboration qu’a eu lieu hier, au Siège du CNES, une rencontre bilatérale entre MM. Le Gall et Sainjon.

 

Dans le domaine des lanceurs, dans le cadre des études prospectives systèmes et de R&T conjointes récemment engagées, ce sont au total six Programmes d’Intérêt Commun (PIC) qui ont été formellement lancés depuis la signature de l’accord, avec un programme supplémentaire devant être engagé sous peu. Ces programmes concernent des thématiques très variées et précises, comme la compréhension des phénomènes complexes dans les moteurs à propergols solides et liquides ou encore la conception et le dimensionnement de structures composites. Parmi les autres sujets évoqués, un plan d’activités communes sur les lanceurs réutilisables a été discuté.

 

En ce qui concerne les systèmes orbitaux, l’autre pan principal de l’accord-cadre, le CNES et l’ONERA  ont  décidé  un  programme  d’intérêt  commun  relatif  à  l’aérothermodynamique,  en particulier sur la modélisation de la rentrée atmosphérique des débris orbitaux. Il a aussi été question des deux autres programmes d’intérêt commun en préparation, à mettre en œuvre d’ici la fin d’année, qui pourraient s’appuyer en particulier sur des thèses cofinancées.

 

Enfin, sur le plan des missions scientifiques, les discussions se sont articulées autour des thématiques Climat et Observation de la Terre et sur la façon pour l’ONERA de se positionner au mieux avec les équipes scientifiques, dans l’optique de futurs projets.

 

A la suite de cette réunion, Jean-Yves Le Gall a déclaré : « Je me félicite de la tenue de cette réunion bilatérale avec Bruno Sainjon et ses collaborateurs. La qualité des échanges que nous avons pu avoir avec l’ONERA montre à quel point notre coopération, que nous avons désiré amplifier dès octobre 2014, s’est étoffée. Le travail mené de concert se traduit d’ores et déjà par des projets concrets et un désir mutuel d’innover ensemble. »

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1 septembre 2015 2 01 /09 /septembre /2015 07:55
Bruno Sainjon reconduit dans ses fonctions à la tête de l’ONERA

 

Palaiseau, le 31 juillet 2015 Communiqué de presse ONERA

 

Bruno Sainjon est nommé, par décret en Conseil des Ministres, Président du Conseil d’Administration de l’ONERA. Il est reconduit à la présidence de l’établissementpour cinq ans.

 

Cette reconduction de Bruno Sainjon à la tête de l’ONERA, le centre français de recherche aérospatiale, est la suite du travail en profondeur que celui-ci a mené depuis sa nomination le 28 mai 2014.

 

Depuis plus d’un an, Bruno Sainjon a initié un certain nombre d’actions tant en interne que vers l’externe (pouvoirs publics, industriels, partenaires scientifiques nationaux et internationaux), afin que l’ONERA conforte sa place de numéro un de la recherche et technologie aérospatiale en France. Cette mission, confiée par l’Etat, de développer et d’orienter les recherches dans le domaine aérospatial, nécessite une organisation robuste au service d’une vision stratégique. Pour cela des étapes clés ont d’ores et déjà été franchies:

- Une organisation en adéquation avec le Code de la défense: nominations en 2015 d’un Secrétaire Général, d’un Directeur Scientifique Général et constitution du Haut Conseil Scientifique

- Une vision illustrant les orientations de la recherche ONERA à court et moyen terme : avec la rédaction d’un plan stratégique scientifique qui sera finalisé avant la fin de l’année afin de s’adapter à la profonde mutation du monde de la recherche et de l’industrie aérospatiale

- Une participation renforcée avec les nouvelles structures de recherche et d’enseignement supérieur: comme membre fondateur de l’Université Paris-Saclay et avec la création de laboratoires communs avec le CNRS et l’ISAE-Supaéro

 

Faire progresser la recherche aérospatiale au plus haut niveau mondial et contribuer ainsi au rayonnement international de la France, est une ambition forte portée par l’ONERA et par son Président.

 

A propos de l'ONERA

L’ONERA est le centre français de recherche aérospatiale et de défense. Sous tutelle du ministère de la Défense, l’ONERA anticipe les ruptures technologiques du domaine aéronautique grâce à des recherches amont et appliquées associées à des moyens expérimentaux stratégiques. Labellisé Carnot et avec près de 60% d’activités contractuelles, l’ONERA met son expertise et ses technologies à la disposition de l’industrie. Force d’innovation et de prospective dont la recherche a irrigué tous les grands programmes aéronautiques et spatiaux français, civils et militaires, l’ONERA rassemble plus de 2000 personnes dont 13 % de doctorants.

www.onera.f

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17 juin 2015 3 17 /06 /juin /2015 12:55
"Aéronautique : sans science et recherche, pas de technologie, ni de programme" (Bruno Sainjon, PDG Onera)

"Dans tous les produits aérospatiaux commercialisés, si vous faites une analyse ADN, vous allez trouver une forte dose d'Onera" (Bruno Sainjon, PDG de l'Onera) (Crédits : Onera)

 

15/06/2015 Propos recueillis par Michel Cabirol – LaTribune.fr

 

L'Onera irrigue l'industrie aérospatiale de programmes technologiques souvent mal connus. Son président tire la sonnette d'alarme sur la nécessité de soutenir budgétairement la recherche fondamentale, prémices de futurs succès commerciaux dans vingt ans.

 

Quelle est la mission de l'Onera ?
A la sortie de la Seconde Guerre Mondiale, au cours de laquelle l'armée française s'est retrouvée en infériorité technologique dans certains domaines opérationnels comme la dimension aérienne, l'Etat a décrété : plus jamais ça. L'Onera [Office national d'études et de recherches aéronautiques, Ndlr] a donc été créé pour mettre en place, au service de la France, un outil d'excellence technologique dans l'aérospatial. La mission de l'Onera, aujourd'hui encore, est de piloter la recherche (sur des niveaux de 2 à 6 majoritairement, sur une échelle baptisée TRL allant de 1 à 9), puis de transférer aux industriels une innovation technologique. Nos programmes de recherche irriguent l'industrie aéronautique et spatiale : avions civils, avions militaires, drones, hélicoptères, missiles, y compris missiles balistiques... Et le rôle de l'Onera est loin d'être négligeable dans la plupart des programmes des industriels français, qui sont des industriels de premier niveau mondial. Dans tous les produits commercialisés, si vous faites une analyse ADN, vous allez trouver une forte dose d'Onera.

 

Par exemple, dans le spatial, quelle est votre contribution ?
Sur Ariane 5, et de manière générale sur toute la filière Ariane, on a travaillé en étroite coopération avec le CNES, qui est né en 1961 et s'est notamment appuyé au départ sur les travaux du programme Diamant lancé par l'Onera. Ce lien très fort entre le CNES et l'Onera - c'est une conviction forte - est un des éléments clés de l'excellence de la France dans le spatial. Sur Ariane, l'Onera a beaucoup travaillé, aussi bien sur les moteurs solides et liquides que sur les  systèmes. Ce lien s'est en revanche distendu une fois le développement d'Ariane 5 terminé. Avec Jean-Yves Le Gall [président du CNES, Ndlr], nous sommes en train de les resserrer à nouveau. Cela s'est traduit par un accord de coopération renforcée signé fin mars.

 

Sur Ariane 6, l'Onera a-t-il des programmes ? 
Nous avons déjà lancé des programmes d'intérêt commun, qui visent à faire en sorte qu'Ariane 6 conserve le haut niveau de fiabilité d'Ariane 5, sachant qu'il ne sera pas irrigué par de grandes innovations technologiques. C'est un projet piloté principalement par des enjeux commerciaux. Nous allons travailler principalement sur les moteurs solides ainsi que sur le nouveau moteur cryogénique Vinci. Nous vérifions que les transferts d'énergie du moteur Vinci se passent de manière tout aussi fiable que la solution actuelle.

 

Quelle est l'une de vos plus belles réussites dans le spatial ?
Le système Graves. C'est un système qui permet à l'armée de l'air française de détecter les satellites qui passent au-dessus de nos têtes. La France a été le troisième pays au monde, après les Américains et les Russes, à se doter d'un tel système. L'Onera a conçu Graves, a piloté sa réalisation et l'a transféré à l'armée de l'air en 2005. Ce programme a notamment permis des échanges de données avec les Etats-Unis. Et, en avril 2015, cette coopération s'est renforcée, les deux ministères de la Défense voulant désormais échanger des informations classifiées. Nous sommes par ailleurs en train de travailler avec la DGA à une amélioration des performances du système, notamment de son calculateur. Nous allons lui injecter de nouvelles capacités en vue d'améliorer la détection des objets plus petits. Le système sera donc plus puissant.

 

Et que faites-vous sur des programmes aussi emblématiques que le Rafale et le Neuron ?
Les deux programmes, comme tout aéronef civil et militaire, ont fait l'objet de campagnes d'essais en soufflerie. Sur le Rafale et le Neuron, nous avons beaucoup travaillé sur le compromis aéro-furtivité, la surface équivalente radar, les lois de contrôle et guidage, les prises d'air, les arrières corps discrets et les aubes de turbine du moteur ... Parmi les illustrations des apports de l'Onera aux grands programmes de défense, on peut rappeler qu'il est intervenu sur l'autodirecteur du missile Scalp, ou encore sur les lois de guidage et pilotage des sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) et du porte-avions Charles-de-Gaulle. Du très haut au très profond en quelque sorte.

 

Le budget de l'Onera est en baisse constante depuis des années. Cela veut-il dire que l'industrie aérospatiale française n'est plus correctement irriguée ? 
Les choix faits aujourd'hui en matière de financements étatiques tant dans la défense que dans le civil sont en faveur de démonstrateurs technologiques au détriment de la recherche plus amont qui n'est plus aujourd'hui suffisamment irriguée. L'Etat ne doit pas oublier d'aider  la recherche fondamentale sur la base de crédits budgétaires. Mais nous sommes en train d'y travailler et nous devrions par exemple avoir d'ici à la fin de l'année, la première arrivée d'activités amont significatives au titre du PIA aéronautique, qui apporte une première irrigation technologique et financière satisfaisante pour l'Onera. Ce qui n'était pas le cas jusqu'à présent.

 

Pourtant votre budget est en baisse...
... Le budget de l'Onera est construit majoritairement sur des contrats et non pas sur une subvention directe de l'Etat. Elle ne représente que 45% de son budget. C'est vrai que la subvention du ministère de la Défense est passée de 122 millions en 2010 à 94 millions en 2014. La direction générale de l'aviation civile (DGAC), qui versait jusqu'en 2011 une subvention de l'ordre de 4 millions, l'a arrêtée alors que l'activité de l'Onera en matière d'aviation civile reste très forte. Parallèlement, l'Onera a dû faire face à une forte réduction des contrats en provenance de la DGAC et de la DGA.

 

L'expertise de l'Onera semble être plus reconnue à l'étranger qu'en France.
Nous avons encore une excellente image internationale, la NASA dit régulièrement que nous sommes  son premier partenaire en termes de coopérations. Nous avons également des liens très forts avec des organismes comme la JAXA japonaise, le TSAGI russe, le DLR allemand...Nous venons d'ailleurs avec ce dernier de remporter deux importants contrats lors du dernier appel à projet européen Clean Sky.  De nombreux organismes de recherches européens et internationaux nous demandent de travailler davantage avec eux. C'est le cas du DSO et NUS à Singapour avec lesquels nous avons un laboratoire commun depuis 11 ans. Par exemple, quand Airbus Helicopters a vendu 50 Caracal au Brésil, il y avait derrière ce contrat des offset technologiques et scientifiques. Nous avons travaillé - Onera, Airbus Helicopters et les officiels Brésiliens - sur des thématiques qui ont donné entière satisfaction aux Brésiliens au point qu'ils sont en train de réfléchir à mettre en place un Onera local. L'Etat de Minas Gerais (l'un des deux états aéronautiques de la Fédération du Brésil) nous demande - j'ai accepté - de participer aux organes de gouvernance. Mais je rappelle que la direction des affaires internationales à l'Onera n'emploie... que quatre personnes, secrétaire comprise. Nous sommes donc en train de monter en puissance afin d'intervenir en soutien de nos industriels notamment dans leurs démarches d' exportation, comme en Pologne, pour proposer ce type de coopérations. Les Polonais veulent faire de la recherche avec nous. Pourquoi cela ne se fait pas ? Parce qu'on a oublié l'Onera.

 

Pourquoi l'Onera tombe-t-il dans l'oubli malgré des pépites incroyables ? 
Travailler majoritairement sur des sujets de défense n'incite pas à une communication tous azimuts. Et surtout la recherche fondamentale même à visée applicative n'a pas été mise en évidence ces dernières années. Pourtant sans la science et la recherche, il n'y a pas de technologie ni de programme. Par exemple, nous avons participé à la mise au point des nouvelles pales du futur hélicoptère d'Airbus, le H160, qui va arriver en service dans les années 2020. Airbus Helicopters en est au stade du démonstrateur. Mais l'Onera a commencé à travailler sur ces pales au début des années 90. Ce qui veut dire que nous avons travaillé sur des projets scientifiques portant sur ces pales pendant 10 ans, puis leur avons permis de monter en puissance grâce à un contrat financé par la DGAC à Eurocopter (devenu Airbus Helicopters) et à l'Onera.

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30 novembre 2014 7 30 /11 /novembre /2014 08:56
Essais de trajectographie d’Exocet AM39 tiré depuis un Rafale dans la grande soufflerie S2MA de l’ONERA à Modane - photo ONERA

Essais de trajectographie d’Exocet AM39 tiré depuis un Rafale dans la grande soufflerie S2MA de l’ONERA à Modane - photo ONERA

 

28.11.2014 - Bruno Sainjon, Président-directeur général - ONERA

 

Continuer d’investir dans les grandes souffleries pour permettre à notre industrie aéronautique d’innover demain dans des technologies de rupture et ainsi conserver son rang de leader mondial.

 

Depuis bientôt 70 ans, l'ONERA, centre français de recherche et technologie aéronautique et spatiale, opère un ensemble unique au monde de 12 très grandes souffleries, situées sur 3 de ses 8 sites. D’une valeur de 1.5 milliard d’euros, fruit d’une décision stratégique après-guerre, les très grandes souffleries de l’ONERA évaluent, valident et mettent au point les géométries des futurs avions ou systèmes d’armes en testant des maquettes de formes différentes, dans un environnement représentatif des conditions de vol réelles.

 

L’ONERA a développé autour de ces souffleries un savoir-faire sur les techniques d’essai qui place la France en avance sur les autres opérateurs mondiaux. Mais cette position dominante risque d’être remise en cause.

 

Par les Etats-Unis notamment qui, après s’être détournés un temps de leurs souffleries au profit de la simulation numérique, sont actuellement en train de les remettre à niveau grâce à un financement décidé par le Congrès de 600 millions de dollars sur 10 ans. Ou par de nouveaux entrants comme la Chine qui s’est lancée dans la construction de souffleries de taille et de capacités comparables aux meilleures installations européennes et américaines. En attendant les industriels de ces pays viennent faire leurs essais à l’ONERA, signe du niveau d’excellence que l’on a atteint notamment grâce au soutien de l’Etat et des Régions concernées.

 

Ces informations sont stratégiques, car elles nous renseignent sur la vision qu’ont ces pays des évolutions probables des aéronefs et de leur volonté d’orienter leur industrie vers des technologies de rupture : en effet, les souffleries sont une étape clé pour explorer des domaines inconnus, simuler les écoulements d’air sur des formes nouvelles et complexes, déterminer le rôle joué par les phénomènes d’instabilité. Pour ce faire, ces pays sont en train de se doter des outils nécessaires à leurs ambitions car faisabilité et pertinence de ces innovations technologiques seront totalement à démontrer. L’industrie aéronautique française devra elle aussi s’orienter vers des technologies de rupture ; si elle souhaite rester dans la course mondiale et faire face à ces acteurs. Dans ce contexte, les souffleries de l’ONERA seront indispensables.

 

En 2012, les industriels de l’aéronautique en Europe, interrogés sur le sujet des outils indispensables pour le futur d’une industrie aéronautique européenne innovante et compétitive, ont déclaré comme essentielles à leur développement 12 souffleries en Europe dont 8 des grandes souffleries de l’ONERA.

 

Pour répondre à ce besoin stratégique pour notre industrie aéronautique et spatiale européenne, une remise à niveau durable de ces souffleries devra être entreprise, avec le double objectif de maintenir leur état opérationnel et fournir aux utilisateurs des résultats d’essai et des mesures de plus en plus précis et à forte valeur ajoutée. Mais cette remise à niveau ne pourra être assumée seule par l’ONERA. C’est pourquoi, l’ONERA a identifié pour ses 8 souffleries stratégiques, 51 projets d’investissements. Regroupés dans un plan de soutien d’un montant total de 218 M€ sur une période de 11 ans, qui a reçu le soutien du GIFAS, il sera soumis très prochainement pour évaluation aux autorités étatiques.

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8 septembre 2014 1 08 /09 /septembre /2014 10:55
photo ESA

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08.09.2014 - Message de Bruno Sainjon, PDG de l'ONERA

 

Les 8 et 9 septembre dernier, l’ONERA participait aux Universités d’été de la Défense. L’occasion pour Bruno Sainjon, Président-Directeur Général, de s’exprimer sur le rôle que la R&T devrait jouer pour que France reste une puissance aérospatiale.
 

« L’industrie aéronautique et spatiale française (et européenne) est l’un des trop rares secteurs industriels dans lequel nous ayons encore un rang de niveau mondial, avec ce que cela représente en termes d’enjeux scientifiques, technologiques, industriels, économiques et bien sûr humains. Les grands programmes d’aujourd’hui sont une réussite parce qu’ils se sont basés sur des innovations scientifiques et technologiques maturées et éprouvées des années auparavant, avec, au centre de ce dispositif destiné à préparer l’avenir, un organisme, l’ONERA, auquel l’Etat avait assigné un rôle fédérateur et la mission d’assurer le lien entre mondes académique et industriel. Qu’en est-il aujourd’hui ?

La création de l’ONERA en 1946 marquait la volonté de la France de devenir une Nation à la pointe de l’industrie aéronautique, volonté ensuite élargie au domaine spatial. Cet objectif a été amplement atteint et la France fait partie des leaders mondiaux dans ces deux domaines.

Dans l’aérospatial civil comme militaire, les succès sont nombreux. Ils s’appuient tous sur des technologies et savoir-faire soigneusement développés avec des objectifs de performances techniques mais aussi économiques.

Ces succès collectifs, associant industriels et organismes étatiques et/ou paraétatiques, reposent avant tout sur des ingénieurs, chercheurs et techniciens alliant compétences et détermination, animés dans leur grade majorité d’un sentiment fort d’œuvrer pour le bien collectif, et désireux de répondre à l’intérêt public.

C’est le cas des femmes et des hommes de l’ONERA. Depuis la création de l’établissement public, elles et ils ont été impliqués dans toutes les réussites des grands programmes français et européens et dans tous les domaines : avions civils et militaires, hélicoptères, lanceurs, missiles des deux composantes de la dissuasion, missiles tactiques... Du Rafale à l’A400M, de l’A320 au M51, d’Ariane 5 à la famille des Exocet, des Falcon à l’ASMPA… faites une analyse génétique, et vous y trouverez une forte dose d’ONERA inside.

Depuis des décennies, l’ONERA contribue à définir des futures plates-formes aériennes en liaison avec les avionneurs, systémiers et équipementiers. Ces travaux s’appuient sur un savoir-faire acquis de longue date en adéquation avec les besoins des avions, hélicoptères ou encore moteurs civils. Ces savoir-faire s’exercent dans différentes disciplines scientifiques et technologiques, incluant des outils de modélisation/simulation et d’expérimentation de tout premier plan mondial. Ainsi, le code elsA (ensemble logiciel de simulation aérodynamique), qui permet de simuler des écoulements complexes externes et internes pour les applications multi-disciplinaires mettant en jeu l'aérodynamique, en est une illustration emblématique. Cela inclut les couplages avec l'aéroélasticité, l'aérothermique, l'aéroacoustique pour des applications très diverses : avions, hélicoptères, turbomachines, missiles, lanceurs, tuyères, entrées d'air, jets propulsifs…

Cette expertise a permis à l’ONERA de nouer des coopérations fructueuses dans le domaine de la recherche avec la NASA (Etats Unis), le TSAGI (Russie), le JAXA (Japon), le DLR (Allemagne)... Le laboratoire franco-singapourien SONDRA, en partenariat avec SUPELEC, qui vient de fêter ses 10 ans, est un bel exemple d’une coopération scientifique réussie et qui bénéficie à notre industrie. Ce type de collaboration constitue une opportunité pour établir ou renforcer des liens de coopération allant du scientifique à l’industriel dans le secteur aérospatial ; il est à développer tout en veillant bien entendu à mettre en place des accords de sécurité et de défense robustes, garants de nos intérêts partagés.

Toutefois, au cours de la décennie écoulée, le rôle fédérateur en matière de recherche amont aérospatiale joué par l’ONERA s’est délité. De multiples raisons l’expliquent. Au premier rang viennent les motifs budgétaires. Les subventions des ministères civils et de la défense, dont l’organisme bénéficiait, se sont aujourd’hui réduites à la seule subvention du ministère de la défense, via la DGA. De plus, cette subvention connait depuis plusieurs années une réduction liée aux baisses des budgets défense et ne couvre plus aujourd’hui que 40% environ de l’activité de l’ONERA. Si cette baisse a été partiellement compensée par une part accrue de contrats, il faut toutefois souligner que ceux-ci sont plus aléatoires. De plus en plus décalés vers la fin de l’année, ils sont soumis aux évolutions infra annuelles, toujours à la baisse, des crédits défense. La fin 2013 a de ce point de vue été difficile pour l’ONERA.
D’autre part, l’ONERA se trouve pour certaines affaires, qu’il s’agisse de contrats avec les ministères ou avec l’industrie, en concurrence avec des organismes bénéficiant de subventions couvrant une part nettement supérieure, voire totale, de leur activité ce qui laisse peu de chances à l’ONERA pour pouvoir l’emporter face à des concurrents capables de faire une offre ne prenant en compte qu’une faible part, voire nulle, de leur masse salariale. Le renforcement du rôle d’expert auprès de la DGA empêche également l’ONERA de se positionner sur certaines opérations afin de ne pas être juge et partie. Il est enfin paradoxal que l’ONERA ne dispose que de cette seule ressource garantie d’origine défense quand les règles établies, tant au niveau national (financements ANR par exemple) qu’européens, exigent d’un organisme comme l’ONERA qu’il autofinance une partie des activités de recherche civile intéressant ces organismes.

La disparition de la subvention de la DGAC, et les choix, éminemment respectables, effectués dans le volet aéronautique du PIA (Programme d’Investissement d’Avenir) d’axer les travaux sur des démonstrateurs, donc des activités de TRL élevés (Technology Readiness Level), ont là encore conduit à réduire très fortement la recherche plus amont menée par les milieux académiques, les PME/PMI et l’ONERA, avec environ 4% seulement du montant total contractualisé à ce jour. Au moment où s’effectuent les choix pour le second volet du PIA aéronautique, il me parait utile de signaler que le sous-groupe de l’ACARE , associant les représentants des Etats, a récemment exprimé le regret que la Commission ne finance pas suffisamment les activités de bas TRL. Souhaitons donc que les choix à venir au niveau national soient cohérents avec ce constat, et qu’au lieu de renforcer cette insuffisance des travaux de plus long terme, ils visent à le compenser au moins en partie.

Autre élément du paysage : si l’apparition d’instances (SATT, IRT, pôles …) destinées à renforcer la cohérence entre travaux académiques et industrie a dans plusieurs domaines atteint son objectif, dans le domaine aérospatial cette cohérence, assurée de facto par la mission assignée à l’ONERA à sa création, s’en est trouvée affaiblie. Lors de l’audition récente de Patrick Gandil par la Commission des Finances de l’Assemblée Nationale, qui auditionnait les acteurs du PIA, les représentants de la DGAC, interrogés sur l’intérêt de ces dispositifs, ont rappelé toute la pertinence du modèle initial : « […] l’ONERA est un établissement public de référence dans les domaines aéronautique et spatial qui a permis d’établir, depuis sa création en 1946, des passerelles entre recherche publique et recherche privée […]. L’aéronautique n’a donc pas besoin, contrairement à d’autres secteurs, d’une politique volontariste visant à marier les secteurs public et privé : ce mariage est réalisé depuis déjà des décennies […]». Naturellement, j’ai tenu la même position lors de ma propre audition.

La faute n’en incombe bien sûr pas qu’aux autres, et l’ONERA a commis celle de se replier sur lui, au niveau local, national et international, à l’exception notable de son implication dans les instituts Carnot, qu’il convient de renforcer. La Belle au bois dormant s’est endormie et pendant ce temps d’autres ont investi massivement pour prendre sa place de leader. Il est temps de la réveiller, et le mouvement initié depuis un an (rapprochement avec les industriels, étatiques, milieux académiques via les COMUE  à Toulouse ou Lille ou sur le plateau de Saclay, avec l’ISAE…) va dans le bon sens et doit s’accélérer.

L’ONERA doit également renforcer et structurer son rôle d’incubateur de PME-PMI pour lui donner plus de visibilité et rendre son action plus performante au service du tissu industriel français. D’autant que nombre de technologies de l’ONERA ont déjà intéressé et continueront d’intéresser d’autres domaines industriels.
L’ONERA doit aussi contribuer davantage à la formation de doctorants français et étrangers, pour laquelle il dispose de tous les moyens et capacités scientifiques, mais encore faut-il pour cela qu’il en ait les moyens financiers.

Cette adaptation de l’ONERA à son environnement doit également mieux mettre en évidence son rôle d’acteur précurseur et majeur du développement durable. L’ONERA travaille pour que le secteur aérospatial soit de plus en plus « écologique ». De nombreux projets de recherche relèvent de cette problématique : réduction de nuisances sonores, utilisation de carburants alternatifs, réduction de la consommation par l’aérodynamique des avions, la diminution des masses des structures ou (augmentation ,) les performances intrinsèques des moteurs, réductions des émissions…

Je souhaite enfin évoquer ici le volet particulier des souffleries de l’ONERA. L’ONERA est le dépositaire d’un parc de souffleries unique au monde, qui ont contribué et continuent de concourir à la réussite de nos programmes et de ceux appelés à les rejoindre au rang de succès mondiaux (A380, A400M, A350 par exemple). L’industrie européenne a récemment qualifié huit d’entre elles comme stratégiques pour le devenir du secteur. C’est un fait, la qualité des essais et expérimentations qui y sont conduits associée à toutes les compétences nécessaires (phénomènes physiques, codes de calcul, métrologie ….) issues de nombreux départements de l’ONERA est un élément différentiant pour nos programmes. Cependant, certains essais industriels se font ailleurs, économies court-termistes obligent. « Ce n’est pas que la clientèle boude, c’est qu’elle a la tête ailleurs ». Et l’ONERA doit en assumer seul la charge. Malgré ses efforts pour réduire la charge que ce parc représente, à travers une augmentation de la productivité, qui s’est en particulier traduite par une réduction des effectifs et une diversification de sa clientèle, notamment américaine et chinoise, l’activité Grands Moyens d’Essais est structurellement déficitaire. Elle va de plus être impactée par la remise à niveau de ces moyens, liée à leur âge, ainsi que la nécessité d’investir pour rester en tête dans les techniques et méthodes d’essai et permettre à notre industrie de continuer à garder une longueur d’avance. Or, l’ONERA est aujourd’hui totalement incapable de l’assumer. Pour souligner mon propos, j’ose faire le parallèle, certes un peu hasardeux mais un peu seulement, avec l’activité armes et munitions de petit calibre. GIAT-Industries était l’héritier d’un outil industriel représentant un capital investi important et insuffisamment chargé, générateur de pertes récurrentes. La décision de la France d’attribuer, à l’issue d’une compétition internationale, le marché des munitions de petit calibre à ses concurrents, a sonné le glas à la fin des années 1990 de ces activités en France. Depuis, régulièrement, des voix s’élèvent pour déplorer cette situation et les conséquences induites, tant économiques qu’en terme de souveraineté. Mais il est trop tard et la France est définitivement sortie du secteur.

L’ONERA est au cœur d’un dispositif qui a démontré son efficacité. Les succès rencontrés au cours des décennies écoulées sont la meilleure preuve de la pertinence de ce modèle. Celui-ci doit toutefois retrouver sa pleine mesure afin de permettre aux programmes des années 2030 à 2050, qu’il faut préparer dès aujourd’hui, de connaitre le même succès que leurs devanciers. Ils devront en effet pouvoir s’appuyer sur les meilleures technologies issues des travaux scientifiques de ces prochaines années, une ambition que l’ONERA est tout à fait à même de conduire, conformément à la mission que lui a assignée l’Etat à sa création. A condition toutefois qu’on lui en donne les moyens.

Ne l’oublions pas si nous voulons que l’un de nos rares grands fleurons industriels le soit toujours d’ici 20 à 30 ans. »

 

[1] Advisory Council for Aviation Research and innovation in Europe
[1] COMmunauté d'Universités et Etablissements

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2 juin 2014 1 02 /06 /juin /2014 12:57
Bruno Sainjon nouveau Président-directeur général de l’ONERA
 

27.05.2014 - ONERA.fr

 

Bruno Sainjon, directeur des opérations de la DGA, est nommé, par décret en Conseil des Ministres, Président du Conseil d’Administration de l’ONERA. Il en devient, de fait, Président–directeur général. Il prendra ses nouvelles fonctions le 2 juin 2014.

 

Formation :

Bruno Sainjon est diplômé de l’Ecole Polytechnique (promotion 1982) et de l'École nationale supérieure de techniques avancées (promotion 1987)

Parcours :

1987 – 1996 : DGA (Direction Générale de l’Armement)
Bruno Sainjon a débuté sa carrière à la DGA au sein de la direction des engins rebaptisée ensuite direction des missiles et de l'espace.

  • De 1987 à 1992, au sein du service technique des poudres et explosifs, Bruno Sainjon est responsable des études, recherches et développements dans le domaine des propergols solides pour missiles tactiques et balistiques, puis de chef du groupe études générales.
  • En 1993 il rejoint le service technique des systèmes stratégiques et spatiaux comme adjoint au chef du bureau propulsion, plus particulièrement chargé de la politique industrielle et des relations avec le milieu des lanceurs civils. Dans ce poste il participe en tant que représentant français aux travaux des commissions mandatées par l'ONU de contrôle des activités missiles balistiques en Irak.
  • En 1994, il devient chef du bureau des programmes missiles-espace-nucléaire.


1996 – 2000 : Services du Premier Ministre et Ministère de la Défense

  • En 1996, il rejoint le gouvernement en tant que directeur des affaires économiques et de l'animation au sein de la délégation interministérielle à la coupe du monde de football de 1998.
  • En juillet 1997, il intègre le cabinet du ministre de la défense comme conseiller technique, puis conseiller pour les affaires économiques, financières et budgétaires.


2000-2002 : SNPE (Société Nationale des Poudres et des Explosifs )

  • Le 1er mars 2000, il devient directeur de la stratégie et du développement du domaine " matériaux énergétiques " de la SNPE.
  • Mai 2001 à mai 2002, il occupe simultanément les fonctions de président Directeur Général de CELERG et CELERG International.
  • Février à novembre 2002, il est nommé secrétaire du Comité Exécutif de SNPE.


2002 – 2003 : DGA
Bruno Sainjon revient à la DGA en décembre 2002 en tant que chargé de mission auprès du directeur du service de la maintenance aéronautique.

2003 – 2005 : SGDN (Secrétariat Général de la Défense Nationale)

  • Bruno Sainjon devient directeur adjoint des technologies et transferts sensibles du SGDN.
  • Le 1er juillet 2005, il est nommé ingénieur général de l’armement de 2ème classe.


2005 – 2014 : DGA

  • Bruno Sainjon rejoint la DGA en tant que directeur du service des programmes nucléaires et de missiles au sein de la direction des systèmes d’armes.
  • Le 24 janvier 2007, il devient adjoint au directeur des systèmes d’armes, plus particulièrement chargé de l’équipement des forces nucléaires et navales.
  • Par décret du 21 janvier 2008, il est nommé ingénieur général de l’armement de 1ère classe.
  • Le 21 janvier 2009, il prend les fonctions de directeur des systèmes d’armes et est élevé au rang et appellation d’ingénieur général hors classe de l’armement.
  • Le 7 octobre 2009, il est nommé directeur des opérations et assure, à ce titre, la représentation du ministre de la Défense au conseil de surveillance de l’OCCAr (Organisation Conjointe de Coopération en matière d’Armement), qui regroupe la Belgique, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie et l’Espagne.


Mai  2014 – aujourd’hui : ONERA.

  • Le 13 mai 2014, Bruno Sainjon est élu président du conseil d’administration
  • Le 28 mai 2014, il est nommé Président-Directeur général par décret en Conseil des Ministres. Il prend la présidence de l’établissement de recherche à la suite du décès de Denis Maugars, survenu le 9 août 2013. L’intérim de la présidence de l’ONERA était assuré depuis lors par Thierry Michal, directeur technique général.


Né le 25 janvier 1961, Bruno Sainjon est Chevalier de la Légion d'Honneur et Officier de l'Ordre National du Mérite.

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